Alfred Hitchcock, les années Selznick : retour sur une période riche mais houleuse de sa carrière

Florian Descamps | 6 juillet 2020
Florian Descamps | 6 juillet 2020

La Maison du Dr Edwardes est diffusé par Arte ce soir à 20h55. Il correspond à une passionnante période pour son réalisateur Hitchcock, qu'on étudie ici.

 

Photo"Et relisez ce qu'ils m'écrivent, les grouillots d'Ecran Large."

 

DE MAÎTRE DU SUSPENSE...

13 août 1889, Leytonstone, banlieue Nord de Londres. Cadet d'une fratrie de trois enfants, Alfred Joseph Hitchcock voit le jour. Élevé par un père grossiste dans la volaille et une mère au foyer qu'il dépeint comme « autoritaire », il se sent vite esseulé. L'éducation catholique qui lui est imposée l'effraie ; les réactions souvent froides de sa mère le questionnent. Le jeune Hitch manque d'amour et déclarera plus tard avoir été « traumatisé par la vision de sa mère retirant un jouet de sa chaussette de Noël pour le glisser dans celle de son frère ». Dès lors, sa vie semble s'être bâtie autour du principe de revanche.

 

PhotoSur le tournage des Oiseaux

 

Revanche professionnelle d'une part : publicitaire avant d'être graphiste d'intertitres de films muet, il devient vite scénariste, puis metteur en scène. Revanche sociale ensuite : complexé par cette obésité qu'il rend responsable de son manque d'amitiés, il devient le symbole du nouveau cinéma anglais.

Revanche d'une vie enfin - et sans doute sa dernière, qui nous intéresse particulièrement ici : sa réponse à David O. Selznick, producteur émerite qui lui fit signer un contrat en direction d'Hollywood.

PhotoAvec Tippi Hedren sur Pas de printemps pour Marnie

 

Ce n'est un secret pour personne : la relation entre les deux hommes fut difficile. Sorte d'Harvey Weinstein de l'époque, David O. Selznick régne en Roi sur l'industrie. Elle lui doit la découverte de Vivien Leigh, Ingrid Bergman, Katharine Hepburn ou encore Fred Astaire, et sa dernière production, Autant en emporte le vent, vient de s'imposer comme nouveau mètre étalon du blockbuster. Que pouvait-il donc mal se passer ?

Comme souvent, une histoire d'égo. Au-delà de ses appétances créatives, Selznick est connu comme un tyran, un producteur sûr de ses idées et incapable de laisser carte blanche à ses cinéastes. Hitchcock ne l'accepte pas. La discorde commence dès les premiers mois : Selznick souhaite qu'Hitchcock réalise un film sur le naufrage du Titanic, mais l'Anglais refuse et préfère adapter le livre Rebecca de Daphné du Maurier. Grand amateur de littérature, Selznick lui laisse plusieurs mémos lui indiquant d'adapter littéralement des actes du bouquin de l'auteure, Hitchcock s'en moque. 

 

PhotoHitchcock sur un plateau de tournage



Sur les dix années qui lieront les deux hommes, la situation ne s’arrangera pas. Ils ne collaboreront d'ailleurs que quatre fois : Rebecca, dont l'expérience laissa Hitchcock déprimé (l'Oscar décroché fut directement remis à Selznick) ; La maison du docteur Edwardes, où il collabora avec Salvador Dali ; Les Enchainés, parenthèse inattendue où il fut plus libre grâce aux problèmes économiques rencontrés par Selznick ; et enfin, Le Procès Paradine, souvent considéré comme un Hitchcock mineur mais porté par un Gregory Peck des grands jours.

La sélection est évidemment qualitative, mais marque Hitchcock pour le reste de sa carrière. Las des concessions, il crée son personnage de businessman autoritaire un temps producteur avec Transatlantic Pictures, seul responsable du futur chef d'oeuvre (presqu'avorté) Psychoseet image de marque de la série Warner Alfred Hitchcock présente. Pouvait-il y avoir meilleure réponse ? Si vous désirez aller plus loin et en apprendre - beaucoup - plus sur les créations du maître de cette période complexe mais féconde, le monde merveilleux de l'édition vidéo vous attend.

En effet, l'éditeur Carlotta a commercialisé un coffret exceptionnel, qui regroupe ces productions, et dont nousdétaillons ci-dessous le contenu et les spécificités techniques. Bon visionnage !

 

PhotoRebecca (1940)

 

... AU COFFRET BLU-RAY

Fier de l'héritage détenu entre ses mains, Carlotta n'a ainsi pas lésiné à la tâche : tous les voyants sont au vert. Outre les masters déjà connus de La Maison du Docteur Edwardes, Les Enchainés et Le Procès Paradine, on retrouve donc Rebecca dans un écrin restauré du plus bel effet. Impressionnant  de contraste, précis et plus propre que jamais, le film enivre à mesure que se révèlent les compositions expressionnistes du cinéaste.

Son de cloche hélas différent du côté audio, puisque si l'on retrouve bien des pistes DTS-HD Master Audio 1.0 sur l'ensemble, il faudra déplorer le manque de dynamisme global des VO et un souffle un peu trop présent sur Rebecca. Les VF, probablement moins bien conservées avec le temps, souffrent elles d'un effet daté malheureusement non négligable.

 

Coffret Carlotta

Rebecca 1

Rebecca 2Cliquez sur les captures pour les afficher en haute résolution


Reste donc les suppléments, et peut-être la grande force de ce coffret Ultra Collector de l'éditeur. Outre un magnifique livre de 300 pages, condensé de photos d'archives, interviews du réalisateur, reprise d'articles des grandes heures des Cahiers du Cinéma et de notes de David O. Selznick lui-même, on retrouve sur chaque disque (5, un par film, puis un dédié aux bonus) des modules dédiés aux films, mais surtout un découpage par acte de 20 minutes de la rencontre entre Alfred Hitchcock et François Truffaut qui donna naissance au légendaire Le cinéma selon Alfred Hitchcock paru aux éditions Robert Laffont.

Une proposition passionnante et de grande qualité dont on recommandera Daphné du Maurier - Sur les traces de Rebecca (58min), Monsieur Truffaut Meets Mr. Hitchcock de l'inénarrable Robert Fisher et enfin Home Movies (36min), condensé de vidéos d'archives où l'on découvre un Hitchcock jamais aperçu auparavant.

 

Photo Les EnchaînésSur le tournage des Enchaînés

 

Édition de très grande qualité donc de ce coffret Ultra Collector d'Hitchcock : Les années Selznick. Fan ou néophyte de l'univers du cinéaste, on ne saurait que trop vous en recommander l'acquisition.

Alfred Hitchcock, les années Selznick - Disponible aux éditions Carlotta.

 

CAPTURES 

Edwards 1 La maison du Dr. Edwardes 

Paradine 2Le procès paradine 

Enchainés 2Les enchainés

commentaires

STban
07/07/2020 à 14:28

@Hank Hulé
Je suis d'accord avec toi sur le fait que le film a vieilli. Déjà pcq les théories psychanalytiques qu'expose le film ont pris un (bon gros) coup de vieux. Mais aussi la caractérisation des personnages : ils tombent amoureux en un instant, le peu de méfiance de Constance à l'égard d'un gars qui est potentiellement un assassin compulsif, le retour fulgurant de la mémoire de John… Et les raccourcis dans l'intrigues n'aident pas à la rendre très crédible (malgrè tout le respect que j'ai pour Alma Réville)
En revanche, la virtuosité du langage cinématographique d'Hitch' est toujours aussi aiguisée. Le placement et les mouvements de caméra et l'utilisation du hors champs me bluffent toujours autant !

Hank Hulé
07/07/2020 à 08:50

Ouais ben , la clinique du Dr Edwardes a pris un méchant coup dans la tronche : mollasson, répétitif, caricatural et balisé à mort. Me suis fait grave chier ! Et cette p... de scène de ski....

Numberz
06/07/2020 à 23:52

C'est ce que je disais la dernière fois. Tu payes certes la qualité, mais c'est un coffret de niche. 100euro pour 4 films, c'est pas à la portée de tous. Même si oui, c'est beau, c'est remastered.. Le travail est la. Mais ça fait cher.

Ded
21/01/2018 à 01:27

Excellent choix que de donner un coup de projecteur sur ce bel objet dont j'ai dévoré livre, films (redécouverts) et bonus (las, les nombreux extraits des entretiens entre Hitchcock et Truffaut en 1962 sont très pénibles à suivre pour les non anglophones car la traductrice parle simultanément avec le maître dont l'élocution sonore couvre sa voix respectueusement en sourdine. Il faut bien tendre l'oreille !). D'autre part, je me permet de préciser en contrepied de ce qui est susmentionné, que Grégory Peck, dans "le procès Paradine" n'était pas à la hauteur du rôle (il n'avait pas de "regard" comme l'a relevé Truffaut) et en a d'ailleurs gardé un souvenir amer. Hitchcock, lui, voulait Ronald Colman ou Lawrence Olivier car il ne trouvait pas du tout GP crédible en avocat bon teint de la Cour britannique.

Florian Descamps - Rédaction
20/01/2018 à 19:13

@Scqrface666 : C'est corrigé, petite erreur de frappe ! Merci ;)

Duffman
20/01/2018 à 17:48

@Scarfacce666

Je ne vois pas de quoi tu parles.

Tu ne savais pas que Hitchcock avait étudié le cinéma avec Xavier Dolan? :D

Scarface666
20/01/2018 à 16:49

@LaRedaction

Salut Ecran Large !

"13 août 1989".
Petite erreur dans la date de naissance nan ? ^^

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