Alléluia : un DVD avec de l'amour dedans

Simon Riaux | 8 mai 2015
Simon Riaux | 8 mai 2015

Alleluia avait beau être une des œuvres les plus marquantes de 2014 et l'une des incursions dans le genre les plus singulières vues depuis un bail, rares sont les spectateurs à l'avoir découvert en salles. L'édition DVD éditée par Wild Side en ce joli mois de mai est l'occasion idéale d'offrir au film une seconde vie méritée.

Présenté lors de la Quinzaine des Réalisateurs, Alleluia était attendu avec circonspection. Parce que Vinyan, le deuxième film de son réalisateur Fabrice Du Welz, avait été accueilli avec fraîcheur et qu'on avait peu de nouvelles de celui qui soulevait quelques années plus tôt de formidables espoirs avec Calvaire.

Mais la surprise fut là, et bien là. Histoire d'amour perverse inspirée par la descente aux enfers des Honeymoon Killers, portée par Lola Duenas et Laurent Lucas, Alleluia est une romance noire et granuleuse, forte, drôle et glaçante. Fabrice Du Welz y retrouve l'énergie incroyable qui caractérise son cinéma, la proximité bouleversante avec ses personnages qu'il impose au spectateur.

Difficile de ne pas évoquer la réussite plastique du métrage, véritable ode organique à la pellicule et au 16mm, qui ose des noirs profonds, explore les basses lumière et finit par nous emporter dans une ivresse parfois kaléidoscopique, quand la caméra ne nous offre pas de longues plages hallucinatoires.

C'est enfin la radicalité d'Alleluia qui nous touche, sa capacité à faire littéralement corps avec un récit qui ne cherche jamais à excuser ses protagonistes, à les justifier, mais simplement à nous plonger à leurs côtés, partager leurs tourments tour à tour simples et vertigineux. Et au cœur de ce chaos de chair et de sang surnage une douce folie, un humour qui emmène le récit vers les cîmes de l 'absurde et lui confère une grâce inattendue et ravageuse.

Ces qualités formelles et thématiques, le DVD édité par Wild Side parvient à les retranscrire avec une belle fidélité. Malgré les limites du format, la fidélité au matériau de base est remarquable, et même les fanatiques de la HD se rendront à l'évidence, le boulot effectué et remarquable. Ne serait-ce quelques faiblesses lors des séquences les plus rougeoyantes, il sera bien difficile de déceler de véritable diminution du métrage tel que nous l'avons découvert sur la Croisette.

On saura gré à Wild Side, malgré la difficulté de soutenir le film, distribué à peine dans quelques salles et donc méconnu du public, d'accompagner cette édition de bonus. Les scènes coupées tout d'abord, si elles n'apportent rien au récit et auraient probablement entaché son rythme, se révèlent plastiquement saisissantes. On pense notamment à celle située dans une boîte de nuit, qui évoque une variation autour d'une des séquences les plus saisissantes de Calvaire, ou à celle située dans une Morgue, qui fait écho au dernier acte d'Alleluia et confirme combien Du Welz est à l'aise avec un certain onirisme noir.

Les entretiens avec les acteurs s'avère touchants et rappellent combien le film fut porté par tous ses intervenants, et une foi dans le travail à accomplir tout à fait remarquable. Plus intéressant encore, le bref mais formidablement dense making of. S'il ne peut prétendre retranscrire le tournage dans son ensemble, il donne à voir quelque chose de l'atmosphère qui y régna, entre passion et franche camaraderie, le tout emmené par une confiance palpable.

Vous l'aurez compris, Alleluia est un sacré coup de cœur. On vous encourage d'ailleurs à retrouver le compte-rendu de notre entrevue avec le réalisateur, Fabrice Du Welz, au lendemain de la projection d'Alleluia dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs. Un entretien détonnant et électrique, à l'image de l'homme et de son film, OVNI brûlant et nécessaire.

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