OUT 1 - Blu-Ray : Un ticket pour le panthéon du cinéma

Florian Descamps | 2 décembre 2015
Florian Descamps | 2 décembre 2015

 Oeuvre fleuve restée invisible près de quarante-cinq ans, OUT 1 est enfin disponible en Blu-Ray. Dans un coffret orgiaque et spectaculaire ?

D'UN PROJET FOU...

À bien des égards, OUT 1 est une aventure unique. Initiée par Jacques Rivette en 1970, cette oeuvre-fleuve, sorte d’objet filmique non identifié qui prend sa source dans la révolution stylistique et culturelle qu’opérait alors la Nouvelle Vague, ne ressemble à aucune autre. Sa durée approche les 13 heures de pellicule, l’ensemble ne s’embarrasse d’aucun scénario, préférant une succession de citations artistiques et littéraires autour de sa note d’intention et, ses deux versions (dont la plus courte, SPECTRE, approche les 4h15), sont restées invisibles près de quarante-cinq ans.

Ainsi, Eric Rohmer disait à propos d’OUT 1 qu’il était « un monument indéboulonnable et essentiel de l’histoire du cinéma moderne » et, à l'occasion de cette ressortie Blu-Ray par Carlotta, cela se vérifie. Plus que de s'arrêter à de simples effets de style, Rivette questionne en effet le médium cinématographique, de ses acteurs et techniciens livrés à eux-mêmes aux prises de son résonnant en un joyeux artifice chaotique. Voir à ce titre Jean-Pierre Léaud déambuler benoitement dans les rues de Paris, Michael Lonsdale prendre les rênes d'une troupe d'improvisation ou la ville se métamorphoser à mesure que ses événements se déroulent, fascine. De sa structure instable et empruntée au roman Histoire des Treize de Balzac aux créations éparses de ses protagonistes, la démonstration de Rivette ne prend-elle pas vie que dans cette liberté ? Godard disait que le cinéma était un moyen d'expression dont l'expression avait disparu. Peut-être tient-on l'une des rares oeuvres qui s'évertuent à lui donner tort.

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... À SA RENAISSANCE...

Pour son coffret événement, Carlotta a donc une nouvelle fois vu les choses en grand. Scindant prioritairement l'oeuvre en 6 disques et 8 épisodes pour un meilleur confort, l'éditeur a en effet commandé aux laboratoires Technicolor une restauration 2K supervisée par Pierre-William Glenn (directeur de la photographie du film) et le résultat fait des merveilles. Le nouvel étalonnage impressionne de naturel, la définition s'avère savamment ciselée et le grain d'origine, inhérent à la pellicule 16mn utilisée sur le tournage, est resté intact. À l'exception de (très) rares sauts d'images sur l'épisode 3, l'ensemble approche la perfection. Côté son, difficile en revanche d'être critique avec les pistes sonores proposées sur les disques, les captations d'OUT 1 étant, comme abordé précédemment, des mises en oeuvre plutôt austères et naturalistes. On se contentera donc de reconnaître aux VF PCM 1.0 présentes, leur application à les restituer le plus fidèlement possible. Pour être complet, on précisera également qu'une piste d'audiodescription et des sous-titres pour sourds et malentendants sont disponibles sur chaque disque.


Au rayon des suppléments, un documentaire d'1h30 dirigé par Robert Fischer et sa Fiction Factory vient compléter le film. On avait déjà abordé la qualité de ses travaux à l'occasion de notre test du Blu-Ray de Streets Of Fire il y a quelques mois et force est de reconnaître que ce module ne déroge pas à la règle. Intitulé Les Mystères de Paris : Out 1 de Jacques Rivette revisité, il convoque une large partie des équipes techniques autour de leurs apports personnels. On retrouve Michael Lonsdale délivrant quelques infos sur ses scènes d'improvisation, Hermine Karagheuz s'intéressant à la scène culte des miroirs de Bulle Ogier, mais aussi de nombreuses interviews d'époque de Jacques Rivette qui, déjà 25 ans après la sortie du film en 1990, rappelait ô combien il tenait à voir son oeuvre perdurer. 


... PUIS À SES MOTS.

Restera alors le livre de 120 pages également proposé par le coffret et probable quintessence du projet accompli par Carlotta. Outre une préface du producteur du film Stéphane Tchal Gadjieff empruntée aux Cahiers du Cinéma, divers témoignages de Jean-Pierre Léaud, Michael Lonsdale, Bernadette Lafont, Bulle Ogier ou Juliet Berto et de nombreuses annotations autour du film (parmi lesquelles on apprend en autre que la version courte d'OUT 1 prit le nom de SPECTRE parce que n'existant que comme « fantôme » de la version longue Noli me tangere aux yeux de Rivette), deux chapitres éveillent particulièrement l'intérêt : les dizaines de photographies de plateau de Pierre Zucca, qui nous replongent dans l'ambiance particulière du tournage et, surtout, l'essai de l'historien Jonathan Rosenbaum sur le film, où l'auteur nous gratifie d'un texte passionnant et éminemment complet. Des prémices du projet dans l'esprit de Rivette aux raisons de son nom (OUT 1 s'appelait à l'origine OUT, contraire de « IN » en anglais, soit le voeu pour le réalisateur de se tenir loin de tout effet de mode), en passant par l'analyse des diverses expérimentations faites sur le tournage, il finit de donner au coffret le statut d'achat absolument indispensable.

 

captures supplémentaires

Résumé

Sans surprise, ce coffret Blu-Ray/DVD d'OUT 1 paru chez Carlotta s'avère donc une édition remarquable. Le mérite à une facture technique solide et des suppléments passionnants.

commentaires

Lane48
02/12/2015 à 11:46

Belle expérience de cinéma, certes, mais bien datée et glorieusement emmerdante. Le varech de la nouvelle vague.

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