Mektoub My Love : critique poum poum short

Créé : 20 mars 2018 - Simon Riaux

Après une post-production rocambolesque, qui vit le réalisateur et ses producteurs s’affronter en justice, Mektoub My Love trouve finalement le chemin des salles. Précédé d’une réputation venue de la Mostra de Venise, où il fut parfois perçu comme un condensé de clichés masculins, ainsi que d’une horde d’exégètes extatiques, le film se révèle enfin.

 

Photo Shaïn Boumedine, Ophélie Bau
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MY SUMMER OF LOVE

Les cinéphiles en manque de Kechiche depuis La Vie d’Adèle devraient être aux anges. En suivant les pas d’Amin, venu retrouver les siens le temps d’un été d’alcool, de drague et de baignades aux abords de Sète, il précipite à l’écran la quasi-totalité de son cinéma et de ses thèmes. Sur le papier, on retrouve ici la confrontation des origines de L’Esquive, la caméra obsédée par les courbes du corps féminin de La Vénus Noire, la fascination de La Vie d’Adèle pour le saphisme de supermarché et la fièvre initiatique de La Graine et le Mulet.

 

Photo Hafsia HerziHafsia Herzi  

 

Le programme est donc riche, et on sent combien le metteur en scène maîtrise certains items immédiatement reconnaissables de son corpus. Grâce à une photographie élégiaque et toujours cohérente, il peut scruter les affects changeant de ses personnages, les corps désirants, les cœurs hésitants. Il s’attache avec gourmandise aux carnations, comme si le parcours sinueux d’une goutte iodée sur quelques centimètres carrés de peau témoignait des affres de la passion.

Ses ruptures de ton ont la célérité d’un arc électrique, sa célébration des corps, d’un féminin sacré érigé en valeur suprême et symbole d’un été sans cesse renouvelé frappent (à nouveau) par leur force. On a beau connaître tous les trucs du réalisateur, force est de constater qu'ils fonctionnent presque toujours et charrient une nouvelle fois une puissance dramatique qu’il paraît le seul capable de conjuguer.

 

Photo Shaïn Boumedine

Un des -nombreux - trio amoureux du film

 

POETIQUE DE LA MEULE LAITIERE

Mais si Abdellatif Kechiche nous étourdit de vertiges sensuels, Mektoub My Love souffre également des défauts habituels des propositions du cinéaste. Plus problématique, il donne souvent le sentiment d’avoir bâti son œuvre à la va-comme-je-te-pousse, comme si sa maîtrise enivrante du cinéma du désir pouvait le dispenser de bâtir une narration digne de ce nom.

Séquences à rallonge, répétitions, interprétation parfois en roue libre, construction dramatique roborative tant elle est frontale et parfois lourde : le film de Kechiche est une nouvelle fois un métrage qui joue sur la reddition du spectateur. Et cette volonté de toucher le public si et seulement s’il lâche prise trahit autant de maîtrise que de simplisme.

 

Photo Lou LuttiauImpressionnante Lou Luttiau

 

Car au bout de trois heures, difficile de séparer l’émotion de l’épuisement, le vertige du haut-le-cœur. Une confusion qui joue contre l’ensemble, et que l’on retrouve dans la vision des femmes de l’auteur. Non pas que son regard, ultra-masculin, soit problématique par essence, Kechiche est absolument fondé à raconter le regard enamouré d’un jeune homme, mais on se lasse de le voir recycler quantité de poncifs et de symboles confinant au clicheton épais. Mektoub My Love aurait pu s’imposer comme un sommet de sa carrière si le film avait tenté d’échapper à certaines représentations, plutôt que de s’y complaire et de sacrifier là une grande partie de sa puissance dramatique.

 

Photo

Résumé

Les amateurs du cinéma de Kechiche apprécieront la formidable sensualité de cet opus organique, quand les autres regretteront les effets de redite d'un film trop long et stéréotypé.

commentaires

Chris. L 05/04/2018 à 17:30

Certes les filles et les garçons possèdent une belle plastique! Mais" dialogues" navrants, creux, répétitifs sans consistance, scénario pauvre et interprétation sans relief (sauf pour la danse et la drague!!)
Très déçue par ce film (suis sortie avant la fin) mais il en faut pour tous les goûts...

Iban 01/04/2018 à 21:23

Commentaire précédent lamentable! On peut ne pas aimer le film mais de là à utiliser de tels arguments..... Décidément l ordre moral revient au grand galop.

Le rol’ 20/03/2018 à 17:20

Que l’on aime ou pas son cinema, Il reste le digne representant d’un Pialat.
Ses films, parfois imparfaits, restent ambitieux et resteront avec le temps.
C’est un auteur dont le cinema hexagonal a absolument besoin.

Hank Hulé 20/03/2018 à 11:39

il est pas encore en taule celui-là ?
Avec son poto Brisseau ?
Vive la France !

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