Bumblebee : critique Transformeilleur

Geoffrey Crété | 24 décembre 2018 - MAJ : 24/12/2019 15:19
Geoffrey Crété | 24 décembre 2018 - MAJ : 24/12/2019 15:19

Bumblebee repasse ce soir sur Canal + à 21h05

Après cinq Transformers réalisés par Michael Bay, les robots évoluent. C'est du moins le grand argument marketing de Bumblebee, premier spin-off de l'univers inspiré par les jouets Hasbro, sorte d'origin story qui se déroule dans les années 80, autour d'une adolescente incarnée par Hailee Steinfeld. Avec pour la première fois un autre que Michael Bay derrière la caméra, puisque le blockbuster est réalisé par Travis Knight (Kubo et l'armure magique). De quoi espérer une renaissance de la franchise ?

LA COCCINELLE REVIENT

Premier film sans Michael Bay, qui a réalisé tous les épisodes, de Transformers en 2007 à Transformers 5 : The Last Knight en 2017. Premier spin-off de la saga, sous forme d'origin story puisqu'il se déroule en 1987, avant tous les autres. Première fois qu'une héroïne mène l'aventure, après trois Shia LaBeouf et deux Mark Wahlberg. Premier film de la franchise de moins de deux heures.

Bumblebee a tout d'un redémarrage de la saga des gros robots, surtout après le cas Transformers 5 : avec environ 605 millions encaissés au box-office, il a marqué le pire score de la saga, a marqué une chute dramatique après le 1,1 milliard de Transformers 4 : L'âge de l'extinction, et a donc indiqué que la formule devait changer. Du moins en surface.

 

photo, Hailee SteinfeldDonne moi ta main, et prend la mienne

 

Voici donc Charlie, une adolescente de 18 ans qui vit vers San Francisco, à la fin des années 80. Depuis la mort de son père, Charlie n'est pas très en forme. Mais Charlie va rencontrer une coccinelle jaune, qui n'est autre qu'un Transformer qu'elle nommera Bumblebee. Charlie va aider Bumblebee à affronter les méchants Decepticons, qui menacent de détruire la Terre, et Charlie va au passage trouver un véritable ami qui lui redonnera le goût de vivre. Elle est donc l'héroïne d'un film Transformers très classique, qui remplace la débauche d'effets de Michael Bay par un discret parfum eighties pas bien excitant.

 

photo, Hailee Steinfeld Sois sage et obéis, ça ira

 

THE NEW KNIGHT 

Le premier bon signal de Bumblebee est le choix de Travis Knight pour prendre la relève de Michael Bay, qui reste producteur. C'est son premier film live, mais il a brillé dans l'animation chez le studio Laika, en œuvrant sur CoralineL'Étrange pouvoir de Norman et Les Boxtrolls avant de réaliser Kubo et l'armure magique. Autant de preuves d'un véritable savoir-faire, d'un imaginaire et d'une capacité à donner de la vie et du coeur aux créatures les plus étranges.

Si la saga a au fil des épisodes plongé dans la surenchère d'explosions, poursuites et affrontements toujours plus gras et titanesques, au point de devenir une gigantesque bulle abstraite et bruyante, Bumblebee rétropédale clairement. L'aventure n'est plus à une échelle mondiale ou galactique, malgré une ouverture et des enjeux spatiaux : c'est celle de Charlie et Bumblebee, une fille et un robot qui sont tous les deux des mômes perdus et abîmés.

 

photo, Hailee SteinfeldBumblebee téléphone maison

 

Elle a perdu son père et se cherche, il a perdu sa mémoire et sa famille. Et ensemble, ils vont se reconstruire, et se relever. C'est une dynamique bien simplette et hollywoodienne, écrite avec de très grosses ficelles (mention spéciale au plongeon symbolique), mais qui témoigne d'un désir de reposer des fondations plus humaines. Bumblebee ressemble à bien des niveaux à un remix du premier Transformers, avec l'accent mis sur l'émotion.

E.T. L'Extra-Terrestre et Le Géant de fer sont clairement des sources d'inspiration, et le choix de Hailee Steinfeld va dans ce sens. En castant une actrice talentueuse, nommée aux Oscars pour True Grit des frères Coen et qui a brillé depuis dans le teen movie (notamment The Edge of Seventeen), le studio a misé sur une certaine modernité, en phase avec son époque. En plus de l'atout évident d'avoir une comédienne si solide pour tenir une histoire si basique. 

 

photo, Hailee Steinfeld Hailee Steinfeld embrasse son chèque son ami

 

QUE LE SPECTACLE RECOMMENCE 

La conséquence directe de ces choix est la chute radicale du potentiel spectaculaire. Ceux qui étaient rassasiés et comblés par le bruit et la fureur d'un Transformers 3 ou Transformers 4 devraient être blasés face à ce qui semble être un petit spectacle, avec un taux d'explosion en très nette baisse. Hormis deux trois poursuites et images explosives, il n'y aura que le climax pour offrir le quota habituel de pyrotechnie, et à un niveau moindre après les ambitions de l'ogre Michael Bay

Bumblebee a coûté moins cher que tous les autres Transformers (entre 100 et 120 millions, loin des 230 de Transformers 5), et c'est évident à l'écran tant l'aventure est plus terre-à-terre. Tout le cahier des charges semble avoir été revu et recadré, calmant le jeu au niveau des effets de style, du montage et du son, qui étaient devenus des armes visant les neurones et les oreilles entre les mains de Michael BayTravis Knight a beau ne pas avoir l'espace pour véritablement exister, et donner de la personnalité au film, celui-ci ressemble à un vrai film.

 

photoDeux robots regardent un robot dans un film conçu par des robots un studio

 

Cette nécessité d'avancer et redessiner les contours de la saga vire même à la bataille méta à l'écran. Avec ses gros muscles, ses blagues débiles et ses neurones atrophiés, le personnage de militaire bourrin et abruti de John Cena semble sortir de l'ancienne époque Transformers. Le voir attaquer d'office tout ce qui bouge ou sortir des répliques ridicules, mises en scène avec une conscience aigüe du grotesque, rejoue dans l'histoire ce passage de flambeau.

Lorsqu'à la fin, après avoir passé à peu près tout le film à courir après deux ados pour être humilié, il adresse un salut militaire à Bumblebee, celui-ci lui répond avec un signe nettement moins solennel, tout droit sorti de Breakfast Club. C'est un signal clair qu'une page a été tournée, et que ce faux premier degré qui a ravagé la saga au fur et à mesure, est enterré, et mérite sûrement d'être moqué. Si quelque chose doit maintenant être pris au sérieux, c'est les personnages, et leurs petits cœurs. 

 

photoEt paf le chien

 

Inutile néanmoins d'espérer que Bumblebee s'élève au-dessus de la masse des blockbusters banals. Même de jolies idées sur le papier (réanimer Bumblebee pour rattraper le trauma du père décédé d'une crise cardiaque) sont exécutées sans grande passion, quand tout l'aspect nostalgique est traité par dessus la jambe, hormis quelques courts moments amusants à base de tubes des années 80. Même chose pour le teen movie totalement ignoré, qui va jusqu'à présenter mais parfaitement oublier la pouffe et le beau gosse du lycée. Bumblebee a beau avoir une carrosserie un peu moins ringarde, la vieille machine qui se cache derrière reste la même.

  

Affiche française

Résumé

La saga Transformers tente un rétropédalage à la sauce eighties pour se racheter une conduite, et se recentrer sur une formule plus pure et simple. Après une ère Michael Bay qui a atteint des sommets d'overdose, c'est un bon signal. Bumblebee est donc un film moins pire, mais pas forcément un bon film.

Lecteurs

(4.2)

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commentaires

Flo
31/01/2020 à 12:48

Très Bon, eul’ Bee…

Enfin, fini les errances des précédents Transformers… Michael Bay ayant laissé tombé tout intérêt depuis la fin du 2, enchaînant les suites avec 2-3 pistes narratives mais sans plus aucune cohérence, et sans plus aucunes ambitions autres que le laisser s’amuser avec sa caméra, à tout faire péter et virevolter… et prendre l’argent au passage.
L’émotion, l’intelligence et une lisibilité aux abonnées absentes. Il s’en fichait, et ça se voyait vraiment, ne nous mentons pas…

Là, un peu comme un remake du 1, on repart sur l’histoire typique d’ado américain et de sa première voiture/ami, sur une ambiance très Spielberg/Amblin/John Hugues des 80’s, mélangé avec une bonne pincée du Géant de Fer…
Tout y est aussi crédible que si on regardait un film sortant vraiment à cette époque. Pas d’effet de mode, les réals et producteurs d’age moyen parlent ainsi de l’époque où ils étaient enfant/ado, c’est comme ça…

On voit bien que le réalisateur, Travis Knight, est un gars venant de l’animation, donc sachant faire exister ses personnages « artificiels » en le rendant très expressifs (un défaut des anciens films)… ce qui est plus simple en commençant avec l’Autobot le plus « rond » de tous, le plus proche d’un humain.
Et ne parlant pas, donc communiquant plus avec les gestes, ce qui se rapproche plus de l’essence visuel du cinéma dès le Muet…
Avec en plus un style de combat plus proche encore des arts-martiaux (rappelant le précédent film de Knight, le magnifique « Kubo et l’armure magique »), voir du catch (référence à John Cena?)…
Bref, on n’a plus du tout un tas de CGI qui prennent des poses et placent des phrases sentencieuses ou gaguesques, tendances beauf américain… On ressentirait plus les jouets d’origine, en fait…

On voit aussi surtout que Travis Knight a mis du sien dans le personnage de Charlie, ado des années 80 comme lui, avec des goûts particuliers mais qui la mettent ainsi à l’écart de tous. Qui plus est (dans l’histoire), en Deuil et incapable de trouver sa propre voie… Et avec cette très belle idée de communiquer avec ‘Bee par ce que la musique permet de révéler personnellement, que l’Autobot finira par intégrer comme moyen pour parler.

On peut alors regretter un peu que, défaut similaire à un film comme Venom, l’histoire commence en se focalisant trop sur l’histoire d’aliens arrivant de l’espace avec gros fracas (c’est pas vraiment E.T.) plutôt que sur l’intimisme lié à celle de Charlie…
Certes, ça permet de mieux faire la transition par rapport aux films Transformers… Mais c’est surtout que, en montrant ‘Bee comme un vétéran d’armée, blessé et traumatisé, il aurait peut-être mieux valu une séquence introductive qui soit plus sombre et violente, toute proportions gardées (c’est un film pour enfants, mais on peut suggérer sans montrer).
Du coup, le parallèle avec ces militaires humains revenus des combats, se bornant à faire du Paint-Ball et forcés de se battre encore… avec juste quelques blessés comme prétexte…
Et bien ça peut sembler trop mince pour mieux appuyer un quelconque intérêt dramatique.
Dommage, car mêler le classique Coming of Age Story à la John Hugues avec du Rambo, ça semblait bien audacieux.

Ne reste que le coté touchant fonctionne, que Hailee Steinfeld est excellente de naturel et d’énergie comme à son habitude, que sa famille « relou » et son pote/sidekick sont bien cool, que même John Cena arrive à transcender les stéréotypes épais de son jeu (les 80’s lui vont très bien à lui aussi), qu’on a aussi droit à quelques easters eggs pas trop forcés (on voit très vite le jeune Simmons)…

Du coup, on peut avoir surtout l’impression d’avoir un film du niveau d’un X-Men First Class… C’est à dire supposé prequel, efficace à fond, mais en fait plutôt « reboot » encore non officiel.
Ainsi, on reste encore dans le manque de cohérence de la saga Transformers… mais là, on s’en fiche, car ce n’est pas le sujet.

Pour un premier film en Live Action, le boulot est de qualité, spectaculaire sans être abrutissant, même si sans surprises…
Et finir l’année (ou bien la commencer ???? ) avec un film d’action pour enfants qui ne soit ni vulgaire ni bêta, et avec surtout une belle intelligence émotionnelle… qui aurait cru qu’un Transformers y arriverait ?

Juste pour ça, un grand Merci ! ????

sylvinception
27/12/2018 à 14:50

"Hailee Steinfeld embrasse son chèque"
Ah ah ah excellent!!

FafanLeFanu
14/12/2018 à 11:56

@Geoffrey. Merci pour votre réponse. Je suis curieux de voir dans quel projet Travis Knight se lancera par la suite ou s'il persistera dans le live ou reviendra à l'animation.

Quentincuillier93
13/12/2018 à 14:29

Le fait qu'il n'y ait pas de p*te sortie du mannequinat rend déjà le film meilleur que tous les autres.

Geoffrey Crété - Rédaction
13/12/2018 à 11:17

@FafanLeFanu

Toujours difficile de connaître ces détails, mais dans les faits : le scénario était là en novembre 2016, et Knight a été officiellement engagé en mai 2017. Pour un tournage fin juillet. On vous laisse donc imaginer à quel point il a pu apporter des choses sur un projet de cette envergure.

FafanLeFanu
13/12/2018 à 10:50

J'avoue j'en avais un peu rien à faire des Transformers, j'ai lâché l'univers après le 3, mais j'attendais curieux et un peu impatient ce Bumblebee depuis l'annonce de Travis Knight aux commandes. Mais visiblement il n'a pas pu vraiment s'imposer face aux impératifs du studio (cette nostalgie 80's quelle audace...), et j'imagine qu'il est arrivé alors que le script était déjà verrouillé. Ou on sait si il a participé au développement, et dans quelle mesure?

Geoffrey Crété - Rédaction
13/12/2018 à 10:08

@Sébastien

Vu la somme de pépites, découvertes et chocs ciné chaque année, on va très bien ici, merci.

Raoul
13/12/2018 à 09:37

L'honneur est sauf, la nana porte le débardeur blanc trademark de la série.

Sébastien
13/12/2018 à 02:30

Dur dur d'être critique de cinéma dans la pire époque cinématographique des 40 dernières années.

Jonathan
12/12/2018 à 22:52

Dommage que ce soit une vieille coccinelle dégueu, j'aurais bien voulu revoir la vieille Camaro qu'on voit au début du premier film.

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