John Wick : Parabellum - critique avec des trous de balles

Simon Riaux | 13 mai 2019 - MAJ : 13/05/2019 17:48
Simon Riaux | 13 mai 2019 - MAJ : 13/05/2019 17:48

Après avoir vengé son chien puis retourné le monde clandestin qu'il quitta jadis dans le premier volet, John Wick voit sa tête mise à prix dans John Wick 2. Le tueur surdoué interprété par Keanu Reeves parviendra-t-il à trouver la paix à l'issue de Parabellum réalisé par Chad Stahelski ?

UN TUEUR SOUS INFLUENCE

Le précédent chapitre des aventures de John Wick s’ouvrait sur un plan en forme de note d’intention. Une rue richement éclairée accueillait une projection sauvage d’un film de Buster Keaton, brusquement interrompue par le dérapage chaotique d’une moto, bientôt suivie de son propriétaire, puis d’un John, pantin surarticulé en quête de vengeance. Toute l’ambition cinéphile, tout l’amour des corps en mouvement de Chad Stahelski tenait dans cette ouverture gourmande.

De retour au poste de metteur en scène, le cinéaste reproduit ce dispositif, embrayant quelques minutes à peine après la conclusion de John Wick 2. Nous retrouvons Keanu Reeves, hagard et à bout de souffle, évoluant péniblement sous une pluie battante, constellée d’éclats de néons fluorescents, alors que des hordes d’assassins s’apprêtent à exécuter la sanction d’excommunication dont il a été frappé.

Sitôt John Wick : Parabellum entamé, le doute n’est plus permis : nous irons en terres asiatiques, ainsi que le promet cette équation qui invite à bord aussi bien John Woo que Johnnie To, les combattants de The Raid que les ruelles saturées de Blade Runner.

 

photo, Keanu ReevesKeanu Reeves se mouille

 

Une promesse honorée via une première demi-heure en tout point prodigieuse. Les amateurs auront dès les bandes-annonces reconnus un hommage évident à The Villainess, il ne s'agit là qu'une des révérences les plus sobres de l'aventure, qui n'hésite pas lors de son final épuisant à piocher avec fièvre dans les délires les plus cramés du jeu vidéo à l'ancienne.

Entre un décor qui évoque clairement les décors finaux de plusieurs Streets of Rage et des adversaires qui rappelleront aux joueurs de la saga Uncharted la sueur froide de croiser un flingueur blindé, tout est fait pour continuer de renouveler la franchise, désormais en perpétuelle surtension.

 

photo, Keanu ReevesUn Keanu mouillé, c'est un Keanu heureux

 

MON WICK ET MON COUTEAU

La complexité des chorégraphies atteint ici un degré inédit au sein de la saga, le film s’évertuant perpétuellement à casser leur routine, renouveler leur rythme, cassant leurs règles en transformant soudain l’environnement, ou l’armement des protagonistes. Preuve en est avec l’injection brutale et réussie de quantité d’armes blanches, couteaux et sabres en tête, qui renouvellent totalement la manière dont John doit appréhender le décor, évoluer et massacrer ses adversaires.

 

photo, Keanu ReevesDes risques du stationnement en double-file

 

Le plaisir retiré de cette première immersion au cœur de la violence est incommensurable. Le moindre geste se fait dévastateur, chaque éventration réjouit, le moindre œil arraché éclabousse l’écran de grosses gouttes de bonheur.

Aussi généreux cinéphage (il ne situe pas un pan essentiel de l’histoire à Casablanca pour rien) que technicien accompli, Stahelski ose se mettre systématiquement en danger, alors que ses scènes d’action versent progressivement dans la folie pure, mêlant mouvements de caméra millimétrés, cascades délicates, interactions innombrables entre premier et second plan, le cinéaste n'hésite jamais à remanier styles et approches, générant toujours autant d'admiration plastique que de sincère surprise.

Décidé à repousser toutes les limites humaines de la baston, Keanu Reeves fait feu de tout bois afin de régler la question de la surpopulation terrestre en deux petites heures. Entre ses mains, la mort se fait festival cartoonesque et gorasse, à l’impeccable inventivité. Qu’il démastique une mâchoire à coup de bouquin, exfiltre un cerveau grâce à des sabots ou rappelle à la population marocaine que le berger allemand n’est pas le meilleur ami de l’homme, Wick fait couic.

 

photo, Keanu Reeves"J'ai dévoré cette édition"

 

STOP OU ENCORE

Si on tient avec Parabellum l’épisode le plus incroyablement spectaculaire et revigorant de la franchise, c’est malheureusement la première fois que cette dernière flanche franchement d’un point de vue narratif. Arrivé à la moitié du métrage, Chad Stahelski n’a plus rien à raconter, et a le plus grand mal à le dissimuler.

Alors que notre héros décide de se confronter aux maîtres de la Grande Table, un constat amer se fait jour : non seulement le but, le fonctionnement et la raison d’être de l’organisation sont incompréhensibles, mais la bêtise des personnages devient rapidement le seul moteur de l’action.

Comme pour bien nous signifier l'inanité de ce qui fait office de scénario, chaque personnage secondaire, aussi réussi et haut en couleur soit-il, finit éjecté du récit, ou traité comme un fusible narratif encombrant. Anjelica Huston est réduite à un dialogue magnétique et une pirouette en forme d'hommage à Only God ForgivesHalle Berry pulvérise l'écran avant d'être réduite à un rôle de GPS de luxe, quant à Jerome FlynnSaïd Taghmaoui et Laurence Fishburne, le script les traite avec le respect d'un labrador en surpoids pour un lampadaire au soleil.

 

Photo Laurence Fishburne, Ian McShaneOn imagine leur tête en lisant le scénario

 

Dès lors, le film laisse une place inédite à l’humour, voire à l’auto-parodie. Le personnage de vengeur incarné par Mark Dacascos se transforme progressivement en Bozo le clown, Keanu Reeves multiplie les clins d’œil au public, jusqu’à l’ultime séquence, en forme de gag qui piétine de manière embarrassante la progression des deux précédents chapitres.

Mais ce qui laisse définitivement un goût amer, c’est l’absurdité avec laquelle le personnage de Ian McShane est traité, transformé en cheville scénaristique dépourvue de logique ou de sens au nom d'un twist salement foireux. Chad Stahelski avait tout le talent pour conclure son opéra meurtrier en apothéose, Mais John Wick : Parabellum préfère se muer en simple épisode, plaisant mais vain, au sein d'une franchise au potentiel tentaculaire.

 

Affiche française

Résumé

L'épisode le plus hallucinant de la saga en termes d'action se révèle aussi le plus faible sur le plan dramatique. Mais John Wick : Parabellum n'en demeure pas moins un euphorisant cartoon gorasse.

commentaires

charkov
17/06/2019 à 01:01

excellentissime de bout en bout..........

Azzu
13/06/2019 à 23:13

Franchement déçu, je ne suis pas sorti diverti. En plus l'épisode n'apporte rien : on peut l'effacer et passer au 4 quand il sortira c'est pareil.
OK il y a des scènes d'actions cool mais Il faut 1 h de fight et d'introductions de personnages secondaires pour placer un contexte évolutif. Je ne suis jamais rentré dedans tellement ça manque de logique. En plus le tout premier combat, à la bibliothèque est bourré de défauts de chorégraphie.

Ça parle de règles mais au final un bon vieux "tue ce mec pour moi" sert visiblement de bonne monnaie d'échange. 2/5

Salut
12/06/2019 à 00:54

J’ Hate de voir si je me fi au commentaire des autre ca va bouger pas a peut près il va i avoir de l’action

Marc
24/05/2019 à 20:48

Les points que j'ai apprécié les combats les clin d'œil à MATRIX le retour du duo Morpheus et Neo , John Wick le meilleur film d'action dans le genre . Le combat de fin trop long.
Foncer le voir !

Solo
24/05/2019 à 14:30

Quel film mes amis du jamais vu une inventivité hors norme la scène de la bibliothèque est remarquable aucun ralenti jets d'armes blanches a vitesse réelle mais comment font'ils? bravo aux dresseurs de chiens ,et mention spéciale a halle Berry et Keanu Reeves vivement le bluray.

Shadow
22/05/2019 à 19:27

Le premier restera le meilleur.

Phil
19/05/2019 à 13:47

J’ai vu film en avant premiere vendredi soir.
Bon, comment être objectif alors que je suis fan de la franchise...?
Ce troisieme volet reste tjrs aussi magnifique visuellement et les choregraphies sont juste au top. La scene avec la moto et juste bluffante, et tout comme l’equipe d’EL je me demande comment ils ont fait.
L’humour est bien plus present que d’habitude mais ça passe bien. On retrouve cet humour en plein combat, et dans quelques repliques purement style film d’action.
On en apprend un peu plus sur l’origin story de John et ça c’est sympa.

Bon maintenant l’autre partie du film reste assez vide. Le scénario est juste un idée sur un post-it. Il y a une petite incohérence dès le début du film mais je vous laisse en juger par vous même.
Le scenario suit son fil conducteur qui est juste un pretexte pour bastonner. En mm temps john a la quasi totalité du monde sur son dos. Le côté machine de guerre fait bien rire, mais des fois on se demande comment le gars fait a supporter tout ça tellement il s’en prend plein la gueule et ne se repose jamais. Il y a aussi une pseudo sous histoire, qui est bien ma negocier. Le fait de voir le grand manitout dans le desert me fait bien penser qu’il doit y avoir quelque chose de similaire dans ce bas monde mais c’est vraiment mal foutu sachant que l’organisation secrete et omnipresente dans le monde et se laisse berner par une seule personne.


Je vais m’arrêter ici.

Ce volet numero 3 n’est pas le meilleurs de la franchise , mais reste jouissif a souhait tant on kiff les bastons et la violence de celles-ci.
L’humour est un plus qu’il manquait un peu à la franchise. On est loin du premier et de son côté froid, class et violent.
On est sur de le retrouver pour plus tard et ce serra avec grand plaisir malgré la baisse de qualité. Mais c’est ce qu’in aime chez John Wick

Charles
18/05/2019 à 08:35

Je suis sorti de la salle lorsque John Wick s'est coupé un doigt. Pourtant j'attendais avec impatience ce troisième volet, les deux premiers épisodes étaient parfaits. Ici, rien ne va, le Boss du Continental qui arrête le temps sur la place semblait être plus important qu'un simple serviteur de la Grande Table, le Boss de celle-ci est au milieu du désert et commande le monde.
Bref...

Meh
15/05/2019 à 15:52

J'ai repensé en lisant les commentaires, à la série The Punisher, et à l'état déplorable(ment réaliste ?) dans lequel était parfois Frank Castle après certains affrontements. Ceci dit, c'est une série, donc beaucoup plus de temps pour se (re)poser. Il faut prendre en compte que malgré l'aura du Punisher, John Wick est aussi décrit et vu par ses pairs comme un quasi-monstre surnaturel (le tueur du Baba Yaga, à la détermination infaillible), un statut qu'il faut assumer à l'écran, sous peine de perdre en street crédibilité. Toute cette réflexion pour dire que j'attends de voir John Wick 3 avec impatience et que je pleure la fin de The Punisher.

snake88
15/05/2019 à 10:18

Le truc c'est que malgré le potentiel de l'univers, Derek Kolstad, le scénariste, vient quand même du DTV (cf.fiche IMDB) donc faut pas s'attendre à monts et merveilles de sa part...
Sinon d'après votre critique,ce volet lorgne vers la folie kinétique et l'excellence chorégraphique de The Raid (dont il pique d'ailleurs deux acteurs) donc vivement !!!

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