Adults in the Room : critique qui se fait un Grec

Simon Riaux | 11 août 2020
Simon Riaux | 11 août 2020

Grand cinéaste politique et président de la cinémathèque Française, Costa-Gavras retrouve son pays natal à l'occasion de Adults in the Room, qui retrace l'entreprise de domination de la Troïka sur les insitutions grecques. Assiste-t-on à la renaissance d'un cinéaste majeur des années 70 ?

ON SE FAIT UN GREC

Après 7 ans de crise, puis de mise sous tutelle par la Troïka, la Grèce est asphyxiée. Leader d’une formation politique de gauche dite radicale, Alexis Tsipras nomme Yanis Varoufakis au poste de ministre des Finances avec comme objectif la restructuration de la dette grecque, et le maintien dans la zone euro. C’est le récit de ce spectaculaire échec, qui vit Varoufakis se casser les dents sur l’Eurogroupe, et Tsipras trahir tous ses engagements électoraux, que narre aujourd’hui Costa-Gavras. Un sujet qui n’est pas sans évoquer un de ses derniers films, Le Capital, de sinistre mémoire.

Mais le réalisateur, contrairement à la matière fictionnelle qui constituait le cœur de ses efforts depuis Amen, a pu s’appuyer sur un matériau bien particulier, à savoir les transcriptions opérées en secret par l’ancien ministre, alors même qu’il ferraillait contre des fonctionnaires européens décidés à faire éponger par les citoyens grecs les dettes des banques françaises et allemandes. Fort de cette base, aussi explosive que surréaliste, le metteur en scène peut dès lors dérouler un dispositif dramaturgique simple, mais quasiment irrésistible.

 

photo Les dindons de la farce

 

Plutôt que de tenter d’inventer une caractérisation grossière à ses personnages, ou de simplifier à outrance des enjeux économiques extrêmement complexes, Costa-Gavras fait perpétuellement confiance au public, qu’il immerge dans les négociations qui présidèrent au destin des Grecs. Les termes techniques pleuvent, et à la faveur de longs plans, baignés dans la lumière crue des néons, où les seules couleurs à percer sont celles des pochettes tristounettes d’attachés parlementaires sous Lexomil, le réalisateur donne à ressentir toute la violence de la situation, son implacable absurdité.

Le sentiment d'écrasement est décuplé, et la répétitivité des termes techniques ou des néologismes permet au spectateur de décoder progressivement les enjeux, les euphémismes, demeurant toujours formidablement actif dans le décodage d'une escroquerie sans précédent.

 

photoUne joute oratoire éreintante

 

ESCROPOLE

Alors qu’il étire l’action, dilate chaque échange, chaque âpre négociation, pour faire lâcher un peu de leste à l’Eurogroupe, le scénario donne à voir les rouages d’un système financier non seulement inique, mais aux appétits, aux réflexes, incroyablement primaires. Quand il établit à la faveur d’une mise en scène aride, ramenée à l’os, la stratégie de prédation à l’œuvre, Adults in the Room retrouve la verve engagée des grands thrillers politiques des années 70, avec une acidité qu’on ne connaissait plus à Costa-Gavras depuis au moins une quinzaine d’années.

Cette radicalité dans le propos s’accompagne d’une malice plus que bienvenue du côté du casting, et en particulier du côté des figures antagonistes. S’il respecte scrupuleusement le déroulé des négociations, le film investit le terrain de la représentation avec un art du pas de côté et de la caricature qui amuse souvent. Voir Emmanuel Macron portraituré en petit crapaud de suavité contrariée ne manque pas de sel, quant aux portraits de Michel Sapin et Pierre Moscovici, déficients bubons d’un état cacochyme, ils sont campés avec gourmandise par Vincent Nemeth et Aurélien Recoing.

 

photoWolfgang Schaüble, un allemand pas franchement coulant

 

On regrettera simplement que ce cinéma politique et maîtrisé, qui n’est pas sans rappeler la sécheresse de celui d’Yves Boisset, se révèle parfois trop chiche quand il doit creuser ses deux protagonistes principaux. Un peu trop héroïsé, Varoufakis manque parfois de chair, ou tout simplement de doute, quand l’interprète de Tsipras n’a pas le temps de nous laisser ressentir l’ambiguïté et la progressivité de sa trahison idéologique.

La dernière séquence du film, peut-être la plus belle, qui emporte le récit vers l’abstraction le temps d’une danse surréaliste, témoigne d’ailleurs d’un impensé regrettable. Si Adults in the Room expose bien la logique bien rodée des prédateurs, il ne donne pas toujours à comprendre pourquoi leurs proies cèdent.

 

Affiche officielle

Résumé

Sans jamais simplifier ni amoindrir les enjeux de son sujet, Costa-Gavras livre un de ses meilleurs films, une attaque frontale contre la politique européenne et sa logique de prédation libérale. Passionnant, malgré quelques carences dramaturgiques dans un dernier acte un peu précipité.

Lecteurs

(1.5)

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commentaires

Marco du 95
14/08/2020 à 14:42

Personnellement, j'ai beaucoup apprécié ce film militant de Costa Gavras, même si le sujet train'est plus la dictature des colonels de 1970 ou le totalitarisme stalinien dans l'aveu mais une fois de plus il nous montre le cynisme d'un étranglement économique de la Grèce, pourtant berceau de notre civilisation. Qu'en reste-t-il d'ailleurs ?

Skyno
12/08/2020 à 07:27

J'ai beaucoup aimé le film. J'aurais trouvé intéressant que le personnage principal (Yanis Varoufakis) prise le 4e mur pour s'adresser directement à nous spectateurs.

J'aime beaucoup les films de Costa Gavras, car en plus d'être passionnant ils sont aussi éducatifs et nous fais réfléchir.

Deny
11/08/2020 à 20:05

"état cacochyme"??? Merci, je connaissais pas cette expression inusité.

Trucdeturc
08/11/2019 à 19:38

Pas fan

Simon Riaux - Rédaction
07/11/2019 à 14:45

@zorg

En ce qui me concerne, je n'ai pas l'impression d'un changement profond à ce niveau-là.

zorg
07/11/2019 à 14:40

quelqu'un pourrait m'expliquer la hargne de plus en plus présente sur le site à l'encontre des rédacteurs et des critiques ? on frise le n'importe quoi la, j'ai du louper un épisode.

Simon Riaux - Rédaction
06/11/2019 à 17:09

@Moua

Bah en quoi retranscrire les discussions de l'Eurogroupe en retrouvant la hargne des seventies serait rudimentaire ?

Moua
06/11/2019 à 17:06

Un tantinet caricaturale cette critique. Si le propos du film est vraiment aussi rudimentaire que cela, il vaut mieux éviter d'aller le voir

moky99
06/11/2019 à 13:57

Encore une fois bravo pour les nombreuses fautes d'orthographe et de grammaire.

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