Proxima : critique dans les étoiles

Geoffrey Crété | 4 août 2020 - MAJ : 06/08/2020 10:22
Geoffrey Crété | 4 août 2020 - MAJ : 06/08/2020 10:22

Remarquée avec Augustine et Maryland, couronnée d'un César du meilleur scénario pour Mustang qu'elle a co-écrit avec Deniz Gamze ErgüvenAlice Winocour était très attendue avec ProximaEva Green en astronaute qui se prépare à une mission loin de la Terre et sa fille, ça n'a rien d'ordinaire dans le paysage français.

AD EVA STELLA

Pas d'aventure spatiale et de science-fiction pure et dure : Proxima n'est pas un film dans les étoiles, mais sur elles. Les étoiles qui font rêver l'héroïne, qui s'entraîne et va décoller pour une mission d'un an, et l'étoile qu'est sa fille, justement prénommée Stella. Là est toute la ligne de tension pour Alice Winocour, qui utilise cet horizon fou pour raconter la relation fusionnelle et orageuse entre elles, alors que la distance qui rapproche Sarah de l'espace est aussi celle qui l'éloigne de sa fille.

L'idée est simple, belle, évocatrice, et offre à Eva Green un rôle en or. L'actrice est sans surprise le meilleur atout du film, où elle a l'occasion parfaite de rappeler à quel point elle est talentueuse. Débarrassée de ses attributs habituels, de ces costumes et rôles excentriques que tant de cinéastes lui ont donnés, elle est ramenée sur Terre dans les habits d'un être humain. Naturelle, sobre, à nue, Eva Green brille de mille feux. Elle était déjà fantastique en mère dans White Bird de Gregg Araki, mais dans un univers décalé. Ici, et en toute sobriété, elle est fabuleuse, d'une justesse inébranlable dans les plus petites scènes comme dans les moments les plus forts. C'est elle la vraie étoile de Proxima, et le reste manque d'éclat.

 

photo, Eva Green, Zélie Boulant-LemesleMère, fille : mode d'emploi

 

PROGRAMMATIQUE

Le principal problème de Proxima est sa construction trop molle et répétitive. Sarah quitte son nid, et va s'entraîner en Russie dans un centre isolé. Le film est alors rythmé par les tests physiques, les moments de doute, les tensions avec l'équipe, et la présence de Stella au téléphone ou en visite. Il y a bien des scènes intéressantes, où la caméra d'Alice Winocour s'attarde sur les machines, les peaux humides, et les ambiances étonnantes de cet endroit d'ordinaire caché au monde. D'une piscine qui devient anxiogène à souhait, à un lac qui offre une bulle de respiration inattendue, la réalisatrice réanime son récit avec des touches plus douces ou graves.

Mais la narration n'en demeure pas moins plate, avec un crescendo émotionnel beaucoup trop attendu, qui manque cruellement de nerf et d'envolées. Peut-être par pudeur, pour éviter le pathos, et dessiner des personnages définis par leur force de caractère, Alice Winocour fige souvent les sentiments. L'équilibre interne du récit est très fragile, et malgré une durée classique (environ 1h45), Proxima semble traîner.

C'est d'autant plus dommage que cette distance très appliquée a sûrement motivé quelques bons choix, comme le refus d'installer une romance ou un rapport de séduction entre le personnage d'Eva Green et celui de Matt Dillon, son supérieur dans l'histoire. Sarah est une femme et une mère, et ensuite seulement un corps sexué et une ex-compagne.

 

photoLe côté quasi documentaire qui s'intéresse à la réalité du métier

 

DÉCOLLAGE DIFFÉRÉ

Alice Winocour laisse la sensation de patiner dès qu'il s'agit d'exploiter les pistes et éléments thématiques de son scénario. L'idée d'une blessure comme résistance inconsciente du corps de Sarah aurait pu être utilisée pour donner une dimension supplémentaire, mais est vite évacuée. La symbolique de l'eau, lourde de sens dans une histoire de maternité, est omniprésente, mais pas entièrement exploitée. Même les personnages secondaires semblent fantomatiques, quand les épreuves de Sarah (physiques, mentales) se révèlent trop mécaniques, et s'enchaînent trop simplement.

Et lorsque la réalisatrice et scénariste (qui a travaillé avec Jean-Stéphane Bron, comme sur Maryland) assume frontalement des images symboliques, c'est avec par exemple une fuite légèrement absurde, menée par un pur désir de fiction qui dénote, ou une chevauchée pas très fantastique qui clôture sans finesse son film - sur un morceau pop cool bien sûr, You Are High, d'Agar Agar. Trop bas, trop haut : le curseur a du mal à être bien placé.

 

photo, Eva Green, Matt DillonUne lutte-amitié qui tourne vite à vide

 

Malgré le talent d'Eva Green, qui trouve là un de ses plus beaux rôles, Proxima laisse donc surtout une sensation de rendez-vous manqué, comme si tout restait cloué au sol au lieu d'être emporté vers les étoiles et dans les émotions des personnages. Trop simple alors que le sujet était merveilleux sur le papier et trop conventionnel alors que son précédent film était illuminé par un éclat de cinéma (dans le travail sur le son, le montage, le rythme), le troisième long-métrage d'Alice Winocour s'essouffle trop vite.

 

Affiche française

Résumé

Encore une fois excellente et étonnante, Eva Green brille dans un film sinon trop simple et clair, qui manque d'envergure, d'audace et de cinéma.

Autre avis Mathieu Jaborska
Le film d'Alice Winocour est passionnant quand il décortique la complexité du voyage spatial sans jamais montrer l'espace. Il l'est un peu moins quand il aborde la relation qui lie le personnage d'Eva Green et sa fille, tantôt émouvante, tantôt absurde.

Lecteurs

(2.1)

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commentaires

Kyle Reese
07/08/2020 à 13:41

@Henry C.

Oui c'est vrai je suis d'accord que Matt Dillon est un peu caricatural au début, en même temps il passe pour un type antipathique de prime abord et j'imagine que tout n'est pas rose non plus au sein du staff spatial entre ce que l'on voit et ce qui s'y passe vraiment. Même si je pense que les gens qui y travaille sont surement nettement plus équilibré que la moyenne et sélectionné pour ça. Un type sympa et gentil dés le début aurait été aussi caricatural non ?
Les enjeux sont tellement gros qu'il doit y avoir certaines tensions dans les équipes, enfin je suppose. Une fois qu'elle a prouver sa valeur, tout rentre dans l'ordre.

Pour la fin je suis aussi d'accord avec toi, pas crédible et c'est dommage, ils auraient pu inclure la scène, qui est très jolie, autrement.

Sinon j'ai été tout de même étonné de voir autant de photos des vrais astronautes avec leurs enfants sur place pendant les entrainements.

Henry C.
05/08/2020 à 09:43

Je partage avec vous le sentiment de rendez-vous manqué.
Excellente Eva Green et bons comédiens, mais scénario trop bancal et caricatural.
Des scènes pas crédibles : l'enfant qui assiste à la réunion avec les astronautes puis disparaît, le machisme du personnage de Matt Dillon beaucoup trop exagéré (pour m'être intéressé à l'astronautique c'est un secteur où aujourd'hui il existe une relative égalité hommes-femmes), et la fin (attention spoilers) totalement invraisemblable où le personnage d'Eva Green emmène sa fille en bravant tous les postes de sécurité.
Bref, un film pas dénué d'intérêt, beau jeu d'acteurs et belle photo, mais avec de grosses lacunes scénaristiques. A voir tout de même.

Kyle Reese
04/08/2020 à 23:22

2 actrices excellentes en effet. Zelie est une revelation, à suivre.
Eva Green ne déçoit pas,, elle est le rôle. Elle joue, elle incarne, elle est cette astronaute tout en finesse et sensibilité. J’aime vraiment énormément cette actrice.
Je vous trouve un peu dure avec le film que je vois comme un documentaire au plus proche de la réalité d’un candidat au vol Spatial, avec ses répétitions et un hommage aux femmes et mères astronautes. Je le trouve très juste et très équilibré. Le film prend toute sa dimension lorsqu’arrive le générique de fin avec les photos des astronautes femmes et leurs enfants. C’est un magnifique hommage à ces femmes mères, courageuse qui ne renoncent pas à leur rêves d’enfants et qui gèrent tant bien que mal.
Marrant j’ai vu le film qq jours après 16 lever de soleil sur Thomas Pesquet et je trouve ces 2 film très complémentaire.

G envie de revoir Gravity maintenant.

RobinDesBois
04/08/2020 à 22:19

"C'est elle la vraie étoile de Proxima, et le reste manque d'éclat. "

Et bien je dirais que la véritable étoile est la jeune actrice qui joue le rôle de Stella. Même sémantiquement ça colle. Zélie Boulant-Lemesle est bouleversante dans ce rôle. Eva Green je suis pas spécialement fan. Elle joue bien mais elle me laisse indifférent, je la trouve même un peu antipathique.

TheDom
07/12/2019 à 12:52

Totalement en accord avec cette critique d’EL.
Et j’avoue ne pas totalement comprendre les éloges du reste de la presse.
Je n’ai pas du tout été embarqué par cette histoire qui manque d’émotion et reste assez simpliste et caricaturale à mon sens.
Déçu car le sujet était pourtant formidable.

jorgio6924
26/11/2019 à 17:21

J'irai le voir quand même (parce que je suis aussi amoureux de l'actrice :3)
Ta mère !! Comment on fait des cœurs sur votre site ?

Numberz
26/11/2019 à 16:36

J'aime beaucoup cette actrice, et tombé amoureux dans perfect sens. Dommage que le scénario ne suive pas. Le thème et l'actrice m'intéressent tout de même. A voir en support physique.

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