The Gentlemen : critique qui fume la moquette

Simon Riaux | 4 février 2020 - MAJ : 04/02/2020 14:23
Simon Riaux | 4 février 2020 - MAJ : 04/02/2020 14:23

Qu’on adore son style ou qu’on y soit désespérément rétif, Guy Ritchie est un des auteurs les plus explosifs de sa génération. Avec The Gentlemen, le trublion du polar british devenu pourvoyeur de blockbusters malicieux semble retrouver ses racines. Mais est-il toujours le facétieux émeutier de ses débuts ?

OLD MAN RITCHIE

Les premières minutes de The Gentlemen ont de quoi rassurer le connaisseur de Ritchie… mais aussi l’inquiéter. Les tronches en biais de loubards magnifiques se succèdent, les situations piégeuses s’enchaînent et la gouaille légendaire de son cinéma se ranime. Et pourtant, tout semble avoir changé. Nous ne sommes plus du côté des jeunes loups aux dents longues, mais collés aux basques luxueuses d’un baron du crime las de sa condition, désireux de parachever son embourgeoisement. Un héros inattendu, interprété avec tout le panache traînant de Matthew McConaughey.

Ce dernier a transmis sa morgue arriviste au véritable héros de The Gentlemen, l’homme de main que joue Charlie Hunnam, qui dès le premier acte du récit balaie les évènements et les humains d’une moue excédée, comme écrasé par la médiocrité de ses semblables, et surtout de ses futurs successeurs, caractérisés comme autant de jeunes loups semi-mongoloïdes, à peine dignes de servir de chair à canon. Et si le montage et le découpage émulent sans mal les grandes heures du cinéaste, de sa verve et de son goût pour la déconstruction, on se demande rapidement si Guy Ritchie n’a pas tourné vieux con.

 

photo, Michelle Dockery, Matthew McConaugheyQuand tu as un peu trop frotté la lampe d'Aladdin

 

On serait tenté de répondre par la positive, et contre toute attente, ce virage du côté des râleurs impénitents sied d’autant mieux au réalisateur qu’il se double d’un discours plus personnel qu’à l’accoutumée et d’un désenchantement social inattendu. Ce gangster fatigué par ses propres frasques, cet homme que le grand jeu a harassé, qu’on supplie de vendre l’œuvre de sa vie, c’est bien sûr Guy Ritchie hésitant à tout à fait se vendre aux majors, à prolonger l’éreintant pas de deux auquel il participe depuis Sherlock Holmes. Et si le réalisateur peste, ronchonne, c’est pour mieux retrouver le cœur de sa conception du 7e Art.

 

photo, Matthew McConaugheyMatthew McConaughey

 

RÂLEUR, FRIME ET BOTANNIQUE

Articulé autour de la confrontation entre deux salopards prêts à toutes les veuleries pour triompher (Hugh Grant et Charlie Hunnam), The Gentlemen renoue avec une des figures de style préférées de son auteur : la subtile intrication entre dialogue, montage, et image. Ici, deux hommes confrontent leur récit d’un même évènement, dévoilant combien leur perception, leur point de vue (et donc in fine leur mise en scène) modifient le tableau d’ensemble.

Dès lors, le cinéaste peut s’en donner à cœur joie l’éparpillement du scénario, n’oubliant jamais où sont ses petits, pour mieux les réunir, au gré de tours de manches dont lui seul a le secret.

 

photo, Hugh GrantAu début était le verb(iag)e

 

On n’avait pas vu l’artiste à ce point maître de ses tours depuis des années. Alors qu’il retrouve la matière première de son cinoche et jubile de dérouler une intrigue plastique, imprévisible et toujours prête à plonger dans une nouvelle mise en abîme, Ritchie laisse aussi la place à une ironie sardonique, presque mélancolique. Comme conscient d’être désormais un créateur entre deux eaux, plus tout à fait turbulent, incapable de s’assimiler, il propose ici une voie médiane, euphorisante, mordante et incroyablement accomplie.

On regrettera que par endroits, le métrage préfère jouer la sécurité, recycle de manière trop évidente quelques morceaux de bravoure éculés, pille sans vergogne une des plus belles répliques de Collatéral, ou perde parfois son temps, notamment lors d’une triple poursuite, qui ne se justifie ni plastiquement ni scénaristiquement, mais il s’agit là de scories. Guy Ritchie a vieilli, et s’il retrouve son trône, c’est pour mieux nous inviter à le renverser.

 

Affiche française

Résumé

Guy Ritchie vieillit et cela lui va plutôt bien, tant ce retour aux sources grognon se double d'une introspection vacharde, ainsi que d'une maîtrise narrative éclatante.

Autre avis Mathieu Jaborska
Ritchie prend du recul vis à vis de ses aventures hollywoodiennes et accouche d'un film dont le plus grand mérite est justement d'être typiquement anglais. Costumes classieux, meurtres sanglants et accents forcés sont de mise, pour un plaisir simple mais immédiat.

Lecteurs

(2.3)

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commentaires

Opale
19/05/2020 à 12:49

Vu pendant le confinement. Bon moment (je ne suis pas ultra fan du travail de Ritchie) de cinoche, bien foutu, casting réjouissant. Après c'est reconnaissable en deux minutes, ça reste du G. Ritchie pur jus mais ça fonctionne plutôt bien. Bonne surprise, tiens...

Kyle Reese
19/04/2020 à 01:58

Film très plaisant, Ritchie s’est quelque peu un assagie mais c’est pas grave.
la mécanique fonctionne à fond, le rythme ne faiblit pas, les dialogues et situations souvent excellents et parfois absurdes Grant est génial, les autres ne sont pas en restes.
Content de voir Mconaughey retrouver un bon rôle et de revoir aussi Colin Farrell dans un perso haut en couleur. Charlie Hunnam est très bon et que dire de Michelle Dockery, quelle reine froide mais sexy ! (rah cette tenue dans la dernière scène !)

Un bon Ritchie à l’ancienne et un très bon moment.

Monsieur Vide
21/02/2020 à 07:49

Passé un bon moment. Un bon cru. Voilà.

Caroline
13/02/2020 à 15:44

Vu hier. Ça reste du Richie... J'ai décroché au bout de 30 minutes, il y a trop de personnages, notamment une Laura dont je n'ai rien compris. Les acteurs sont caricaturaux, à part Charlie Hunnam qui joue mieux je trouve (je l'avais vu dans "Papillon", sûrement un grand acteur pour demain). Pas grave donc si ce n'est pas projeté chez vous.

Inscrit ton nom ici
10/02/2020 à 11:12

Agréable, mais histoire peu accrocheuse.

Baretta
06/02/2020 à 15:18

Je viens de le voir, le film est particulièrement violent, drôle mais comme rocknrolla il manque un petit quelque chose pour en faire un film génial, il est juste bien ce qui est rare de nos jours.
Je retiens la prestation hilarante de Hugh Grant et celle de Colin Farell en chavs de compétitions.

Ulysse
05/02/2020 à 22:14

Shylock ....
Bandes de bourrins

Gaidon
04/02/2020 à 22:15

Ce film se rapproche de Snatch que j'avais bien apprécié à l'époque ? Putain 20 ans...

Rorschach
04/02/2020 à 17:39

J'ai plus que hâte de le voir, ça m'a l'air très prometteur! Et ça va faire du bien après Le Roi Arthur et Aladdin avec lesquels il ne m'a pas trop régalé...
Et sinon Guy, c'est pour quand la suite de Rock'n Rolla?

Simon Riaux - Rédaction
04/02/2020 à 15:05

@Dredd*

Le film tourne autour d'un juteux trafic de marijuana. D'où l'idée de "fumer la moquette".
Mais oui, 3.5, on a bien aimé !

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