Le Silence de la ville blanche : critique tuée en série

Simon Riaux | 19 mars 2020 - MAJ : 19/03/2020 15:51
Simon Riaux | 19 mars 2020 - MAJ : 19/03/2020 15:51

Depuis une dizaine d’années, le cinéma espagnol s’est réapproprié et nous a offert une vague de polars classieux, incarnés et imbibé d’une âme ibérique lui conférent une belle singularité de La Isla mínima à El Reino en passant par Que Dios nos perdone. C’est donc avec curiosité qu’on guettait l’arrivée sur Netflix du Silence de la ville blanche et son enquête à base de tueur en série.

MUERTOS A LA DISCOTECA

Dans la ville de Vitoria-Gasteiz, une série de meurtres cruels et sophistiqués prennent pour modèle ceux d’un tueur en série incarcéré depuis une vingtaine d’années. Pour tenter d’élucider l’affaire, un policier récemment traumatisé par le décès de son épouse reprend du service. Massacres rituels, flics torturés et symboliques à tous les étages, sur le papier, voici un récit qui avance sur un terrain méchamment balisé. Mais rapidement, le réalisateur Daniel Calparsoro donne à penser qu’il saura proposer quelque chose de plus personnel qu’une banale investigation.

Dès son ouverture, le métrage propose un angle finalement peu usité par les films de serial killer, à savoir l’exécution minutieuse d’une tuerie sadique, élément souvent réservé au hors-champ des films de serial killer. De même, en se focalisant sur les affects d’un groupe de personnages restreints, à priori tous liés par des connexions plutôt triviales (jalousies, trio amoureux et autres), le récit intrigue, distillant une atmosphère un peu plus trouble et poisseuse que le tout-venant du genre.

 

photoUn petit ping-pong ?

 

De même, la mythologie déployée par les quarante premières minutes, entre exaltation historique, syncrétisme pagano-chrétien et commentaire social, fournit au Silence de la ville blanche un caractère propre.

Sans trop en faire, la caméra scrute efficacement les atermoiements des individus touchés par une enquête qui semble remuer aussi bien leur identité que les failles qu’ils tentent de dissimuler. Et quand le scénario dévoile sans crier gare l’identité de son assassin et ses liens avec le reste des protagonistes, on espère que l’intrigue s’apprête à bifurquer vers un chemin de traverse imprévisible et redoutable.

 

photoDes flics qui ne sont pas toujours des lumières

 

EN QUETE D’ENQUETE

Malheureusement, il n’en sera rien, Daniel Calparsoro ne parvenant jamais à arrêter son regard. Non pas que la mise en scène s’avère déficiente, le découpage demeurant toujours lisible, parfois évocateur, nerveux et immersif dans ses meilleurs moments. Mais ni le scénario ni la caméra ne parviennent à arrêter un sujet, un point de vue, et ne peuvent par conséquent nous intéresser. Par conséquent, l’histoire, plutôt riche sur le papier, donne le sentiment de se disperser progressivement.

Qu’il s’agisse du passé de certains personnages secondaires, du poids de l’héritage chrétien en Espagne, des amours conflictuels qui désunissent les héros ou tout simplement d’une enquête qui prend racines dans des rapports de classe agressifs, aucune piste n’est développée ou porteuse d’un quelconque sens. D’excitante, l’intrigue devient vite redondante, surchargée par ses multiples pistes, dont aucune ne trouve de conclusion satisfaisante. Ainsi, sans jamais être désagréable, ce polar demeure tristement inconsistant.

Le silence de la ville blanche est disponible sur Netflix depuis le 6 mars 2020

 

photo

Résumé

Malgré quelques ingrédients sortant du tout-venant, Le Silence de la ville blanche manque terriblement de caractère et ne sait pas vraiment comment raconter son histoire, finalement très convenue.

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