Madre : critique à mère

Simon Riaux | 20 juillet 2020 - MAJ : 20/07/2020 18:29
Simon Riaux | 20 juillet 2020 - MAJ : 20/07/2020 18:29

Après deux polars ravageurs, Rodrigo Sorogoyen s'aventure vers la tragédie romanesque et romantique. Madre sonde les âmes d'une femme brisée par la mort de son fils et d'un adolescent bouleversé par elle. Deux destins fiévreux, réunis le temps d'un été partagé entre lumière et chaos, le temps d'un film bouleversant.

FOU SUR TA MÈRE

Avant de devenir le 4e film de Rodrigo Sorogoyen, Madre fut un court-métrage, tourné entre Que Dios nos perdone et El Reino, avant que son auteur ne ressente le désir d’en poursuivre l’intrigue. C’est ce court-métrage de seize minutes qui constitue, intact, la séquence inaugurale de l’oeuvre qui nous intéresse. Successivement au téléphone avec son ex-mari et leur jeune fils, la Madrilène Elena assiste, impuissante, car à des milliers de kilomètres, au probable enlèvement de son enfant. 

C’est terrassé que le spectateur échappe à cet incipit en forme de plan séquence. D’une violence psychologique rare, il accomplit le tour de force de livrer une montée d’adrénaline exponentielle, irrésistible et déchirante, quand bien même il délègue toute l’action au hors-champ, réunissant un même geste maîtrise technique et latitude absolue du spectateur. Une orientation qui porte à un niveau d’incandescence inespéré les déjà grandes qualités de ses deux précédentes créations, et va servir de tremplin à un film qui se plait à totalement rebattre les cartes de son cinéma. 

 

photo, Marta NietoUn regard et à la clef, une révélation

 

Jusqu’à présent conçus comme un perpétuel exercice de tension, le découpage comme le montage de Rodrigo Sorogoyen apparaissent ici totalement libérés, et ne cherchent jamais la performance, tant chaque séquence est abordée avec le seul et unique désir de capturer au plus près les conflits ou transformations d’Elena et de Jean. Deux cœurs esseulés, qu’une rencontre improbable amènera progressivement à faire le deuil d’illusions délétères. Pour retranscrire la fébrilité de ce duo fascinant, le cinéaste s’efforce de caractériser chacun de ses protagonistes via un principe de mise en scène simple, mais distinct. 

 

photo, Marta Nieto, Rodrigo SorogoyenRodrigo Sorogoyen et la comédienne Marta Nieto

 

L'AMOUR A LA PLAGE

Alors que le grand-angle écrase Elena (brillante Marta Nieto) et scrute la passion naissante de Jean (Jules Porier, vulnérable et versatile) alors que tous deux évoluent dans une station balnéaire qui flirte progressivement avec le fantastique, ciel et mer se confondent, comme pour annoncer l'orage électrique qui va tout emporter lors du dernier acte. Toujours aux bordures du conte, la mise en scène de Sorogoyen nous immerge dans la valse chaotique de leurs sentiments, ambigus, contradictoires, d’élans en rupture de ton. Cette ligne de crête est parfaitement tenue, jusqu’aux dernières secondes de Madre. 

 

photo, Marta Nieto, Jules PorierPas de violence, c'est les vacances

 

Et tenir cette montée en puissance apothéotique avait tout d’une gageure, tant la relation trouble au cœur de l’intrigue présentait de piège ou de pentes savonneuses vers un récit plus glauque que lumineux, plus crapoteux qu’exaltant. Mais la précision des cadres, la grâce des comédiens, ainsi que la finesse du scénario permettent au contraire au métrage d’atteindre des cimes émotionnelles bouleversantes. L'alternance de steadycam puis de plans fixes prend sans cesse le risque d'engendrer une schizophrénie brouillonne, mais génère contre toute attente une tension dramatique bouillonnante. Et quand le temps d'une confrontation en clair obscur, le réalisateur paraît sur le point de verser dans le cauchemar, le degré d'orfèvrerie émotionnelle du métrage prend des airs de brasier qui ne quitteront plus jusqu'au dénouement.

Chronique d’un double sauvetage menaçant à chaque instant de signer la perte des personnages, Madre passe progressivement des couleurs profondes, presque menaçantes de la lande basque pour plonger dans un puits de lumière, organique et symbolique, où éclate à nouveau le talent de Rodrigo Sorogoyen. Assumant, jusqu'à sa conclusion, de mener de concert un plaidoyer pour la nuance, le trouble et l’humanité de ses protagonistes, le metteur en scène s’impose une nouvelle fois comme le porte-étendard d’un cinéma espagnol dont la nouvelle vague a des airs de raz-de-marée. 

 

Affiche officielle

Résumé

On ne sort pas indemne de Madre, tant son réalisateur sublime plan après plan un récit romanesque et complexe, sublime et tragique, dont le long cheminement vers la lumière bouleverse.

Lecteurs

(4.5)

Votre note ?

commentaires

sylvinception
21/07/2020 à 12:17

J.got... d'agneau ??
(désolé...)

Simon Riaux - Rédaction
21/07/2020 à 11:56

@J.got

J'aimerais tellement, mais tellement avoir le temps de faire tout ça.

J.got
21/07/2020 à 11:21

Haha riaux se complimente et attaque derrière un pseudo

De plus en plus pathétique.

Quel troll ce "journaliste".

P.S: pour un pseudo à deux sous je peux faire un jeu de mot bidon. Je ne suis pas payé et je ne me prétends pas "journaliste".

Ridicule mon ami de vous dissimuler derrière des pseudos.

Parfois pour insulter lâchement vos détracteurs. Et maintenant pour vous envoyer des fleurs.

Un nouveau cap franchi dans votre aigreur.

Kiss

Ded
21/07/2020 à 01:03

Critique virtuose qui me conforte dans mon projet de visionnage d'un nouvel opus non moins virtuose, je l'espère, de la part de ce réalisateur que je suis avec ferveur depuis le terrassant "Que dios nos perdone"...
D'autre part, se voir reprocher des jeux de mots bidons par quelqu'un qui en use à des fins de pseudo doit être un délice de fin gourmet ;0)

J.got
20/07/2020 à 20:56

Riaux arrêtez vos jeux de mots bidons

votre commentaire