Rango : critique

Simon Riaux | 18 mars 2011 - MAJ : 14/08/2020 17:03
Simon Riaux | 18 mars 2011 - MAJ : 14/08/2020 17:03

Gore Verbinski n'est pas un simple faiseur. Son remake du Ring de Nakata, ou encore sa trilogie Caribéenne avec Johnny Depp pourraient laisser penser le contraire, mais ce serait oublier la minutie et les qualités visuelles qui se dégagent des oeuvres précitées, ainsi que leur ironie sous-jacente. Il y avait donc de bonnes raisons d'attendre ce Rango de pied ferme, et d'espérer qu'il en remontre à tous ceux qui se prosternent devant Shrek comme l'alpha et l'oméga de la subversion bon enfant. 

Le film répond à cette interrogation du mieux qu'on pouvait l'espérer, et ce, dès son ouverture. Un caméléon domestique subit depuis son vivarium, installé sur la lunette arrière d'une voiture, le départ en vacances familial. La petite bête se divertit de son mieux avec ce qui lui tombe sous la main, et fait cet amer constat : l'histoire ne va nulle part, il lui manque un élément perturbateur. Ce dernier ne tarde pas à survenir pour nous entraîner dans une histoire survoltée. Histoire qui, à l'image de son introduction, revisite les figures imposées de la narration hollywoodienne, les détourne et les moque en permanence. L'écriture de Rango sait se montrer intelligente et cruelle, sans jamais oublier de divertir. En témoigne les échanges truculents entre le reptile et ses acolytes, qu'il s'agisse d'Abigail Breslin, d'Alfred Molina ou de Timothy Oliphant, toujours relevés et référentiels.

 

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Techniquement, le long-métrage en remontre à tout ses petits camarades. Rango affiche des textures superbes, nous offrant une galerie de personnages épatants. Des tronches burinées par le vent du désert, des iguanes desperados en passant par des taupes vicieuses, la faune de l'ouest s'anime avec une fluidité qui n'a rien à envier aux confrères de Pixar. La maîtrise du film apparaît clairement lors d'une séquence d'anthologie, relecture déjantée des attaques de diligences. Verbinsky y démontre encore une fois qu'il sait se plier aux contraintes d'un cinéma grand public pour mieux les dépasser. Cette course-poursuite, qui fait honneur à la 3D, est intensément spectaculaire, jamais gratuite, mieux, elle participe intelligemment à la narration.

 

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Le problème, c'est qu'après ce passage en forme de climax anticipé, le film ne remettra plus la barre aussi haut. La faute à une histoire qui, à trop vouloir respecter les étapes de tout bon western, se traîne en longueur. L'aspect référentiel de l'intrigue lui interdisant de surprendre, on aurait aimé que le film passe plus vite sur un dernier acte trop prévisible, et curieusement moins spectaculaire que ce qui l'a précédé. Aussi réussi techniquement soit-il, l'immonde crotale qui mettra notre anti-héros à l'épreuve paraît bien fade, après la succession de répliques et de rebondissements par lesquels le spectateur est passé.

 

Affiche française

Résumé

Avec les aventures de ce caméléon mégalomane, Gore Verbinski rappelle qu'il n'est pas un faiseur de blockbuster interchangeable, mais un cinéaste. Son film manie le second degré et l'ironie avec un mordant qui n'entrave jamais ni sa sincérité, ni sa bonne humeur. Et s'il est trop long, on serait tenté de dire que c'est par excès de générosité, par une ambition purement cinématographique et éminemment respectable : celle d'offrir aux petits et aux grands, une bonne histoire. 

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