Cloud Atlas : critique intemporelle

Guillaume Meral | 19 juillet 2020 - MAJ : 21/07/2020 17:29
Guillaume Meral | 19 juillet 2020 - MAJ : 21/07/2020 17:29

Grand film malade pour certains, spectaculaire navet pour d'autres : Cloud Atlas a soulevé bien des débats. Adaptation du livre Cartographie des nuages de David Mitchell, co-réalisé par Lana Wachowski, Lilly Wachowski et Tom Tykwer, porté par un casting international (Tom Hanks, Halle Berry, Doona Bae, Hugo Weaving, Susan Sarandon, Jim Sturgess, Jim Broadbent, Ben Whishaw, Hugh Grant), l'ambitieux film a été un échec en salles, avec environ 130 millions au box-office pour un budget officiel équivalent. Mais nul doute qu'il sera encore longtemps redécouvert pour gagner plus d'amour.

TELESCOPAGE DE MONDES

Repousser les limites du médium pour chercher à réaliser l'irréalisable semble être la vocation du cinéma des Wachowski, de Matrix jusqu'à Speed Racer. Le duo révélé avec Bound n'a jamais eu de cesse de légitimer leurs expérimentations visuelles et narratives, comme conditions sine qua non visant à donner vie à des projets ou concepts particulièrement ambitieux. A l'instar d'un James Cameron en somme, si ce n'est que l'idée de révolution chez les Wachos égrène des conséquences narratives s'étendant au-delà de la pure représentation.

Or, toute la difficulté de Cloud Atlas résidait précisément dans les moyens adoptés pour rendre intelligible la narration atypique du roman de David Mitchell (raconter les trajectoires de plusieurs personnages appartenant à des temporalités différentes, et évoluant dans des mondes aux antipodes les uns des autres).

 

photo, Ben WhishawL'Histoire sans fin

 

Aussi ne vous attendez pas à des audaces visuelles aussi prononcées que celle de Matrix ou Speed Racer : le défi ne réside pas dans la représentation d'un univers donné, mais dans la matérialisation d'une idée abstraite, à savoir la somme obtenue par l'agencement de différents univers. Cloud Atlas s'impose comme une question de montage avant tout, et c'est bien à la lueur du dispositif narratif élaboré à cet égard par les Wachos et Tom Tykwer (autre cinéaste habitué à défaire l'impossible à l'instar de son adaptation du Parfum, et révélé avec Cours, Lola, cours), que le film puise une radicalité conceptuelle qui ne manquera pas de diviser.

 

photo, Halle Berry, Tom HanksAie confiance

 

VERTIGE DES ABYSSES

Trop exigeants dans leurs pratiques artistiques pour se satisfaire d'une banale structure de film choral susceptible de vulgariser les implications métaphysiques du récit (façon « les petits rien de la vie qui engendrent des conséquences qui nous dépassent »), le trio choisit d'imbriquer ses univers les uns dans les autres, jusqu'à leur refuser toute autonomie. De fait, en subordonnant l'identité des parties à celle du tout, le film morcèle sa construction scénographique dans l'espace-temps éclaté du long-métrage, jetant son spectateur dans une expérience de montage parallèle de 2h50, comme si le film devait transpirer son propos holistique jusque dans ses moindres paramètres techniques.

 

Photo Doona BaeDoona Bae, qui reviendra dans Sense8

 

On pourrait d'ailleurs presque parler de montage-Frankenstein à propos de Cloud Atlas, tant les cinéastes s'ingénient à former un corps filmique homogène à partir de morceaux de genre antagonistes (s'y croise le post-nuke, le film d'enquête 70's, le drama en costumes...). A ceci près que le film parvient à injecter une harmonie de tous les instants entre les divers mondes dépeints. Une méthode narrative dont le jusqu'au-boutisme n'a d'égal que ses morceaux de bravoure, tel ce climax de presque une heure poussant dans ses retranchements la notion de découpage interactif (de quoi donner des cheveux blancs au Christopher Nolan d'Inception).

 

Affiche

 

Résumé

Cloud Atlas transcende le poids de son propos, à travers un dispositif narratif dont la complexité n'a d'égal que l'évidence émotionnelle qu'il dégage à chaque instant. Un grand film.

Lecteurs

(3.9)

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commentaires

Ffx
23/07/2020 à 20:49

La partie science fiction futuriste n'est pas trop mal ainsi que celle de la maison de retraite. Le reste est passable. Ce qui me dérange le plus, c'est le concept des âmes qui survient à travers les âges, pour relier les époques, c'est lourdingue.

Fxx
21/07/2020 à 08:38

un de mes meilleurs films

Mikey
21/07/2020 à 04:07

Je l'ai regarder plusieurs fois j'ai adorer comme la bande sonore un chef d'oeuvre

Nounaz67
20/07/2020 à 23:09

Meilleur film de tous les temps

Birdy
20/07/2020 à 11:06

C'est un film si étrange dans sa structure et osé dans son utilisation des acteurs que fatalement certains n'entreront pas dans le trip, d'autres en sortiront en cours de route, et ceux qui restent sur la vague... Prendront un pied monumental. J'ai la chance d'être parmi ceux là. La force exceptionnel de ce genre de montage est de sur multiplier l'émotionnel quand les pièces du puzzle s'imbriquent dans le dernier 1/4. Effectivement, Nolan aurait pu être le père de ce film.

euh...
20/07/2020 à 09:13

moi, je n'en ai pas gardé un souvenir impérissable. Je me souviens juste du jeu "d'Où est Charlie" consistant à reconnaitre les acteurs qui changent de sexe de race et d'age à travers les réincarnations occultant finalement le propos pour le moins nébuleux du film. Un film assez mou, en plus.

BruceWayne
19/07/2020 à 21:28

J'ai eu l'occasion de le découvrir au ciné... quelle claque ! Ne pas oublié de mentionner la B.O. somptueuse qui accompagne le récit!

Kyle Reese
19/07/2020 à 21:19

Très bon film que j’aurai aimé découvrir au ciné mais leur 2 films précédent m’avaient totalement refroidi d’aller revoir un jour un de leur film. Et c’est un fan de la trilogie Matrix et Bound qui parle.
Ça à l’air compliqué comme ça mais finalement l’intrigue est simple mais la forme narrative et le montage est hyper ambitieux et réussi.
Je le reverrais avec plaisir.
Par contre pas réussi à accrocher à leur série mais j’ai vraiment essayé.

TomTom
10/05/2019 à 18:03

Un film qui fait peur de par sa complexité mais incroyablement riche, beau, ambitieux, généreux et qui ne prend pas le spectateur pour un enfant roi qu'il faut abrutir.

Geoffrey Crété - Rédaction
16/07/2018 à 13:40

@riton

On ne saurait que trop vous conseiller de tenter la chose. Le film peut sembler étrange, difficile au premier abord, mais le spectacle et l'émotion sont assez fabuleux.

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