Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 : critique dans ta face

Christophe Foltzer | 23 février 2019 - MAJ : 02/03/2020 14:21
Christophe Foltzer | 23 février 2019 - MAJ : 02/03/2020 14:21

Sorti en 2014, Les Gardiens de la Galaxie apportait un vent d'air frais à un genre que l'on sentait déjà sclérosé et prouvait, à la fois au public et aux majors, que, mis entre de bonnes mains, une franchise mal connue pouvait damer le pion aux darons du MCU. C'est dire si la suite était attendue au tournant.

RENGAINE

Avant de plonger vraiment dans cette critique, une petite précision s'impose, et elle est importante pour la suite : l'auteur de ces lignes n'est pas un grand fan des Gardiens de la Galaxie. Il trouve le film joli, sympa et rigolo, sans plus, mais n'a jamais vraiment compris l'engouement qu'il avait généré à sa sortie. Par contre, il est déjà plus fan de James Gunn lui-même, qu'il suit quand même depuis ses débuts chez Troma, il adore Horribilis et Super et se désespérait un peu de le voir rentrer dans le rang. Tout ça pour dire que, à la projection des Gardiens de la Galaxie 2, il n'y allait pas en trainant des pieds, mais pas loin.

 

Photo Chris Pratt, Zoe Saldana, Dave Bautista, Karen GillanSalut les musclés

 

On trouvait bizarre qu'après le voeu de discrétion du réalisateur sur l'histoire de son film, Marvel nous inonde à ce point de spots TV pour la promotion, dévoilant énormément d'images, de possibles noeuds dramatiques, gâchant toutes surprises ; et nous sommes donc d'autant plus étonnés de constater dès les premières minutes que tout ce qui nous a été montré durant la promo ne correspond en réalité qu'au début du film. Oui, James Gunn a tenu sa promesse, il a préservé le plus important et il nous l'envoie dans la gueule sans crier gare.

 

Photo GrootPlug me in

 

HOW DO YOU YONDU ?

Dès le départ, outre le plaisir de retrouver nos héros, quelque chose étonne, voire dérange. Il y a en effet un refus manifeste de céder aux sirènes du gros spectacle, de se lover dans la surenchère et la séquence générique fait office de véritable note d'intention pour l'intégralité du film. Sans spoiler, disons simplement qu'alors que nous sommes face à une énorme scène d'action bien épique, Gunn fait le choix de se concentrer sur quelque chose et quelqu'un qui n'ont, a priori, pas grand chose à y voir, nous frustrant puisque nous n'avons que des bribes de la grosse baston en arrière-plan.

Le ton est donné : Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 ne sera pas un film à grand spectacle (même s'il respecte son quota) mais réellement une histoire centrée sur ses personnages, du début à la fin. Le postulat de départ est à présent connu de tous : envoyés en mission par les Souverains, nos Gardiens préférés croisent la route d'Ego, le père de Star-Lord. Point, nous n'en dirons pas plus, le reste ne se raconte pas, il se vit.

 

Photo Pom KlementieffMantis rejoint la team

 

SPLEEN GALACTIQUE

Car c'est bien l'énorme surprise que nous offre Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 : prendre nos attentes à rebrousse-poil et nous proposer un film d'une densité exceptionnelle pour une production MarvelJames Gunn l'a dit et répété, il n'en a rien à faire du MCU et ce film le confirme une fois de plus. Mis à part une ou deux lignes de dialogue, le métrage n'est pas construit en fonction du grand plan de domination du monde de Marvel mais se suffit à lui-même, nous rappelant au passage ce qu'était le cinéma, avant que les super-héros ne le transforme en série télé méta de luxe.

 

Photo Michael Rooker, RaccoonYondu et Rocket

 

Axé essentiellement sur ses personnages et leur parcours intime, Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 se révèle étonnament mélancolique et sombre. Chaque personnage creuse sa problématique, se confronte à son chaos intérieur et en ressort grandi - ou non. A travers le parcours de Star-Lord, c'est toute cette petite famille qui est remise en question, les liens qui les unissent, les envies individuelles confrontées à la direction générale que prend le groupe, comment le passé influe sur le présent et décide parfois de notre avenir... Toutes ces thématiques que l'on n'aurait jamais espéré voir dans un Marvel. Et c'est fait avec tellement de brio que l'on ne peut qu'être admiratifs.

 

Photo Kurt Russell, Chris PrattRencontre au sommet

 

Il y a une telle justesse humaine dans ce film qu'il nous rappelle au final les précédentes réalisations de James Gunn. Récit d'un mal de vivre très contemporain, rapport douloureux au père et aux figures d'attachement qui compensent son absence, Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 est une plongée intelligente et très émouvante dans un aspect qui n'a jamais été abordé jusqu'à présent correctement dans le MCU : le versant humain de ses héros, inscrivant ainsi ce nouvel effort dans l'oeuvre globale de son réalisateur. On pensera en effet plus à Horribilis et Super devant ce film qu'au précédent volet, et c'est tant mieux.

En totale liberté de mouvement, James Gunn renoue effectivement avec ses thématiques les plus chères et nous offre le premier film de super-héros joyeusement dépressif de cette nouvelle vague. Car oui, si Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 fait toujours autant rire (bien qu'il ne soit jamais dans l'excès), il fait aussi pleurer, notamment grâce à un dernier acte d'une efficacité ravageuse, qui extraie le film de sa continuité héroïque et de son statut de fer de lance du MCU pour nous offrir un grand moment bouleversant, touchant et d'une beauté rare. Le tout se concluant sur un plan d'une telle simplicité et tellement émouvant qu'il arrachera les larmes aux plus durs d'entre nous.

 

PhotoUne audience compliquée

 

REQUIEM FOR A DREAM

Qu'on ne s'y trompe pas cependant : Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 n'est pas un film de gros dépressif mais une histoire de reconstruction, de quête de soi-même et d'évolution individuelle et collective. Gunn garde à l'esprit qu'il fait du grand spectacle pour tous les publics mais évite le piège de la surenchère que l'on pouvait craindre. Surtout sur les deux aspects marquants du premier film : l'humour et la musique. A la différence d'un Avengers : L'Ère d'Ultron qui réduisait les qualités du premier film à un simple cliché,  Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 utilise avec une intelligence rare ces deux forces.

L'humour est bien présent mais reste naturel, fluide et profondément humain, totalement justifié dans les relations entre les gens et le désenchantement général du film. La musique, elle, sait se faire discrète quand il le faut ; le choix des chansons est juste parfait et leur inclusion dans le métrage n'est pas là uniquement pour vendre l'album dans le commerce. Nous sommes face à un film d'une cohérence folle, pensé dans ses moindres détails comme un gros doigt d'honneur aux attentes d'une partie du public bovin et aux executives de Marvel. James Gunn pirate le MCU pour nous livrer l'un de ses plus beaux films et rien que pour ça, on l'aime.

 

Photo Chris PrattChris Pratt

 

Evidemment, Les Gardiens de la Galaxie Vol. 2 est loin d'être parfait. Certaines séquences d'actions sont un peu fouillies (notamment la fin), le discours sur la notion de famille sort les grands chevaux, Drax et Gamora sont probablement les personnages les plus faibles dans leurs arcs respectifs (mais le film le sait et en joue avec intelligence), et beaucoup de scènes sont trop longues ou trop marquées (preuve manifeste d'une petite lutte entre le réalisateur et le studio, qui veut s'assurer que tout le monde comprenne bien le message et en fait donc un peu trop). Mais une fois que l'on a accepté ces quelques abus et que l'on se laisse prendre par le film (qui nous saisit sans crier gare au bout d'une heure), le voyage est total.

 

Affiche Imax

 

 

Résumé

Les Gardiens de la Galaxie 2 est une énorme surprise. Alors qu'on s'attendait à une grosse machine décérébrée qui nous servirait la soupe, on se retrouve avec un film intimiste et mélancolique pété de thunes. Un événement extrêmement rare en ce moment et qui prouve que James Gunn n'a pas vendu son âme mais, qu'au contraire, il parasite de l'intérieur le MCU pour au final l'emmener vers des horizons qu'il n'aurait même pas espérer atteindre un jour. C'est grand, c'est beau : c'est à voir absolument.

Autre avis Geoffrey Crété
James Gunn passe 35 couches sur son scénario et ses personnages pour que la thématique de la famille dégouline de tous les côtés. Il en oublie au passage la petite magie, l'énergie simple et enivrante, et l'efficacité du premier volet. Une suite boursouflée, où les qualités sont ensevelies sous une avalance de défauts.

commentaires

major fatal
25/02/2020 à 20:19

Vue hier.....Tres déçu par rapport au 1er.
Et franchement les effets 3d: dignent d'1 étudiant en 1er année! (la reconstruction d'Ego....Pitoyable).

Ludo
24/02/2020 à 19:41

Dommage qu’il ne soit pas réalisé par Clint Eastwood, vous auriez pu reconnaître que c’est un navet.

Dirty Harry
24/02/2020 à 12:06

commencé les 10 premières minutes désolé c'est vraiment pas ma came ces machins là....tant mieux si vous y voyiez là dedans le nouveau truc branché du moment.

Pat Rick
23/02/2020 à 19:44

Le 1er était malgré ses défauts une agréable surprise mais cette suite est moins réussie car on dirait que placer des vannes à tout va est plus important que l'aventure.

Flo
14/02/2020 à 13:44

Qui garde les Gardiens ? James Gunn pardi. Mais alors, qui garde James Gunn ?
Personne on dirait. Et là, on se rend compte à quel point un tel film à l’air d’une anomalie dans le paysage cinématographique à gros budget. Qu’un gars puisse piocher dans le grand coffre à jouet de Marvel, et le détourner à l’aise… Sans interférence aucune du reste de l’univers étendu – rien sur Terre, pas la place, même avec une « Graine Cosmique » là dedans.
En fait, il créé son propre univers étendu, rempli de caméos uniquement cosmiques…
Normal qu’on puisse être avare de mots devant ça. Surtout que son scénario n’est pas du tout imprévisible, très classique, drôle dans sa globalité… mais.
Où est l’intérêt alors ? Comment trouver ça si formidable en fin de compte, ça dépasse l’entendement… Tout le film, vraiment.

Alors bon, ça commence avec le nouveau logo, « mutant » en intégrant Dr Strange (merci au succès, et ça continuera). Logo en premier, pas vu comme ça depuis "Age of Ultron".
Puis premier vrai coup de coeur pour beaucoup: Kurt Russell rajeuni, une énorme émotion (technique de plus en plus routinière pourtant)… jusqu'à ce qu’on se rende compte très vite que toute cette joliesse n’est que de la foutaise chez ce personnage – vilain omnipotent des comics, hein ?!
Et le film de susciter par la suite le même impact mitigé, ce coté « on rentre pas totalement dedans », pour la majorité des spectateurs suivant ça depuis des années. Le même en fait que les lecteurs de comics: au bout d’une série d’histoires sortant à un rythme métronomique, on sait à chaque fois qu’on est chez Marvel, et nul part ailleurs. Et sans refonte total à chaque fois, même si on en a pour son argent, ben on a pas plus de surprise non plus… On regarde, et quand c’est bien on s’amuse, et c’est tout.

OK, Gunn nous la joue un peu comme Shane Black, commençant par une scène d’action censée être hyper onéreuse… et montrée seulement en arrière plan d’une danse. Un peu comme pour le premier (Quill au walkman)… Mais assez fidèle aux comics des "GotG 2000" tout de même. Qui commença par un même combat contre un « poulpe »… mais dont on se foutait, trop focalisé sur le débriefing de héros victorieux.
Bref, comme un sale gosse, Gunn offre un détournement de l’action au profit de la comédie, qui définit d’abord le style de ces héros « freaks ». À prendre ou à laisser, merci au revoir.

Surtout ici, pour la structure de ce fameux scénario. Pas compliqué, c’est celle de "L’Empire Contre Attaque": le groupe séparé en deux, avec chacun en quasi binôme.
-Peter Quill, fidèle à son coté gamin attardé qui essaie de grandir. Face à son père, sorte de version « bad » du Starman de Jeff Bridges – dans un rapport assez proche aussi de celui de Corsaire/Cyclope chez les X-Men – On le sait, trop beau le monde mielleux qu’offre ce père bien sympatoche mais en fait ignoble. Rehaussé par le contraste avec le père sévère que joue Yondu, belle grande surprise, émotionnelle. Michael Rooker en devient presque le vrai héros du film, celui qui assume enfin un rôle à peine teasé dans le volume 1. De la brutasse avec un coeur d’or. Mais c’est génial !! Le seul qui bouge bien fort là dedans.
-Bon, le duo Gamora et Nébula n’est pas aussi intéressant. Juste furieux, et avec un beau duel amorcé par un clin d’oeil génial à "La Mort aux Trousse de Hitchcock" (pas de musique, ça repose). Mais pour finir encore sur « je vais tuer Thanos »… Maillon un peu faible.
-Plus drôle, Mantis et Drax, et leurs divers degrés de balourdise… Où même les énormités naïves et bourrines qu’ils nous sortent ne sont pas toujours dénuées de débilités.
-Rocket et Groot, en changeant la différence de taille…
L’un assume bien plus son problème de sociabilité, et son coté ultra redoutable....
Et l’autre évidemment Kro mignon, quand il gazouille et tend les bras en avant… Rien que leur apparence raconte tout avec eux.
-Et les autres persos, on s’en fout encore. Plein de Ravagers, incluant des simili Gardiens classiques (avec un Stallone pour mieux dominer Rooker – le duo du film "Cliffanger").
Gunn voulait son truc de pirates de l’espace. Facile, Disney en fait depuis longtemps, des trucs de pirates.
Les Souverains, bof bof, Kree-fascistes bis. Et encore un clin d’oeil de jeu vidéo vintage avec aux (dans le 1 c’était Space Invaders au Nova Corp, ici les salles d’arcade). C’est pas encore là qu’on aura la première grande vilaine Marvel - Thor 3, juste après.

En quoi ce film peut toucher certaines personnes alors ? C’est quoi qui fait que ça marche pour ceux qui ne vont pas intellectualiser ça, ou ne regarder que la forme et pas le vrai fond… parce qu’ils ont trop de faim « de changement pour le changement et basta!!! » ?
Déjà, contrairement à dit plus haut, pas l’équivalent d’un "Age of Ultron". Mais du mésestimé "Iron Man 2" plutôt.
Ce "GotG v2", ne se passant que 4 mois après le 1, est une continuation totale, tout simplement. Pas encore un film rebattant les cartes pour aller ailleurs. Mais faisant cette continuation toujours avec énormément de folie, jamais d’envie de se croire plus intelligent que le spectateur et de raboter sur le Fun que Doit amener un divertissement tout public… On a même un fight volant à la Snyder (mais sous-terrain). Bien que se finissant en gag, on ne se refait pas. Mais le talent et l’excitation reste intact.

En un peu plus trash, la définition même (mais en live) du bon animé Disneyien, tel que le Walt l’imaginait à ses débuts:
-donner vie et personnalité à des choses moyennement expressives (animaux, arbres);
-annihiler les frontières entre le réel et le faux;
-des vision psychédéliques – les 700 sauts – allant même vers du « super deformed » (très "Ren and Stimpy Show");
-des superbes chansons surélevant le rythme;
-des histoires d’enfants perdus.

Et c’est sur ces deux dernières qualités que le film finit par aboutir, sur fond de Cat Stevens. Voir des machins aliens verser une larme pour un salaud, un tueur kidnappeur d’enfant se repentant en retard… Ça donnerait presque l’envie d’y revenir, pour arriver à ce moment encore, et encore…
Pas besoin du générique de fin et de son fan service bien sûr.

Bref, faut laisser ce film venir à soi si on est bien luné, y aura pas plus de déception qu’il n’y a de suspens. Après tout, un tel film n’est pas obligé d’avoir le même genre de structure.
C’était bien, c’était beau, voilà merci Gunn et revient.

Andarioch
10/07/2018 à 16:45

@boblatole

Rien que le fait que tu crache sur la scène générique avec groot, qui est une pure merveille, tend à prouver que tu ne devrais sans doute pas regarder ce genre de film. Note bien que c'est pas grave, hein!
Perso je l'ai trouvé inégal, il ne m'a pas transporté, fait passé un moment agréable mais sans plus.
Mais ce générique, 'tain, avec un combat en arrière plan qui a du coûter un rein en effets spéciaux mais que l'on voit essentiellement flouté parce que quelque part on s'en fout et que ce n'est pas l'essentiel est une merveilleuse allégorie d'une certaine façon de concevoir le cinéma.

Shreck
01/04/2018 à 08:59

LOL. Voilà ce que m'inspire cette critique.

Ce film est creux comme c'est pas permis, l'évolution des personnages semble calquée sur celle des Disney pour enfants (ils vivent des épreuves et en ressortent grandis), les liens qui les unissent sont bidons (Yondu et Rocket qui tissent un lien très fort 10mn avant la fin pour que Rocket ait des raisons d'être triste quand Yondu ravale sa chique), les enjeux sont inintéressants (c'est quoi déjà son plan, à Ego ? Engrosser des femelles de tout l'univers pour... ?), Drax a perdu toute noirceur et passe son temps à faire des blagues de cul (et à rire à gorge déployée pour nous convaincre de combien tout cela est drôle), le méchant est en bois (mais bon, on est chez Marvel).

En fait, si on échappe (un peu) à la recette Marvel habituelle, c'est parce que, comme lors du premier volet (qui était tout de même bien meilleur) James Gunn nous délivre sa propre version d'un produit de divertissement formaté pour la famille (mais avec une aura un peu cool assez injustifiée, finalement).

maxleresistant
01/04/2018 à 01:01

@Fabolos non merci, je me respecte trop pour m'infliger ça.

REA
31/03/2018 à 13:50

@faboloss
Aucun risque. La vie est trop courte.

Faboloss
31/03/2018 à 12:47

À tous ceux qui n'ont pas aimé le film je conseille vivement un deuxième visionnage.

Plus

votre commentaire