Mission : Impossible 2 - un chapitre mal-aimé, inoubliable et avec de très beaux cheveux

Créé : 21 juillet 2018 - Simon Riaux
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Avant Mission : Impossible - Fallout, retour sur la saga avec Tom Cruise.

Pour beaucoup, c'est le vrai blockbuster de l'été : Mission Impossible : Fallout de Christopher McQuarrie, avec Tom Cruise de retour pour sauver son monde aux côtés notamment de Henry Cavill et Rebecca Ferguson. Et le sixième opus a toutes les chances de combler le public.

Plus de 20 ans après le premier film, alors que la saga adaptée de la série culte est devenue l'une des plus appréciées au fil des épisodes, Ecran Large revient sur chaque film.

 

photo, John Woo John Woo et Tom Cruise

 

C’ÉTAIT QUAND

Mission : Impossible a frappé un grand coup en 1996, mais dans un Hollywood qui n’a pas encore ordonné son outil de production afin de produire des suites à la pelle. Il faut attendre jusqu’à l’été 2000 pour que surgisse Mission : Impossible 2.

Il faut dire que Tom Cruise n’a pas chômé, puisqu’il vient de parfaire son statut de star totale et complète en enchaînant coup sur coup Magnolia de Paul Thomas Anderson (nomination à l'Oscar du meilleur second rôle) et Eyes Wide Shut de Stanley Kubrick, où il alignait deux compositions parfaites, funambules, imposant déjà ses choix de carrière comme autant de commentaires de son propre rapport à sa légende.

Dans ce laps de temps, on ne peut pas dire que le cinéma d’action ait proposé un feu nourri de fusillades pelliculées. Mais deux films ont marqué les esprits durablement et ont sans doute tenu un grand rôle dans l’esprit de Cruise. Il s’agit de Volte/Face de John Woo sorti en 1997 et bien sûr de Matrix des Wachowski, sur les écrans américains en mars 1999. Tous deux chamboulent les codes américains, autant qu’ils consacrent leur mutation au contact des artistes et influences venues d’Asie.

 

photo, Tom CruiseTom est prêt pour le show

 

Le tournage d’Eyes Wide Shut s’étant étalé sur plus d’un an, Oliver Stone, un temps embauché pour réaliser Mission : Impossible 2, jette l’éponge. La place est toute chaude pour John Woo, qui est sur le papier le candidat idéal pour proposer un chapitre très éloigné formellement du travail de Brian De Palma (qui a refusé de revenir pour la suite), et un concentré d’action en provenance directe de Hong Kong.

Comme cela deviendra progressivement la tradition au sein de la franchise, le tournage commence sitôt les scènes d’action conçues et arrêtées, le travail de cohérence et de scénarisation intervenant pendant le tournage lui-même. Robert Towne, engagé par Cruise pour peaufiner le scénario du premier, se charge d'assembler tout ça. L’expérience ne sera pas de tout repos pour le metteur en scène. Il va faire face à une giga-star qui se révèle véritable chef d’orchestre du film et ne manifeste pas énormément d’égard pour le cinéaste « invité ». Dougray Scott, lui, devra abandonner le rôle de Wolverine dans X-Men lorsque la production est rallongée, et qu'une blessure l'oblige à rester plus longtemps encore.

Tom Cruise compte bien s’investir plus que jamais dans les cascades du film et se consacrer totalement comme action star hors normes. Il ment ouvertement aux assurances, auxquelles il certifie qu’il sera doublé pour toutes les cascades importantes. Il en effectuera plus de 90%, rendant parfois John Woo fou d’angoisse, incapable de rester face à son écran de contrôle quand la star demande à répéter plusieurs fois des scènes d’une extrême dangerosité (jusqu’à 7 fois, dans le cadre de la séquence de varappe introductive).

 

photo, Tom Cruise, John Woo"Mais puisque je vous dit que c'est une doublure !"

 

POURQUOI C’ÉTAIT COOL

Mission : Impossible 2 était cool, parce que quand il débarque en 2000, il rassemble absolument tout ce qu’il est possible de rassembler pour rendre un film incroyablement sexy. 3 milliards de scènes d’action, une giga-star mondiale, une bande-originale qui invite Metallica… Même le célèbre thème original Schiffrin se fait ripoliner par Limp Bizkit, alors loin du néant de ringardise où la formation est tombée.

Et M:I 2 est tout entier à l’image de cette mélodie. Bigger than life, ultra-démonstratif, bourré d’effets hénaurmes et roublards. Tout dans le métrage fait figure d’évènement, d’empreinte immédiate. En témoigne d’ailleurs la volonté du film d’aller chasser directement sur les terres de 007. C’est à ce jour le film de la franchise qui va le plus ouvertement recycler les motifs de Bond, pour essayer de les remâcher à sa sauce.

De l’ouverture en vacances, en passant par la drague motorisée, jusqu’au scénario lui-même (c’est la seule fois où Ethan Hunt n’est pas désavoué ou rebelle vis-à-vis de l’institution qui l’emploie), tout se fait plus Bondien.

 

photoUn climax dans lequel Cruise refusera d'utiliser autre chose qu'un véritable couteau

 

POURQUOI ÇA L’EST TOUJOURS

À lire nombre de commentaires, Mission : Impossible 2 serait finalement une grosse choucroute kitsch, essorée par la mégalomanie de son acteur/producteur et bardée des tics de son metteur en scène. Un point de vue qui se défend mais qui est bien incapable d’appréhender le métrage dans son ensemble.

Signe qu’il faut le réévaluer, Mission : Impossible 2 est peut-être le chapitre de la saga dont on garde le plus d’images en mémoire. Les colombes, l’ouverture mongolo-christico-cool, le flirt poussé en voiture, TOUS les gunfights, le concours de bites à moto, le couteau (bien réel) s’arrêtant à 25mm de l’œil de Cruise, et ce dernier rattrapant son arme d’un coup de pied sablonneux… Toutes ces images, pour excessives qu’elles soient, sont restées gravées dans la mémoire collective et ce ne sont pas quelques plans dignes d’une publicité pour shampoing qui suffiront à les balayer.

 

photo, Tom CruiseCruise exigera 7 prises, au grand dam de Woo 

 

Enfin, on aurait tort de ne pas voir dans Mission : Impossible 2 un film d’auteur, au même titre que le précédent. Le trouble de l’identité et la quête de soi sont au cœur du cinéma de Woo, et c’est une nouvelle fois le cas ici. Le cinéaste est l’artiste qui aura le mieux utilisé le gadget emblématique de la franchise : les masques.

Alors que héros et méchant fantasment chacun de s’approprier la persona et les attributs de l’autre ("La recherche de tout héros doit commencer par quelque chose dont un héros a besoin : un ennemi" : une réplique qui ouvre le film, et le définit), la confusion induite par l’usage respectif qu’ils font des masques est l’occasion de scènes parfaitement montées et joliment tragiques.

 

photo, Dougray ScottAmbrose, un wanna-be Hunt, voué à un destin funeste

 

Et enfin, le film est cool en cela qu’il raconte simultanément la folie d’un Hollywood pas encore sous la coupe des super-héros, mais déjà prêt à toutes les outrances, et la démentielle vista d’une star unique, pas encore ternie par ses grains de folie et les polémiques naissantes entourant son engagement dans la scientologie. 

Le trop plein du film, qui le fait parfois sombrer dans le ridicule, n’est que la facette de sa merveilleuse énergie, de l’enthousiasme incroyable que le film affiche fièrement. Marmot forcé à devenir responsable dans le De Palma, Hunt est ici un ado fringué n’importe comment et enamouré de lui-même, dont la fierté et la tchatche confinent aussi bien à l’absurde qu’au génie. Il n'y a qu'à voir la manière dont l'équipe est parfaitement mise en retrait au point d'être transparente (le génie de l'informatique Billy Baird), et dont Tom Cruise est plus sexué que dans n'importe quel autre épisode de la saga (quasi asexué dans le premier film, et quasi père de famille dans le troisième), pour s'en convaincre. 

 

photo, Tom Cruise, Thandie NewtonAvant Westworld, Thandie Newton jouait déjà une femme indépendante qui détournait les clichés inhérents à son rôle

 

SCÈNE CULTE

 

 

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commentaires

Baneath88 28/07/2018 à 23:08

"Contrairement à un Ghost Protocol que je trouve d'une fadeur tragique."
Ouhla ouhla ouhla, ça va pas le faire là, Mr Riaux. Ça va pas le faire DU TOUT !!
Non je déconne.
Je comprends ce point de vue, même si je pense qu'il est la résultante d'une perte considérable de poids pour Cruise, après ces divers dérapages publics (qui lui ont valu de se brouiller avec tonton Spielberg).
Ghost Protocol parait peut être moins "distingué" par rapport aux deux premiers de prime abord, mais je pense juste que le film a réellement été conçu collectivement, et non dans le rapport de force entre le réalisateur et le producteur-star.
Je retrouve le Brad Bird qui aime marier les grands cadres et les parenthèses ludiques, passer du registre plus intimiste aux scènes invraisemblables. Bref, le cinéaste des Indestructibles et du Géant de Fer. Il a juste un style moins identifié que celui de ses prédécesseurs (De Palma et Woo). Ce qui, par certains aspects, n'est pas un mal (je pense aux ralentis parfois grossiers de M:I-2).

Simon Riaux - Rédaction 23/07/2018 à 16:05

@mc Hammer

Il faut se méfier de l'effet loupe du web et des réseaux.

Le film semble aujourd'hui daté et très kitsch (comme il semblera frais et joliment vintage quand on se sera lassés des effets d'hyper-réalisme actuel).

Ensuite, il est loin, très loin d'être haï de tous. Plus gros succès de 2000, énorme score dès qu'il repasse en TV. On est loin du film détesté.

Après j'entends bien les critiques sur le côté too much et ridicule. C'est indiscutable. Mais je trouve que ça lui donne beaucoup de caractère, et que cette alliance Cruise/Woo est vraiment unique. Contrairement à un Ghost Protocol que je trouve d'une fadeur tragique.

sylvinception 23/07/2018 à 09:29

Nullissime.
Avec en prime l'un des pires bad guys de l'histoire des blockbusters, interprété par un Dougray Scott en roue libre.

mc hammer 22/07/2018 à 20:17

mdrrr jai remarqué que simon riaux aime les films souvent haïs de tous ... Je suis souvent de son avis mais la franchement ya rien a sauver dans Mi2 , allez si grace a lui ćest hugh jackman qui a eu le role de wolverine et rien que pour ca merci john woo

Pseudo1 22/07/2018 à 13:43

@ Loh

Je viens de revoir la scène dispo sur youtube. Je maintiens que pour le plan dont est issue la capture de l'article, ça pue le CGI. Si c'en est pas, il faut vraiment virer le directeur photo du film ! ^^

Pour les plans suivants, je discute pas, on voit clairement que c'est un vrai. Ca m'avait d'ailleurs choqué à l'époque, mais du coup, j'ai fouillé sur le net et vu comment ils ont tourné la scène, du coup je pige mieux. En effet, le couteau était accroché à un câble précisément mesuré et son adversaire devait essayer de lui enfoncer - pour le jeu d'acteur - mais flippait grave de le blesser ou tuer - tu m'étonnes !!!!

Mais ça enlève rien au fait que Cruise est vraiment timbré par moments. Paradoxalement, ça fait la force de ses films, notamment les MI avec des scènes absolument énormes à chaque épisode (je me rappelle dans Rogue Nation le moment où son genou frotte le bitume et pendant la scène à moto et que tu vois à son regard que c'était pas prévu, C'est là que tu mesures que non, c'est pas du chiqué et il risque vraiment gros à chaque instant (sa blessure durant le tournage de Fallout va dans ce sens)

C'est aussi là que tu te dis que oui, Cruise est clairement l'une des dernières stars Hollywoodiennes à aller aussi loin (ça rejoint ce que disait - et voulait dire, je pense - corleone un peu plus bas). Franchement, à part en Asie avec des gars comme les mecs de The Raid ou Ong Bak, on en fait plus des comme ça ! Le jour où il prendra sa retraite des films d'action, on va se sentir bien seuls au milieu de tout ces fonds verts.

George Abitbol 22/07/2018 à 12:12

Ce M:I 2 accuse tout de même de gros soucis de rythme qui fort heureusement ne viendront pas entâcher les suivants.
Mais la première partie du film se traîne en longueur comme c’est pas permis...

samu 22/07/2018 à 09:06

Moi j'adore MI2. Je reconnaît que d'un point de vue scénaristique, c'est le plus pauvre de tous, mais je l'aime bien (celui que j'aime le moins c'est le n°4, que je trouve trop survitaminé niveau action). Les scènes du 2 filmées de façon vraiment stylée, la musique est stylée, et avec tout ça la fameuse scène de switch vers la fin que je trouve également stylée, non vraiment c'est un film sympa.
Je préfère les 3 premiers aux 4 et 5 (alors que beaucoup détestent le 2 et le 3).

Flash 22/07/2018 à 08:08

@Corleone
"Cruise est la plus grande star du cinéma encore vivant. "
Et ça me traite d'abruti ! hahahahaha

Ckld 22/07/2018 à 07:25

Ce film se prend beaucoup trop au sérieux pour être vraiment appréciable, et cumule les scènes kitch, qui l’étaient même au l’époque. Les coups de pied saut-périlleux, le concours de bite à moto comme vous dites, les colombes, les ralentis à outrance, les punchlines viriles PMU, c’etait vraiment pas possible.

Olric 21/07/2018 à 23:47

Une gigantesque pub pour shampoing... ça ne vaut pas mieux.

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