Le mal-aimé : Halloween 2, ou la grande réussite mésestimée de Rob Zombie

Simon Riaux | 1 novembre 2018 - MAJ : 01/11/2018 12:52
Simon Riaux | 1 novembre 2018 - MAJ : 01/11/2018 12:52

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

 

 

 

"Non content de réaliser une mauvaise suite, Rob Zombie entraîne la franchise sur le terrain de la prétention" (Flickering Myth)

"Rob Zombie déborde de talent, mais il piétine ici, et on peut penser qu’il le sait" (LA Weekly)

"Ésotérisme maladroit, alignant hystérie féminine, meurtres gores et psychanalyse grossière" (Abus de Ciné)

"Halloween 2 est plein de gags et de références mais presque totalement dénué d’énergie" (New York Times)

"À un moment, un personnage est accusé de profiter du malheur des autres et c’est exactement ce que Rob Zombie vous fera subir si vous allez voir ce film" (Cinemablend)

"Avec cette nouvelle suite, Zombie passe moins de temps à rendre hommage qu’à expérimenter et faire preuve d’inventivité, pour des résultats décevants" (Boston Globe)

 

Image 449569Une affiche qui ne ment pas sur la marchandise

 

RESUME EXPRESS

Les corps des victimes de Michael Myers sont encore tièdes, Laurie Strode se débat sur un lit d’hôpital, et Haddonfield tente de comprendre le cauchemar qui s’est abattu sur sa communauté. Mais le tueur ne s’en laisse pas compter, massacre ses gardes et se précipite en direction de sa sœur pour mieux la zigouiller. S’en suit une série d’assassinats brutaux, qui laissent la jeune femme mutilée et sans défense, face à Michael… Jusqu’à ce qu’elle se réveille.

Un cauchemar parmi d'autres... Signe d'un passé qui refuse de mourir, et nous indique que cet Halloween 2 sera bien plus retors que  ce à quoi la saga  nous  a habitués. Le temps a passé, notre héroïne est entourée par les survivants du précédent film, notamment Annie. Mais elle a bien du mal à dépasser le souvenir de cette nuit fatale, et les visions cauchemardesque qui l’assaillent.

Visions que partage Michael, devenu une sorte de colossal clochard, bien taiseux comme il faut. Mais les célébrations d’Halloween approchent, et l’obsession du psychopathe reprend le dessus, alors qu’il voit continuellement sa mère, lui ordonnant de retrouver sa sœur pour la tuer.

Et Michael de se lancer à nouveau dans une série de crimes barbares, qui culmineront avec des retrouvailles familiales ultraviolentes auxquelles ne survivra pas le D. Loomis, faisant au passage de Laurie la continuatrice de son aîné. Transformée à jamais, la jeune femme rejoint alors les confins de la folie familiale. Voilà qui sera l'occasion d'un siège homérique, au cours duquel tout le monde sera transformé en chair à canon par les forces de l'ordre, dans la grande tradition de la confrontation entre hors-la-loi et policiers.

 

photo, Scout Taylor-Compton Scout Taylor-Compton a la pêche, la super pêche

 

COULISSES ET BOX-OFFICE

Pendant plus d’un an, Rob Zombie aura expliqué à qui voulait l’entendre qu’on ne l’y reprendrait plus, et qu’il ne donnerait jamais suite à son remake d’Halloween. Mais il ne faut jamais dire « fontaine, je ne boirai pas de ton gros rouge limé » et quand Dimension Film officialisa sa volonté de donner une suite au remake de 2007, ce bon vieux Rob dû se dire que quand même, un deuxième succès public et un film où on lui laisserait les mains libres étaient deux choses dont il pouvait gaiement s’accommoder.

 

Image 402545Le film, résumé en une image

 

Et si son projet se veut jusqu’au-boutiste, en coulisses, Dimension a probablement le sentiment de ne plus trop avoir le choix. En effet, le producteur Malek Akkad veut logiquement battre le fer tant qu’il est chaud, Halloween version 2007 ayant rapporté, rien qu’en salles, la rondelette somme de 77 millions de dollars.

Or, le studio vient de refuser coup sur coup deux scripts proposés par Alexandre Bustillo et Julien Maury, dont Dimension a acheté À l'intérieur. Mais Arrad ne souhaitera se lancer ni dans une suite en forme de flash-back sur l’adolescence de Myers, ni sur la version du duo de la suite des aventures sanglantes de Laurie Strode.

Autant confier la suite des évènements à Zombie, qui a prouvé qu’il avait l’univers bien en main. Mais de critiques désastreuses en retours publics négatifs, la rumeur enfle, tandis que le grand public lui, au-delà du phénomène initial lié à l’actualité d’un remake, se tamponne totalement de cette suite aux apparats ultra-sombres.

 

Image 398439White trash ou white meat ?

 

Résultat, cet Halloween 2 amassera péniblement 38 millions de dollars, qui remboursent certes ses 15 millions de budget (hors promo…) mais témoignent clairement de l’érosion de l’intérêt du public et du désamour pour le film. Signe révélateur, le métrage sortira dans plusieurs territoires, dont la France, directement en vidéo, quasiment sous le manteau.

Et peu importe que ce score soit le double de certains des plus honteux épisodes de la saga : le  secteur a muté, les frais de promotion ont explosé, et les studios n'entendentpas produire de la série B crapoteuse à la chaîne, mais fédérer un large public, pour dégager des bénéfices massifs dès le premier week-end d'exploitation. Or, tout indique que ni Myers ni Rob Zombie ne sont capables de générer ce type de hype.

Une situation regrettable, pour le chapitre le plus audacieux formellement, puissant thématiquement, et globalement radical de toute la saga, après le chef d’œuvre de John Carpenter.

 

photo

 

LE MEILLEUR

Signe de la radicalité du projet, comme de la violente incompréhension qu’il suscita, tant de la part de la critique que de celle des fans avinés de la saga, ou des spectateurs lambda, c’est précisément pour ses qualités et prises de risques que ce Halloween 2 est détesté. Là où avec son remake, Rob Zombie avait dû composer avec certains ingrédients indispensables, notamment une deuxième partie en forme de best-of du slasher séminal de John Carpenter, il peut ici se payer le luxe de tordre complètement la mythologie de la franchise pour en livrer une vision intime, signer une pure incursion d’auteur au cœur d’une saga culte.

 

Image 383496Michael, l'enfant maudit de l'Amérique

 

Une réorientation manifeste dès le look de notre tueur iconique. Étendard assumé des marginaux, de la foire, du carnaval, et de tous les laissés pour compte, le cinéma de Zombie est tout entier précipité dans ce personnage, parmi les plus marquants de son œuvre. Silhouette formidable, être brisé, dément, renvoyé aux confins du monde pour y pourrir, il est désormais parfaitement indissociable de ce masque, bien loin de l’inquiétante tâche blanche qui hantait autrefois la franchise. Ici, la folie, le corps blessé de Myers et la souffrance qui émanent du moindre de ses gestes se voient parfaitement incarnés.

Mais si le monstre est toujours une force inarrêtable, le cinéaste n’hésite pas à lui trouver une source de motivation, synonyme de sacrilège pour les fans hardcore, quand bien même elle s’inscrit avec une belle cohérence dans les thématiques de certaines suites du chef d’œuvre de Carpenter. Quelle force pourrait-être susceptible de transformer un individu perdu, faible, en panzer lancé à pleine vitesse ? L’amour filial bien sûr, dernier lien de Michael avec l’humanité.

Et comment ne pas frissonner quand le metteur en scène ose (et réussit), dans sa version director's cut, à démasquer The Shape, pour lui faire exprimer toute sa rage et son malheur, contenus dans un retentissant "Die !" dirigé vers Loomis, le véritable boogeyman du film, symbolisant une institution de soin dévoyée, condamnée à damner ses "patients".

 

photo, Malcolm McDowellLoomis, le vrai méchant du film ?

 

Et pour narrer cette abomination, Zombie use tout ce que son style contient de caractère et de spécificité. Avec une liberté folle, il trimballe une caméra incroyablement légère dans les recoins crapoteux d’une Amérique white trash, génératrice de monstres, qu’elle refuse de regarder en face. Il en enregistre les gueules, les mouvements et les soubresauts avec le grain reconnaissable entre mille du 16mm, qui confère à l’ensemble une dimension organique très évocatrice.

Débarrassés des afféteries des films précédents ou de leurs figures imposées, Zombie peut se concentrer totalement sur cette narration syncopée, limpide, focalisée sur la démence qui ronge son héros négatif, mais toute la société où il évolue.

Sorte de poème barbare, Halloween 2 est une des propositions esthétiques les plus fortes de ces dernières années, dont la violence sidère souvent. Mais Zombie n’est pas seulement un des bourrins les plus doués de sa génération. C’est aussi un auteur capable d’oser le vertige et l’ambiguité. Comme lors de ce fabuleux prologue, trop long pour que le spectateur croit à un songe, qui se révèle finalement une entrée en matière jubilatoire, éprouvante et sardonique. Un piège parfait.

 

Image 374319Bon, il y a bien deux trois meurtres craspecs

 

Cruel et enragé, le film sait aussi se faire poétique, quand, offrant encore une fois à un rôle à sa muse, le metteur en scène fait de Sheri Moon Zombie l’alpha et l’omega du monde, la source de sa folie, mais aussi l’horizon de sa résolution. Les fous ne sont pas une altérité adverse chez Rob, ce sont nos semblables, des prochains qui nous hantent, pour mieux révéler l’insanité qui sommeille en chacun.

 

photo, Sheri Moon Zombie Sheri Moon Zombie

 

LE PIRE

Avec son faible budget, Zombie n’a pas toujours le temps de s’attarder. Et si la mise en scène de ses meurtres est toujours puissante, on sent bien qu’il lui manque quand même un peu de budget maquillage pour aller au bout de ses idées, ou peut-être de temps de tournage, pour vraiment valoriser les plus impressionnants.

 

Image 409978La belle et la bête

 

De même, s’il se passionne pour Myers et Laurie quasiment à parts égales, le réalisateur n’a plus beaucoup de pellicule disponible pour traiter de ses autres personnages. Malcolm McDowell en est l’exemple le plus frappant, lui dont le personnage est passé comme par magie de psy baba-traumatisé à gros cynique porcin désireux de faire du pognal sur la figure de Myers. Jamais le film ne prend le temps de sonder son désespoir et le pourquoi de cette chute morale.

Plus frustrant, si Laurie et Annie ont un vrai potentiel de protagonistes émouvantes et de vraies capacités de scream queen, le script ne leur offre jamais l’ampleur ou la finesse qu’appelaient leurs compositions. En témoigne la performance de Danielle Harris, qui en dépit de son aura, de son talent, de son lien avec la saga, est en permanence coincée entre les obligations de son rôle de poupée sexy et l’écriture de cette meilleure amie à la destinée tragique.

 

RETROUVEZ L'INTÉGRALITÉ DES MAL-AIMÉS DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

Affiche

commentaires

Nicolas
13/03/2019 à 23:14

Fan d'Halloween j'espère vont ressortir très bientôt

nico
03/11/2018 à 10:14

Une véritable réussite!

Doctor Nico
02/11/2018 à 17:18

En tant que métalleux, j'adore Rob Zombie en tant que chanteur (Living Dead Girl <3 ). Mais alors ce qu'il a fait de la saga Halloween... Son premier volet passe encore, car il devait malgré tout rester un minimum dans le carcan du chef d'oeuvre originel. Mais celui là est en roue libre totale. Le film qui a tué la franchise, détestable ! Heureusement, elle est renée de ses cendres avec l'excellent nouveau volet.

Maurice Escargot
02/11/2018 à 11:54

A voir dans sa version directions cut, heureusement dispo en France, pour réellement saisir toute la réussite de cette œuvre radicale.

lambdazero
01/11/2018 à 19:05

Vous me faites plaisir ! Il y évidemment du bon et du mauvais dans cette suite, mais au moins Rob Zombie tente de vraie choses et impose sa patte. Et pour une fois dans toute sa filmographie (plutôt chouette au demeurant), le réalisateur a trouvé un autre sujet à filmer sérieusement que les fesses de sa femme (re-plutôt chouettes au demeurant).

Dutch Schaefer
01/11/2018 à 18:28

Très bel article!
Je suis aussi de ceux qui considèrent que ce second opus de la version Zombie est a n'en point douter un film brillant et surtout... surtout bourré d'idées et de prises de risques!
Hollywood en ces tristes temps, ne sait plus que remâcher et revomir sa vieille soupe réchauffée!
Voilà au moins un film, qui prenait une base solide avec un personnage culte du 7ème art, et osait offrir aux spectateurs (et aux fans! Donc double risque!) un film dérangeant et sur bien des points l'un des plus violents de ses dernières années.
Je suis un fan de la saga Myers depuis le Carpenter original!
Et comme vous le dites à un moment:
-"pour le chapitre le plus audacieux formellement, puissant thématiquement, et globalement radical de toute la saga, après le chef d’œuvre de John Carpenter."

Je pense que tout est dit!

stanley
01/11/2018 à 15:43

oui! cet opus a la rage ! zombie assume et va au bout de son idée. d'un noir abyssal , tellement violent dans le fond comme dans la forme qu'il en devient derangeant . En plus , c'est beau , son gigantesque myke est terrifiant!

FandeCarpenter
01/11/2018 à 14:00

Merci pour cet article fort intéressant et qui réhabilite un film si mal-aimé. En ce qui me concerne, j'avais adoré ce deuxième volet plus que le premier. Zombie a eu le courage et l'audace d'aller au bout de sa démarche et livre un film qui change du tout venant.
"Halloween II" est une vraie proposition de cinéma comme rarement vue depuis.

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