Suspiria, Halloween, Hérédité : les auteurs vont-ils sauver le cinéma d'horreur ?

Créé : 15 novembre 2018 - Simon Riaux
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En quelques semaines, se sont pressés au portillon des amateurs d’horreur deux films, très attendus, et précédés par une critique souvent charmée (ou au moins vivement intéressée) : Halloween et Suspiria. Deux continuations de films cultes, mais deux films orchestrés par des cinéastes plus connus pour leur travaux sous la bannière du cinéma d’auteur. Et si justement, c’était à eux que revenait la mission de réveiller un genre un peu endormi.

 

 

CONJURING FAMILY

Sur le papier, on pourrait presque pronostiquer un nouvel âge d’or de l’horreur. D’un côté, le fantastique et l’horreur croissent sur les plateformes de SVOD à toute vitesse, comme en témoigne la quantité de productions horrifiques publiées par Netflix tout au long de l’année ; et de l’autre, les succès sur grand écran se font de plus en plus massifs. Côté billets verts, tout roule donc.

 

Vera Farmiga Conjuring, une recette qui gagne

 

Loin des arcanes du cinéma d’exploitation qui fit la gloire des années 60 et 70, les monstres baveux et autres fantômes qui hantaient les drive-in ont été récupérés par les studios, qui engrangent régulièrement des bénéfices remarquables à coups de franchises horrifiques, comme en témoigne le succès planétaire de l’univers Conjuring, La Nonne l'a récemment confirmé.

Et malgré ce succès notable, on ne peut pas dire que la forme du cinéma de genre soit toujours d’une vitalité débordante. Restons-en à Conjuring justement : voilà une saga qui sera fait un devoir de recycler toutes les grandes formes et classiques du cinéma d’épouvante, allant jusque dans le générique de son second volet à citer carrément le lettrage d’Amityville.

 

bande-annonceDans le Noir, ou l'horreur au kg

 

Le tout est exécuté, grâce à James Wan, avec une indiscutable maestria technique. Et par conséquent, c’est toute une partie – la plus visible – du cinéma du cauchemar qui se retrouve à en recopier les recettes, les effets de style, et les jumpscare usant. Pourtant, ces dernières années, plusieurs œuvres horrifiques sont venues détonner dans ce paysage extrêmement normatif. Et si les auteurs venaient dynamiter nos horreurs ?

 

photo, Taissa FarmigaEffet facile numéro 18

 

MORTELLES EXPERIENCES

Le tout récent Halloween de David Gordon Green traite l’œuvre de John Carpenter avec déférence, mais force est de constater qu’il est aussi un des chapitres les plus aboutis de la saga, et un des plus soignés formellement. En témoigne ce long plan, aperçu dans les trailers, où Michael Myers, passant de cadres en cadres, est progressivement reconstitué, rendu à ses origines, au gré d’une séquence plastiquement magnifique, et franchement flippante.

 

photo Halloween 2018

 

On se souvient également des interminables panoramiques d’It Follows, quand David Robert Mitchell redéfinissait dans le calme la notion de suspense, interrogeant à chaque mouvement au sein de l’image quelle était la nature des silhouettes qui la peuplait.

Cette semaine, c’est Luca Guadagnino qui se frotte à un chef d’œuvre italien Suspiria, qu’il essaie d’accoupler dans son dépaysant remake au cinéma de Rainer Werner Fassbinder. Chacun jugera s’i l’accouche d’une proposition valable, mais là aussi, il propose un résultat visuellement aux antipodes d’un cinéma de genre conçu avant tout pour accompagner la vente de pop-corn.

Il en est allé de même avec The Witch, dont le tout jeune réalisateur Robert Eggers a traumatisé Sundance et Gérardmer. À l’heure où Netflix livre une relecture pop et acidulée du mythe de la sorcière dans Les nouvelles aventures de Sabrina, lui s’amusait à en retrouver les sources et à questionner son principe fondateur : la peur (ou le désir) de la femme de puissance. Le résultat était une abomination de perfection picturale, dont personne n’est ressorti indemme.

 

photo, Tilda Swinton Tilda Swinton dans Suspiria

 

Même constat du côté d’Ari Aster, dont le premier long-métrage, Hérédité, a saisi à la gorge les amateurs de ténèbres impénétrables, en rassemblant avec une rigueur démentielle le drame familial, le thriller psychologique et le fantastique païen le plus brutalement gore. Une réussite d'autant plus significatives qu'il s'agit du plus grand succès inetrnationnal du studio A24, préfigurant peut-être d'une nouvelle ère d'expérimentations diaboliques.

 

photo, Gabriel Byrne, Alex Wolff, Toni ColletteQue brûle la flamme de l'inventivité du ciné d'horreur

 

AUTEURS OU HAUTEURS ?

D’ordinaire, on perçoit – à raison – le cinéma d’auteur comme peu compatible avec un type de productions pensées pour nous filer les chocottes. Il faut dire qu’on ne compte les plus métrages, parfois soignés au demeurant, qui auront semblé aborder leur genre avec timidité, voire un certain dédain (coucou It Comes at Night).

 

photo, Chloë Grace Moretz Chloe Grace Moretz dans Suspiria

 

Pour autant, on aurait tort de limiter les incursions de cinéastes peu enclins à nous faire flipper sur le papier, à autant de bravades un peu snob, comme le prouvent les quelques exemples évoqués plus haut. D’ailleurs, il y a quelques décennies, le renouveau de l'horreur est en partie arrivé par des artistes qui l’ont justement sorti des ornières imposées par les studios.

C'est justement leurs différences stylistiques et visuelles qui leur permettent de ressortir et d'imposer une peur si singulière. On se souvient, en 2006, comme la terreur incroyablement stylisée de William Friedkin et son Bug ressortait instantanément, dans un paysage composé du remake de La Colline a des yeuxHorribilis ou Severance.

Quand fantastique rimait avec dérivés à la chaîne de la Hammer, bébêtes mal dégrossies et violence désincarnée, le Nouvel Hollywood a surgit et électrisé une production qui en avait bien besoin. Ainsi, La Nuit des morts vivants, L'Exorciste, MartinMassacre à la tronçonneuse et bien d’autres sont les fruits du travail d’artistes que leur parcours ne destine pas initialement à l’enfer pelliculé.

 

PhotoQuand le Nouvel Hollywood secouait les vieux frissons d'Hollywood...

 

George A. Romero se sera toujours plaint d’être enfermé avec ses zombies, John Carpenter aura maquillé efficacement ses néo-western en films de genre et William Friedkin se sera rapidement échappé de l’étiquette horrifique. Quoi qu’il en soit, tous trois vont reconnecter la représentation des peurs et la société qui les produit, revenir aux fractures qui abiment le corps social, pour mieux refaire du genre une machine à métaphore.

 

Photo Michael Shannon, Ashley JuddBug de William Friedkin

 

VERS UN MONSTRE A DEUX TETES ?

Par conséquent, on comprend mieux comment et pourquoi de jeunes réalisateurs, venus d’un cinéma à priori très différent des exigences de studios, peuvent réveiller une partie du cinoche de genre. Tout simplement parce qu’ils abordent cette matière première libéré des entraves du catho-porn obligatoire (vite, du latin, vite des croix !), comme du rythme métronomique de sursauts trop mécaniques.

 

trailer The Jane Doe Identity

 

C’est de ces expérimentations formelles que proviennent les angoisses existentielles de It Follows (les meilleures scènes du film suivant de son réalisateur, Under the Silver Lake, sont d’ailleurs clairement horrifiques), ou les trouvailles ultraviolentes de Hérédité. Pour autant faut-il en conclure que c’est le cinéma d’auteur qui sauvera l’horreur Hollywoodienne ? Ce serait aller trop vite en besogne.

La réponse se trouve sans doute entre les deux, quand certains auteurs acceptent les codes du genre, et quand les meilleurs artisans peuvent s’en affranchir. À titre d’exemple, si Mike Flanagan ou André Øvredal ne que très rarement considérés comme des auteurs, ils ont mis en scène deux des trips filmiques les plus cauchemardesques de ces dernières années.

En effet, The Jane Doe Identity et The Haunting of Hill House représentent chacun un équilibre proche de l’idéal entre structure de série B délectable et codifiée, et monstrueuse créativité. Auteurs ou non, ce sont des créateurs aux yeux grands ouverts et aux mains libres qui réveilleront le cinéma de genre qui nous fait trop souvent défaut.

 

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commentaires

Simon Riaux - Rédaction 16/11/2018 à 13:03

@Ses

Vous parlez des Conjuring ?
(Niark niark niark)

Ses 16/11/2018 à 13:02

3 films ratés... Donc... :(

Syarus 15/11/2018 à 17:23

On peut citer aussi Pascal Laugier, même s'il évolue pas à Hollywood, comme les productions du film Hérédité et It comes at night, il fait bien des films d'horreurs en anglais, son dernier Ghostland était une sacrée claque par un amoureux du genre horrifique.

Andarioch 15/11/2018 à 17:10

En même temps les auteurs ont toujours sauvé l'horreur. Vous citez les grands anciens mais on peut ajouter Cronenberg, Scott (alien tout de même), Jackson, Raimi, et j'en passe.
Bon certes, hormis Scott, ils ont tous commencé dans le sanglant avant de devenir plus mainstream

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