Maléfique 2, Dumbo : les (petits) flops prouvent-ils les limites de l'usine Disney ?

Geoffrey Crété | 21 février 2020 - MAJ : 21/02/2020 14:33
Geoffrey Crété | 21 février 2020 - MAJ : 21/02/2020 14:33

La suite de Maléfique et Dumbo n'ont pas été à la hauteur au box-office. Surtout comparés aux grands succès de Disney.

Avengers : Endgame, Le Roi Lion, La Reine des neiges 2, Spider-Man : Far from home (en collaboration avec Sony), Captain Marvel, Toy Story 4, Star Wars : L'Ascension de Skywalker, Aladdin : Disney monopolise le top 10 des plus gros succès au box-office mondial de 2019. La machine semble inarrêtable.

Sauf à y regarder de plus près, avec par exemple Maléfique : Le Pouvoir du mal et Dumbo. Le film avec Angelina Jolie était une opération facile après le carton du premier, en 2014. Celui de Tim Burton semblait évident vu la popularité du dessin animé. Et les deux n'ont pas été à la hauteur côté business. Petits accidents de parcours ou symptômes d'un plus grand mal ?

 

photoMéthode chat potté pour séduire (en vain)

 

VALEURS SÛRES

A priori, les deux films n'ont rien de risqué. En 2014, Maléfique a été un grand succès, avec près de 760 millions au box-office pour un budget officiel de moins de 200 millions. Après le milliard d'Alice au Pays des merveilles en 2010, c'était la confirmation que Disney avait trouvé un filon. Angelina Jolie est, elle aussi, une valeur sûre, Elle Fanning est en pleine ascension, et le studio a même sorti le chéquier pour se payer Michelle Pfeiffer. La suite était lancée dès 2015, avec Joachim Rønning, dans les petits papiers de Mickey puisqu'il a réalisé Pirates des Caraïbes 5 : La Vengeance de Salazar.

Dumbo non plus n'avait rien d'audacieux. Le dessin animé de 1941 est un classique, grand succès en son époque troublée, qui avait été plus que rentable vu son coût très bas. Ressorti en salles quatre fois depuis, il est au panthéon des joyaux de Disney. Reprendre Tim Burton, qui avait officiellement ouvert la danse des remakes live avec Alice au pays des merveilles, était là aussi un gage de confiance. Tout semblait sur les rails, avec un réalisateur prestigieux (encore un peu oui), et Colin Farrell, Eva Green, Michael Keaton et Danny DeVito pour attirer l'attention et la curiosité.

Disney n'y a pas été de main morte niveau promo. Le premier Maléfique avait coûté dans les 150 millions en marketing selon Deadline, et la suite a logiquement suivi le même chemin. Et Dumbo a eu une promo similaire.

 

photo, Angelina JolieEt soudain, le doute

 

(PETIT) DÉSAMOUR

Le succès n'a pourtant pas du tout été à la hauteur. Avec un budget similaire, le retour de Maléfique a encaissé bien moins que le premier : environ 492 millions, contre 758. Au box-office domestique, majeur pour les studios, c'est très clairement un désintérêt : seulement 114 millions, contre 241 en 2014.

Dumbo n'a pas volé très haut non plus : avec un budget à peine moins élevé que Maléfique 2 (environ 170 millions hors marketing), il a engrangé 353 millions au box-office, dont 114 lui aussi côté domestique.

Le film de Tim Burton a certes souffert de la compétition avec Captain Marvel sorti juste avant et Shazam! arrivé juste après. La Jolie sorcière, elle, a été écrasée dans la vague Joker, qui a réussi à reprendre la première place très vite, avant que Terminator : Dark Fate n'arrive. L'embouteillage des sorties a eu un impact évident.

Le désamour est également là côté critique, avec une presse pas très enthousiaste. Le petit effet de surprise du premier Maléfique a disparu, et le petit cirque de Tim Burton n'a pas enchanté. Pas de haine, mais un désintérêt poli.

D'autant que la marque Disney paye encore bien. Il n'y a qu'à comparer avec Pan, le Peter Pan de Warner Bros. réalisé par Joe Wright et qui s'est vautré en 2015 (même pas 130 millions au box-office, pour un budget officiel de 150), pour voir que Mickey échappe jusque là aux flops colossaux avec ce catalogue nostalgique. Il faut regarder ailleurs, du côté des films plus "originaux" du studio, pour trouver pareils échecs (Lone Ranger, naissance d'un hérosJohn Carter, Un raccourci dans le temps, A la poursuite de demain).

 

photo, Eva GreenTombés dans les filets des agendas surchargés

 

VICTIMES COLLATÉRALES

Est-ce pour autant la preuve que Disney va dans le mur ? Absolument pas. Déjà parce qu'il suffit des deux milliards d'Aladdin et Le Roi Lion pour absorber toute perte, ou non succès. Le studio peut briller et rayonner avec ces cartons phénoménaux, sans qu'une petite performance ne soit problématique.

Par ailleurs, ce n'est pas la première fois que le public se détourne d'un produit Disney de ce type. C'est même une facette de cette usine. En 2015, Cendrillon avait un peu déçu avec 542 millions, après les 758 de Maléfique et avant le quasi-milliard du Livre de la Jungle. En 2016, Alice de l'autre côté du miroir a été un coup dur, avec moins de 300 millions, soit plus de trois fois moins que le premier. Et juste après le sacre milliardaire de La Belle et la BêteJean-Christophe et Winnie a plafonné à 200 millions.

 

Photo Helena Bonham Carter"Là ! Une idée de merde !"

 

Que Disney ait décidé de sortir La Belle et le Clochard sur Disney+ n'est pas anodin. Alors que le studio a trouvé un filon, et que de nombreuses autres adaptations sont annoncées, il devient évident que les films se cannibalisent et que les plus faibles vont en souffrir. En 2019, et sans compter les clébards, il y a eu quatre remakes live, entre seulement sept mois.

Disney va donc logiquement réorganiser ses forces et disperser ses soldats, pour maximiser les chances en salles, et sur leur plateforme de streaming qui a besoin d'être nourrie. Et la stratégie est plus que logique à tous les niveaux : La Belle et le Clochard n'a coûté que 60 millions, soit trois fois moins que la plupart des gros succès récents.

 

photoCe sera un dîner devant la télé pour ce film

 

SÉPARATION DU POUVOIR

Cette évolution stratégique est visible dans le programme, bien plus clairsemé en 2020 : il n'y aura que Mulan, au cinéma le 25 mars, avec un budget énorme selon la rumeur (proche des 300 millions). Cruella avec Emma Stone et Emma Thompson, arrivera en mai 2021. Au-delà, c'est le flou sur le destin des projets développés.

La Petite Sirène de Rob Marshall et Peter Pan & Wendy de David Lowery entrent en tournage cette année, Pinocchio se fera officiellement avec Robert Zemeckis, des continuations du Livre de la jungle et Aladdin sont attendues, et Blanche-Neige, Merlin, Le Bossu de Notre-Dame, Bambi, Lilo & Stitch, sont à l'horizon.

Le jeu de qui ira au cinéma ou sur Disney+ est donc lancé. Qui aura un budget réduit ? Qui n'a pas la puissance du milliard ? Peter Pan & Wendy de David Lowery, Merlin l'enchanteur par Juan Carlos Fresnadillo et le spin-off d'Aladdin sur le prince Anders seraient réservés à la plateforme de SVOD. L'évidence voudra que Le Livre de la jungle 2 et le dérivé d'Aladdin soient réservés aux salles de cinéma, et que seuls les univers les plus forts et dignes du milliard en 3D soient réservés aux salles obscures.

 

photo, Yifei LiuEssaie de me refourguer à Disney+ pour voir

 

Cet enjeu est devenu majeur dans l'écosystème Disney, qui teste les limites de l'occupation des salles. Star Wars l'avait illustré, avec l'échec foudroyant de Solo : A Star Wars Story, sorti seulement cinq mois après Star Wars : Les Derniers Jedi, chose unique dans la franchise. La marque Marvel a jusque là maintenu le cap, même avec neuf films Marvel en trois ans, de Spider-Man : Homecoming à Far from home, avec deux Avengers au milieu.

Ce sera encore plus en 2021, avec quatre films en salles (Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings, Doctor Strange in the Multiverse of Madness, un Spider-Man sans titre et Thor : Love and Thunder), et les séries Loki et What If...?. C'est sûrement à cause de ce surplus que WandaVision, initialement attendue début 2021, a été avancée à fin 2020.

Jusqu'où peut aller Disney sans se cannibaliser ? Y a-t-il une limite à l'appétit du public pour le recyclage nostalgique ? Que fera Mickey lorsque tous les classiques de l'animation auront été remakés, et que les plus gros succès auront donné des suites ou autres dérivés ?

 

photoUn film Disney+ rencontre un film Disney-ciné

 

commentaires

aaae
25/03/2020 à 16:42

dumbo !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

CINETIM
28/02/2020 à 15:43

Eh bien. Je pense que ce sera la fin de Disney ou alors il faut vraiment trouver des choses nouvelles et que les vieux laissent la place aux plus jeuens.

HPDyer
25/02/2020 à 06:39

"Reprendre Tim Burton, qui avait officiellement ouvert la danse des remakes live avec Alice au pays des merveilles"

Ne changez rien les mecs.
Il serait dommage de donner le sentiment que vous savez de quoi vous parlez ...

Numberz
22/02/2020 à 08:08

@ Sébastien

Quel est la vocation de Disney si ce n'est d'engranger des milliards ? Je pense qu'elle ne met pas forcément les chances plus d'un côté d'un film qu'un autre, juste que dans le tas de caca que la firme sort, doit bien y avoir une crotte en or.

Numberz
21/02/2020 à 20:23

Je me demande si un film Lone ranger, pirates des caraïbes ou autres pourraient être remakés en films d'animation..

Maurice Escargot
21/02/2020 à 19:04

"Que fera Mickey lorsque tous les classiques de l'animation auront été remakés, et que les plus gros succès auront donné des suites ou autres dérivés ?"
Ils feront de nouvelles versions animées des films lives tirés des films animés originaux. Et ensuite, ils en feront des nouveaux films lives.
Disney, l'originalité avant tout.

Jamescr
21/02/2020 à 19:01

Il s'agit de quelque chose tout bête que tout producteur avide d'argent ne voit pas.

Les gens sont venus voir un film par curiosité et n'ont pas forcément adoré, peut-être juste un "mouais".

Mais le producteur ne voit que les rentrées d'argent.
Et donc demande une suite.

Mais les gens ayant dit "mouais" ne reviennent pas et là, les producteurs font la même tête que le méme Pikachu.

DjFab
21/02/2020 à 18:42

" Que fera Mickey lorsque tous les classiques de l'animation auront été remakés" -> Ils continuent à faire de nouveaux films d'animation qui seront un jour remaké ! On parle déjà d'une version live de Raiponce !

Jean-Michel Youp
21/02/2020 à 17:30

Toujours plus de woke, blackwashing et feminisme, youpi !

Numberz
21/02/2020 à 17:08

@ riff

Bien vu aussi. Je pense du coup à un mélange des deux possibilités, la tienne et la mienne. Effectivement, la marque, car chaque dessin animé en est une, est effectivement non négligeable dans la tête des gens. Bien vu, cela se tient avec les succès et non succès. Cependant, je remarque aussi que les "moins populaires" sont ceux qui ont bénéficié d'une écriture "plus travaillé" moins copié collé. Alors que oui les plus populaires ont justement subi une translation de support.

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