Birds of Prey est bien un gros échec, à ranger aux côtés de Justice League

Geoffrey Crété | 22 mars 2020
Geoffrey Crété | 22 mars 2020

Le film avec Margot Robbie n'a pas passionné le public, et rappelle que la marque DC peine à trouver un rythme de croisière au box-office.

Après le milliard, les Oscars et la gloire de Joker, place à la déception colorée de Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn. Le film de Cathy Yan centré sur la Harley Quinn de Margot Robbie n'a pas passionné le public, malgré la critique globalement positive, y compris la nôtre.

Mais à quel point est-ce un échec pour Warner Bros., alors que le futur est en marche avec Wonder Woman 1984 en juin (a priori), et The Batman à l'horizon (malgré le tournage en pause pour cause de coronavirus) ?

 

 

LE BUDGET

C'est le seul bon point du film : son budget modeste. Avec 85-95 millions, c'est le plus petit budget du DCEU, derrière Shazam! (100 millions), Wonder Woman (150 millions), Aquaman (entre 160 et 200 millions). Les poids lourds restent Batman v Superman : L’Aube de la justice (250 millions) et Justice League, qui a coûté plus de 300 millions vu sa production chaotique. Seul Joker a coûté moins : 55 millions.

A noter qu'aucun film du MCU n'a coûté si peu cher, le minimum étant dans les 150 millions.

Le budget marketing n'est pas connu, mais a priori, c'est aux alentours de 80-100 millions, la fourchette moyenne pour un tel film, sachant que la Warner a logiquement limité les dépenses ici aussi. Captain Marvel avait coûté dans les 150 millions en promo, selon Deadline, quand des films comme Jurassic World : Fallen Kingdom (185 millions), et Avengers : Endgame (200 millions, un record), touchent les sommets.

Au minimum, Birds of Prey aurait donc coûté dans les 170 millions.

 

photoQuand ton film est lancé en fanfare

 

LE BOX-OFFICE MONDIAL

Le film est sous la barre des 200 millions. C'est le plus petit score du DCEU, derrière Shazam! (365 millions), et loin derrière Justice League (657 millions) ou Man of Steel (668 millions). Au sommet, se trouvent Wonder Woman (821 millions), Batman v Superman : L’Aube de la justice (873 millions), et Aquaman (1,1 milliard). Joker, lui, est à 1,07 milliard.

C'est un score terrible pour un film attaché au monde des super-héros, en 2020. Sans inflation, même les débuts du MCU ont été plus forts : 370 millions pour Captain America : First Avenger, 449 millions pour Thor. Sans inflation toujours, Birds of Prey se retrouve dans la zone des 4 Fantastiques version 2015 (167 millions) et Daredevil (179 millions). Ce n'est pas une catastrophe à la Elektra (56 millions en 2005), mais c'est symboliquement très proche.

La comparaison est cruelle, mais même sans parler Avengers ou héros très populaire : Captain Marvel a franchi le milliard, Venom a encaissé plus de 855 millions, et même Ant-Man et la Guêpe a été jusqu'à 622 millions. Bref, Birds of Prey a été un échec à ce niveau.

 

photo, Margot RobbieQuand ton film est sorti en salles

 

LE BOX-OFFICE DOMESTIQUE

82 millions. C'est mauvais, et encore une fois le plus mauvais du DCEU, derrière Shazam! (140 millions). Wonder Woman reste leader côté domestique, avec 412 millions, loin devant Aquaman et BvS. Et Joker est très bien placé, avec plus de 335 millions.

Sa carrière avait mal commencé, avec 33 millions pour son premier week-end, loin des estimations à 50 millions au moins. Ce n'est pas une catastrophe à la Jonah Hex, un autre personnage DC (démarrage à moins de 6 millions), mais c'était un très mauvais signal (Shazam avait justement dépassé les 50 millions). Seule consolation : c'est mieux que le désastre X-Men : Dark Phoenix (moins de 66 millions). C'est à peu près tout, tant l'écrasante majorité des films du genre a fait mieux sinon.

Bref, douche froide. Et pour rappel, ça a du poids : les studios récupèrent plus sur ce territoire que partout ailleurs, particulièrement sur les premières semaines.

 

photo, Ewan McGregor, Margot RobbieRose bon-bon à rien

 

LE BOX-OFFICE INTERNATIONAL

Hors box-office domestique, Birds of Prey a encaissé environ 115 millions. Il a surtout marché au Royaume-Uni (11 millions), au Mexique (10 millions) en France (8 millions), en Australie (7 millions), en Russie (6 millions). C'est là encore très maigre, et loin des 366 millions de Shazam à l'international.

Le film a souffert d'une (non) carrière en Asie. Il sortira le 20 mars au Japon, mais la crise du coronavirus devrait largement réduire son exploitation. Et en Chine, il n'a pas de sortie prévue de toute façon. Ce manque de présence en Asie pèse donc lourd, même si ça n'explique pas tout : Suicide Squad n'était pas sorti en Chine, mais a été un carton financier.

 

photo, Margot RobbieHyène de vie

 

LE BOX-OFFICE FRANCAIS

Un peu plus d'1 million d'entrées. Qui sera surpris de savoir que c'est ici encore le pire score du DCEU ? C'est d'autant plus frappant que l'un des derniers sortis, Aquaman, a explosé les records avec plus de 3,2 millions d'entrées ; soit bien plus que Man of Steel, Batman v Superman, Suicide Squad et Wonder Woman, qui n'ont pas dépassé les 2,5 millions.

Toutefois, Birds of Prey s'en sort relativement bien : il a un score à peine inférieur à Shazam (1 040 500 spectateurs, contre 1 075 884).

 

photo, Margot RobbieMerci la France, apparemment

 

LE BILAN

Un budget d'environ 170 millions, dans les 85 millions côté domestique, environ 115 dans le reste du monde : à vue de nez, Birds of Prey sera bien dans le rouge sur son exploitation salles.

La barre des 250 millions semblait nécessaire pour rentrer dans ses frais, voire même celle des 300 (dont 100 côté domestique) selon Variety. Avec à peine 200 millions, la note sera au mieux légèrement salée. Bien sûr, il y aura la vidéo et le merchandising pour amortir les coûts, plus tard. Sachant que la crise du coronavirus a incité le studio à lâcher le film en VOD plus tôt que prévu, histoire de profiter de la situation.

Le film de Cathy Yan a donc bel et bien été un flop. Pas du niveau stratosphérique de Justice League, qui a coûté trois ou quatre fois plus et reposait sur un pari plus clair, mais tout aussi fort dans l'univers étendu et la stratégie du studio pour exploiter la marque.

 

photo, Margot RobbieHarley couine : au placard pour quelques années, a priori



LES RAISONS

La première : Harley Quinn était-elle vraiment assez forte pour porter un film à elle-seule ? Visiblement pas. Certes, Margot Robbie est une valeur montante. Elle est parmi les rares éléments célébrés dans Suicide Squad, a été nommée aux Oscars (pour Moi, Tonya et Scandale), et a gagné une reconnaissance réelle en l'espace de quelques années, depuis sa révélation dans Le Loup de Wall Street de Scorsese.

Certes, le personnage, créé spécialement pour Batman, la série animée, est très populaire, et a d'ailleurs eu droit à une délirante série rien qu'à elle, Harley Quinn, en 2019. Qu'elle soit sortie en solo au cinéma dans le sillage de Joker, alors qu'elle est par nature son acolyte, a d'ailleurs quelque chose d'amusant.

 

photoMr. J, help me please

 

Le projet d'un film avec Harley Quinn a d'ailleurs connu plusieurs formes. Avant que Birds of Prey ne soit préféré, un film centré sur le Joker de Jared Leto et elle était lancé, et surtout Gotham City Sirens était annoncé. Même idée de groupe d'anti-héroïnes, sauf qu'ici, il s'agissait de Catwoman, Poison Ivy et Harley, soit trois personnages très reconnaissables et appréciés des fans. Le trio aurait été très fort et bien plus vendeur que Black Canary, Huntress et Cassandra Cain.

Plus que l'ego de Margot Robbie (également productrice) d'avoir son film bien à elle, il semble plus logique que ce soit une stratégie de la Warner : Catwoman reviendra dans The Batman, sous les traits de Zoë Kravitz. Vu la gestion bordélique de l'univers étendu, et le lancement de ces projets en parallèle, nul doute que la Warner a pu vouloir protéger cette potentielle future star, afin de la relancer dans un projet très solide. Si la super-héroïne hier incarnée par Michelle Pfeiffer et Halle Berry doit devenir une dark Wonder Woman, autant miser sur un début dans The Batman, et pas Birds of Prey.

 

photoHarley Quinn vener en 2019

 

La deuxième : le grand méchant féminisme, punching ball favori de bien du monde. Mix entre la promo criarde et fluo de Suicide Squad, et le féminisme cool et pop dans l'air du temps (oui, Charlie's Angels), le marketing de Birds of Prey a surjoué la carte du girl power à tous les niveaux, et poussé tous les curseurs aux max. Affiches improbables, arc-en-ciel de tous les dangers, déclarations promo sur la force du féminin, sans parler de la situation délicate d'éjecter Jared Leto, qui a souffert du rejet de Suicide Squad et du triomphe de Joaquin Phoenix... Le film de Cathy Yan a cherché une place et affirmé une identité, en espérant résonner avec son époque et en misant sur la particularité du projet (et pas un univers étendu servi à toutes les sauces).

Mais au-delà, c'est bien le marketing qui est en question. Rien que le titre illustre tous les problèmes du film : "la fantabuleuse histoire de Harley Quinn" a ainsi commencé comme une plaisanterie de la scénariste Christina Hodson, que Margot Robbie a partagé avant le tournage sur les réseaux sociaux, et qui est finalement devenu le titre officiel... jusqu'à ce que le studio ne change discrètement d'avis après la sortie, pour que les chaînes de cinéma américaines affichent le titre alternatif Harley Quinn : Birds of Prey en ligne.

 

photo AfficheLe Kamoulox marketing

 

Enfin, comme toujours : la date de sortie et la concurrence. Personne ne l'avait vu venir, mais Bad Boys for Life (sorti une semaine avant) a été un succès énorme. Une semaine après, Sonic le film débarquait, pour là aussi surprendre avec un démarrage spectaculaire. Harley Quinn dégringolait directement à la 3ème place, étouffée entre ces deux sorties énormes. Chaque nouvelle semaine voyait l'attention se déplacer, avec L'Appel de la forêt puis Invisible Man dans la foulée.

Birds of Prey a été Rated R pour sa violence graphique (certes limitée), comme Bad Boys 3, qui a visiblement bien plus occupé les spectateurs. En gros : Warner Bros. a surestimé la force de leur marque, et sous-estimé la force de Sonic et Will Smith. Sachant qu'il était dans Suicide Squad, avec Harley Quinn, mais ne reviendra pas dans The Suicide Squad, l'ironie est irrésistible.

 

photo, Will Smith, Martin LawrenceBad Boys vs Bad Girls



LES CONSÉQUENCES

Déjà, Harley Quinn sera de retour dans The Suicide Squad de James Gunn, attendu en salles le 4 août 2021 - juste après The Batman, prévu fin juin. Son avenir direct est donc assuré, et il suffira que cette suite-reboot (une partie du casting ne revient pas, dont Will Smith) soit un succès pour lui redonner quelques belles couleurs, et asseoir sa petite place dans le DCEU.

Néanmoins, l'échec de Birds of Prey devrait enterrer toute idée de la placer au premier plan, parmi les personnages capables de porter des films. Harley Quinn n'est ni Wonder Woman, ni Aquaman, ni Shazam. Même Catwoman, pourtant très populaire, n'a pas encore de vie à part entière. Peut-être que la Warner aurait dû patienter, comme Marvel avec Black Widow, qui aura été un second couteau pendant une décennie avant d'avoir une aventure solo.

Au-delà du personnage, ce sont les limites de la marque DC qui ont été testées ici. Peu connu, Shazam avait suffisamment marché pour laisser entendre qu'un super-héros pouvait attirer, avec un budget réduit et une légèreté assumée. Birds of Prey est un autre son de cloche, qui devrait inciter le studio à y réfléchir à deux fois à l'avenir. Logique donc que Warner Bros. mise pour la énième fois sur Batman, les suites inévitables (notamment Aquaman 2), et explore une partie précise de l'univers étendu avec Black Adam fin 2021 et Shazam! 2, les deux personnages étant liés.

Birds of Prey portait donc bien son titre - sauf que la proie, c'était elles.

 

Photo Margot Robbie, Will SmithTu rigoleras moins bientôt chérie

commentaires

Simple
14/05/2020 à 01:40

C'est assez simple. L'histoire, la qualité du scénario... là n'est pas la question et je n'ai pas vu Bird Of Prey.
Margot Harley Queen a débarqué à l'écran en 2016 et illuminé la culture pop avec un personnage hyper sexualisé,féminin et soumise à ce veinard de Joker.
Elle s'est imposée comme le fantasme ultime pour de nombreux mâles fans de super-héros, et il suffit de parcourir le net pour voir nombre de filles reproduire son look punk (inspiré de Blondie).
Et puis en 2020 elle nous revient dans la promo déguisée en sac poubelle avec un discours féministe light mais suffisant pour faire culpabiliser tous ceux qui avaient fait des arrêts sur image sur l'arrière de son short dans Suicide Squad (nous sommes nombreux). On se dit alors un truc du genre "pardon madame je sais c'était mal et je ne le referai plus, même en pensée, non je ne vous regarderai plus non plus promis (même au ciné)"

MG20
15/04/2020 à 06:44

J'crois bien que s'il n'y avait pas corona virus,bird of prey ne serait un échec

Si je lisais vos commentaires sans avoir vu ce film,franchement je n'y serais plus intéressé,
Heureusement...

flow 45
24/03/2020 à 23:35

juste les trailers ne donnait pas envie d'en voir plus , faut dire les choses les effets girl power ne plaisent pas a tout le monde et les studios doivent en faire des tonnes pour donner un capital sympathie aux film , mais malheureusement le personnage principal de Harley Quin est sympa mais de la en faire un film centré sur elle, non merci , je n'en voit pas l'intérêt !

Nejam
23/03/2020 à 18:12

"On a l impression de voir le film que la warner n a pas eu les couilles de faire avec Suicide Squad ce qui est ironique vu qu il n ya que des meufs"....
Tain j en ai entendu des commentaires mysos mais celui ci est quand meme bien placé, tout en douceur :D

Geoffrey Crété - Rédaction
23/03/2020 à 12:33

@Manu

Sauf que ce n'était pas un argument. C'était une réponse à "le film est mauvais, c'est logique qu'il ne marche pas du coup non ?".

Non, ce n'est pas logique. Des films bien se plantent ou cartonnent, de mauvais films marchent et ne marchent pas... oui. C'est exactement pour ça qu'on trouve que l'argument d'un lien entre le box-office et la qualité d'un film, pas du tout valable.

Manu
23/03/2020 à 12:27

"Si le box-office était lié à la qualité des films, ça se saurait non ? " argument facile, des films merdiques qui se plantent au BO ça existe encore hein :P

cvxv
23/03/2020 à 12:13

Dommage car le film es vachement bien

Geoffrey Crété - Rédaction
23/03/2020 à 10:17

@DjFab

Si le box-office était lié à la qualité des films, ça se saurait non ? Le box-office aurait certainement une autre allure.
D'autant que votre film mauvais, peut évidemment être le bon film d'un autre.

@Dylhem

On ne dit bien évidemment pas que le film doit être vu et apprécié selon son score en salles. Bien au contraire, d'ailleurs on a même une rubrique dédiée aux films mal-aimés à leur sortie, et qui méritent selon nous d'être réévalués.
Néanmoins, l'aspect financier d'un film comme celui-ci, conçu comme un business, est intéressant à étudier et décortiquer.
On a d'ailleurs défendu Alita dès sa sortie, et suivi là encore sa carrière et son échec financier.

Tricopull
23/03/2020 à 09:50

Un film mauvais, avec un propos bien naze, une esthétique forcée et très datée début 2000, des idées foireuses comme rebondissements.....c'est juste normal que le film se plante.
C'est exactement comme le joker de Leto: ça se veut déjanté, original et extravagant, au final c'est juste factice, lourd et ringard.
Ils ont voulu en faire trop et ça dégouline.
Et n'allez pas confondre ça avec de la générosité, c'est juste mal, écrit, mal dirigé et mal orchestré.

Dylhem
23/03/2020 à 09:33

Très bon film, excellent, le genre de film qui engendre des fans
Comme je l'explique souvent, il ne faut pas s'arrêter au simple box office, fight club par exemple à fait un flop à sa sortie de la faute à certains critiques de cinéma qui, on l'a su par la suite n'avaient même pas vu le film (très souvent ils ne regardent que 10 minutes) et pourtant c'est un film culte étudié dans les écoles de cinéma maintenant.
The crow ou Alita battle angel, films très critiqués d'un côté, sont les films qui ont engendrés le plus de communautés de fans passionnés.
Bref le cinéma ne s'arrête pas "toujours" au budget, heureusement.
Et birds of prey et génial pour assez de gens.

Plus

votre commentaire