40 ans toujours puceau, En cloque mode d'emploi... Judd Apatow, le plus moralisateur des rebelles ?

La Rédaction | 24 juillet 2020 - MAJ : 24/07/2020 12:54
La Rédaction | 24 juillet 2020 - MAJ : 24/07/2020 12:54

Et si derrière les blagues de cul, les histoires de gentils losers et la provoc, Judd Apatow était le plus moralisateur des petits rebelles ?

En quelques années et cartons, à l'aube de l'an 2000, Judd Apatow s'est imposé sur la scène de la comédie américaine. Lui qui avait commencé comme comédien de stand up s'est peu à peu créé une place majeure dans le paysage, comme producteur (la série Freaks and Geeks, Mes meilleures amies, ou encore Présentateur vedette : La Légende de Ron Burgundy) et comme réalisateur.

En deux films à succès, 40 ans, toujours puceau et En cloque, mode d'emploi, il a redynamisé la comédie américaine, entraînant avec lui tout un tas d'acteurs talentueux, dans un tourbillon à base d'improvisation semi-maîtrisée, gags graveleux et humour de grands gamins.

Que The King of Staten Island soit peut-être son meilleur film (notre critique par ici) donne envie de se replonger dans sa carrière, pour se demander : et si le petit rebelle anti-conformiste, qui parle de bite et branlette dans une scène sur deux, était au fond un grand moralisateur ?

 

photo, Judd ApatowC'est Judd Apatow (à gauche)

 

40 ANS, TOUJOURS PUCEAU

Le pitch cool : Andy a 40 ans, et il est toujours puceau. Ses collègues sont déterminés à régler ça, et le poussent à sortir, rencontrer des femmes, se faire épiler le torse, essayer avec une prostituée trans, et tenter différentes méthodes pour séduire et arriver, enfin, à tremper son biscuit ridé.

Le vrai pitch : Andy cherche l'amour, le vrai, le beau, et pas juste du sexe. Car c'est un grand romantique et rêveur, trop sensible pour ce monde. Après avoir tenté de devenir quelqu'un d'autre en suivant les conseils de ses amis, il arrive enfin à assumer qui il est, en toute sincérité, et il se marie avec une femme. Et une fois marié, il perd son pucelage. Et ils vécurent heureux pour toujours.

40 ans, toujours puceau, c'est le film où Steve Carell se fait vomir dessus par Leslie Mann, se fait épiler quelques centimètres carrés de son torse velu, apprend à utiliser des capotes, découvre le porno. Où Seth Rogen, Paul Rudd et Romany Malco parlent masturbation, pénis et jouent à se lancer le mot gay dans chaque scène. Où Gerry Bednob parle comme un poissonnier sous ses airs de gentil papi indien. Où Jane Lynch veut tirer un coup, tout comme Elizabeth Banks qui est une grosse nympho tarée. C'est le film qui a été vendu sur tous ces ingrédients salaces, décalés, vulgaires, comme un film entre potes, où l'obsession de la levrette et des mouchoirs souillés sont assumés.

 

photoLe flashback de Joaquin Phoenix dans Signes, version comique

 

De son titre à ses seconds rôles, 40 ans, toujours puceau se présente, a priori, comme une anti-comédie romantique classique. La question n'est pas de trouver le grand amour, mais le grand boulevard des jambes écartées, pour rappeler que le sexe est central dans la vie, et qu'il existe divers stratagèmes pour se soulager - choper une fille bourrée en boîte, payer une pute, ou patienter avec un carton de porno au pire. Les potes normalement en recul pour le renfort testostérone sont ici au premier plan, comme pour balayer toute l'hypocrisie des rapports homme-femme, et la niaiserie des sentiments moins importante que l'appel de la couenne et la couette.

Tout ça, c'est le projet au départ et le moteur durant la première moitié du film. Mais la destination reste la même que dans n'importe quelle niaiserie type L'Abominable Vérité, Polly et moi ou Sexe entre amis : l'amour, le mariage, la famille, baignés dans un océan de sincérité, simplicité, humilité, et transparence. À la fin, tout le monde chante, pour célébrer la normalité. Vous avez beau ponctuer chaque phrase avec le mot "bite", collectionner les figurines Iron Man et tromper joyeusement votre femme, n'oubliez pas que vous êtes au fond appelés à rentrer dans les rangs, et que vous allez aimer ça.

 

photo, Steve Carell, Catherine KeenerL'amour simple et pur triomphe toujours

 

EN CLOQUE, MODE D'EMPLOI

Le pitch cool : Un loser pas très beau et une blonde très sérieuse couchent ensemble après une soirée arrosée. Rien ne devait les forcer à se revoir, sauf qu'elle tombe enceinte. Ils décident d'essayer de gérer ça ensemble, pour le meilleur et surtout pour le pire.

Le vrai pitch : Tout semble opposer ce loser pas très beau et cette blonde légèrement chiante, mais ils vont apprendre à se connaître, dépasser leurs aprioris, faire des efforts, et finalement tomber amoureux, et fonder une famille.

Nouveau périple, même destination : tout finira par l'amour, la famille, le bonheur qui va avec, jusqu'au générique de fin où tout le monde pose avec plein de bébés, visiblement seule issue possible d'un couple épanoui. Peu importe si Seth Rogen est gras et pas à son avantage face à Katherine Heigl, car la beauté, la vraie, est à l'intérieur. C'est d'ailleurs pour ça que cette belle blonde digne d'un fantasme se révèle vite être particulièrement chiante et crispante. Ce respect des gros clichés des genres, encore plus forcé sur le couple formé par Paul Rudd et Leslie Mann, est là encore une belle démonstration : derrière la grande gueule, Judd Apatow raconte la même sempiternelle histoire de romance un peu compliquée, que tout le monde a déjà faite avant lui.

La question de l'avortement est également intéressante. Non seulement Alison la rigide carriériste décide de garder ce bébé, fruit d'un coup d'un soir en boîte de nuit, comme si c'était l'idée du siècle, mais avorter est une idée portée par sa mère, soit la vieille génération qui tente de convaincre la jeunesse moderne. Baiser après une bouteille de vodka, OK, mais il faut en assumer les conséquences. Et pas d'inquiétude : un bébé, c'est beau, c'est bien, et ça rendra tout le monde heureux, même un mec et une fille qui n'ont a priori rien à faire ensemble.

 

photo, Katherine Heigl, Seth RogenLa lose sous la couette : mode d'emploi

 

FUNNY PEOPLE

Le pitch cool : Star de la comédie, George vient d’apprendre qu’il souffrait d’une forme rare de leucémie. Après avoir fait la rencontre d’un jeune humoriste dans la galère, cette équation sinistre prend un nouveau tour. 

Le vrai pitch : Rien de tel qu’une bonne peur de la mort pour engendrer une crise existentielle. C’est ce que va découvrir le sinistre et solitaire George, que l’imminence du néant pousse à faire la paix avec ses erreurs, jusqu’à devenir un homme meilleur. 

Pour un auteur qui a incarné à lui seul le renouveau comique du cinéma américain, éreinter le milieu du stand up, ses codes et ses représentations a des airs de défi suprême, mais offre également l’opportunité de se livrer à une œuvre somme. Du moins le croit-on quand on assiste à la rencontre entre les personnages d'Adam Sandler et Seth Rogen, tous deux hérauts d’humours différents, dont on se dit que l’union devrait permettre de dézinguer les valeurs et la valorisation d’un certain star system. 

 

Photo Judd Apatow"Nan mais je sais pas moi, faites des blagues"

 

Mais quand, à la manière d’une comédie de boulevard, le scénario change de braquet pour confronter son héros à une guérison miraculeuse, cynisme, nihilisme et possible chaos disparaissent quasi-instantanément au profit d’une équation vieille comme le monde. Si la vie peut finalement être vécue, ne faut-il pas l’embrasser ? Beaucoup plus que d’autres œuvres imaginées par ApatowFunny People semble sincèrement s’interroger, et jusque dans sa dernière ligne droite, préserve en partie l’acidité de son protagoniste. 

En partie, car en dépit d’une insensibilité revendiquée, malgré un geste de refus qui aurait pu signer la fin abrupte de sa relation avec le personnage d’Ira, clown triste incapable de se projeter et de transformer artistiquement l’essai au début du film, le récit est rattrapé par son désir de salut. Ainsi, nous constaterons lors de la conclusion combien Ira a avancé, grâce à son expérience aux côtés de George, mais également combien ce dernier a saisi l’importance de devenir un homme meilleur, alors qu’il s’attèle véritablement à la tâche. 

La déroute du semblant de flamme retrouvée entre George et son ex-femme Laura signifie-t-elle en revanche que Judd Apatow a épargné à son personnage de revenir également sur les rails de la vie maritale ? Question de perspectiveEn effet, on peut voir l’échec de cet amour renaissant une sanction morale, infligée à un homme encore capable de mentir pour obtenir ce qu’il veut, tout en saccageant le mariage d’un autre. À nouveau, difficile de voir là-dedans autre chose qu’un conformisme pas loin d’être moralisateur. 

 

Photo Adam SandlerA simple life

 

40 ANS MODE D'EMPLOI

Le pitch cool : Enfin un film qui va nous dire toute la vérité sur les souffrances de ces quarantenaires qu’on croit fringants ! Vie de couple, amitiés, parentalité, travail : tout y passera dans ce dynamitage de la comédie familiale bien propre sur elle ! 

Le vrai pitch : Pete et Debbie ont fondé une belle famille, sont bien faits de leur personne et vivent plutôt confortablement. Mais rien ne va plus dans cette cellule au bord de l’implosion. Heureusement, quelques éclats de voix et une fécondation plus tard, la famille traditionnelle triomphera.

Grandeur et renoncement du Apatow Aging Universe. Pour sûr, on tape sur les fondamentaux de la maturité, et on questionne cet âge, supposément celui du succès et de l’assurance, pour mieux montrer combien les contraintes et vicissitudes liées à la vie de quarantenaire occidental sont aliénantes. Qu’ils décident de régler leurs comptes avec leurs parents, prendre de la distance avec leurs mômes, fricoter gentiment avec des inconnus ou admettre que leur vie est une somme de petites contraintes oppressantes, le film tape initialement juste, enchaînant répliques au vitriol et séquences abrasives. 

Et si le rire est initialement bien présent, voire franchement irrésistible, le scénario va lui préférer une lente marche vers la conformité. Debbie est enceinte pour la troisième fois, tout concourt dans son existence à lui faire relativiser les valeurs familiales, ou du moins la forme qu’elles ont prise au sein de son existence. Mais ce n’est pas un hasard si Apatow lui-même à vendue 40 ans mode d'emploi comme une continuation d’En Cloque... 

 

Photo Judd Apatow, Leslie MannUn duo dynamique et iconique

 

Comme dans son précédent film, la grossesse devient un révélateur chimique de combien les tensions, disputes et doutes qui lui ont précédé peuvent être aisément vaporisés. La réponse à une crise de famille ? Plus de famille pardi ! En réalité, le scénario n’a jamais eu l’intention de dynamiter la famille américaine, mais bien de la consacrer comme une boîte de pétri peut être chaotique et néanmoins unique modalité d’existence de ses personnages. 

Le conformisme du film se retrouve dans ses intrigues secondaires, notamment celle concernant les employées de Debbie, cette dernière tentant de trouver qui pique dans la caisse. Après avoir soupçonné Desi (Megan Fox) d’être la voleuse, elle découvrira que cette dernière est honnête et travaille comme escort, tandis que c’est la sympathique Jodi qui chaparde.  

Dépendante aux antidouleurs, elle n’a pas trouvé d’autres solutions pour se sustenter que de voler sa patronne. Double-emploi rationalisé, ou addiction de loser, le film choisit là aussi son camp et on pourra s’étonner du peu d’empathie avec lequel est appréhendée le personnage de Charlyne Li. Sans doute un signe que le film a été écrit bien avant la grande prise de conscience américaine concernant son épidémie opiacée... 

 

Photo Paul Rudd, Leslie MannFamille, je vous "haisme"

 

CRAZY AMY

Le pitch cool : Amy est une jeune journaliste fêtarde, accro au sexe et complètement désinhibée, élevée par son père dans l'idée que la monogamie n'est pas réaliste. Lorsqu'on lui demande d'écrire un article sur un médecin du sport pas très charismatique, elle y va en traînant les pieds.

Le vrai pitch : Amy est une jeune femme qui pense échapper à la routine dans une série de relations sans lendemain... Sauf que ce refus catégorique de la monogamie ne lui suffit plus vraiment non plus. Lorsqu'on lui demande d'écrire sur un homme vaguement sportif, elle ne le sait pas encore, mais elle va rencontrer l'homme de sa vie, le seul, le vrai.

En débauchant une des têtes d'affiche du réseau Comedy Central - l'hilarante Amy Schumer - et plusieurs figures du Saturday Night Live, Judd Apatow a obtenu juste ce qu'il faut pour une nouvelle comédie graveleuse à souhait. Le personnage principal jure comme un charretier et assume sa féminité bordée d'ogresse amateur de défonce, à l'image de la créature comique créée par l'humoriste dans ses spectacles.

Le personnage d'Amy n'a aucune limite et se ridiculise en permanence, notamment aux yeux de sa sœur cadette - la vraie rebelle des deux - qui a renié les conseils du papa-coureur-de-jupon pour se marier avec un mec "normal" et un peu plan-plan. Entourée d'un cercle de personnalités complètement loufoques (la copine bébête, la boss hystérique et tyrannique, le plan cul refoulé...), elle n'existe que par ses frasques, son côté "bonne pote" et sa soif démesurée de liberté qu'on moque autant qu'on envie.

 

photo, Amy Schumer, John CenaAmy, la trentaine pimpante et John Cena, son toy-boy homosexuel refoulé

 

Rapidement cependant, le vernis craque : au fond, même la plus indisciplinée des millenials n'échappe pas au carcan hétéronormatif auquel elle prétendait ne pas croire. Il lui suffit de tomber sur un mec aussi sympa que romantique, adepte de Billy Joel et de calins-cuillères, pour qu'elle se laisse happer dans l'effrayant tourbillon de la relation suivie. Et dès que le papy gênant sort du cadre une bonne fois pour toutes, Amy se dit que finalement, la monogamie, c'est peut-être pas si mal, hein.

Malgré ses errances initiales, Amy est finalement une "fille-comme-les-autres", une amoureuse transie profondément enfouie sous une carapace de New-Yorkaise jamais rassasiée. Comme quoi, la moins précieuse des princesses a, elle aussi, droit à son prince... à condition bien sûr, de devenir une pom-pom girl !

 

Photo Amy Schumer, Brie LarsonLibérée, délivrée des principes du Papy, Amy se console auprès de sa famille

 

THE KING OF STATEN ISLAND

Le pitch cool : Scott, 24 ans, passe son temps à fumer de l'herbe, traîner avec ses amis glandeurs, faire d'affreux tatouages sur ses copains-cobayes, et rentrer dormir chez sa mère. Et quand celle-ci se trouve enfin un amoureux, Scott le gère très mal, et devient encore plus insupportable.

Le vrai pitch : Scott, 24 ans, refuse d'affronter ses problèmes, et notamment le deuil difficile de son père quand il était enfant. Coincé dans une boucle infernale, incapable de grandir, il va devoir prendre de grandes décisions pour avancer.

Pour une fois, l'amour (à trouver, à dompter, à sauver, à accepter) n'est plus la destination ultime pour s'accomplir et exister, mais simplement une étape et facette de l'âge adulte, et de la normalité. Scott doit ici grandir, comme dans tout bon coming of age story. Et pour aimer autrui, il faut d'abord s'aimer soi-même (dédicace à RuPaul).

Bien sûr, ici comme ailleurs, Judd Apatow emprunte un chemin très classique. Scott a donc peur de s'engager avec sa copine, de parler de ses sentiments avec quiconque, d'affronter ses démons, et voir la réalité en face. Qu'il envoie balader un tatoueur avec lequel il rêve de travailler, ou soit insupportable avec sa famille, assure le côté sale môme inévitable du réalisateur.

 

photo, Pete Davidson, Moises AriasMotif central du cinéma d'Apatow : les potes, les canapés, les joints

 

Mais très vite, il se redresse. Le cynique se révèle être une parfaite nounou, le glandeur devient un membre apprécié et actif dans la caserne de pompiers, et le tatoueur ridicule cache en réalité un dessinateur talentueux. Encore une fois, tout doit rentrer dans l'ordre : les défauts doivent être effacés, balayés, ravalés, pour construire la personne adulte et respectable. La grande scène de l'incendie, qui permet au héros de digérer sa douleur et enfin panser ses plaies, fonctionne dans cet effort grossier (mais efficace) de happy end.

Scott finit donc par enfin sortir de son île et son nombril, pour grandir et arrêter ses conneries, comme tout bon héros de Judd Apatow. Et bien sûr, ça passe par une grande démonstration d'abnégation, avec la petite romance. Décidément, c'est inévitable dans le mode d'emploi de la belle normalité.

 

photo, Pete Davidson, Bel PowleyExister dans le reflet d'une fille (et devenir normal, enfin)

commentaires

Fraise
04/09/2020 à 00:51

Chopper une fille bourrée... ah ah ah. Cet article a besoin d'être réécrit, si possible par des mecs qui ne violent pas.

Haha !
22/08/2020 à 22:51

Je n'aurais sans doute jamais regardé "40 ans" s'il n'y avait pas eu Steve Carell. J'avais adoré les deux premières saisons de The Office. Idem pour Funny People, sans Adam Sandler ça ne rendrait pas pareil. Pour le reste, étant donné qu'il y a eu les Police Academy dans ma jeunesse, c'est un genre que j'ai plutôt tendance à fuir.

Atréides
26/07/2020 à 02:07

@RobinDesBois

On en est déjà à voir de la parano chez l'autre ? Eh bien.
Je disais juste : la norme sociale aux USA est, historiquement, de ne pas avorter. C'est toujours un sujet tendu qui divise (violemment) le pays. Et En cloque : mode d'emploi, vendu comme une comédie très cool et moderne sur un couple dans l'air du temps (ce n'est pas un avis, c'est clair et net que c'était ça à l'époque), façonnée à Hollywood terre des démocrates et progressistes selon tous les adeptes de ces sujets politiques, a un traitement intéressant et significatif de ce sujet. Rien de plus.

Le reste, j'ai déjà expliqué mon avis, surtout pour dire que non, l'article ne sur-analyse pas. Que tu sois pas du tout sensible à Apatow ne veut pas dire qu'il ne raconte rien, au niveau premier degré ou derrière ça. La fiction qui a du sens et en raconte sur un pays (et notamment la comédie), ce n'est pas nouveau, ce n'est pas exagéré, ce n'est pas parano, ce n'est pas de la sur-analyse. On peut ne pas s'y intéresser certes, mais ça ne veut pas dire que c'est de la parano, du vide ou de l'exagération, comme si c'était une évidence.

Tu viens reprocher à l'article de prendre comme base "Apatow est un rebelle et anticonformiste" et d'arriver à "c'est faux", parce que pour toi il n'a bien évidemment jamais été rebelle et anticonformiste. Donc tu es d'accord, juste tu n'as jamais été berné par l'emballage Apatow. Mais ses films, à l'époque, ont bien été lâchés dans le paysage de la comédie américaine comme des trucs modernes, en phase avec leur époque. La vulgarité, le côté pote, drogues et branlette, l'ambiance impro avec tout une vague de comédiens neufs... tout ça c'était loin de la comédie romantique des années 90, ou même des comédies romantiques de l'époque, plus douces et roses et gentillettes. Apatow s'est présenté comme plus branché et moderne, les studios ont vendu ses films comme ça, il a trouvé le succès avec cette idée qui a attiré un public heureux d'entendre et voir des héros plus décalés, portés sur le cul, parlant comme eux, etc. C'est tout ça qui est intéressant à voir avec le recul.

Et Juno et des polémiques, zéro souvenir. Encore une fois : énorme carton, public, critique, aux USA. Ou alors c'est de la polémique totalement en marge, type Mad Max Fury Road qui a fait "polémique" avec des associations masculinistes américaines.

RobinDesBois
25/07/2020 à 19:42

@Atréides Mais je suis entièrement d'accord avec ton deuxième paragraphe. Simplement:
- Je réitère en disant que sur l'avortement vous devenez limite parano. Tu parles de normalité, mais il y en a pas dans ce cas précis. C'est ridicule de délégitimer une situation de toute façon factice qui n'est qu'un prétexte à des gags lourds. Une femme prise par son travail veut garder un enfant qu'elle a eu avec un coup d'un soir ? La belle affaire. Elle aurait aussi pu bénéficier d'une insémination artificielle sauf que ça aurait fait un personnage principal en moins et la complémentarité classique du duo de toutes les comédies de ce genre qui tombe à l'eau.
-Je ne vois pas peinture puritaine je ne vois surtout aucun tableau

Pour Juno oui bien vu mais il me semble que le film a justement été l'objet de polémiques

RobinDesBois
25/07/2020 à 19:25

@Simon je sais bien qu'une grande partie des américains n'ont pas le même positionnement que les Européens sur l'avortement. Mais Hollywood c'est pas l'Alabama ou l'Oklahoma. Et Apatow est un New Yorkais. Je vais pas généraliser en disant que tous les New Yorkais sont progressistes et que tous les américains des Etats républicains sont conservateurs mais à priori un New Yorkais qui bosse dans le ciné au 21ème siècle je le vois pas spécialement s'amuser à faire un film anti-avortement. Je crois surtout que vous surinterpretez et voyez des messages qui n'existent pas dans des comédies ultra calibrées qui n'ont rien de "rock n roll" ou d'anticonformistes. C'est juste plat tant c'est artificiel (en se prétendant spontané) et ça suit un modèle et une recette parfaitement définis sans aucune réelle idéologie derrière. C'est simplement commercial.

Vous remettez en question et à raison l'image "rebelle et anticonformiste" d'Apatow mais en faisant l'erreur d'appréhender son "oeuvre" sous ce spectre la pour absolument déconstruire une pseudo-posture qui ne mériterait même pas d'être relevée et en le présentant comme l' opposé de ce qu'il n'est pas. C'est juste un type qui a réalisé et produit des comédies à succès (que je trouve personnellement médiocres et fades pour la plupart) ces 20 dernières années.

Atréides
25/07/2020 à 17:26

@RobinDesBois

Dans la plupart de ses films, le modèle global de famille-amour est érigé comme art de bien vivre et être heureux. Le côté moralisateur vient de ce décalage. Dans 40 ans toujours puceau, le collègue qui trompe sa femme et s'en vante, et semble heureux et cool pendant tout le film, finit par tomber en larmes et rentrer dans le droit chemin, par ex. Le parcours est toujours le même : un personnage décalé, dont toute la saveur vient de là, et qui rentre dans le moule.
L'idée des éléments totalement anodins, non mis en avant au premier plan comme l'avortement (même si c'est le nerf de l'histoire au final), participe à cette peinture très puritaine, qui passe par le traitement doux, en second plan, comme de la pure normalité d'ailleurs. (et un film anti-avortement ça existe et ça gagne des Oscars, genre Juno, qui en fait un truc super cool et branché).

Le fait que ce soit des comédies "bateau et interchangeable avec des tas d'autres comédies de ces 20 dernières années", c'est toute l'idée de l'article. Ce n'est pas un avis ou un problème de l'appréhender comme "rebelle et anticonformiste" puisque c'est comme ça que ses films, son cinéma, ont été présentés, et vendus. L'omniprésence des versions Rated R, des gros mots, des personnages qui parlent de cul... tout ça est clairement posé pour aller à contre-courant de la comédie romantique bateau des décennies précédentes. Ce n'est pas une perception de sur-analyse, c'est affiché partout, et évident. Il se positionne ainsi, et le revendique. Or, au fond, c'est pareil qu'avant, malgré les histoires qui ont des points de départ un peu moins gentillets, des héros moins lisses, etc. C'est ce décalage qui est intéressant, et ce n'est pas un fantasme de percevoir ainsi ses films, à la base.

Simon Riaux - Rédaction
25/07/2020 à 17:19

@RobinDesBois
Attention à ne pas plaquer nos problématiques européennes sur le cinéma américain.

L'avortement est tout sauf un sujet entendu ou politiquement correct de l'autre côté de l'Atlantique, à tel point que la plupart du temps, il n'existe même pas et ne peut être envisagé comme une option. Plusieurs films d'Apatow en témoignent et le succès d'œuvres comme Juno illustrent ça assez clairement.

Euh
25/07/2020 à 17:11

J'aime bien Appatow, mais je préférerai toujours les frères Farrelly, ceux qui faisaient dans l'humour trash avant lui et, je pense, avec des persos finalement plus touchants.

RobinDesBois
25/07/2020 à 17:04

Mouai enfin on peut prend tout l'article à rebours. Déjà je ne vois pas pourquoi puritanisme et moralisation coincideraient.

Aujourd'hui les progressistes sont d'ailleurs beaucoup plus dans une démarche moralisatrice que les puritains surtout à Hollywood. J'aurais presque envie de dire que faire un film anti avortement c'est limite subversif aujourd'hui à Hollywood et d'ailleurs ça ne passerait pas, il souffrirait d'une telle campagne d'indignation et d'appel au boycott sur les réseaux sociaux que sa sortie serait annulé.

En ce qui concerne le film d'Appatow, ça n'est même pas le cas, c'est totalement anodin, c'est un simple prétexte scénaristique qui ne mérite pas d'être suranalysé. Ils ont trouvé ça ils auraient pu trouver autre chose sauf qu'ils se sont pas pris la tête. C'est une comédie bateau et interchangeable avec des tas d'autres comédies de ces 20 dernières années (dont les siennes).

Les films d'Appatow ne sont pas spécialement moralisateurs ils sont surtout rien du tout. Le problème c'est de l'avoir appréhendé comme "rebelle et anticonformiste" alors que ça n'est pas du tout le cas. Forcément si on nous le vend comme ça on risque d'être déçu.

Jesuisici
24/07/2020 à 21:15

Bel article

Judd Apatow reste un de mes chouchou même si effectivement les morales de ses films sont puritaines à souhait.

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