Le mal aimé : Scott Pilgrim, la pépite culte d'Edgar Wright

Créé : 27 novembre 2018 - Geoffrey Crété
Image 542572
230 réactions

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

   

Image 514950

 

"Davantage lassant qu'antipathique (Les Inrocks)

"Un film mou et décourageant" (The Hollywood Reporter)

"Michael Cera, héros basique d'un jeu vidéo répétitif" (Télérama)

"Répétif, lourd : Edgar Wright balance la sauce trop vite" (Vulture)

"Paradoxalement, c'est dans son concept que le film atteint ses limites" (Brazil)

  

 

LE RESUME EXPRESS

Scott Pilgrim, 22 ans, à Toronto. Bassiste des Sex Bob-Omb, un groupe formé avec ses amis. Se vante de sortir avec Knives, une lycéenne de 17 ans. Jusqu'au jour où il rencontre Ramona, une mystérieuse fille aux cheveux roses. 

Après avoir ramé pour la séduire, il apprend qu'il lui reste une épreuve de taille : affronter les sept ex maléfiques de Ramona. Il abat Matthew Patel après son numéro Bollywood, pousse Chris Evans superstar à s'exploser sur le gravier, piège Superman pour qu'il soit arrêté par la Vegan Academy, calme Roxy l'hystérique avec un orgasme instantané, puis écrase les Daft Punk asiatiques et leurs dragons.

Entre temps, il a rompu avec Knives, et se dispute avec Ramona qui retombe dans les bras du diabolique Gideon, le chef des ex. Il l'affronte mais est tué. Heureusement, il lui restait une vie. Grâce à un achievement point, il revient plus fort et affronte à nouveau Gideon. Après avoir fait amende honorable auprès de ses deux amours, Scott est aidé par Knives et Ramona pour détruire son ennemi. 

Il programme un brunch avec son double maléfique, puis part avec Ramona, avec la bénédiction de Knives.

 

Image 516726Le fameux coup du Pac-Man

 

LES COULISSES

Scott Pilgrim, c'est d'abord une série de six comics de Bryan Lee O'Malley, publiée de 2004 à 2010. Dès le premier volume, la maison d'édition Oni Press essaie de lancer une adaptation, via le producteur Marc Platt (alors propulsé par le succès de La Revanche d'une blonde). O'Malley n'est pas enchanté. Après le succès de Shaun of the Dead, Edgar Wright a la cote, et Universal lui propose le film. Michael Bacall, futur scénariste de Projet X et 21 Jump Street, est engagé en 2005.

 

Comics

 

Mais le développement est laborieux. Edgar Wright réalise entre temps Hot Fuzz en 2007, et revient à Scott Pilgrim en 2008. Il caste Michael Cera après l'avoir vu dans Arrested Development : après les succès de SuperGrave et Juno, l'acteur est validé sans problème par le studio. Edgar Wright avait choisi Mary Elizabeth Winstead dans sa tête depuis deux ans. Il engage son frère, Oscar Wright, pour dessiner les flashbacks de Ramona.

Parce que le sixième et dernier volume des comics n'était pas encore terminé lorsque le film était lancé, les deux se sont mutuellement inspirés. Edgar Wright a notamment imaginé et filmé une fin où Scott restait avec Knives. Mais suite aux projections test, une nouvelle fin a été tournée, où il s'en va avec Ramona. O'Malley choisira la même conclusion.

Scott Pilgrim est présenté en grande pompe au Comic Con en 2010, avec tous les acteurs et Edgar Wright lui-même pour animer la présentation d'extraits. Il annonce que ses acolytes Simon Pegg and Nick Frost apparaîtront dans le film : ils montent sur scène, mais repartent aussitôt quand le réalisateur revient sur ses mots. Il présente Michael Cera comme l'un des 500 finalistes pour le rôle de Captain America. Il demande au public s'il préfère voir de nouveaux extraits ou le film en entier : la question est sérieuse, puisqu'il invite une partie du public à une projection spéciale. L'accueil est fantastique, et promettait un succès en salles. 

 

Image 443791Ah oui maintenant Ramona a les cheveux bleus

 

LE BOX-OFFICE

Echec. Avec un budget d'une soixantaine de millions (il en auraît coûté 80 avant des remises de taxe), Scott Pilgrim rapporte moins de 50 millions dans le monde, dont une trentaine aux Etats-Unis. 

Universal assume l'échec avec un message transmis à la presse : "Nous avons toujours eu conscience du défi d'amener ce film au grand public. Nous aurions souhaité que plus de monde soit allé le voir".

Comme d'autres flops en salles, Scott Pilgrim aura droit à une meilleure carrière en DVD, et deviendra culte au fil des années pour un certain public.

 

Image 516728Hold the bass

 

LE MEILLEUR

Scott Pilgrim est un plaisir intégral d'une énergie fabuleuse, d'une drôlerie fantastique, et d'une tendresse folle. En somme : une certaine idée du fantasme ultime.

Premier responsable : Edgar Wright. Avec un sens du timing incroyable, d'une précision affolante, il mesure chaque temps, chaque silence, chaque effet pour en tirer le meilleur. Le film regorge de moments parfaits et détails croustillants, dans le fond comme dans la forme : un regard assassin de Kim, la lecture du mail de Matthew Patel, les thés proposés par Ramona, le dialogue de Scott coupé pour montrer le logo Rockit, une gifle distribuée, une réplique cinglante de Ramona ou encore Scott qui saute par une fenêtre en arrière-plan pour échapper à Knives. Rarement un film aura été d'une telle solidité comique, d'une telle richesse dans chaque séquence.

 

Image 466897Combat de basse !

 

Au-delà des effets visuels grandioses qui renvoient directement et généreusement aux jeux vidéo, la mise en scène d'Edgar Wright est superbe. Scott Pilgrim est un jeu constant à tous les niveaux, du montage à la lumière en passant par les ellipses, les musiques et les bruitages. Un shot de plaisir de près de deux heures ennivrantes, énergisantes et réjouissantes.

Le casting : la perfection. Michael Cera ("Oh non je dois aller chez le coiffeur !") et Mary Elizabeth Winstead ("C'est sérieusement la fin de ton histoire ?") bien sûr, mais aussi Ellen Wong, Mark Webber, Johnny Simmons, Kieran Culkin, Anna Kendrick, Aubrey Plaza, Alison Pill, Brie Larson, et la horde des ex (Chris Evans, Brandon Routh, Mae WhitmanJason Schwartzman et compagnie). Scott Pilgrim est un travail d'orfèvre, qui emprunte au teen movie, à la comédie romantique, au film d'action et de science-fiction.

Et c'est aussi au fond une belle histoire sur l'immaturité sentimentale et l'apprentissage émotionnel, portée par des personnages terriblements touchants et imparfaits.

 

Image 500303C'est fou tout ce qu'on peut mettre dans un sac à main

  

LE PIRE

Il suffit de revoir la séquence Bollywood de Matthew Patel pour se dire qu'Edgar Wright a peut-être été un peu trop loin. Une affaire de goût qui flirte parfois avec le mauvais goût.

La réussite éclatante de la première partie, d'un dynamisme extraordinaire, joue contre la suite du film. Après le combat contre Todd et l'apparition délicieuse de Brie Larson, absolument géniale, Scott Pilgrim montre quelques signes de faiblesse dans le rythme et la narration. Facile d'imaginer qu'avec un peu plus de cet art du timing et ce sens du rythme, le cinéaste aurait pu resserrer son oeuvre, qui approche des deux heures, pour la pousser dans ses retranchements.

 

FIN ALTERNATIVE

  

 

RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES MAL-AIMES DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

Image 464436

commentaires

Le Waw 28/11/2018 à 09:12

Edgar Wright est un dieu et comme tout les dieux il commet des erreurs. Dans son cas deux erreurs cette infâme jus de geek filmique et le film ou trop de geek tue le geek "Baby Driver". A croire que outre le brio de sa réa toujours omniprésent, il soit atteint de schizophrénie et ponde des films pour mômes de 12 ans contemporains. Limites des films Fun Radio à qui il ne manquerait plus que la voix de Cauet aux doublages et du Jul en soundtrack. Bon j'en rajoute, mais sérieusement c'est à n'y rien comprendre. Un peu à l'image de Paul T Anderson qui pond des chefs d'œuvre et Paul Anderson qui pond des Resident Evil minables. Sauf qu'ici c'est le même. Bon il est vrai que "Scott Pilgrim" est certainement une commande et "baby Driver" en a tout l'air bien que ce soit écrit par lui. Du style "hey Edgar! Vu ce qui t'es arrivé avec Ant Man, tu ne voudrais pas te refaire en nous pondant un mix entre Drive, Fast n furious en lui donnant un esprit un peu geekos de zik, avec des standards que l'on connaît tous et qui fonctionneront à coup sûr ? Ah oui et n'oublie pas un beau héros autiste, ça a réussi à Ryan Gosling! "
En tout cas ce ne sont que des incidents de parcours pour un homme au parcours ayant commencé avec un joyau télévisuel comme" Spaced " ai ayant pondu les Cornettos.
Un truc que je kiffe rais avec lui ce serait qu'il écrive une comédie esprit" Shaun of the dead" dans l'univers de Star Wars avec Pegg et Frost aux pris avec l'empire, les Hutts, la rébellion et les chasseurs de primes car ils sont malgré eux tombes en possession d'un artefact convoité par tous.
Mais bon là je rêve. Non juste un petit retour aux fondamentaux à moins que tout ce que Wright réussisse ne soit dû à une alchimie parfaite entre lui, Pegg et Frost.

Raoul 28/11/2018 à 08:13

Un de mes films préférés. Une claque vue en salle !

Den the gun 28/11/2018 à 07:49

Dieu sait que j'aime Edgar Wright, mais là, je n'ai pas tenu jusqu'au bout.

bof 28/11/2018 à 07:40

Pour moi, ce film souffre du même syndrome que Baby Driver: une mise en scène brillante pour un film plat et totalement dénué d'émotions. Je suis resté complètement en dehors.

En comparaison, j'ai infiniment plus adhéré à la trilogie Blood and Ice Cream.

west666 28/11/2018 à 06:21

film culte.

Garawagars 27/11/2018 à 20:52

BD inspirée, d'après l'aveu de l'auteur lui-même, par le travail de Yumiko Takahashi pour sa série Ranma. On y retrouve bien les rivalités amoureuses typiques incarnées par des personnages idiots, butés, obsessionnels et fans d'arts martiaux délirants ????

Neodraken 05/02/2017 à 17:00

Dans son style, c'est un chef d'oeuvre. Beaucoup aimé alors que je n'attendais rien de spécial du film surtout au vu de son box office, mais dès le logo Universal du film, je me suis que j'allais finalement passer un bon moment et je n'ai pas été déçu.

Paul Germain 04/02/2017 à 17:56

Gros plaisirs fantasme, une jouissance à chaque visionnage, un film de chevet de pas mal d'année !

mmarvibear 04/02/2017 à 17:44

SP n'est certes pas un chef d'oeuvre absolu du 7è art mais il est loin de la bouse annoncée. Le film narre en fait l'épopée d'un post adolescent qui se refuse à devenir adulte et qui doit faire face à des choix qui vont le pousser à le devenir tout de même. Ou en tout cas à en prendre le chemin. Ce film fait merveilleusement écho à notre époque ou l'on veut fuir les responsabilités qui nous incombent et qui finissent toujours par nous rattraper tout de même sous peine de finir dans le sordide. C'est déjà limite pour un gars de 22 ans de sortir avec une fille de 17 mais imaginez quelqu'un faire de même à 32, 42 ou 52 ans ? La morale de la fin est bien ficelée aussi. Si tu veux être heureux, il te faudra te battre pour cela et avancer dans la vie et ta maturité. Un film qui gagne à être plus connu.

YunoWhy 04/02/2017 à 16:05

Comme "le dernier pub avant la fin du monde" je n'ai pas pu voir ce film au cinéma faute de distribution... Aucune salle dans tous le Calvados n'a daigné projeter le film

Plus

votre commentaire