Doom : orgasme de sang et de flammes

Geoffrey Crété | 18 mai 2016 - MAJ : 30/09/2019 12:51
Geoffrey Crété | 18 mai 2016 - MAJ : 30/09/2019 12:51
Des flammes, du sang et du métal : Doom est une promesse claire, nette et précise de guerre martienne, appréciée des fans de FPS furieux depuis les années 90. Arrivée au deuxième reboot, le saga est-elle toujours aussi jouissive ? Test de la campagne solo sur PS4.
 
Vous vous réveillez à moitié nu sur une table d'opération chaude comme les braises de l'enfer, au milieu d'un chaos métallique, entouré de zombies de l'espace. Vous prenez ce flingue qui traîne par terre pour les dégommer. Vous allez enfiler cette fabuleuse tenue de combat qui brille, puis vous voyez un écran d'ordinateur avec un message clair : "invasion démoniaque ne cours". Tous les détails sur la chose (origine, menace, état des bâtiments et de la population) sont indisponibles. Le directeur de l'UAC, Hayden, vous explique qu'il veut collaborer avec vous pour régler cette petite histoire.
 
Votre réaction ? Balancer l'écran pour le faire taire, et avancer, seul avec votre arme et votre rage. Bienvenue dans Doom.
 
 

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DOOM GENERATION

L'histoire en coulisses du nouveau Doom est bien plus complexe que celle du jeu lui-même. En 2008, il s'appelle Doom 4. En 2013, il est annulé, officiellement parce qu'il ne ressemble plus assez à Doom et trop à la concurrence. En 2014, il devient simplement Doom. En 2016, il arrive dans le bruit et la fureur.

Doom 2016 est un reboot de la saga. Le deuxième après Doom 3, sorti en 2004, une dizaine d'années après les deux premiers épisodes cultes de 1993 et 1994. L'argument est simple : un soldat au tempérament de feu se réveille dans la base martienne UAC en pleine invasion démoniaque. Aiguillé par le directeur des lieux, Samuel Hayden, dont la conscience a été transférée dans un cyborg, il va tenter de fermer le portail ouvert vers la dimension infernale qu'Olivia Pierce, une folle scientifique également à la tête d'un culte, tente désespérément de maintenir. 

 

Doom PS4

 

Du gris métallisé de la station martienne aux braises de l'enfer, la mission découpée en 13 chapitres est simple : aller de A à B pour activer ou détruire une machine, après avoir survécu à une série d'assauts lancés par un bestiaire de l'enfer. Il y a des possédés, des tireurs d'élite, des obèses protégés par des armures, des squelettes volants, des brutes très rapides, des géants très énervés ou encore de gros diables, parfois bien connus des fans de la saga. A disposition, il y a des fusils à pompe, un lance roquettes, des grenades, une tronçonneuse, des lasers destructeurs, et quelques pouvoirs spéciaux (invincibilité, rapidité, dommages augmentés) à ramasser en cas de grande détresse. Avec les inévitables améliorations et tirs alternatifs à débloquer pour les armes.

 

Doom PS4

 

MARS ATTACKS

Doom 2016 remplit donc précisément sa mission. Lancer une partie, c'est prendre le risque de devenir dangereusement accro à l'adrénaline martienne de cette odyssée en enfer, d'une fureur grandiose. L'immersion est immédiate, le gameplay d'une fluidité ennivrante, et le voyage, d'une intensité sidérante.

Inutile d'être un puriste du genre pour y succomber : Doom déploie une énergie féroce pour plaire au plus grand nombre avec des cartes claires, une linéarité assumée, une prise en main intuitive et la possibilité de modifier la difficulté en cours de partie, par exemple face à un boss trop coriace pour ne pas entâcher le plaisir. Avec une dizaine d'heures au compteur, sans compter le surplus en mode difficile, l'aventure est grasse.

En revanche, obligation d'apprécier la violence pour s'y plonger. Doom est un festival d'hémoglobines, de geysers de sang et de membres arrachés. Le jeu encourage le corps-à-corps pour aller achever les ennemis étourdis afin de récupérer un maximum de munitions et soins, lançant une petite scène de mise à mort extrême des démons de toutes tailles. La tronçonneuse, elle aussi très encouragée, saura satisfaire les amateurs de chair sanguinolente, qui pourront par ailleurs baver sur quelques moments inoubliables où le héros utilise des morceaux de cadavres humains pour évoluer dans le complexe high tech. 

 

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SYMPATHY FOR THE DEVIL

Entre la peur et la fureur, le nouveau Doom a fait son choix. Contrairement à un Doom 3 qui misait sur la lampe torche pour instaurer un climat d'angoisse, avec notamment des ennemis éparpillés et prêts à surgir au détour d'un couloir, la version 2016 plonge sans hésitation dans la guerre totale. Hormis quelques rares moments qui jouent intelligemment avec les lumières de la base, le reboot joue sur la quantité des ennemis et le chaos engendré par leurs attaques simultanées pour donner des sueurs froides. Le joueur se retrouve ainsi régulièrement attaqué par une douzaine d'ennemis simultanément, ébloui par un chaos de flammes, d'explosions et de lasers qui illuminent l'arène.
 
Première conséquence : un décharge d'adrénaline démente, après laquelle on court en permanence, quitte à foncer à travers le reste des décors (où sont notamment disséminés des secrets amusants). Deuxième conséquence : la nécessité de voir plus, vivre plus, tuer plus, pour entretenir la flamme. Le sentiment de répétition s'installe donc sans surprise, notamment parce que chaque affrontement est construit sur le même principe : une vaste zone de combat très reconnaissable, avec parfois un nid rouge, où il faudra spawner une horde d'ennemis accompagnés de metal, qu'il faudra combattre pour ouvrir une issue et arrêter la bande originale. Au lieu de dynamiser la formule, surprendre le joueur et exploiter les décors, Doom se contente de répéter la formule. La distance entre deux champs de guerre varie, d'une à quelques minutes, avec entre temps quelques couloirs à explorer en speed ou plate-formes à gagner.
 
 

Doom PS4

 

LE DIABLE EST DANS LE DETAIL

Se pose alors la question de la saturation. Car après quelques affrontements dantesques, le cauchemar se bloque et se répète en boucle. Chaque zone de combat ressemble à la précédente, avec les mêmes éléments à utiliser ou surmonter. Chaque armée ressemble à la précédente, avec un bestiaire quasiment révélé dans sa totalité à la moitié du jeu, et dont les attaques deviennent vite rébarbatives. L'expédition en enfer apporte de nouvelles couleurs et matières, et quelques nouvelles armes permettent d'adopter une nouvelle approche du terrain, mais difficile de ne pas être engourdi par ce sentiment de répétition.
 
Ailleurs, la simplicité du jeu est un atout : si la mécanique trop huilée des instructions à l'oreillette reste inintéressante, et que l'histoire est inexistante, elle permet à Doom de reste premier degré et ne pas s'encombrer d'interactions lourdes avec des seconds rôles. Appliquée aux combats, elle devient en revanche gênante. Le jeu tente bien de masquer ses défauts en multipliant les colosses, et en jetant à la face du joueur plusieurs ennemis titanesques en même temps, mais la satisfaction est légère.
 
 

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Doom 2016 souffre de cette uniformisation. Déséquilibré car entièrement tourné vers l'action furieuse dans un contexte d'exploration classique, le jeu se repose trop sur ses codes pour oser les tordre. Même en enfer, entouré de plate-formes volantes ou face à des ossements qui rappellent la planète LV-426 d'Alien, Doom manque de folie et d'inventivité. La présence de phases plus horrifiques et sournoises, qui auraient pu être grandioses dans ces décors excitants, aurait certainement permis d'atténuer ce sentiment de boucler bruyante et prévisible.
 
 

Doom version 2016 offre ainsi le spectacle attendu et mérité : une orgie de sang, de flammes, de démons hystériques et d'affrontements dantesques, dans un climat apocalyptique. Le plaisir est instantané, et l'expérience, d'une intensité rare, saura combler les amateurs. Il manque toutefois au jeu une inventivité et une audace, qui lui auraient permis de dépasser sa propre condition et de devenir un trip absolu.

 

PS4

commentaires

Boino
28/05/2016 à 11:05

Très bon test : je partage totalement votre avis...
Ca manque cruellement d'imagination au bout de quelques heures.

Giantjoe202
18/05/2016 à 16:22

Oulà ! Je savais qu'il y'en avait encore un de prévu... mais là franchement... Les environnements ont l'air chouettes et bien faits, mais c'est sacrément moche tout ça ! Et mal animé en plus !
(je me base sur les vidéos E3 pour dire cela, je n'y ai pas joué et ne compte pas y jouer)

Après franchement quand j'entends "Doom 2016", la première chose qui me vient à l'esprit c'est "Eh ben... au ciné ils sont en manque d'inspiration depuis des années, maintenant c'est le jeu vidéo qui pâti de ce manque d'inspiration..."

Ils feraient mieux de nous sortir un MEGA open world avec plein plein plein plein... de choses à faire dedans, plutôt que de nous réchauffer un plat qui est déjà bien trop de fois passé dans le micro-ondes. Non parce qu'au bout d'un moment c'est vraiment dégueulasse !

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