Stranger Things saison 3 : la pire saison du phénomène Netflix ?

Geoffrey Crété | 8 juillet 2019 - MAJ : 13/07/2019 17:41
Geoffrey Crété | 8 juillet 2019 - MAJ : 13/07/2019 17:41

Victime logique du succès phénoménal de la série, la saison 2 de Stranger Things avait été vivement critiquée. La saison 3 avait bien commencé, avec un démarrage intrigant et réussi, mais la suite n'a pas été à la hauteur pour beaucoup de spectateurs. Serait-ce la saison de trop ? Les frères Duffer seraient-ils arrivés au bout de leur petit univers ? Notre bilan de la troisième saison avec Millie Bobby BrownWinona RyderDavid HarbourFinn WolfhardGaten Matarazzo ou encore Joe Keery, disponible depuis le 4 juillet sur Netflix.

ATTENTION SPOILERS !

INVASION ZÉRO

Il y avait d'abord l'envie d'y croire. L'idée d'avoir Hawkins transformée en théâtre de l'horreur, avec une créature qui contamine les habitants au fil des épisodes, promettait une aventure supérieure aux précédentes saisons en termes de dimension horrifique et épique. Que Billy, le frère de Max, soit transformé dès le deuxième épisode envoyait un signal fort : la menace était réelle, et proche.

De L'Invasion des profanateurs de sépulture à Invasion Los Angeles, c'était en plus une direction logique pour une série articulée autour des hommages au cinéma de genre. Que les antagonistes soient ici des scientifiques et militaires russes, établis dans les profondeurs de la petite ville sous le miroir aux alouettes du centre commercial Starcourt (vitrine absolue du capitalisme), enfonçait le clou : la paranoïa de la guerre froide, où chaque visage peut cacher celui d'un communiste et ennemi de l'Amérique, était une bonne idée pour la formule Stranger Things.

 

photo, Maya Hawke, Gaten Matarazzo, Joe Keery, Priah FergusonLe sous-sol de la peur rouge

 

Hélas, Stranger Things n'assume pas ce petit cirque qui s'annonçait apocalyptique et spectaculaire. Non seulement l'armée du Mind Flayer compte une quinzaine de zombies, mais ils sont en plus tous réduits en purée de boyaux et assimilés par la bête à la fin de l'épisode 6. Au lieu d'une invasion, il y a donc une simple grosse bestiole, qui obéit à la simple loi du bigger is better, et passe mystérieusement inaperçue dans la ville. L'espoir de voir la fête nationale du 4 juillet transformée en enfer où toute la ville est retournée disparaît avec celle d'une invasion où les habitants deviennent autre chose que des figurants, pour laisser place à un énième affrontement entre les héros et une grosse créature.

Cette paresse est d'autant plus décevante que tout était en place pour doper la recette Stranger Things. Après deux saisons construites sur le même modèle autour d'une bataille similaire, et alors que la saison 4 assumera quelques changements, les scénaristes avaient l'occasion de sortir de leur zone de confort et élargir les enjeux pour véritablement utiliser Hawkins.

 

photo, Millie Bobby BrownPersonnage de Stranger Things guidé par l'intrigue

 

INTRIGUIGNOLS

Cette saison 3 souffre aussi d'une mécanique narrative particulièrement faible, beaucoup plus bégayante que les précédentes saisonsStranger Things n'a jamais brillé par sa finesse, et n'a jamais menti sur la marchandise : les frères Duffer n'ont aucune autre prétention que celle d'offrir une sorte de serial old school, comme une petite attraction estivale. Mais cette troisième saison multiplie et aligne les facilités, sans même prendre la peine de les emballer dans une intrigue réellement prenante.

Joyce qui se lance avec détermination dans le mystère des aimants et embarque Jim, parce qu'elle est traumatisée par les événements précédents (mais en oublie presque de penser à ses enfants jusqu'à la fin) ; Dustin qui capte le message russe par hasard et embarque Steve, Robin et Erika par une suite de hasards ou concours de circonstances ; Nancy qui répond par hasard à l'appel d'une mamie qui a capturé un rat pas comme les autres, et remonte le fil jusqu'à découvrir le monstre ; Eleven qui découvre par pur hasard, lors d'un petit jeu, que Billy cache des choses ; Jim qui croise par hasard le motard dans les couloirs de la mairie...

Tous les héros semblent menés par le hasard et la simple envie de comprendre, par ennui ou par curiosité, donnant l'impression que les scénaristes tirent les ficelles sans même prendre le soin de les camoufler. Un parti pris qui sert peut-être l'efficacité, mais vide les personnages, réduits à des pantins. C'est particulièrement clair du côté des adultes, Jim et surtout Joyce étant trimballés de gauche à droite. Et il n'y a qu'à voir Karen Wheeler, mise en avant dans le premier épisode avec un pseudo conflit intime avant d'être reléguée au troisième plan, pour se dire que l'écriture a bien du mal à gérer ces personnages - ou la nécessité de donner de la matière aux acteurs présents au générique.

 

photo, David Harbour, Winona RyderVeuillez patienter, les scénaristes vous donneront quelque chose à faire dans trois épisodes

 

FEU DES ARTIFICES

La saison 3 marque aussi un point de bascule dans l'équilibre entre les hommages et l'histoire. Stranger Things n'a jamais caché l'importance de ses références, dans l'ADN de la série dès sa création autour des univers de Stephen KingSteven Spielberg ou encore John Carpenter. Mais ici, l'hommage, le clin d'oeil ou même le gag passent avant le reste, quitte à écraser les personnages et l'intrigue.

Un méchant russe promené comme un Terminator, un montage avec des fringues eighties sur du Madonna, une interminable scène chantée sur le thème de L'Histoire sans fin, ou même un dialogue où un personnage se moque ouvertement de la dynamique clichée entre Joyce et Jim, semblent placés pour nourrir la complicité avec le spectateur, plus que pour servir l'univers. Conséquence directe : tous les obstacles (un méchant maire, un méchant patron, de méchants Russes, de méchants conflits adolescents) semblent placés pour occuper les personnages puis sont évacués aussi vite pour ne pas trop leur compliquer la vie, et remplir l'espace de ces huit épisodes - quitte à forcer les héros à tourner en rond autour du centre commercial jusqu'au grand final programmé. 

 

photo, Finn Wolfhard, Caleb McLaughlin, Noah Schnapp Quand on t'assure qu'on sait où on va

 

Et même ce grand final laisse un arrière-goût amer, illustrant magnifiquement les limites de la formule et l'énergie molle de l'écriture. La convergence des forces, qui a amené tous les personnages à se réunir à Starcourt après avoir tourné autour du pot pendant toute la saison, a enfin lieu au début du dernier épisode. Sauf que non, puisque tous les héros sont séparés en quelques minutes, pour des motifs moyennement satisfaisants. Les scénaristes reforment même quasiment les mêmes bandes (les adultes d'un côté, le groupe de Dustin et Steve). L'immense centre commercial qui aurait pu donner lieu à un jeu du chat et de la souris se résume finalement à une arène pas bien excitante.

Et si le cliché n'a jamais été un frein au spectacle amusant et attachant de Stranger Things, cet épisode 8 en abuse au point de créer l'overdose. Le sacrifice de Billy par flashbacks niais avec Eleven, le sacrifice de Jim par plan niais option petit signe de tête avec larmes vers Joyce, la lettre en voix off où l'handicapé des autres se transforme en penseur des relations humaines... Le final cumule les effets faciles pour emballer le paquet cadeau émotionnel tire-larmes. Que la série réutilise la sublime reprise de Heroes par Peter Gabriel, comme dans la saison 1 lors de la découverte du faux cadavre de Will, est également une facilité.

A noter aussi côté artificialité : le placement de produit parfois grotesque (le coca de Lucas rappelle le Pepsi de Brad Pitt dans World War Z).

 

photoRare image de toute la bande réunie

 

BANDE À PART 

Stranger Things est pourtant traversé de beaux moments et belles idées. Côté horreur, cette saison 3 va plus loin, avec une poignée d'images peu ragoûtantes, d'un néo-facehugger délicieusement immonde, à des habitants de Hawkins réduits à une flaque de gélatine à la chaîne. Le cauchemar semble souvent à portée de main, prêt à (enfin) saisir les petits héros par la gorge. Et ce, même si la gentillesse reste sans surprise la priorité, abîmant le capital monstrueux du Mind Flayer qui refuse d'écraser la cabane de Jim ou tout exploser dans le centre commercial pour arriver à ses fins.

Côté coeur, il y a aussi des scènes très réussies, dans le rire ou les sentiments. La bande de Dustin, Steve, Robin et Erika est sans nul doute le point fort de la saison, et ce n'est peut-être pas un hasard s'il y a deux éléments plus ou moins nouveaux ici (la petite soeur de Lucas apparaissait dans la saison 2, et Priah Ferguson volait la vedette en quelques mots). Les retrouvailles entre les deux garçons, le dialogue sur les nerds dans un conduit d'aération, ou les nombreux pics d'Erika qui explique la vie à ses aînés, sont parmi les plus amusants de la saison.

Le coming out inattendu de Robin sur le carrelage des toilettes est un des moments les plus touchants et subtils de toute la série. Venant briser un arc romantique qui s'annonçait aussi niais que tant d'autres, il étonne par sa simplicité, sa tendresse. Maya Hawke (air de famille évident avec sa mère Uma Thurman, notamment dans la voix) est excellente dans ce second rôle, quand Joe Keery continue d'être l'un des acteurs les plus charismatiques et énergiques de la série.

 

photo, Gaten Matarazzo, Maya Hawke, Joe Keery Le trio le plus efficace et attendrissant

 

Will a aussi quelques beaux moments, moins travaillés, et qui auraient gagné à être des moteurs dans la saison. L'entrée au royaume de l'adolescence crée naturellement des décalages dans la bande, et le fan de Donjons et Dragons se retrouve seul avec sa cape pendant que ses amis sont occupés par "l'espèce" des filles. Sa relation avec Mike a beau être traitée de loin malgré ces enjeux intéressants, c'est mieux que Dustin et surtout Lucas, qui restent à peine approfondis cette saison.

 

photoUn moment joli, mais court et secondaire

 

L'HISTOIRE SANS FIN 

Que Stranger Things commence à tourner en rond n'est même plus un avis, mais une donnée. Interrogés sur l'avenir de la série, les frères Duffer avaient exprimé des doutes quant à leur capacité à créer une nouvelle aventure chaque année, avec ces héros, à Hawkins. Le syndrome classique de la petite série dépassée, voire abîmée par son succès. Le duo derrière le phénomène avait parlé d'une fin après la saison 4, mais le producteur et réalisateur Shawn Levy a vite annoncé qu'une cinquième était parfaitement possible, même si non confirmée.

Le futur passera-t-il par un nouveau décor ? Probable vu qu'à la fin de cette saison 3, plusieurs personnages quittent Hawkins, et que les Duffer ont déjà dit qu'il était absurde de rester dans cette ville pour les personnages. La saison 2 avait en plus ouvert des portes dans l'univers, avec Eleven qui rencontrait Eight alias Kali, à Chicago. Mais en dévoilant un autre demogorgon en scène post-générique, et en teasant l'éventuel retour de Hopper ("L'Américain" dans la cellule), la série rétropédale. 

Après cette saison 3, Stranger Things semble en tout cas enfin prête à assumer de nouveaux horizons ouverts, de gré ou de force. Ceux qui ont toujours regardé ce phénomène d'un oeil dubitatif auront certainement abandonné d'ici là, définitivement convaincus que le phénomène n'était rien d'autre qu'un petit cirque passager. Mais pour les autres, c'est une modeste raison d'être curieux de voir la suite. En espérant que Stranger Things sache s'arrêter à temps, sans trop tirer sur la corde et se pendre avec.

 

Affiche française

Résumé

Passé le plaisir de retrouver l'univers et les héros, et malgré quelques bonnes idées et scènes réussies, Stranger Things saison 3 se place comme la saison la plus faible et bancale. La série se répète, tourne en rond dans Hawkins sans oser bouleverser la formule, sous-exploite beaucoup d'idées, et réduit les personnages à des pantins. Ne reste plus qu'à espérer qu'après cette fin, les frères Duffer assument de véritablement tourner une page.

Autre avis Alexandre Janowiak
En jouant de précieuses références horrifiques et d'un montage plus dynamique que les saisons précédentes, cette saison 3 de Stranger Things offre une aventure plus vaste, drôle et attachante. Certes, les débuts sont hésitants, les facilités scénaristiques indéniables et la formule encore usée jusqu'à l'os, mais le plaisir prend le dessus.
Autre avis Lino Cassinat
À la fin de cette saison 3, il apparaît évident que l'âme de Stranger Things a été dévorée par le succès. On pouvait excuser une saison 2 en deçà, mais pas un vautrage total dans le fan-service racoleur et la pub honteuse. On en retient une très belle scène aux toilettes, que les frissons se sont définitivement barrés après la saison 1, et basta.

Lecteurs

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commentaires

arianator
25/04/2020 à 15:49

moi personellement j adore cette série et je voit pas pourquoi les gens la critique

Mama
23/04/2020 à 04:21

Moi je trouve que la saison 1 a 3 et bien et je suis sur que la saison 4 aussi????????

Aurore_clv
01/10/2019 à 17:55

Personnellement j’ai adoré la saison 3 autant que la 1 et la2

Juanlucas
11/09/2019 à 21:39

Saison faite pour ados, pleine d incohérences et trop caricaturales pour les réactions des personnages.Plus les saisons avances, plus la qualité diminuent.

H.b
31/08/2019 à 21:50

J'ai adorée cette saison 3 toute la série d'ailleurs j'attend avec impatience la saison 4????

Miami81
16/08/2019 à 12:18

J'entends bien la critique qui a raison sur beaucoup de points (beaucoup de choses que je n'avais pas ressenti mais qui, après avoir lu la critique, me sautent effectivement aux yeux).
Reste que je pense qu'il faut prendre cette série comme une grosse série pop corn, un gros kiff qui ne se prend pas vraiment au sérieux. Alors oui, on tourne un peu en rond, mais après tt, ça se regarde très bien comme ça, on ne lui en demande pas forcément plus.
Ca reste aussi un format série, faire exploser toute la ville par le mind Flayer en aurait peut être autant fait sur le budget. La scène finale dans le centre commercial reste à mon avis très impressionnante et les effets spéciaux au top.
On demande peut être un peu trop à cette série d'être au niveau de ce qui se fait à côté en terme de qualité d'écriture, alors qu'à mon avis, c'est juste un gros kiff à regarder.

lele23
15/08/2019 à 13:50

desoler sa a beuger je dissais qu'elle était bien faite et que les personnage on tres bien jouer et que les frere duffer on mis beaucoup de temps a realiser cette serie magnifique

lele23
15/08/2019 à 13:47

pour moi j'ai adorer la serie ,elle et

Chris O
23/07/2019 à 16:18

En résumé: la saison 3 est juste une auto-parodie de la série, et ça gâche tout. Trop gros, trop caricatural sur plein d'aspect, les clins d'oeil style Terminator ou "méchants Russes" sont super lourdingues à la longue. ça décrédibilise tout, même les scènes avec le monstre en deviennent bof bof. Franchement dommage, car les saisons 1 et 2 ouvraient plein de choses intéressantes.

Élodie
22/07/2019 à 11:04

Pour ma pars, je peux comprendre que des gens n’ont pas accroché mais il y a cette part du monde de l’adolescence qu’il n’y a pas eu dans les autre saison sur faite du changement psychologique, du travail, de la frustration etc... Pour moi la saison 2 s’est fini de manière trop trouble ou trop vague pour bâcler la série entière sur cette saison

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