Another Life : Netflix touche le fond avec sa nouvelle série de SF

Geoffrey Crété | 3 août 2019 - MAJ : 03/08/2019 12:28
Geoffrey Crété | 3 août 2019 - MAJ : 03/08/2019 12:28

C'est l'inoubliable Starbuck de Battlestar Galactica, et elle redécolle dans l'espace pour une autre série. Katee Sackhoff est l'héroïne de Another Life, nouveauté Netflix où un équipage s'aventure dans l'espace afin d'aller trouver des aliens qui ont envoyé un artefact étrange sur Terre. Une création d'Aaron Martin qui intriguera tout amateur de SF. À ses risques et périls.

SPACE INVADER

Le machin alien qui arrive sur Terre et soulève bien des mystères, le vaisseau spatial envoyé dans l'espace vers des extraterrestres localisés très loin, l'équipage qui se déchire, les problèmes techniques qui compliquent la mission, la visite de planètes mystérieuses... Another Life est un pot-pourri du genre, et quiconque a vu quelques classiques ou resucées de science-fiction sera en terrain familier.

Il y aura donc des problèmes d'oxygène, une planète potentiellement mortelle, de petits secrets et romances, des esprits torturés, un virus venu d'ailleurs, quelques scènes peu ragoûtantes, et tout le loisir de penser à Perdus dans l'espace, Premier contactRencontres du troisième typeNightflyers, Passengers, Threshold, OriginSphèreV : Les visiteurs, Alien, le huitième passager ou même Prometheus et Alien : Covenant quand des crétins ne portent pas de combinaison sur une planète étrangère.

Est-ce pour autant une raison de ne pas s'amuser et espérer en embarquant avec Another Life ? Non. La série a ses moments divertissants, et le plaisir de retrouver un petit périple est trop tentant pour tout amateur de SF. Est-ce une raison pour ne pas voir les problèmes, défauts, facilités et aberrations, et se contenter d'être gentiment et modestement diverti alors que la série s'écroule très vite et s'enterre sous les problèmes ? Absolument pas.

 

photo, Katee SackhoffKatee Sackhoff est la boss

 

BATTLESTAR IDIOTICA

La suspension d'incrédulité est un merveilleux concept qui laisse le spectateur accepter une histoire avec ses défauts et incohérences, quitte à en embrasser les règles parfois tordues. C'est particulièrement vrai dans le domaine de la science-fiction, et c'est pour cette raison qu'Another Life a d'abord pour elle le bénéfice du doute. Ces personnages grotesques vont peut-être gagner en profondeur, cette double narration entre l'espace et la Terre va peut-être prendre du sens, ces ficelles classiques cachent peut-être des plans plus excitants...

Ou peut-être pas. Plus la série Netflix créée par Aaron Martin avance, pire c'est, à tous les niveaux. Tout est un peu grotesque dès le pilote, de cette influenceuse de 40 ans (pauvre Selma Blair) à ce commandant en second qui n'a pas pu décemment passer le moindre test psychologique, en passant par les effets de mise en scène où une caméra qui bouge, des plans décadrés, des acteurs accrochés à une table et un panneau électrique qui tombe du plafond sont censés montrer un vaisseau en péril comme dans un vieux Star Trek. L'illusion est très fragile, mais Katee Sackhoff alias Starbuck de Battlestar Galactica mène le voyage, et il y a l'envie d'y croire, d'en voir plus.

 

photo, Katee SackhoffÀ peine un personnage mérite de rester vivant

 

Sauf que la liste des problèmes devient si longue en dix épisodes, que le peu de sympathie et plaisir s'évanouit pour laisser place à la consternation cosmique. L'équipage est composé de gens tellement hystériques et instables, émotionnellement fragiles, voire simplement bêtes et incompétents, que leur présence n'aurait du sens que dans une télé-réalité (c'était le sujet de la série Defying Gravity qui était pourtant bien moins ridicule). Les questions de sécurité, quarantaine, exploration et organisation (à bord du vaisseau, mais également sur Terre) feraient passer Prometheus pour l'histoire de scientifiques intelligents.

Et entre le plan à trois dans l'espace, la dégustation sensuelle sur une plage de planète alien, et les personnages qui restent parfaitement coiffés et maquillés en toute circonstance, Another Life gagne un paquet de points nanar type Supernova au fil des épisodes.

Le sketch devient total lorsqu'un personnage qui a failli tuer tout l'équipage en ramenant malgré lui une forme de vie alien délicieusement mortelle, remet les pieds sur une planète étrangère. Il a retenu la leçon et porte une combinaison, mais ses collègues se moquent de lui et l'incitent à se promener à l'air libre comme eux. Il finira par quasiment perdre sa jambe à cause d'une plante des enfers qui l'a égratiné, pendant que la capitaine plane au milieu d'une forêt type weed de l'espace. Ou comment donner envie de voir mourir ces abrutis.

 

photoPersonnages débiles sur planète alien : que peut-il se passer ?

 

VRAIMENT PERDUS DANS L'ESPACE

Another Life n'a de toute évidence pas le budget de Perdus dans l'espace, plaisir old school régressif, mais ce n'est pas une raison. Qu'un couloir semble être utilisé toutes les trois scènes, ou qu'une pièce quasi vide soit le théâtre de plusieurs grands moments d'action et sacrifice, n'est pas un problème au fond. Mais que personne (ni scénaristes ni réalisateurs) n'arrive à jouer de ces contraintes pour créer un univers est d'une tristesse abyssale.

De sa mise en scène cheap à souhait (le choix musical sur les araignées ou sur l'héroïsme de Bernie) à ses ficelles narratives aussi faciles que dispensables (le twist "oh non c'était un cauchemar", le flashforward "quelques heures plus tôt", le rêve "régler ses traumas pour les nuls"), la série empile les clichés de mauvais goût. Elle aligne les scènes vues mille fois, les motifs basiques de la science-fiction, les conflits simplets, sans jamais trouver son rythme et son identité.

 

photoSur Terre : l'ennui et le niais

 

Un remake du repas d'Alien, le huitième passager ou la fin liquide d'un personnage insupportable offrent quelques images sanglantes amusantes, mais jamais le cauchemar n'est assumé - alors même qu'il est bêtement vendu dans l'épisode 4, pour mieux frustrer. La partie terrienne louche vers Rencontres du troisième type et Premier contact (avec une touche d'Annihilation dans le design de ce cristal coloré), mais tout est survolé, raconté bêtement en pointillé. Les amourettes, les crises, les problèmes sont dignes d'une telenovela, avec des jalousies, des confessions intimes et même une cruche qui tombe enceinte dans l'espace après un plan à trois - énième barre de rire sur le caractère grotesque de cet équipage.

Même chose sur Terre, avec la machiavélique Harper Glass plus campy encore que Parker Posey dans Perdus dans l'espace (où Selma Blair avait un petit rôle), le scientifique en chef (Justin Chatwin) qui décide d'entrer dans un vaisseau quitte à mourir et bloquer les recherches, ou sa fille qui passe sous le nez de 40 militaires pour les besoins du spectacle. Rien ne va.

 

photo, Katee SackhoffQuand une bonne idée arrive, enfin, et que tu ne veux pas la laisser partir

 

SPACE CATA

Another Life a les yeux plus gros que son ventre mou, et bouffe à tous les râteliers. Elle se rêve en trip spatial et space opera à la Star Trek, en film de science-fiction et film d'invasion, et renvoie forcément à Battlestar Galactica à quelques moments. Elle veut des planètes alien, une Terre menacée par une guerre cosmique, un vaisseau qui frôle des trous noirs, de l'amour moderne (entre deux hommes, entre une femme et une intelligence artificielle, entre une femme et deux hommes). Mais elle n'offre que de la gêne, de son alien aux yeux de perceuse à sa créature chauve-souris verdâtre cachée dans une grotte, en passant par ces rubans de Möbius lancés dans l'espace pour détruire le monde.

Difficile d'arriver au bout de ces 10 épisodes sans avoir le souffle coupé face à un tel degré de grotesque et errance. Difficile également de se souvenir que Katee Sackhoff était excellente dans Battlestar Galactica, tant elle est mal dirigée ici. Another Life est un navet en dix chapitres, qui donne des envies de brûler tout l'équipage et appuyer sur le bouton d'autodestruction. Et l'affiche, qui clame "Choisissez l'humanité", n'en devient alors que plus drôle.

 

affiche finale

Résumé

Another Life commence comme une petite série B blindée de défauts et facilités, mais suffisamment intrigante pour amuser. L'espoir s'évanouit vite au fil des épisodes, la faute à des personnages stupides, des péripéties vues mille fois, et une vision de la science-fiction aussi vieillotte que bon marché. Un gros navet qui mérite de sombrer dans le trou noir de Netflix.

commentaires

hector
20/09/2019 à 16:51

@Multidoting
Entièrement d'accord, l'auteur de cette critique a le "big melon"
Qu'il prenne une caméra et qu'il fasse mieux ! On de demande que ça !

Multidoting
18/09/2019 à 12:40

Je pense pas avoir regarder la même série que l'auteur de cet article.
La série n'est certes pas parfaite, mais elle est bien loin de la monstruosité
que l'auteur veut nous faire croire.
Les effets spéciaux sont pas mal , la série se laisse regarder...
Le mieux aurait été de conseiller à tous de se faire un jugement par vous même.

Katil88
18/09/2019 à 01:20

Série Z ,mais agréable à regarder

Simon Riaux - Rédaction
13/09/2019 à 13:45

@Gauthzzz

C'est vrai, on trouve seulement leurs morceaux dans Twilight, Sept Vies, et World War Z, aucune chance qu'ils laissent une série pétée mettre la main sur leur répertoire (niark niark niark).

Plus sérieusement, ce ne sont généralement pas les artistes qui ont leur mot à dire sur la question.

Gauthzzz
13/09/2019 à 13:38

Je ne crois pas que le groupe Muse aurait accepté de prêter un de leur morceau sur un navet....série avec un gros potentiel.

Gauthzzz
13/09/2019 à 13:33

Je pense que la personne ayant émis cette critique n’a pas vraiment regardé cette série. Je suis un grand fan de sf et j’ai trouvé ça vraiment pas mal.

Bryanoxo
08/09/2019 à 15:40

Pour une fois c’est les humains les envahisseurs mais sinon ça reste un scénario stupide envoyé des simple Scientifique pour un premier contact ça ne Rima rien aucune connaissance du combat ni de planification envoyé une navettes et avec trois passagers sur une planète hostile, vraiment du n’importe quoi . Sinon le concept et super Mais il faut vraiment revoir le scénario

karami
08/09/2019 à 10:14

dans l'ensemble j'ai apprécié, l'idée terre-espace n'est pas si innocente.
parfois des longueurs, mais j'attends tout de même la suite, sans précipitation
Divertissant, sans plus mais je trouve la critique trop sévère

Dunkle
07/09/2019 à 11:17

Tout est dit, rien à garder dans ce gloubi-boulga indigeste pour ado. Pauvre Katee Sackhoff que fait elle dans ce Titanic ? !

Antoine
03/09/2019 à 23:22

Effaré par la nullité de cette série après 4 épisodes, j’ai googlé le titre et suis tombé sur cet article. J’ai adoré. (L’article, pas la série).

Plus

votre commentaire