Curon : critique d'une horreur pas fantastique sur Netflix

Marion Barlet | 17 juin 2020 - MAJ : 18/06/2020 14:22
Marion Barlet | 17 juin 2020 - MAJ : 18/06/2020 14:22

Curon a été créée par Ezio Abbate et Ivano Fachin (entre autres) pour Netflix, avec l'ambition d'insuffler du surnaturel dans un village rongé par le secret de son lac et de ses fantômes. Lorsque Daria (Margherita Morchio) et Mauro (Federico Russo), deux adolescents jumeaux, débarquent avec leur mère (Valeria Bilello) dans son pays natal, ils brisent l'équilibre tranquille et sèment le trouble, malgré eux. Nous par contre, on a marché sur un sentier battu sans grande surprise.  

ATTENTION SPOILERS !

UNE SÉRIE QUI FAIT TRÈS PEUR...

Le grand frisson dans les grandes villes, ce n’est pas trop ça. Rien ne vaut une escapade en forêt ou en montagne pour croiser des esprits, des vieilles légendes et des types qui marmonnent et ont un oeil plus pâle que l'autre. Curon n'a pas manqué le coche et se situe dans le patelin du même nom, à la frontière italo-autrichienne, où d'un lac émerge un clocher sans cloches. Les mystères sont mystérieux, les étrangetés étranges, les non-dits non-dits chez des habitants qui savent tout ce qu'on ne sait pas, et ça a l'air de faire très peur.

Au programme, deux ados milanais aussi paumés que nous, une mère traquée par son ex-mari, un grand-père bougon, mais sympa (et alcoolique aussi, parce que ce n’est pas facile de vivre avec le passé), des jeunes qui ne rêvent que de se tirer, des faux-semblants et des masques qui tombent - bref, du déjà-vu, mais pourquoi pas. Les vues sur le lac sont jolies et d'une "inquiétante étrangeté", comme le paysage montagneux et forestier, peuplé de loups et de cachettes où planquer les cadavres.

Le meurtre de la grand-mère, advenu 17 ans plus tôt, montre la coupable : sa fille, devenue mère. Elle semble pourtant très bien sous tout rapport, cette dame... Décidément, il y a quelque chose de louche et qui fait peur.

 

photo, Margherita Morchio, Federico RussoLes jumeaux Raina en proie au flip

 

...OUI TRÈS PEUR

Le résultat est terrifiant. Coup de force dans la réalisation, les scènes s'anticipent avec une facilité déconcertante, malgré l'apport d'éléments inattendus (le traitement d'Albert et son identité équivoque). Très mal amenés, les rebondissements n'ont aucun relief et sont construits d'une manière telle qu'on croirait des détails, des facteurs secondaires, de la cosmétique bon marché. Dès qu'une intrigue entre en jeu, elle est introduite sans tension, à la fois trop rapide et trop lente (et très mal éclairée), expédiée dans un plan balourd qui appuie là où ça ne sert à rien.

La musique joue un rôle déterminant dans l'esthétique horrible imposée, à base de soupe électro et de dubstep qui n'a rien de commun avec les séquences. Artificielle, elle casse l'atmosphère et se superpose sur l'histoire sans logique, chargeant des moments tristes de gaîté foldingue et des passages lénifiants d'une énergie crapuleuse. La bande-son remporte la palme de l'horreur, parce qu'elle détonne en permanence et qu'elle est affligeante en elle-même.

Elle est symptomatique des erreurs de mise en scène. Tout est surjoué, insistant, montré du doigt, explicité, si bien qu'on en perd l'envie d'être attentif tant cette répétition fait loi - alors même que le récit n'est pas redondant. Avoir trois coups d'avance sur les situations, les amours et les dialogues rend le visionnage lassant, alors que la première saison ne compte que sept épisodes. Au lieu de prendre le temps, la réalisation se précipite aux mauvais endroits et rompt le charme d'une enquête surnaturelle et philosophique, qui aurait pu avoir des airs de Dark, version italienne.

 

photo, Giulio BrizziLa musique nous a mis K.O.

 

DOUBLEMENT PEUR

Globalement, la série recèle de trames intéressantes qui sauvent l'ensemble, justement parce qu'elles restent discrètes et ne font pas monstration d'elles-mêmes.

Le rapport à la dualité (quoique le sujet ne soit pas novateur) est amené avec une simplicité louable : quand la haine s'empare d'un habitant, celui-ci entend les cloches sonner et son double maléfique sort du lac. Son but est alors de tuer son jumeau et de s'emparer de sa vie, ou plutôt, de reprendre sa vie en main. Les nuances de personnalités prises entre deux êtres, physiquement incarnés, peuvent ouvrir sur des nuances psychologiques complexes, qu'on a seulement aperçues dans le personnage d'Albert (Alessandro Tedeschi).

 

photo, Margherita Morchio, Federico RussoOn fume un joint pour faire passer ?

 

Ce sont eux qu'on voulait voir le plus, ces doppelgängers plein de rage et d'émotions, ces sosies qui accomplissent leurs fantasmes et prennent soin d'eux, pas forcément aux dépens de leurs proches. De nombreux passages inattendus sont le fruit de leurs décisions, bâtis sur la vengeance et la volonté radicale de se préserver. Le meurtre et le suicide finaux proposent un écart qui correspond enfin au programme que la série s'était fixé, à savoir de la violence équivoque et des âmes en péril.

Le cliffhanger sur les nouveaux doubles maléfiques n'est pas étonnant : il y a encore des aspects à décortiquer pour aller au bout de l'histoire des Raina - dont il est vrai qu'ils sèment la pagaille, via l'amour, et ça, c'est beau. Mais pitié, pour la saison 2, ajoutez de la maturité dans le geste et trouvez un rythme.

Curon est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 10 juin 2020.

 

affiche

Résumé

Curon n'a aucun tempo et oscille entre les longueurs et les sprints, bâclant son ambition surnaturelle et (un peu) philosophique dans des broutilles. Seul un personnage secondaire se révèle intrigant dans la mise en scène immature. Mais le pire, c'est la musique.

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commentaires

Libellule 44
19/06/2020 à 22:50

Moi j'ai bien aimé ,mais la musique sur certaines scènes j'ai eu du mal c'est vrai elle est très mal choisie

Madolic
18/06/2020 à 11:40

@Geoffrey Crété - Rédaction
Oui je comprends bien mais autant d'habitude ça me gêne pas vu que c'est léger, autant là je trouve ça spoil sans forcément faire avancer la critique. (était-ce utile de spoiler le dénouement de l'histoire)

Après en effet j'ai pas vu la balise, mea culpa

La Classe Américaine
18/06/2020 à 11:04

Madolic ou celui qui voit un panneau "pour votre sécurité, contrôles radars" et qui ensuite part se plaindre a la gendarmerie parce qu'il s'est fait flashé...

Geoffrey Crété - Rédaction
18/06/2020 à 10:14

@Madolic

C'est une question de choix. Parler d'une œuvre sans spoiler est une contrainte dès lors qu'on souhaite réellement décortiquer la chose, parler clairement et précisément de ses réussites et échecs. En gros, pour bien faire notre travail et donner à lire quelque chose d'intéressant sur le scénario, la mise en scène, les enjeux... il faut parler de l’œuvre. Ce qui rentre donc dans ce domaine du "spoiler", qui en réalité est juste le domaine de la critique, depuis toujours.

C'est d'autant plus pertinent sur une série Netflix (lieu de consommation très rapide, où le public regarde très largement dès que c'est dispo), quand on en parle après son arrivée (la série est dispo depuis une bonne semaine).

L'avertissement placé dès l'intro est là pour bien le signaler aux lecteurs.

Madolic
18/06/2020 à 09:49

@flexdu33
Je t'emmerde sinon :)

flexdu33
18/06/2020 à 09:36

@ madolic

il y a marqué "attention spoiler" au bout de 4 lignes...

Les idiots ici il y en tellement c'est impressionnant

Une fille
18/06/2020 à 09:33

Ah mais la musique de cette série !!! C'est terrible, ça brise 90% des scènes dramatiques ou même d'ambiance ..... Mais QUI a décidé de mixer la musique comme ça sur cette série ?!

Madolic
18/06/2020 à 09:29

Et bah ça spoil dans cette critique !
Je veux bien que ce soit difficile de ne pas spoil parfois mais là était-ce bien utile de nous révéler le pourquoi du comment ?
Du coup je doute que je regarderais merci ...

Numberz
17/06/2020 à 20:40

Ça y va à tour de bras en bas de gamme chez flix en ce moment. Mise à part quelques pépites temps à autre.

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