Reality Z saison 1 : critique qui tait les réalités de Netflix

Mathieu Jaborska | 18 juin 2020 - MAJ : 18/06/2020 16:01
Mathieu Jaborska | 18 juin 2020 - MAJ : 18/06/2020 16:01

Lors de sa diffusion en 2008, la série Dead set avait satisfait les amateurs de tripailles et les curieux en tous genres, intrigués par cette fiction produite par Channel Four et faisant bon usage des plateaux de la version anglaise de Big Brother. Réalisée par Yann Demange, elle avait révélé Riz Ahmed et surtout Charlie Brooker, désormais à la tête de la célèbre anthologie dystopique Black Mirror. Douze ans après, elle passe par la case remake, sur Netflix cette fois. Et le nouveau showrunner, Cláudio Torres, a doublé le nombre d'épisode, pour le meilleur ou pour le pire ?

A SECRET STORY

Netflix n'aurait pas pu trouver un meilleur moment pour sortir Reality Z. En plus de faire inconsciemment écho aux problématiques de ces derniers mois en traitant de confinement pas respecté et de violences policières, la série débarque alors que la plateforme fait percer ses émissions de télé-réalité en Europe, prouvant dans la manoeuvre être plus dangereuse pour TF1 que pour UGC. Certes, les divertissements un peu voyeurs et autres pseudo-jeux du type Séduction haute tension n'ont plus grand-chose à voir avec les grosses machines à prime-time des années 2000, mais le parallèle avec le programme dont c'est le remake se fait tout seul.

À l’époque, Channel Four avait fait parler d’elle en parodiant délibérément son émission phare. Démonstration magistrale d’autodérision pour certains, prolongement logique du cynisme télévisuel de l’époque pour d’autre, le procédé avait au moins permis à Brooker de s’emparer d’une invasion de morts vivants avec vigueur et cumuler dans une compilation jouissive et généreuse en tripaille tous les codes du cinéma d’horreur des années 2000, de la mise en scène surdécoupée et hystérique aux réflexions sur l'influence de la vidéo en direct.

 

photoLe Benjamin Castaldi brésilien

 

Pas pressés de révéler leur audace, les scénaristes Rodrigo Monte et Cláudio Torres commencent par reprendre, parfois au dialogue près, leur modèle. Bien obligés de tirer sur la même ambulance sans pour autant faire directement référence à Big Brother ou à ses nombreux et ignobles rejetons, ils transforment le show en Olympus, une émission au niveau de kitsch divin. Rien de nouveau sous le soleil de l’Olympe, si ce n’est l’esthétique du plateau de jeu, revisité à la sauce péplum en carton-plâtre.

Autre différence notable, outre la substitution d’une affaire d’adultère par un plan à trois : la mutation de l’arc narratif parallèle, qui suit cette fois la créatrice du studio et son fils. Le choix, incongru à première vue, se justifie dans une deuxième partie pour le moins imprévisible.

Des cinq courtes portions de la série originale, Torres a en effet tiré 10 épisodes, sans néanmoins - et c’était la première crainte à l’annonce du projet - trop réfréner le rythme à toute épreuve de Dead set. Autrement dit, après les dernières minutes de l’épisode 5, intitulé non sans ironie « The End », une nouvelle partie débute, reprenant là où Charlie Brooker avait laissé la sienne.

 

photoPremières images de l'adaptation live de God of War

 

CINQ ACHETÉS, CINQ GRATUITS

Étrange, donnant presque l’impression de suivre deux saisons en une, ce turning point radical fait en réalité du plateau le véritable protagoniste de son histoire. Alors que les cinq premiers épisodes, à l’instar de l’intégralité de Dead Set, racontent sans pincettes et avec des lourdeurs évidentes la survie précaire du voyeurisme humain, la deuxième partie reconstitue carrément une micro-société parmi les survivants. Chacun endosse dès lors un rôle symbole pour refléter un angle de notre monde pré-zombie, avec comme référence le fiel social de Romero bien sûr.

Le politique, la capitaliste, la militante, la scientifique, la ménagère et l’extrémiste sont sur un bateau. Qui est-ce qui reste ? Plutôt réussie dans les épisodes 6, 7 et 8, la reconstruction d’une société malade et incapable de ne pas se réfugier dans ses penchants pervers devient progressivement à peu près aussi subtile que la série originale, voire plus bourrin encore, quitte à se saborder toute seule sur la fin.

Logiquement moins riches que leurs modèles, ces dix épisodes se risquent en plus parfois à des exercices trop redondants ou envahissants. Plus artificielle, la mise en scène échoue à tenir le coup sur la longueur en rappelant son existence à intervalles réguliers grâce à quelques ralentis peu maitrisés, des dissonances musicales et autres split-screens anarchiques. Heureusement, Torres se révèle à la hauteur de son ainé en termes de gore, même s’il repose trop souvent sur Dead Set à ce niveau.

 

photoGare à la deuxième vague

 

Finalement, malgré le culot de sa structure, la série s’avère assez similaire dans le traitement au succès de Channel Four. Sans cesse handicapée par des maladresses évidentes (le personnage du producteur, toujours aussi cliché), elle peine à concilier ses idées, pourtant super intéressantes sur le papier, et son sens du rythme.

Malheureusement, Reality Z doit en plus composer avec un sujet daté (ce type de télé-réalité a désormais plus sa place sur NRJ 12), une longueur revue à la hausse et une réalisation hésitant en permanence à embrasser les excentricités parkinsoniennes des années 2000. Traversé par quelques notes d’humour noir bienvenues (« les américains ne nous sauveront pas ? » clame un personnage, désemparé) et non dépourvu de suspense par moments, ce remake aurait peut-être gagné à moins calquer ses premiers épisodes sur le show original. Il a au moins le mérite de lui apporter frontalement quelque chose. Surtout que la générosité des effusions d’hémoglobine et la pertinence de la dimension sociale l’emportent tout de même au fond, bien aidées par le format de 30 minutes. Un format dont devraient s’inspirer bien plus de productions du genre.

Maladie typiquement netflixienne, le dernier plan a des airs de cliffhanger. Attention à ne pas trop tirer sur la corde ensanglantée.

Reality Z est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 10 juin 2020

 

photoÇa saigne pas mal

Résumé

Remake très voire trop fidèle dans sa première partie, Reality Z ambitionne de faire de la téléralité le point commun entre la fin d'une civilisation et le début d'une autre. Malheureusement, partagée entre un modèle bourrin et l'émancipation à laquelle elle aspire, elle se dégonfle un peu sur la longueur.

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commentaires

XG58
18/06/2020 à 21:01

Netfix se mais a pomper ou devorer l'une des meilleurs mini serie sur les zombies. Dommage, a la poubelle

Moyen
18/06/2020 à 20:47

Très déçus, tout est plat et inintéressant.
Ils sont en train de tuer définitivement le genre avec ce genre de série totalement copié.

herolde
18/06/2020 à 19:56

j'ai vu les deux dans la foulée (Dead Set et Reality Z);
ouah c'est abusé comme c'est pompé (mêmes blagues, mêmes persos);
c'est amusant, mais c'est pas ouf; heureusement c'est court !

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