The Outsider épisode 3 : la mort rôde dans la nouvelle adaptation de Stephen King

Simon Riaux | 20 janvier 2020 - MAJ : 20/01/2020 13:29
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photo, The Outsider

Avec son troisième chapitre, l’adaptation en mini-série de The Outsider signée HBO, doit entretenir l’enthousiasme, après un duo d’épisodes terriblement accrocheurs.

ATTENTION SPOILERS

 

photo, Mare Winningham, The Outsider"C'est ici qu'ils ont mis tous les gros nazes qui ont spoilé"

 

50mn OUTSIDE

Le 3e épisode de The Outsider fait figure de tournant thématique et narratif pour la mini-série de HBO, et les enjeux qu’il porte sont multiples. En effet, le show a opté pour un tempo assez différent du texte de Stephen King qui lui sert de colonne vertébrale, puisque ses deux premiers segments représentaient grosso modo les 250 premières pages du récit et qu’il nous reste encore 8 épisodes pour lever le voile sur le mystère qui ensanglante la bourgade de Flint City, Oklahoma.

Le show doit donc à la fois ralentir son rythme, et embrayer sur la « véritable » enquête qui occupera désormais nos personnages, et nous plongera progressivement dans un récit franchement surnaturel et horrifique. Deux défis que ce nouvel épisode relève avec un certain brio. Une réussite qui doit beaucoup au travail derrière la caméra d’Andrew Bernstein. S’appuyant sur la direction artistique établie par Jason Bateman, il en creuse et développe encore les principes.

Ainsi, le sentiment de pourriture, de lente désagrégation du monde, gagne ici en ampleur, alors que chaque recoin de l’Oklahoma semble sur le point d’être progressivement aspiré dans une gangue de putréfaction rance. La durée des plans, leur composition précise, jouant souvent des couleurs et des déséquilibres pour mieux souligner la menace qui rôde, confère à l’ensemble un cachet appréciable. Mais surtout, la mise en scène sait prendre soin de ses personnages.

 

photo, Yul Vazquez, The Outsider Yul Vasquez

 

HOLLY BODY !

Nous découvrons cette semaine Holly Gibney, que joue Cynthia Erivo. Il s’agit d’une protagoniste récurrente des romans de Stephen King, particulièrement appréciée des lecteurs, qui aura officié aux côtés de Bill Hodges (Mr . Mercedes). Un personnage compliqué à adapter, de par l’affection qui l’entoure, mais aussi parce que nous l’avons déjà vu à l’écran, sous les traits de Justine Lupe, dont la prestation fut plutôt appréciée des spectateurs comme des lecteurs. Inutile de préciser que HBO ne pouvait émuler directement une précédente incarnation, et souhaitaient parallèlement en livrer une qui soit propre au network et ne puisse être facilement siphonnée par la concurrence.

Ainsi, Holly Gibney devient ici afro-américaine, sensiblement plus dure que dans la série diffusée sur Audience Network, mais aussi plus « sensible » à la nature surnaturelle des évènements qui l’entourent. Holly pouvait y être perçue comme un facteur de légèreté, et si elle est toujours un des moteurs essentiels de la narration, elle injecte ici une dose d’angoisse existentielle, d’inquiétude, assez remarquable.

 

photo, Cynthia ErivoQuand la cantine du tournage est un peu chiche

 

On doit cette vibration à la performance habitée de Cynthia Erivo, que la caméra scrute avec attention, alors qu’elle pénètre dans un univers qui va mettre à mal ses inquiétudes et névroses. Paradoxalement, si cette version de Gibney tranche un peu avec le roman original, elle retrouve en revanche certains tropismes de Stephen King, qui a régulièrement écrit des personnages de noirs américains servant de jonction entre réel et surnaturel (Le Fléau, Shining, etc).

Alors que Holly entre en scène, le scénario en profite pour creuser un autre aspect essentiel de The Outsider : l’examen du deuil, des conséquences de l’horreur sur une communauté. À travers les actes de ressentiment, le vertige de ceux que touchent la tragédie, le mélange explosif de la colère et du désespoir, la série ausculte la difficulté du rétablissement, l’impossibilité de retrouver la magie du monde, quand ce dernier paraît toujours sur le point de céder à la corruption. Ce sentiment offre à ce troisième épisode une puissance émotionnelle lancinante.

 

photo, Cynthia Erivo, Ben Mendelsohn, The Outsider"Pas super funky cette saison de Faites Entrer l'Accusé hein ?"

 

DANS CE LIEU, DES TIGRES

L’autre enjeu fondamental du nouvel épisode de The Outsider, c’est d’opérer totalement la bascule du côté du fantastique. Certes, la série avait décidé de s’avancer plus précocement sur cette voie  que le texte de King, en nous donnant à voir la mystérieuse silhouette encapuchonnée et en optant pour une tonalité qui laissait peu de place à une conclusion « réaliste ».

Mais le personnage d’Hoskins, interprété par Marc Menchaca, a bien ici pour fonction de nous donner à voir que la menace rôde encore, et qu’il ne s’agit aucunement d’un vulgaire psychopathe traumatisé après avoir été frictionné aux orties par une mère abusive. Comme le révèle l’anxiogène séquence au cours de laquelle le policier est attaqué, une entité maléfique, une créature, est bien à l’œuvre.

Autre point fort de cet épisode : malgré quantité d'indices, une progression sérieuse du pendant fantastique du scénario, le mystère plane encore, et en choisissant de ne presque jamais quitter le point de vue de héros navigant à vue, l'antagoniste conserve toute sa flippante altérité. En témoigne la séquence de la grange, leçon de découpage, où le hors-champ est roi, dont chaque image nous plonge un peu plus profondément dans l'effroi.

 

photo, Jason Bateman, The OutsiderJason Bateman a les crocs 

 

La dégradation physique et morale qu’elle ne tarde pas à provoquer, comme l’influence qu’elle semble exercer jusqu’en prison, sont autant d’indication que nous plongeons désormais dans un univers bien plus dangereux et toxique que ne le laissait croire le premier mouvement du récit. Alors qu’on pouvait craindre un mélange des genres disharmonieux, il n’en est rien. On évoquait la toujours excellente mise en scène de la série, et force est de constater que l’étrangeté distillée jusqu’à présent nous a idéalement préparés à entrer dans le fantastique.

Une avancée qui se fait d’autant plus efficacement que The Outsider a retenu les leçons des récentes adaptations de Stephen King, et a probablement conscience des nombreuses passerelles entre la mythologie construite ici, et celle du cultissime Ça. Il est bien question de prédation, d’un mal d’une nature énigmatique, dépassant les limites du vivant et de l’humanité, à l’influence terrible. Et c’est avec une évidente réussite que chaque scène travaille à établir combien la corruption règne partout, comme l’univers est sur le point d’y céder perpétuellement.

Autant d’ingrédients et de qualités qui continuent de faire de The Outsider une des plus belles surprises du début d’année 2020.

The Outsider est diffusée chaque lundi soir sur OCS depuis le 13 janvier

 

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commentaires lecteurs votre commentaire !

Hank Hulé
21/01/2020 à 13:13

Tip top. Je kiffe.

Alfred
21/01/2020 à 11:55

Pas complètement d'accord.
La mise en scène lente et symbolique (ah ces personnages cadrés dans un cadre, ou frolant le hors-cadre), en devient ennuyante et pompière.Tout est traité de la même façon, (d'une scène de dialogue, à une recherche internet, à une attaque maléfique, etc.), tout est anxiogène et donc finalement rien ne l'est. La bande son n'étant pas en reste, bah y a zéro de rupture de ton. Ce qui est un peu problématique pour faire advenir la peur selon moi.
Après je suis accro et je continue à regarder. Mais le coté trop parfait, presque lisse de la mise en scène commence à me soûler dans ces grosses prod HBO.

StarLord
20/01/2020 à 19:45

Excellente série pour le moment! mention spéciale à la mise en scène, particulièrement soignée et immersive

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