The Outsider épisode 4 : coucou Cuco !

Simon Riaux | 27 janvier 2020
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photo, The Outsider

L’époque est propice à Stephen King, dont les adaptations reviennent sur le devant de la scène, comme en témoigne The Outsider, transposition d’un de ses derniers ouvrages signée HBO.

ATTENTION SPOILERS !

 

photo, Ben MendelsohnBen Mendelsohn, toujours épatant

 

THE KIDS ARE NOT ALL RIGHT

Après trois épisodes menés de main de maître, on pouvait craindre que le show souffre de son propre programme. Investigation d’une grande noirceur, centrée sur un personnage de policier à peu près aussi joyeux qu’un cancer du côlon, la mini-série HBO a impressionné par son atmosphère poisseuse et la très bonne tenue de sa mise en scène, mais se devait de varier les plaisirs, sous peine de grandement se répéter. Et justement, le 4e chapitre vient savamment chambouler la narration.

Suite à l’introduction du personnage de Gibney dans le précédent épisode, le show lui laisse désormais le premier rôle, alors qu’elle tente de reconstituer le parcours de Terry Maitland avant le meurtre dont il est accusé. Une quête qui l’amène bientôt sur les traces d’autres assassinats, présentant tous des similitudes troublantes avec celui qu’elle investigue. Plus troublant encore, tous les coupables semblent s’être croisés, dans un laps de temps très court. Parallèlement, Hoskins agit de plus en plus étrangement, manifestement sous emprise.

 

photo, Cynthia Erivo, The OutsiderUne brillante relecture du personnage inventé King

 

Cette bascule permet au scénario de se centrer un protagoniste actif, à la manœuvre, et non plus sur des individus broyés par une situation d’une extrême violence. Et Cynthia Erivo se révèle le véhicule idéal pour amener ce funeste navire dans de nouvelles eaux. Avec Holly à la manœuvre, la dimension fantastique du récit s’impose, l’atmosphère se densifie, se complexifie. Et pour le moment, la série parvient remarquablement à dévoiler son jeu, sans pour autant brûler ses cartes.

On pouvait reprocher au roman de Stephen King une certaine fragilité mythologique, le texte prenant son temps avant d’installer un doute véritable, pour finalement peiner à un peu à créer un antagoniste à la hauteur des enjeux initiaux. Antagoniste d’autant plus décevant qu’il rappelle évidemment Ça (attrait pour les meurtres d’enfants, manipulation, repaire souterrain, don d’ubiquité…), sans pouvoir jamais se mesurer à l’une des plus géniales créations du King. Contre toute attente, la production HBO tire le meilleur de son matériau original.

 

photo, Julianne Nicholson, The OutsiderLa trop rare et toujours brillante Julianne Nicholson

 

LA MORT, SA VIE, SON OEUVRE

Alors que la figure d’El Cuco émerge, l’enquête n’a jamais été aussi éloignée de sa résolution. Le surnaturel est enfin là, mais la menace qui rode demeure trouble. Les règles qu’elle suit, les principes qui l’animent, ses capacités, sont encore un épais mystère. Manipule-t-elle les humains à distance ? Prend-elle leur apparence, ou passe-t-elle de corps en corps à la manière d’un parasite? Pourquoi pousse-t-elle Hoskins à la nourrir et quels sont ses desseins à son endroit ?

Pensée comme un puzzle retors, la narration parvient à complexifier l’énigme après chaque semblant de révolution. Et si la mise en scène devient progressivement fonctionnelle, alors que The Outsider tente d’émuler le premier segment mis en scène par Jason Bateman avec une maîtrise impressionnante, l’ensemble demeure visuellement très au-dessus de la mêlée. On notera d’ailleurs que si le découpage est par endroits moins inspiré, il demeure néanmoins d’une belle rigueur. Il réussit ainsi à emballer et rendre attractives des séquences parmi les plus piégeuses du genre policier, à savoir les compulsations d’archives et autres recherches numériques, souvent synonymes d’ennui et de raccourcis.

 

photo, The OutsiderUne bien belle bête

 

Ce qui achève de donner à la mini-série une belle singularité, c’est sa capacité à gérer les différentes facettes émotionnelles de son récit. Et s’il est toujours question au premier plan d’une enquête qui fleure bon le fantastique et le dézingage de marmots, la rencontre entre Holly et Andy, parenthèse enchantée pour deux personnages cabossés, prouve combien l’œuvre prend soin de chacun de ses aspects. Il en va de même au sujet de l’étude du deuil et de la question plus générale de la gestion des traumas.

Quand elle évoque les réactions épidermiques ou monstrueuses de proches de victimes, quand elle donne à voir comment la mort se répand à la manière d’une épidémie, The Outsider se transforme en évocation de la souffrance particulièrement émouvante et en phase avec son temps. En effet, alors que la menace dévoile un profond sillon d’horreur, difficile de ne pas penser aux épidémies qui travaillent actuellement la société américaine en son cœur, qu’il s’agisse de la multiplication des tueries de masse ou de la crise des opioïdes. Le show capte avec force une certaine idée du délitement, d’une horreur à la fois aveugle, multiple, et capable de broyer au hasard quiconque croise son chemin.

The Outsider est diffusée chaque lundi soir sur OCS depuis le 13 janvier

 

Affiche officielle

commentaires lecteurs votre commentaire !

Rorov94
02/02/2020 à 08:17

C'est clair que El Cuco(sucube issu du folklore mexicain)n'est pas Pennywise!
Mais il arrivera à tuer quasi tout les protagonistes à la fin...

Goofy Goober
29/01/2020 à 23:57

Je veux pas spoiler mais quand vous aurez terminé la série, vous direz : tout ça pour ça.

StarLord
28/01/2020 à 17:33

Toujours aussi brillant et prenant après 4 épisodes. Pourvu que ça dure.

Si seulement toutes les adaptations série de King avaient eu le même soin (The Dôme quel gâchis...)

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