Westworld saison 3 épisode 5 : la série s'est-elle perdue en sortant de la Matrice ?

Geoffrey Crété | 14 avril 2020 - MAJ : 14/04/2020 16:45
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Notre critique du cinquième épisode de la saison 3 de Westworld.

Retrouvez le résumé des saisons 1 et 2 de Westworld.

Testez vos connaissances dans ce quiz sur Westworld et ses secrets.

ATTENTION SPOILERS !

 

photo, Lena WaitheReady Player One, le retour

 

FRENCH DECONNECTION

Le grand méchant Serac était jusque là le point faible de cette saison 3. Bad guy générique incarné par Vincent Cassel, qui n'avait pas eu beaucoup plus à défendre que quelques scènes démonstratives et faciles, ce businessman faisait tache dans Westworld. Cet épisode 5 tombe donc à pic puisqu'il le replace au centre de l'équation, et revient sur ses origines avec des flashbacks sur son enfance, dans une France à moitié détruite (avec le plan sur les blés à la Gladiator, que plus personne ne supporte non ?), et le début du projet Rehoboam avec son frère.

Deux problèmes néanmoins. Le premier : rien de réellement neuf n'est révélé sur Serac. Certes, son frère Jean-Mi, qui est le véritable esprit derrière Rehoboam, apparaît. L'idée de construire son propre dieu (mécanique, technologique), est passionnante. L'épisode dévoile comment le duo a financé ce projet unique, avec quelles ambitions - chose déjà bien expliquée dans les précédents épisodes. Et Serac est présenté comme un potentiel monstre, capable de tuer et sacrifier pour arriver à son but - là encore, déjà prouvé auparavant. Deuxième problème : ce cinquième épisode est également centré sur Dolores, Caleb et les autres, si bien que Serac n'est pas tant exploré que ça, malgré l'ouverture sur son enfance qui indiquait le contraire.

Au final, cet antagoniste qui aurait gagné à être plus nuancé, plus creusé, reste enfermé dans sa case d'ennemi et vieux beau, installé dans son avion à moitié transparent et derrière ses hologrammes. Le frère est présenté de manière beaucoup trop superficielle pour créer une vraie fêlure dans le personnage de Serac, et le voir encore une fois abattre de sang froid un ennemi a un impact plus que limité. Et ce ne sont pas ses quelques coups de colère qui en feront autre chose qu'un personnage très artificiel, chose plus qu'ironique dans Westworld.

Ne reste plus qu'à espérer qu'il va à son tour sortir des rails pour affronter Dolores, qui a posé une bombe (littéralement, et symboliquement) dans son système.

 

photo, Vincent Cassel"Je veux contrôler le monde et rester bien habillé"

 

MAUVAIS GENRE

Serac est si secondaire dans le mouvement de cet épisode 5, qu'il est intitulé Genre, en référence à l'étrange drogue que Liam donne de force à Caleb pour tenter de s'échapper. Le début d'un curieux trip puisque le personnage voit alors la vie comme une suite de scènes, de différents genres de films, selon les événements et ses émotions. Caleb passe ainsi du film noir monochrome à l'assaut sur La chevauchée des Walkyries, avant le ralenti amoureux sur le thème de Love Story.

Tout ça permet à la série de s'amuser avec la musique, le son, le style, et la réalisatrice Anna Foerster (derrière Underworld : Blood Wars, et premier passage sur Westworld) signe quelques bonnes scènes. La poursuite en voitures est notamment très solide, et permet encore une fois de regarder la très belle direction artistique de cette saison 3, baignée dans les néons, et noyée dans le béton propre.

Mais cette drogue a t-elle une autre utilité que le simple exercice de style, pour donner un coup de boost à la mise en scène ? Et n'était-ce pas alors suffisamment fort pour occuper un épisode, sans Serac lui aussi mis au premier plan ? Encore une fois, Westworld souffre d'un problème d'équilibre entre ses intrigues et personnages. Que Maeve et Charlotte soient absentes, que William ne soit même pas évoqué après un épisode centré sur lui, que Stubbs sorte littéralement d'un placard au moment opportun, et que deux personnages oubliés depuis plusieurs épisodes (Ash et Giggles, incarnés par Lena Waithe et Marshawn Lynch) réapparaissent soudainement, donne une nouvelle fois la sensation d'une saison qui a bien du mal à gérer les forces en présence.

 

photo, Evan Rachel Wood, Aaron PaulVery Bad Trip

 

BLACK MIRROR

Reste alors l'émotion, appelée par la révolution de Dolores qui commence. La scène dans le métro, où le sujet du libre-arbitre est encore une fois abordé, rappelle le cœur de cette saison 3 : la liberté, son sens, sa valeur, son mensonge. L'héroïne campée par Evan Rachel Wood veut certes retourner le monde, mais c'est d'abord les fils invisibles qui font des humains des marionnettes qu'elle veut voir brûler. Au-delà du parc Westworld, le cirque continue, encore plus terrible puisque l'illusion est plus complète. "Ils sont tous dans un train. On va leur montrer les rails."

Ce souffle révolutionnaire, qui fissure le déterminisme entretenu par Rehoboam et censé protéger l'avenir du monde, est central dans les thématiques de la série. Il arrive étonnamment tôt dans cette saison : ce n'est pas le clou du spectacle, la victoire finale, l'ouverture vers une saison 4, mais la première secousse dans le séisme à venir. Et c'est peut-être parce qu'il arrive si vite, si tôt, qu'il laisse une impression douce-amère. Cette première étape de réveil, semblable à une sortie de la Matrice, se résume ainsi à une belle musique (une reprise de Space Oddity de David Bowie), une vitre cassée, trois disputes et une vingtaine de figurants qui pleurent sur leur smartphone.

 

photo, Evan Rachel WoodDolores : 1 / Système : 0

 

COMPTE À REBOURS-À LA BOURRE

Alors qu'il reste seulement trois épisodes dans cette saison 3, un premier bilan semble logique. Après une saison 2 passionnante qui a divisé plus que jamais, même parmi les fans, Westworld a ouvert en grand les portes de la réalité, prenant de grands risques. Sans surprise, la série a basculé, revenant sur des rails très familiers pour tout amateur de science-fiction : un paysage urbain de béton et de verre où règne un ordre apparent, une technologie tentaculaire qui s'est infiltrée dans la société, un dérèglement amplifié entre les puissants et les soumis, et une révolte fantasmée pour renverser un système bâti sur l'exploitation des plus faibles. Rien de très neuf dans ce programme, ce qui saute d'autant plus aux yeux que la série avait jusque là masqué ces thématiques derrière les parcs, transposant la guerre sociale à un conflit entre l'humain et le synthétique.

Les décors de western et samouraïs ont laissé place aux avenues et jardins, et les saloons et chevaux, aux hologrammes et voitures électriques. Une telle évolution était un parti pris fort pour Jonathan Nolan et Lisa Joy, les créateurs de Westworld, et la série a perdu une partie de son mystère, de son étrangeté, pour foncer dans un récit plus axé sur l'action, l'espionnage, le thriller. Dans les deux premières saisons, il fallait trouver, comprendre et assumer son identité. Dans la troisième, il faut la cacher, l'usurper, l'utiliser.

 

photo, Evan Rachel Wood, Vincent CasselLa confrontation tant teasée... et toujours virtuelle

 

Par ailleurs, la saison traîne quelques faiblesses, comme une gestion au minimum étrange des personnages, régulièrement rangés dans un tiroir pour laisser le reste avancer. Le traitement de Caleb est également intéressant et significatif : c'est la première fois qu'un tout nouveau personnage majeur est ainsi amené dans la série, et malgré sa valeur (et celle de son acteur Aaron Paul), il met encore plus en lumière les défauts de la narration. Alors que Westworld a déjà du mal à porter ses héros d'hier (notamment Maeve, encore et toujours tuée, ramenée et menée par son instinct maternel), en créer un nouveau soulève bien des questions.

Enfin, n'oublions pas que Westworld aime sortir des jokers-twists. Le mystère des boules de Dolores est toujours là, après la révélation d'une Dolores copiée dans tous ses camarades. Il n'y a pas encore eu de surprise sur la temporalité, mais Westworld ne saurait y résister a priori. D'autant que l'identité réelle de Caleb est de plus en plus questionnée, et les théories fusent à ce sujet.

 

photoLe rouge sang où baigne désormais le symbole des robots

 

La ligne de cette saison 3 n'est pas encore claire et, jusque là, Westworld semble chercher un nouveau cap, entre sa dynamique tragique d'hier, et une volonté de redynamiser la formule avec un spectacle plus évident. L'équilibre entre ces thématiques passionnantes, ces questionnements existentiels intelligemment placés dans la continuité des précédentes saisons, et le rythme très-trop soutenu qui fait avancer l'intrigue par à-coups, est encore peu satisfaisant.

Cette double mécanique se ressent d'ailleurs dans la musique, laquelle alterne entre les partitions envoûtantes de Ramin Djawadi, des parenthèses inattendues (le thème de Shining de Wendy Carlos et Rachel Elkind) et des morceaux plus pop (comme Emerge de Fisherspooner, à la fin). Y aurait-il là la volonté, la nécessité, de rendre la série plus grand public, plus simple à identifier et consommer, après deux saisons critiquées pour leur complexité ?

Dans tous les cas, Westworld demeure une série particulièrement intrigante, soignée et riche, et sans surprise, il est fort possible que la saison 3 dévoile son véritable visage à la fin. Wait and see donc.

Un nouvel épisode de la saison 3 de Westworld, chaque semaine depuis le 16 mars sur OCS. 

 

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commentaires lecteurs votre commentaire !

Garfield
21/04/2020 à 21:25

*dévalorisent

Garfield
21/04/2020 à 21:25

Ok donc si j'ai bien compris on supprime les commentaires qui dévalorise cet article? bravo bravo la redac!

Marc
19/04/2020 à 19:53

@Aquelpointcestmauvais

Ton avis est définitif !? Attend le dernier épisode de la saison, Le face à face avec DOLORES et MAEVE va être énorme, j'ai hâte de voir cette confrontation et j'espère que MAEVE va se relier avec DOLORES pour contrer SERAC.

Aquelpointcestmauvais
18/04/2020 à 22:38

Très mauvaise saison, la série a perdu toute son âme, accumulant les clichés, et une distribution des rôles grotesque.
Tout est surjoué, l'épisode 5 tourne juste le tout au ridicule.
Scénario on ne peut plus copié aux classiques Sf.
Je n'en reviens pas.

Marc
18/04/2020 à 13:11

C'est évident l'épisode 5 est sous les premiers épisodes , mais le duo de scenaristes Nolan et Joy vont nous surprendre je suis persuadé ! Plus que 3 épisodes and Is the End.

CHFAB
18/04/2020 à 04:48

je suis tout à fait d'accord avec l'analyse d'Ecran Large, les nœuds de cette saison semblent encore mal définis, les personnages peu convaincants, en particuliers les nouveaux, et le propos très poseur, voire prétentieux. Les dialogues en ont un symptôme assez patent. Cet épisode 5 se fourvoie avec les voix off d'un Vincent Cassel peu inspiré trop occupé à parler un anglais qu'"il ne maîtrise pas assez, et l'artifice des musiques de film y est très...artificiel/. Les citations sont ultra clichés et on se demande parfois si on n'a pas droit à une série B de luxe... A vouloir faire trop malin on finit par se prendre les pieds dans le pompeux et une certaine vacuité. Encore une fois, la forme semble triompher sur le fond... Un peu le défaut de l'autre Nolan frère bien que très brillant réalisateur. 3 épisodes pour redresser cette barre, c'est pas gagné... en résumé, cet épisode m'est apparu plutôt cheap...

Juju37
16/04/2020 à 10:59

Westworld est un chef-d'oeuvre c'est clair. Cette saison 3 le souligne encore. L'intrigue est finement développée, le cinéma est plus que présent en références, les personnages sont absolument incroyables et les différentes histoires sont racontés au bon moment, cela me rappelle la saison 1 avec peu d'indices et quelques révélations au court des premiers épisodes et j'imagine que l'arc Serac sera développé et va même jusqu'à je pense y révéler certaines choses dans les 3 derniers épisodes, tout comme Caleb, pour qui, évidement que la drogue GENRE est indispensable, elle permet à la fois d'en apprendre un peu plus sur Caen et de poser des questionnements qui en est le but premier. Les différentes références cinématographiques sont exceptionnelles et finements choisies en fonction des scènes, dd l'action et des personnages en plus d'un Liam qui se retrouve avec un t-shirt "basic" pour montrer que le grand bonhomme milliardaire est devenu un de ces pauvres qui se croient encore tout puissant et on se rend compte aussi que ce n'est pas un des acolytes de Caleb qui le tue car l'angle du tire et de Liam ne sont pas compatibles.
Caleb s'ouvre de tendances suicidaires, de mauvais souvenirs et de quelque chose en rapport avec la (mort ? ) de ce fameux collègue de l'épisode 1. Un épisode qui reprend les codes et lignes narratives des épisodes 1 et 2 et allant jusqu'à la fin de la saison 2 avec quelques références de la saison 1. Cette saison est finement élucidée et n'est pas laissée au hasard ni Serac que cet épisode grave de lui dans le marbre que c'est le MAL mais qu'il n'arrive pas à tout contrôlé malgré son intelligence et son ambition, on remarquera son espèce de couronne que l'éclipse dans son avion forme autour de sa tête a la fin de l'épisode 5. J'aime cette série, que dire, je l'idole. Les autres séries n'ont clairement pas autant d'ambition et manquent souvent de fond, de relief et d'envergure. C'est la meilleure chose qu'on est eu à la télévision depuis Game of Thrones ou encore Breaking Bad et elle est exceptionnelle !

Alfred
15/04/2020 à 12:12

A propos du libre-arbitre (oui parce qu'aux USA le déterminisme social ça n'existe pas, c'est un peuple de self-made-man et en plus ils ont pas lu Bourdieu): les deux moments dans l'épisode ou des humains exercent leur fameux Free Will – Serac dans sa bulle d'indécision et la hackeuse pour "quitter les rails" – c'est en tuant un de leur semblable... Je ne peux pas imaginer que ce soit involontaire.
Finalement le seul personnage qui fait preuve d'humanité dans cette série, c'est Maeve, qui bien que machine et consciente de l'être, veut croire à l'empathie et à la compassion.

Geoffrey Crété - Rédaction
15/04/2020 à 10:07

@Ayb

Ne pas être d'accord avec vous, c'est la preuve qu'on a rien compris...?
Sinon, merci de (re)lire : la poursuite est pas mal certes, mais c'est loin d'être ce qu'on a préféré, comme l'explique l'article sur la fin, en se concentrant sur les questions autour du libre-arbitre. Soit plusieurs lignes, contrairement à quelques mots sur la poursuite.

Pas très grave de ne pas être d'accord, tant qu'on arrive à échanger sans essayer de caricaturer ou écraser l'autre avec des arguments d'autorité ;)

Ayb
15/04/2020 à 10:05

Votre analyse démontre que vous n'avez rien compris à la série.. la drogue "genre" était parfaitement à sa place pour démontrer le décalage créé par les révélations de Dolorès aux humains dans la réalité, cette dernière étant ainsi le dernier "genre" suscité par la drogue, le pire... Westworld a toujours oscillé entre les personnages, notamment Marche/Dolorès, épisodes après épisodes donc rien de surprenant ni de nouveau. La scène de course poursuite était peut être tout much, seule chose que vous trouvez bien.. et les révélations sur Caleb arriveront en temps et en heure puisque son passé est clé et n'a toujours pas été dévoilé.

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