Waco : la mini-série sur l'un des événements les plus catastrophiques de l'histoire américaine tient-elle ses promesses ?

Créé : 12 mars 2018 - Christophe Foltzer
Photo Taylor Kitsch
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Dans la vie, on ne fait pas toujours ce qu'on veut, et on aimerait que nos journées ne soient faites que de films et de séries. Tout ça pour dire qu'on n'a pas pu vous donner les critiques des derniers épisodes de Waco en temps réel. Alors, pour nous faire pardonner, on le fait ici, d'un seul coup en faisant un bilan global de la mini-série.

Attention SPOILERS !

 

 

LE RÉSUMÉ EXPRESS

Le siège du QG des Davidiens a commencé et il est parti pour durer bien qu'aucun des camps ne le souhaite. D'un côté, David Koresh (Taylor Kitsch), blessé mais toujours convaincu de sa mission divine, essaye d'organiser la survie bien que diminué. Laissant cette responsabilité à ses lieutenants, il s'enfeme progressivement dans la paranoïa et l'étude de son message. Mais les produits de première nécessité viennent à manquer, comme le lait pour les bébés par exemple, et plus le temps passe, plus les esprits s'échauffent et commencent à douter du bienfondé de leur mission.

 

Photo Waco

 

Côté FBI, ce n'est pas la fête non plus. Gary Noesner (Michael Shannon), en contact direct avec la Secte, cherche une résolution rapide et pacifique mais il se heurte à ses supérieurs et à l'ATF qui veulent profiter de l'événement pour faire un gros coup d'éclat médiatique. Ils ne peuvent se permettre de perdre la face à un moment où la notoriété des organismes officiels est en péril, d'autant que malgré les manipulations médiatiques visant à faire passer Koresh et ses fidèles comme de dangereux illuminés suicidaires, des mouvements de sympathie commencent à émerger. Pourtant Noesner ne lâche rien et parvient même à donner du lait en échange du départ de quelques fidèles.

Les journées passent sans que la situation n'évolue vraiment. Quelques fidèles partent, majoritairement des enfants mais la tension monte de part et d'autre, chacun se sentant manipulé et trahi par le camp adverse. Au bout d'un moment, l'ATF n'y tient plus et, au prix d'un gros mensonge, convainc le Président de leur autoriser une attaque. Noesner tente de prévenir les Davidiens après plusieurs jours de torture psychologique mais il est poliment écarté des opérations.

 

Photo Taylor Kitsch

 

Au 52ème jour de siège, l'ATF passe à l'attaque, des tanks défoncent les murs de la propriété en l'inondant de gaz pour pousser les habitants à en sortir. Malheureusement, c'est tout l'inverse qui se produit. Les militaires assistent impuissants à une catastrophe humaine comme ils n'en ont jamais connu aux Etats-Unis. Les Davidiens se retranchent dans la chambre forte ou dans les sous-sols et finissent gazés, prix au piège. Seuls quelques uns parviennent à s'échapper. 82 personnes y trouvent la mort, dont 21 enfants. Koresh, lui, demande à son bras droit de lui tirer une balle dans la tête. Les USA viennent de vivre l'un de leurs jours les plus sombres.

 

Photo Waco

 

TROMPETTES DE L'APOCALYPSE

Forcément, après une première moitié de série consacrée à faire monter la tension, on s'attendait à ce que la seconde partie explose d'un suspense insoutenable en nous racontant un drame humain prompt à nous traumatiser et à nous filer un gros bourdon. Et c'est ce qui se passe dans l'ensemble, même s'il faut reconnaitre une certaine baisse de rythme avant le grand final, bien apocalyptique et affreux comme on nous l'annonçait. Ce qui est fort dommage dans tout ça, c'est qu'on a l'impression que, durant deux épisodes, la série se trompe de chemin.

Déjà, la gestion de la temporalité est assez maladroite, on ne sent pas suffisamment les jours passer et ce que le scénario nous raconte semble bien anecdotique comparé à la gravité de la situation. On sent en effet que les personnages si bien construits du début sont progressivement mis de côté pour rester dans la dénonciation du drame qui se prépare. Et de se dire que cet étirement en longueur vient paradoxalement du nombre restreint d'épisodes. S'il y en avait encore eu 2 ou 3 supplémentaires, nul doute que Waco aurait conservé son haut degré d'excellence.

 

Photo WacoPaul Sparks alias Steve Schneider

 

Pourtant, la série n'en devient pas décevante pour autant. Les multiples manipulations des deux camps sont toujours savamment dosées et les personnalités ambigües de Noesner et Koresh sont encore là. Cela correspond d'ailleurs aux meilleurs moments de la série.

Lorsque David, tout contradictoire et flou soit-il, convainc ses ouailles du bienfondé de sa mission divine, tiraillé entre une personnalité clairement suicidaire, une conviction réelle d'être le messager de Dieu et un versant bien plus sombre et narcissique. Noesner, quant à lui, passe un peu à l'as malheureusement, il ne décolle jamais vraiment sur la longueur même si son personnage reste très intéressant.

 

Photo Waco

 

Et puis, il y a fatalement le dernier épisode, impressionnant, tragique, émouvant, terrible, qui rehausse l'ensemble. Voir les membres de l'ATF prendre pleine mesure de l'erreur qu'ils viennent de commettre, arriver à un point où les convictions personnelles sont si fortes qu'elles nous décollent de la réalité pour mieux se la reprendre dans la figure, fait son petit effet. Waco ne parle que de cela, au fond : de personnes opposées qui croient que leur vérité est la seule qui prédomine et des conséquences désastreuses sur une communauté. Les médias également en prennent pour leur grade, instruments du pouvoir qui décident de la réalité que l'histoire retiendra.

Le seul gros souci que nous avons avec cette série une fois qu'elle est terminée, c'est qu'au-delà de tout ce qui est montré dans le show, il manque un réel point de vue objectif. Sans parler de réhabilitation, Waco fait clairement la part belle à Koresh et ses Davidiens en les posant comme les victimes d'un état aveugle et imbu de lui-même. On aurait aimé plus de subtilité dans le discours. Mais que cela ne vous empêche pas de regarder la série, ses défauts mineurs n'enlevant rien à ses grandes qualités.

 

Photo Waco

 

Au final, Waco ne tient pas toutes ses promesses, perdant progressivement de son passionnant fond au profit d'un discours un peu manichéen et simpliste. Mais qu'à cela ne tienne, la série reste un bel objet à regarder, tout autant qu'un témoignage nécessaire. On aurait simplement aimé que ça aille beaucoup plus loin que ça.

 

Affiche officielle

commentaires

Hank Hulé 12/03/2018 à 14:01

Assez en accord avec cet avis : ça manque un poil d’objectivité.
Pour autant, j'ai été scotché du début à la fin. 7.5

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