Jack Ryan : à mi-saison, la diarrhée patriotique d'Amazon est un échec spectaculaire

Simon Riaux | 3 septembre 2018
Simon Riaux | 3 septembre 2018

Initialement créé par l’écrivain Tom Clancy, incarné plusieurs fois sur grand écran, Jack Ryan revient, cette fois sous la forme d’une série étiquetée Amazon, qui bénéficie du travail du scénariste et producteur Carlton Cuse (Nash Bridges, Lost, Bates Motel). Avec également le nom de Michael Bay au générique.

Pour Amazon, l’enjeu est de taille : proposer un divertissement très grand public, au budget conséquent, basé sur les aventures d’un héros préalablement connu du public. Jack Ryan, d'après le héros créé par l'écrivain Tom Clancy, et croisé au cinéma dans À la poursuite d'octobre rouge, La Somme de toutes les peurs ou encore The Ryan Initiative, nous donne donc rendez-vous pour 8 épisodes au cours desquels il va mettre à jour un terrible complot terroriste et tout faire pour y mettre fin.

Voici le compte-rendu des 4 premiers épisodes, portés par John Krasinski.

ATTENTION SPOILERS

 

 

SICK SAD WORLD

Au sein d’un genre saturé, pas évident de renouveler une figure aussi usitée que celle de l’officier/espion/agent/assassin. Et pendant un temps, la série semble vouloir rebattre un peu les cartes afin de nous proposer une véritable alternative à Homeland, voire affronter sur son propre terrain le Jack Bauer de 24 heures chrono, qui a si bien secoué les codes de la série d’action que le genre semble ne s’en être jamais remis.

Ainsi, nous découvrons l’enfance de Suleiman, dont la famille est massacrée par l’armée américaine dans un bombardement au Liban, en 1983. Jack Ryan reprend ainsi la spirale de violence qu’établissait déjà Le Royaume de Peter Berg, et donne l’impression de vouloir creuser plus avant ce paradoxe tragique, à savoir la capacité des Etats-Unis à générer leurs propres ennemis, précisément en cherchant à les combattre.

Ainsi, plusieurs personnages secondaires (on pense notamment à Wendell Pierce ou Dina Shihabi), sont très bien écrits, infusant dans récit global un supplément d’âme et de crédibilité. Et heureusement que cette galerie de seconds couteaux est là pour rehausser notre intérêt, tant le reste du show vire rapidement à la catastrophe totale.

 

photo, John Krasinski, Wendell PierceWendell Pierce et John Krasinski

 

JACKOU LE FLINGUANT

Le premier loupé de la série est son personnage principal, écrit avec la grâce d’une serpillère abandonnée. Incarné par John KrasinskiJack Ryan est gentil, souriant, beau, courageux, incroyablement intelligent, audacieux, vise super bien, a toujours de supers idées quand il faut disrupter un terroriste sur le point de l’exécuter, et il partage sa vie avec une blonde qui parfois fait des blagues (interprétée par Abbie Cornish).

Mais il est sensible, Jack. Parfois, il fait des cauchemars où il se souvient des membres de son unité, tous morts parce que Jack a fait des papouilles à un marmot fraîchement sauvé. Marmot qui était bien sûr un terroriste et qui, à l’aide d’une grenade, a fait des potos de Jack un gros tas de moussaka à la cordite. Du coup Jack, on ne l’y reprendra plus. Il a du trauma à revendre et il est sensible et tout. Alors parfois, quand il ne gonfle pas les pecs, il a les yeux tous mouillés.

 

photo, John Krasinski"J'ai encore laissé tourner la machine à café"

 

Difficile de se passionner pour le parcours de cet analyste qui se transforme quasi-instantanément en Rambo ultra-bright, dont on ne comprend ni les failles, ni les enjeux, ni les conflits. Par conséquent, voir sa compagne feindre de le critiquer, ou expliquer lourdement que vraiment, Jacquou le flinguant n’a rien d’un alpha male, est hilarant. Un peu comme si la série tentait de capitaliser plus sur le passage de son acteur dans The Office, que sur son propre contenu. Hélas, The Office est loin.

Et la série qui nous intéresse est là pour rappeler que s’il n’est pas cadré, porté par une véritable dramaturgie, John Krasinski dégage le magnétisme d’un flétan un peu trop cuit.

 

photo, Dina ShihabiDina Shihabi, elle, est très bien

 

FRENCH PISS

Et en dépit de la sympathie que l’artiste charrie toujours avec lui, les délires xénophobes – voire carrément racistes – du scénario, aggravent encore le problème. Dès que l’action se déplace du côté de la Seine Saint-Denis, il est difficile de déterminer si la série est incompétente au point de proposer une représentation de Paris et de l’Île-de-France passablement délirante, ou si elle vomit simultanément un salmigondis d’islamophobie et de francophobie en général.

 

photoUne tête que vous devriez faire dès le 2e épisode

 

Seine-Saint-Denis assimilée à une vaste zone de non-droit exclusivement musulmane, flics locaux complètement fachos et incompétents, femme française à cuisse copieusement hospitalière... Ne manquent plus qu'une rave à base d'accordéon et une scène de manifestation de vignerons. Autant de clichés idiots qui dénotent, tant la série manifeste continuellement sa volonté de dépeindre un monde crédible.

Toujours est-il que ce pan de l’intrigue, d’une rare stupidité, risque fort d’agacer sous nos latitudes, comme sa propension, lors des scènes d’action, à rejouer, réinterpréter certains évènements traumatiques intervenus ces dernières années (on pense notamment à l’assaut du GIGN en plein Saint-Denis). Dès lors, la représentation de ce qui n’est pas américain devient difficilement crédible, tant Jack Ryan rompt brutalement la confiance avec le spectateur, pour lui proposer l’équivalent narratif d’une grosse cuite entre piliers de comptoirs.

 

photo"Il fait vraiment moche. On va bombarder un coup le Yemen ?"

 

Tom Clancy a toujours été un réactionnaire américain, partageant une vision du monde abreuvée de messianisme, mais au moins avait-il un style et un sens du rythme qui conféraient une vraie richesse à ses textes, ainsi qu'une connaissance indiscutable des évènements qu'il imaginait ou relatait. Rien de tel ici. Jack Ryan a bien du mal à tenir éveillé son spectateur, tant il déroule un programme attendu (l'Amérique est un havre de paix que tous les types vaguement bazanés de la galaxie veulent souiller à coups de bombes) et finalement tristement contemporain, si épais qu'il ferait presque regretter les Neo-Cons de Bush junior.

 

photo, Dina Shihabi, John Krasinski De l'action épique et étonnante

 

AMERIKA FUCK YEAH

Reste qu’avec tout cela, on pouvait au moins espérer que ce bon vieux Jacquo fasse tout péter dans les grandes largeurs. Alors oui, le budget est là, on le sent à l’image dans les nombreux décors, et aussi dans une poignée de grosses explosions. Mais concrètement, Jack Ryan, arrivé à mi-parcours, n’a encore abattu aucun concept, aucune idée, aucune séquence qui nous ait fait battre le cœur, ou simplement surpris.

 

photo, John Krasinski"Il faut vraiment que j'arrive à mieux imaginer cette explosion"

 

En l’état, et ne serait-ce une poignée de coûteux effets numériques et un paquet d’écrans ou de smartphones visibles en salle de crise, la série pourrait dater du début des années 90. Et c’est bien là à la fois son ADN, et ce qui l’empêche de raconter quoi que ce soit d’intéressant. Fusillades, bombardements, mâchoires serrés et regards durs : l'imagerie déployée par la série recycle son petit bréviaire de l'action si paresseusement qu'on voit mal ce qui a présidé à sa fabrication.

Jack Ryan est une vieille série, qui ne comprend rien au monde qu’elle décrit (et n’a aucunement l’intention d’y parvenir), convaincue qu’un empilement de vieilles recettes suffira à satisfaire son public. Rien n’est moins sûr.

 

Affiche

commentaires

kilito
25/02/2019 à 10:04

Perso j'ai adoré. Les comparaison avec diverse autres série sont stupide, car ces séries ce sont inspiré entre autre des films Jack Ryan, dont accessoirement l'auteur de se tissu de critique puante n'as pas prit la peine de tous nommé, encore moins la liste des livres qu'il n'as jamais du e ouvrir aucun. De plus les critiques " vise super bien, audacieux " sont faux. Jim Greer doit le pousser au début pour qu'il s'exprime, mais il est franc est honnête ( ce qui retrace parfaitement les traits dessiné par Tom Clancy )....
Les critiques sur les scènes Françaises me choc. La policiére a le beguin pour lui et quoi ? Le " critique " est clairement un misogyne ou peu être simplement trop stupide pour ne pas savoir lire entre les lignes.Quant au racisme il est trés bien raconter, manque seulement l'autre son de cloche comme toujours. Y'as que les français raciste .... LOL

Lo
14/02/2019 à 16:30

Peut être, en effet, que regarder la France au travers des yeux américains peut nous déplaire, et nous faire hurler...mais nos séries franco françaises ne savent pas d'avantage dépeindre notre réalité, et c'est peut être bien plus insultant. Car nos séries à nous, parlent un langage qui n'est pas celui de notre réalité, et nos acteurs ne sont jamais dans l'interprétation, si ce n'est d'un rôle théâtral qui à jamais les déconnecte de notre réalité.
Alors, au moins, on peut sourire de voir la Seine St Denis à travers un cliché. Croyez vous qu'en Italie, en Espagne, en Angleterre ou en Irlande, nous soyons plus authentiques ?

@lex
24/11/2018 à 00:11

C'est marrant et un peu paradoxal car je comprends très bien la critique faite ici ( que je rejoins globalement) et en même temps, j'ai quand même bien aimé le show. Pour préciser ma pensée, je connais plutôt bien le genre: je suis un fan de 24h chrono de la première heure et on est quand même bien loin de la qualité et du suspense que j'ai ressenti en regardant ma série préférée, scotché à mon canapé, c'était la claque à l'époque... on évoquait quand même le fait d'avoir un président noir à la tête de la première puissance du monde... Oui je sais, je suis nostalgique! Bref, quand je regarde ce "ramassis de connerie" qu'est la partie "française" de Jack Ryan, comment vous le dire? cela en était tellement stupide que c'était risible. Mais j'ai compris l'intention de l'histoire et des scénaristes: comme dans tout show, l'important est de créer un monde probable et non pas réaliste pour faire avancer l'histoire. Il n'y a que des français pour se vexer de ce genre de chose! Je pense sincèrement que le reste du monde s'en fout complètement. Pour le reste, j'ai bien aimé les acteurs même si je trouve un manque un peu de pêche dans le jeu. J'ai bien aimé l'histoire entre Jack et Cathy. Et j'ai bien aimé détester ce méchant qu'est Suliman, tellement humain au fond (l'entretien d'embauche dans la banque est la scène parfaite). Quand à Jack, la seule question qui me venait à l'esprit quand je regardais lesbandes annonces était: mais bordel, comment un analyste en arrive a magner une arme comme mon pote Jack Bauer et se lançer à la poursuite d'un terrosiste international? Bah, j'ai eu ma réponse! Enfin, n'oublions pas une chose: le tour de force de Jack Ryan est que les scénaristes n'ont eu que 8 épisodes pour développer une intrigue complète, ce qui n'est pas franchement évident pour approfondir la psychologie des personnages notement. En conlusion, un divertissement honnête qui se regarde avec plaisir et qui s'oubliera certainement assez vite! Mais l'important est de se divertir non?

Alexiaaucarré
09/10/2018 à 21:40

Je viens de terminer la saison et je dois avouer que j ai accroché.
Alors c est sûr que le cliché français à bien changé, fini le béret baguette bonjour le raciste bien beauf.
Ah non le cliché de la française chaudasse et grosse fumeuse lui est toujours là. J ai bien rigolé devant le 93 "département musulman" où t as l impression d être en Syrie sauf qu on y écoute tout le temps du rap (parfois marseillais). Bon à part tout ça (mais pour une française du 93 ça fait beaucoup) je me suis laissée prendre par l histoire, les acteurs sont bons , on voyage pas mal, beaucoup de figurants... bref amazon y a mis les moyens et ça se voit. Je n étais pas plus motivée que ça au départ mais je suis agreablement surprise.

Paulx
29/09/2018 à 13:00

Pour ma part j'ai adoré. Avec cette serie on ne s'ennuie pas contrairement a bien d'autre je trouve que le critique y vas un peut fort je suis sur qu'il ne doit pas être fans de ce genre de série mais ce n'est Pas la peine de vouloir en dégoûter les autres

Frv100
26/09/2018 à 20:14

Cette critique est un torchon, honteux.

V
25/09/2018 à 15:26

C'est marrant, tu penses que si t'es pas d'accord, c'est que forcément ils sont "indulgents" d'un côté et pas réalistes de l'autre.
C'est "marrant" que tu cites Durendal en référence du coup.

La majorité silencieuse
25/09/2018 à 15:22

C marrant votre critique est plus indulgent avec un film complètement raté sur tous les niveaux ( voir l'excellente analyse de durendal sur youtube) comme star Wars 8 que pour un bon divertissement comme Jack Ryan.

Rorov94
12/09/2018 à 09:33

Tiens EL!
Vous venez de me censurer,alors que je ne faisait que répondre à @elod qui,dans son post insultes LES FRANCAIS en les traitants de racistes!
J'avais inversé les protagonistes de sa phrase et avait rajouté le mot«certains» pour ne pas généraliser...
Donc,même à EL il y a 2 poids,2 mesures?
Du racisme sur les Français vous tolèrez ça?
Perso je ne tolère AUCUN racisme.

Rorov94
12/09/2018 à 09:26

@elod
La différence entre toi et moi:
Moi j'écris:«certains».
Toi tu fait une généralité raciste envers l'ensemble des Français...
Mais pour ceux qui veulent prôner la culpabilité à l'envers,rappel factuel:
Tous les musulmans ne sont pas terroristes MAIS tous les terroristes sont musulmans...
Triste constat sociétal.
Rajoutons à celà le fait que la majorité des musulmans est silencieuse quand il y a des attentats.
Je sait qu'une majorité de citoyens est d'accord avec cet effroyable constat.

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