Weird City : pourquoi le Black Mirror comique créé par Jordan Peele est un gros raté (ou presque)

Alexandre Janowiak | 1 mars 2019 - MAJ : 01/03/2019 10:58
Alexandre Janowiak | 1 mars 2019 - MAJ : 01/03/2019 10:58

Jordan Peele est de tous les projets entre les films qu'il produit, sa prochaine réalisation Us prévue pour le 20 mars prochain au cinéma ou encore le reboot de The Twilight Zone. Ici, c'est sa dernière création sérielle qui nous intéresse avec Weird City. La mini-série de six épisodes de 25 minutes a été mise en ligne sur Youtube Premium le 13 février.

Ecran Large a jeté un oeil et à dire vrai, c'est une grosse déception. On vous explique pourquoi rapidement en trois points.

 

 

LE FORMAT ANTHOLOGIE

En présentant des histoires qui se déroulent dans le même lieu (Weird City) mais avec des personnages principaux différents et des nouvelles thématiques à chaque épisode, la série se confrontait indéniablement à une difficulté : l'irrégularité. C'est un point des plus classiques et communs pour les anthologies et Weird City n'y échappe pas.

Bien au contraire, elle subit de plein fouet le manque d'homogénéité. Si le premier épisode propose une sublime ode à la tolérance, à l'ouverture et au non-jugement avec une simplicité et un naturel assez déconcertant, le suivant se révèle très lourd dans sa critique de la société des apparences et du culte du corps. Il en sera de même pour le reste de la série.

Au final, seulement deux épisodes sont réellement réussis (le premier et le dernier) quand un autre est assez convaincant (le quatrième). Le reste est franchement raté. Un bilan mitigé donc à ce niveau.

 

Photo Ed O'Neill, Dylan O'BrienEd O'Neill et Dylan O'Brien, un du'O génial et attachant

 

UNE CRITIQUE BANALE

Sur le principe de base, avec sa ville coupée en deux et sa population de "ayants" et "non-ayants" séparés par une ligne-frontière, Weird City proposait quelque chose de vraiment intrigant. Le moyen de développer une critique solide de la société actuelle à travers un futur pas si éloigné et possiblement une jolie satire des classes sociales et de tout ce que cela peut engendrer.

Au fil des épisodes, le propos majeur de cette critique se révèle bien peu percutant et très banal. En effet, la série explique clairement qu'il n'est pas forcément si bien de vivre du côté des élites. Habiter "en-dessous de la ligne" (comprendre chez les pauvres) est un mal pour un bien qui permet d'éviter bien des maux, de la fausse bonne-conscience à une perte de contact humain (les gens ne font plus l'amour mais s'envoient des sextos) en passant par une dépendance aux technologies.

 

PhotoUne ville brisée

 

Et justement, la série se présentait clairement comme un Black Mirror comique, en pointant du doigt l'influence des nouvelles technologies sur l'homme. Avec les multiples expérimentations dont l'algorithme d'amour qui permet de trouver son âme soeur et les technologies allant de l'intelligence artificielle émotive aux maisons connectées, Weird City recèle de jolies idées mais bien mal exploitées et classiques.

La satire de l'influence technologique et virtuelle sur nos habitudes, nos comportements et nos actions est très pauvre. Elle enfonce en permanence des portes ouvertes et n'apporte que peu de réflexions pertinentes ou inédites sur la question. Dommage.

 

PhotoPas super originales ces technologies

 

UN HUMOUR LOURDINGUE

Avec Jordan Peele et Charlie Sanders (scénariste de la très drôle série Key & Peele) aux commandes, on pouvait espérer éclater de rire devant les (més)aventures de notre parterre de personnages dans cette ville morcelée. Finalement, à quelques exceptions près, Weird City ne fait quasiment jamais rire.

Quand certaines situations loufoques nous font esquisser quelques sourires (ce running gag des gens cachés derrière un mur avant d'apparaitre, un ultime clin d'oeil à Citizen Kane) et d'autres s'avèrent très drôles (un call-plombier, les gags méta en général), l'ensemble est très fade et surtout lourdingue.

Le numéro de Michael Cera est particulièrement stupide et agaçant. L'écriture du groupe formé par Gillian Jacobs et Steven Yeun (entre autres), force trop le trait sur les clichés et rend la troupe particulièrement insipides. La diatribe globale de la série est donc plus souvent vache qu'incisive, et c'est bien dommage.

 

Photo Michael CeraMichael Cera en fait légèrement trop

 

PARCE QU'IL Y A AUSSI DU POSITIF

Si Weird City est donc une vraie déception tant le potentiel semblait grand, la série ne démérite pas sur certains points. Son casting, tout d'abord. Entre Dylan O'Brien, Ed O'NeillGillian JacobsLaverne CoxRosario DawsonNicole BrownAwkwafinaMichael Cera ou encore Mark Hamill en voix off, la série a sans doute un des plus beaux de ce début d'année 2019.

 

PhotoUn casting énorme

 

Un parterre de stars venant de tous les horizons qui offre à la série son plus bel atout : sa diversité. Avec des actrices asiatiques et noirs au premier plan (l'épisode 6), un groupe aux multiples origines (l'épisode 5), des couples lesbiens et gays (épisode 4 et 1)... Weird City est ouverte. Elle fait de la diversité ou de l'homosexualité des composants naturels

A ce niveau, Weird City donne donc de l'espoir. Celui d'un monde pluriel et progressiste, aux sexualités diverses, aux envies multiples, où le bizarre n'a plus vraiment lieu d'être et la dite "anormalité" est devenue une splendide singularité.

Weird City est disponible en intégralité sur Youtube Premium depuis le 13 février. Les deux premiers épisodes sont disponibles gratuitement ici et ici.

 

Affiche

commentaires

Sorti
01/03/2019 à 15:15

On retrouve les maux de Get Out.
Humour forcé, procédés datés, bonnes idées mortes-nées, intro au dessus du reste,...

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