Spider-Man : l'étrange carrière japonaise du super-héros Marvel

Christophe Foltzer | 12 juillet 2020
Christophe Foltzer | 12 juillet 2020

Depuis que les super-héros règnent en maitre sur l'industrie du divertissement, on a l'impression de tout savoir d'eux tant ils ont envahi notre quotidien. Mais quelques-uns gardent encore au fond de leur tiroir des dossiers bien honteux, ou choquants. Comme Spider-Man par exemple. Et il était de notre devoir de les mettre à jour. Pour le meilleur et, surtout, pour le pire.

 

photoComme les chats, les araignées ont beaucoup de vies

 

UN VOISIN PAS SI GENTIL

Spider-Man, c'est un peu le pote qu'on aimerait tous avoir, à défaut de pouvoir être comme lui. Super calé en science, nul avec les nanas, mais terriblement attachant, il est en plus un super-héros des plus classes et des plus populaires. Qu'il s'agisse de menaces bien terriennes ou plus galactiques, on peut toujours compter sur lui et son humour au ras des pâquerettes pour nous remonter le moral et nous sauver la mise.

 

photo, Tom HollandUn héros qui revient de loin

 

Si aujourd'hui, Spider-Man est partout, tout le temps et qu'il est bien implémenté dans la tête des jeunes, il fut un temps où il faisait un peu n'importe quoi. Comme un ado, il se cherchait, passant par des phases franchement cheloues, voire glauques. Et, dans sa quête d'identité, il a atterri il y a plus de 40 ans au Japon, pour nous offrir ses deux oeuvres les plus frappées de la carafe. Un manga et une série télé tellement improbables qu'elles ont été passées sous silence pendant des décennies, tel un enfant un peu gênant, par Marvel.

Après l'avoir vu visiter un peu le monde dans Spider-Man : Far From Home, nous nous sommes dit que c'était le meilleur moment pour vous en parler. Mais, accrochez vos ceintures et affûtez vos Spider-sens, car vous n'êtes peut-être pas prêts pour ce qui va suivre. Vous voilà prévenus.

 

 

SUPAIDAMAN

Commençons par l'oeuvre la plus connue des deux, à défaut d'être la première, et probablement la plus populaire et inoffensive : la série télé live Spider-Man des années 70. Composée de 41 épisodes, elle a été produite par la Toei et diffusée au Japon entre mai 1978 et mars 1979. Elle doit son existence à un contrat étrange de Marvel qui laissait les pleins pouvoirs à ses partenaires en ce qui concerne les personnages de l'univers Spider-Man pour une durée de 3 ans. Et on peut dire qu'ils se sont bien fait plaisir les bougres.

Japon oblige, la série ne peut pas ressembler à quelque chose de connu et surfe sur la mode émergente alors des "Tokusatsu" ou "Super Sentai". Des séries de justiciers en costumes qui se battent contre des monstres en caoutchouc, comme Bioman par exemple pour les plus anciens. L'oeuvre occidentalisée la plus populaire étant évidemment Power Rangers. Donc oui, voilà, le Japon nous offre un Spider-Man en mode Power Rangers, tranquille, décontracté.

 

photo Spider-manCliché rare de Spidey avec sa bagnole qui rencontre Kamen Rider

 

Forcément, son origin-story change énormément par rapport au parcours de Peter Parker dans les comics. Ici, il s'appelle Takuya Tamashiro et c'est un motard, qui a le malheur de voir un jour un OVNI s'écraser non loin de lui. Son père, un scientifique, démarre une enquête sur le phénomène, mais est rapidement tué (comme tout bon Tokusatsu qui se respecte, le premier épisode doit avoir son quota de mort violente).

Témoin du drame, Takuya découvre également que le vaisseau spatial, baptisé Marveller, abritait en fait Garia, le dernier survivant de la planète Spider dont la population a été exterminée par le Professeur Monster et sa terrible armée de la Croix de Fer. Agonisant, il injecte alors une partie de son sang dans notre héros qui obtient ainsi ses pouvoirs. Dorénavant, Takuya peut se transformer en Spider-Man et combattre l'Armée de la Croix de Fer et le Professeur Monster qui viennent de débarquer sur Terre.

 

photo Spider-manVoilà, voilà

 

N'espérez pas voir ce Spider-Man combattre les ennemis les plus populaires du comics original, ici, nous sommes en mode full Power Rangers avec des gars en costume qui se frittent dans des décors en carton ou sur des terrains vagues. D'ailleurs, il est intéressant de noter que cette version de Spider-Man respecte à la lettre les codes du Tokusatsu tout autant qu'il intègre un certain nombre d'éléments du comics.

Évidemment, Spider-Man lance des toiles, il est d'ailleurs équipé de ses célèbres lanceurs accrochés à ses poignets, il grimpe aux murs comme l'original, mais il est également doté de tout un tas de gadgets dans la plus pure tradition du Super Sentai. Il possède son propre véhicule, la Spider-Machine GP-7, le Marveller qui flotte dans le ciel et qui a la capacité incroyable de se transformer en robot géant, Leopardon.

 

photo Spider-ManComme toujours, les scientifiques vont prendre cher

 

D'ailleurs, il est à noter que la série a une valeur historique au Japon puisqu'elle est la première à proposer ce type de robots qui sera largement popularisé dans les années 80 au point d'être indissociable du genre.

On pourrait croire qu'une telle fantaisie et une telle digression ont dû faire se dresser les cheveux sur la tête des patrons de Marvel de l'époque, mais en réalité pas du tout. Stan Lee lui-même appréciait énormément la série et, bien qu'elle n'ait pas été mise en avant en Occident, Marvel ne l'a jamais reniée, diffusant d'ailleurs l'intégralité des épisodes en 2009, totalement sous-titrés en anglais, sur son site.

 

photo Spider-ManLeopardon intronisé dans le Spider-Verse

 

Cette série totalement loufoque a aussi connu un regain de popularité ces dernières années, notamment grâce à la communauté des fans du personnage sur Internet, au point que Marvel l'ait totalement réhabilité en faisant apparaitre Leopardon dans quelques aventures du Spider-Verse version papier. Et il se murmure même qu'il pourrait être présent dans la suite de Spider-Man : New Generation.

Bref, une jolie histoire qui finit bien et qui nous ferait presque oublier l'épine dans le pied de Marvel, l'erreur totale de parcours : le manga de 1970.

 

photo Spider-ManTu la sens, la bonne ambiance ?

 

SPIDER-MAN ET SON MANGA SUPER DARK

Antérieur à la série télé, le manga Spider-Man a été publié au Japon dans le Monthly Shonen Magazine entre janvier 1970 et septembre 1971, regroupé plus tard en 5 volumes reliés. Il doit son existence au scénariste Kosei Ono (remplacé ensuite par Kazumasa Hirai) et au dessinateur culte Ryoichi Ikegami (Crying Freeman entre autres).

Là encore, il s'agit d'une version bien à part qui reprend cependant nombre de traits communs avec son homologue américain. Peter Parker s'appelle ici Yu Komori, il est un étudiant motard (décidément, c'est une constante au Japon) et son love-interest ne s'appelle pas Mary-Jane Watson, mais Rumi. Ici aussi, Yu est mordu par une araignée radioactive qui lui donne ses pouvoirs et il reprend le fidèle costume du héros.

 

photo Spider-ManJusqu'ici, tout va bien...

 

Si, sur la forme, tout semble aller pour le mieux, c'est dans le fond que le fossé se creuse. La publication du manga Spider-Man au début des années 70 correspond à l'émergence de nouveaux auteurs indépendants et très en phase avec les tourments de leur société. Plus tournés vers des histoires adultes et sérieuses, tout autant que critiques et contestataires, ils participent à une certaine libération des consciences sur le plan artistique, n'hésitant pas à plonger leurs héros dans des aventures riches en ultra-violence, en sexe et en drogue. Il va de soi que ce Spider-Man n'y échappe pas.

S'il utilise quelques personnages communs en les adaptant aux canons japonais, qu'il s'agisse des personnages secondaires (comme Tante May ou J.J. Jameson, mais aucune trace de l'Oncle Ben cependant) ou des méchants (Electro est d'ailleurs son premier adversaire), le manga dévie radicalement de sa route pour verser dans la noirceur humaine la plus totale. Ici, Yu est un jeune homme perturbé, en proie à des démons intérieurs en phase avec son époque.

Animé par une pulsion de mort gigantesque, il se retrouve plongé dans des aventures qui l'amènent dans les recoins les plus sombres de la société japonaise et de la condition humaine.

 

photo Spider-ManOkayyyyyy...

 

Dans ce manga, personne n'est à l'abri et les scénaristes mettent le paquet quand il s'agit de rendre notre héros dépressif. Rumi, son love-interest, est la soeur d'Electro (qui est devenu Electro après avoir tué un enfant et pactisé avec le père scientifique de ce dernier pour soulager sa conscience), leur mère est à l'hôpital et les soins appropriés demandent 1 million de Yens.

Ceci va pousser Yu à devenir journaliste et lorsque Spider-Man tue malencontreusement Electro, Rumi le tient pour responsable et quitte Tokyo. Elle laisse alors Yu désespéré et voulant quitter le costume. Et ceci ne constitue que la première aventure.

 

photo Spider-ManOulah !

 

Très rapidement, le manga délaisse Spider-Man au profit des aventures borderlines de Yu qui s'enfonce encore plus dans ses ténèbres. Il s'acoquine avec un proto Yakuza qui l'entraine dans l'univers de la drogue où des filles se font violer (ce qui nous vaut d'ailleurs un gros trip de Yu sous l'effet de la marijuana).

À côté de cela, il se masturbe en pensant à Rumi qui, de son côté, devient gogo-danseuse dans un bar louche avant de se faire presque violer, d'être blessée dans un terrible accident de voiture et de mourir à l'hôpital, sous les yeux de notre héros désespéré. Bref, on est très loin du héros rigolard des USA.

 

photo Spider-ManYu taquine son spider-sens

 

Et c'est bien cette noirceur exacerbée qui sera fatale au manga puisque sa publication s'arrêtera un peu plus d'un an et demi plus tard, n'ayant pas acquis la notoriété envisagée. Un épisode de la vie de Spider-Man qui sera longtemps passé sous silence, mais qui connaitra finalement une publication aux États-Unis en 1998 dans une version censurée puisqu'elle n'intègrera pas toutes les histoires.

À noter quand même, et pour finir sur une note positive que ce manga fait à présent partie du Multivers officiel de Marvel et qu'il se déroule sur la Terre 70091, même si on se doute bien qu'il ne reviendra pas de sitôt. Du moins en l'état.

 

Ces deux oeuvres nous rappellent à quel point, dans les années 70, Marvel tentait d'imposer ses héros en les faisant intégrer les cultures étrangères pour des résultats pas toujours heureux. Il n'en reste pas moins que ces oeuvres atypiques méritent qu'on y jette un oeil, ne serait-ce que pour découvrir notre héros préféré sous un tout nouveau jour.

 

photo Spider-ManArigato les enfants !

commentaires

Tauxi
14/07/2020 à 00:10

J'allais répondre quelque chose mais TofVW n'est qu'un clone du faux M1pats. :P

TofVW
12/07/2020 à 22:21

Mais la vraie question est: les acteurs étaient-ils adolescents comme le Vrai Spider-Man doit l'être, ou avaient-il 47 ans comme Tobey Maguire au moment du tournage des films de Sam Raimi?

Signé: le porte-parole de M1pats.

RobinsDeBois
12/07/2020 à 20:52

"Peter Parker s'appelle ici Yu Komori, il est un étudiant motard (décidément, c'est une constante au Japon) "

J'ai éclaté de rire avec cette obsession du deux roues ^^

Par contre vous abusez avec certains anglicismes. "Love-Interest" y a plein de termes Français qui peuvent remplacer ça.

RiffRaff
12/07/2020 à 18:01

@galetas: c'est shinji Todo.

Flo
12/07/2020 à 17:06

C'est une autre culture, ni meilleure ni pire #Mytho etc.

Marcheur Bleu
12/07/2020 à 13:34

Perso j'aurai terminé cet article avec un screen de la vidéo du joueur du grenier sur le sujet qui s'éloigne avec son salami au vent. ^^

Marvelleux
12/07/2020 à 11:06

C'est clair, bien mieux que les derniers films.

Galetas
06/07/2019 à 19:49

Bien meilleur que les dernières adaptations de Disney.
Quel est l'acteur qui joue l'araignée?
Il ressemble à david CHIANG.

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