The Act, Catch-22, Fosse/Verdon... retour sur les séries oubliées ou passées trop inaperçues en 2019

La Rédaction | 30 décembre 2019 - MAJ : 30/12/2019 15:49
La Rédaction | 30 décembre 2019 - MAJ : 30/12/2019 15:49

Avant les tops et les flops, il y a les séries un peu oubliées, mésestimées ou tout simplement trop passées inaperçues de l'année 2019.

Malgré notre bonne volonté quotidienne pour regarder le maximum de séries pour en sortir une critique et offrir un large éventail de choix et d'avis du petit écran sur Ecran Large, nombre d'entre elles nous sont passées sous le nez. Rassurez-vous, aucune n'est passée sous le nez de la rédaction, les séries citées en dessous n'ont tout simplement pas trouvé la place dans notre agenda d'écriture, de publication et potentiellement de visionnage.

Mais pour essayer de nous faire pardonner et surtout mettre en valeur quelques petites perles dont on n'a pas eu le temps de causer sur le site, on vous à concocter une liste de neuf séries oubliées, par chez nous, en 2019. Et on vous dit pourquoi, maintenant que ce sont les vacances, il faut vite les rattraper !

 

photo, Millie Bobby Brown, Sadie Sink, Noah SchnappEux, ils ne sont pas passés inaperçus par contre...

 

ON BECOMING A GOD IN CENTRAL FLORIDA

Une série sortie de nulle part avec un titre absurde, un pitch improbable, et Kirsten Dunst en ex-reine de beauté devenue une white trash anonyme : difficile de ne pas être curieux face à la création de Robert Funke et Matt Lutsky, diffusée aux États-Unis sur Showtime.

Centrée sur une femme endettée, employée d'un parc aquatique, qui va essayer de devenir riche avec une arnaque de système pyramidal dirigée par un moustachu-gourou, On Becoming a God in Central Florida rappelle les belles heures de Belles à mourir, comédie cynique et décapante où Kirsten Dunst participait à un concours de beauté sanglant et grotesque. Dans ses meilleurs moments, la série est aussi étonnante, imprévisible et drôle, s'amusant avec des personnages ridicules sans perdre de vue leur humanité. Rien que le pilote est excellent et l'une des plus belles surprises de l'année.

Mais en 10 épisodes, l'histoire se perd et le plaisir aussi. Prenant trop de directions et détours, au lieu d'assumer la trajectoire claire lancée dans les premiers épisodes, On Becoming a God in Central Florida ne sait sur quel pied danser. Sans parvenir à trouver un équilibre entre humour et cynisme, tendresse et cruauté, et sans véritablement créer une héroïne suffisamment claire et précise, la série use trop vite son capital sympathie. Ou quand la surprise devient déception.
 

photo, Kirsten DunstUn beau rôle pour Kristen Dunst qui se lâche de plus en plus

 

FOSSE/VERDON

De loin, c'est une mini-série gentillette et académique, équivalent télévisuel du biopic qui donne envie de bâiller poliment rien qu'en voyant l'affiche qui a la place pour détailler les nominations aux Oscars. Créée par Thomas Kail et Steven Levenson, adaptée du livre de Sam Wasson, Fosse/Verdon retrace ainsi l'histoire d'amour entre Bob Fosse, réalisateur culte de Cabaret et Que le spectacle commence !, et Gwen Verdon, célèbre actrice et danseuse de Broadway.

Le programme est attendu, avec l'étincelle artistique et passionnelle, les tromperies, les luttes et conflits d'ego, au fil des années, séparations et collaborations. Mais le talent de Sam Rockwell et Michelle Williams, le soin apporté à la mise en scène (notamment dès que la musique et le show sont là), et cette fenêtre ouverte sur les coulisses de grands films comme Cabaret et All That Jazz, suffisent à rendre ces 9 épisodes passionnants.

D'autant que Gwen Verdon est effectivement méconnue, et que Fosse/Verdon lui rapporte un peu de lumière. Et c'est finalement elle, et Michelle Williams, qui brillent le plus au fil des épisodes.

 

photo, Sam Rockwell, Michelle WilliamsDeux raisons parfaites de regarder

 

CATCH-22

Adaptée du roman éponyme de Joseph Heller publié en 1961 (et déjà adapté au cinéma par Mike Nichols dans Catch-22 en 1970), la série Catch-22 s'était présentée de manière très brève en début d'année dans une bande-annonce totalement déglinguée. Et dans ses premiers épisodes, le moins que l'on puisse dire, c'est que la série Hulu tient toutes ces promesses.

Créée par Luke Davies et David Michôd, la série est notamment réalisée par George Clooney et l'on comprend très vite ce qui a attiré l'acteur engagé dans ce récit. Catch-22 tire son nom de l'article 22 du règlement militaire de l'armée indiquant que tout soldat dit fou sera interdit de voler, mais que tout soldat demandant à être dispensé en se disant fou prouve en réalité qu'il est sain d'esprit et donc totalement apte à rester au combat. De cette folie, Clooney (ainsi que son comparse Grant Heslov) tire d'abord une satire politique hilarante jouant énormément des magnifiques dialogues du roman originel et de son côté absurde rappelant l'univers des frères Coen (à l'image de Bienvenue à Suburbicon).

Pour autant, la satire politique cynique et burlesque se transforme rapidement en pur drame de guerre lorsque les morts se succèdent et que le personnage principal, Yossarian (incarné par l'excellent Christopher Abbott), est condamné à vivre l'atrocité de la guerre (et son absurdité) par chance (ou manque de chance). En six épisodes, et même si le portrait de l'Amérique et de la guerre est moins incisif que prévu, Catch-22 réussit à démontrer brillamment la folie qui émane des rangs militaires lorsque ceux-ci sont dirigés par des incompétents.

 

PhotoUne sacrée équipe de fous furieux

 

THE SPY

Connu pour avoir créé Hatufim, prisonniers de guerre, la série qui a inspiré Homeland (qu'il produit et pour laquelle il est également scénariste), Gideon Raff reste dans le monde de l'espionnage avec The Spy, une mini-série française produite par Netflix et OCS.

La série prend d'abord le temps de présenter Eli Cohen (Sacha Baron Cohen), mari aimant et patriote à la recherche de n'importe quelle mission pour aider son pays, même finir de calculer sa pile de reçus avant que la pendule n'indique la pause déjeuner. Repéré par Dan Peleg (Noah Emmerich), un officier traitant du Mossad, il entame une formation pour devenir un agent clandestin, envoyé en Syrie pour obtenir des informations sur les prochaines attaques contre Israël, sous l'identité de Kamel Amin Thaabet, un millionnaire syrien ayant fait fortune dans l’import-export, de retour chez lui après avoir fui en Argentine.

Choisir Sacha Baron Cohen pour incarner l'espion israélien peut paraître surprenant, mais s'avère être une évidence. L'acteur britannique a bâti sa carrière en incarnant différents personnages, tous plus exubérants et fantasque les uns que les autres, dans Da Ali G ShowBoratBrüno ou sa série Who Is America ?. Le rôle de l'espion israélien semble donc prédestiné pour Sacha Baron Cohen, qui réussit à se glisser dans la peau d'Eli ou dans celle de Kamel avec la même aisance que l'une de ses créations et montre un véritable talent dramatique, déjà aperçu dans Les Misérables ou Hugo Cabret.

The Spy montre la dualité de cet homme, partagé entre deux mondes et deux identités, et propose une histoire captivante sur Eli Cohen, considéré comme un des plus grands espions de l'Histoire, devenu une légende en Israël et dans le Moyen-Orient.

 

photoEli Cohen ou Kamel Amin Thaabet ?

  

WHAT WE DO IN THE SHADOWS

Avant de nous faire marrer avec Thor : RagnarokTaika Waititi nous avait déjà pondu le plaisir coupable Vampires en toute intimité. Le co-réalisateurJemaine Clement, se retrouve cette fois seul aux commandes de What We Do in the Shadows, la série dérivée du mockumentary de 2014 qui présente une nouvelle coloc de vampires débiles avec Nandor (Kayvan Novak), Nadja (Natasia Demetriou) et Laszlo (Matt Berry), ainsi que leur serviteur humain, Guillermo (Harvey Guillen) qui rêve d'être transformé en suceur de sang.

Ceux qui ont aimé le film devraient s’y retrouver avec la série, écrite par le réalisateur de Jojo Rabbit, qui mise toujours autant sur l’humour décalé, ses personnages grotesques (dont de nombreux caméos) et des situations toujours plus ubuesques avec pour toile de fond la mission de dominer « le Nouveau Monde » à la demande du chef historique des Vampires. Sauf que ces créatures de la nuit sont aussi douées pour faire régner la terreur que les Télétubbies et qu’ils connaissent très mal notre monde qui leur en fait donc voir de toutes les couleurs.

 

photo, Matt Berry, Harvey Guillen, Kayvan NovakKayvan NovakHarvey Guillen et Matt Berry

 

RAMY

Avec Atlanta, l'excellent Donald Glover racontait le quotidien d'un jeune afro-américain dans l'Amérique des années 2010. Avec Ramy, le non moins excellent Ramy Youssef dépeint les difficultés d'être musulman dans les États-Unis de l'ère trumpienne et finalement les États-Unis post-11 septembre.

De facto, avec son point de départ, la série Hulu (disponible en France sur StarzPlay) s'appuie sur une ribambelle de thématiques passionnantes à la fois politiques, sociétales, philosophiques et spirituelles. Avec beaucoup d'auto-dérision, Ramy Youssef, dans une série semi-autobiographique (comme lui, son personnage est un américain d'origine égyptienne et s'appelle Ramy), développe ainsi la représentation, l'acceptation ou la stigmatisation de la religion musulmane au sein d'un New York tantôt excluant tantôt méprisant tantôt fédérateur.

La série Ramy dénonce ainsi des clichés (non, les musulmans ne sont pas tous des terroristes) tout en s'en amusant (cette discussion improbable avec un Ben Laden imaginaire dans l'épisode 4) pour se révéler piquante et incisive. Par ailleurs, la création de Ramy Youssef étudie des sujets très actuels comme le sexisme (l'épisode 6) et le racisme ordinaire (l'épisode 1 et le plan cul sectaire) avec un intimisme bienvenu et pertinent. À ne pas manquer.

 

Photo Ramy YoussefRamy Youssef, une nouvelle étoile montante

 

MRS. FLETCHER

On a plus souvent connu Kathryn Hahn du côté de la grosse comédie qui tâche que de celui de l’étude de mœurs. De Frangins malgré eux à Bad Moms 2, la comédienne a souvent fait preuve d’une énergie comique impressionnante. Mais ce serait faire une grosse erreur de diagnostic que de ne pas voir combien la palette à sa disposition est large. Après la sidérante I Love Dick, Hahn revêt à nouveau la peau d’une quadragénaire en pleine crise, mais une crise invraisemblablement réjouissante. Et elle fait des étincelles comme jamais.

Avec son fils parti à la fac Mrs Fletcher se retrouve seule et c’est soudain sa libido qui se réveille. D’où une orgie de sites de rencontres, de porno et de fessées maison. Ce qui pourrait virer à la chronique amère ou à la déprime se révèle finalement une pure comédie, à combustion lente, mais où l’hilarité est toujours en embuscade. De même, on appréciera la malice avec laquelle la série s’empare de plusieurs sujets contemporains, pour les analyser à sa manière. Ainsi, Mrs. Fletcher n’est pas une série qui arrête une position, ou qui dit le bien, elle préfère le questionner. À la manière de la question de la pornographie, matériel émancipateur génial pour l’héroïne, et source de toxicité pour son têtard de rejeton.

La force de ces protagonistes vient de leur complémentarité, et de la simplicité avec lequel le scénario montre comment chacun appréhende le réel de manière différente. Et tout cela concourt à générer un divertissement d’une immense humanité, à la fois chaleureux, tendre, et sexy.

 

affiche

 

THE ACT

"Même si ce programme est basé sur des événements réels, quelques scènes et personnages ont été dramatisés ou inventés." Voilà la phrase qui clôt chaque épisode de la saison 1 de The Act, avant même l'apparition du générique. En effet, la série diffusée sur Hulu devrait s'inspirer d'une affaire réelle de meurtre par saison. Mais hors de question de céder au voyeurisme qui pourrait découler d'un tel concept : l'idée est de vraiment creuser méticuleusement chacune des histoires. Le meurtre en question ne devient donc pas le sujet en soi.

Pour la saison 1, l'intrigue s'inspire d'un article absolument édifiant de Buzzfeed à propos de Dee Dee et Gypsy Blanchard. Il s'agit d'un cas assez complexe, dû à un syndrome de Münchhausen par procuration, trouble étrange qu'on n'expliquera pas ici au risque de spoiler nos lecteurs les plus passionnés. Toujours est-il que, dès les premières minutes, tout est extrêmement minutieux et surtout repose essentiellement sur la psychologie de ces deux personnages, en l'occurrence une mère et sa fille malade. Encore une fois, la façon dont ces 8 épisodes esquivent avec adresse tous les pièges possibles est impressionnante. N'essayant jamais de se rattacher à un schéma de confrontation entre protagoniste et antagoniste, la série n'hésite pas à malmener son spectateur et à cultiver un certain malaise inhérent à l'affaire.

L'expérience en devient presque éprouvante, tant la mise en scène, l'interprétation parfois irritante des deux actrices Patricia Arquette et Joey King et surtout la structure narrative, parviennent à plonger au coeur d'une histoire dingue impossible à vraiment comprendre de l'extérieur. Jusqu'ici, The Act fonctionne en ne se concentrant justement pas sur l'acte, mais plutôt sur les complexes facteurs de l'acte. Un pari osé et réussi.

 

Affiche

commentaires

Geoffrey Crété - Rédaction
05/01/2020 à 23:44

@Pierreano

Barry, on en avait déjà parlé :)
https://www.ecranlarge.com/series/dossier/1086458-barry-sombre-drole-dingue-violente-la-saison-2-de-la-comedie-noire-de-bill-hader-est-une-merveille

Pierreano
05/01/2020 à 22:51

Et les séries Barry et the righteous gemstone .

Baretta
31/12/2019 à 18:30

Presque toute nommé au golden globes.

cinegood
30/12/2019 à 20:45

Brassic : à mi-chemin entre Trainspotting et Snatch

Déborah Lechner - Rédaction
30/12/2019 à 15:53

@Mad , @nico1

Effectivement, il y a eu un cafouillage dans le titre qui a été mis à jour. Merci à vous d'avoir remonté l'erreur !

Euh
30/12/2019 à 15:36

J'ajouterais how to live with yourself , avec 2 Paul Rudd pour le prix d'un, excellente surprise.

Jojo
30/12/2019 à 15:05

J'ai beaucoup apprécié Mrs. Fletcher, j'espère une saison 2 !

Cette rancune contre le succès de Stranger Things lol

MystereK
30/12/2019 à 14:58

Oubliée par qui ? Unbelivable, Ramy et What we do in the shadows reviennent dans plusieurs médias anglos-saxons et d'ailleurs dans les Best-Of 2019, par contre Catch-22 revient le plus souvent dans les déceptions.

Nico1
30/12/2019 à 14:45

Effectivement il y a des manques

Mad
30/12/2019 à 14:27

Bah y a rien sur Carnival Row dans cet article !

MENSONGE !

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