Better Call Saul saison 5 : que valent les deux premiers épisodes de la géniale tragédie post-Breaking Bad ?

Simon Riaux | 26 février 2020 - MAJ : 26/02/2020 21:19
Simon Riaux | 26 février 2020 - MAJ : 26/02/2020 21:19

Dérivé de la tonitruante série Breaking Bad, Better Call Saul s’est avéré bien plus qu’un spin-off centré sur un personnage de bouffon doux-amer, pour s’imposer comme supérieur à son aînée, et tout simplement une des plus passionnantes séries de son temps. Qu’en est-il des deux premiers épisodes de cette saison 5 ?

ATTENTION (petits) SPOILERS

 

 

 

LES DÉS SONT JETÉS

La nouvelle saison de Better Call Saul doit relever un défi complexe. Tout d’abord, réussir à prolonger et intensifier ses enjeux alors qu’à l’issue de la précédente, tous les personnages paraissaient engagés sur une voie très proche de celle que nous avons découverte il y a une décennie dans Breaking Bad. La lumière point au bout du tunnel, et le showrunner Vince Gilligan doit nous convaincre que ces derniers mètres vers la lumière valent le détour.

De plus, les épisodes à venir arrivent après une saison 4 brillante, mais qui avait opté pour une direction funambule, tranchant avec la formidable tension des débuts pour chroniquer avec une fausse langueur la progressive désagrégation morale de ses deux protagonistes masculins. À l’issue de ces chapitres intranquilles, au tempo faussement zen, le show a besoin d’un coup de jus pour renouveler notre intérêt et nous préparer à un épilogue qu’on suppose tragique.

 

photo, Breaking Bad, Bob Odenkirk, Rhea Seehorn, Better Call Saul"Bon, mais t'es vraiment sûre que tu ne veux pas tirer mon doigt ?"

 

Et c’est ce que l’on sent dès la désormais traditionnelle ouverture en noir et blanc, dans laquelle « Gene » tente de contacter Ed, le vendeur d’aspirateurs spécialisés dans l’exfiltration de suspects, avant de renoncer à ses services. Cette introduction est l’occasion, après El Camino de revoir feu Robert Forster, immense comédien, qui semble ici revenir d’outre-tombe pour mieux rappeler à l’anti-héros joué par Bob Odenkirk que si sa destination ne fait aucun doute, son chemin de croix n’est pas tout à fait terminé.

Une tonalité funèbre qui tranche avec le Jimmy que nous retrouvons à Albuquerque, jubilant de se métamorphoser officiellement en Saul Goodman. Et de prime abord, notre personnage titre semble étonnamment conscient de lui-même, alors qu’il acte auprès de Kim la mort symbolique de celui qu’il fut jusqu’à la mort de son frère. Jimmy McGill n’est plus et son excroissance Saul Goodman va pouvoir réaliser le potentiel de tous ses vices, transcender toutes ses vertus. Mais la pulsion qui habite Saul est une pulsion de mort, et lui seul semble l’ignorer.

 

photoEt Saul Goodman fut

 

LA GRANDEUR DES PETITS RIENS

Tandis que Kim et Mike luttent avec toujours plus de désespoir contre leurs destinées respectives, c’est bien du côté du showrunner Vince Gilligan que se tourne le spectateur, alors que Better Call Saul l’attrape une nouvelle fois par le collet pour ne plus le lâcher. Dans ces deux segments où les mutations de chacun s’accélèrent, le scénariste/metteur en scène/producteur s’échine à épouser dans chaque scène l’esprit du moment, caractériser physiquement ses personnages.

Sa démarche n’est pas nouvelle, mais une nouvelle fois, on est saisis par le talent avec lequel il traduit le trouble d’individus esseulés, essorés par un système impitoyable, pour mieux l’incarner dans des actions anodines en apparence. Alors que se jouent des arcs narratifs fondamentaux, la caméra trouve toujours comment investir le décor factice, d’un Nouveau-Mexique écrasé par un soleil de plomb, qui dévoile un peu plus à chaque instant sa dimension factice.

 

photo, Tony DaltonUn antagoniste aussi souriant que redoutable

 

Après nous avoir habitués à patiemment bâtir des récits aux architectures complexes, et aux articulations parfois quasi-indécelables, Vince Gilligan passe la seconde. En deux épisodes seulement, le showrunner fait montre d'un art du tricot narratif maîtrisé et mené tambour battant. Ainsi, les actions de Jimmy/Saul se sont toujours révélé à l'origine des bouleversements qui minent l'existence de ses proches, mais cette fois, nous constatons son influence délétère instantanément, alors qu'un de ses speechs improvisés inspire à deux vermisseaux cramés jusqu'au bulbe une soirée d'orgie qui poussera le malheureux Nacho à une improvisation héroïque, dont on sent qu'elle va fonder de nouvelles interactions entre les personnages.

Tous sont embarqués fissa vers un Golgotha encore inconnu, mais que Better Call Saul cartographie avec une acuité chaque année un peu plus accomplie.

 

photo, Breaking Bad, Bob Odenkirk, Better Call SaulUn drôle de cirque...

 

DESTINATION FINALE

La construction de la série se complexifie instantanément, alors que se multiplient les passerelles avec Breaking Bad, mais aussi les métaphores. Ainsi, rarement Gus Fring (Giancarlo Esposito) aura-t-il autant évoqué un producteur ou showrunner, en quête de perfection, entièrement dévoué à la surprise du public, mais condamné à finalement échouer.

Pour redoutable qu’il soit, ce grand chef d’orchestre criminel paraît désormais le seul artisan sincère, alors que chaque personnage avance des pions truqués. Mike (Jonathan Banks) et ses remords hypocrites, Kim (Rhea Seehorn) et cette ambiguïté morale qui, depuis 5 saisons, la met en mouvement à la manière d’une seringue pleine de came, et bien sûr Jimmy, qui paraît ici tout à fait s’accomplir comme comédien.

 

photoUne séquence de pur suspense, dont Vince Gilligan a le secret

 

C’est là une des plus belles idées tragiques de l’œuvre. Ni veule arnaqueur préférant flouer ses semblables, si avocat foulé au pied par un frangin prêt à tout pour l’enfoncer, Jimmy n’est en définitive que cet acteur raté, cet homme de scène qui a, aux dépens de lui-même et des siens, voulu transformer sa vie en théâtre. Gilligan multiplie les cadres dans l’image, enfermant ses héros dans leurs contradictions et rappelant combien leur solitude mènera in fine à la folie et à l’asphyxie.

Il n’est pas une séquence qui ne vienne pas souligner et démultiplier la rudesse du drame qui se prépare. Encagé dans les coursives d’un tribunal, abandonné dans une cage d’escalier, accordé aux couleurs criardes d’un étrange cirque, ou condamné à renoncer jusqu’à une innocente coupe de glace, chacun a déjà pris sa place pour une apocalypse que l’on devine amère, une coupe empoisonnée jusque dans ses plus infimes détails.

Et qu’il nous tarde de voir se déplier au ralenti.

Un nouvel épisode de la saison 5 de Better Call Saul chaque mercredi sur Netflix en France

 

photo, Breaking Bad, Better Call Saul, Better Call SaulDes gens qui ne vont pas du tout passer un sale quart d'heure

commentaires

louma-louma
04/03/2020 à 12:46

Les 4 premières saisons furent excellentes de mon point de vue. Je découvre désormais la 5e et j'avoue, que malgré la qualité du scénario et de la réalisation, j'ai de plus en plus de mal à imaginer que les personnages, davantage marqués (et oui, le temps passe), reflètent la période d'avant Breaking Bad. À l'instar de El Camino, les personnages, bien que très bons, ont déjà vieilli.
En ouvrant cette saison avec un Jimmy démasqué (dans sa nouvelle vie après BB), j'aurais en fait mieux vu le personnage se faire la belle une fois de plus et reconstruire quelque chose ailleurs. En résumé, pas de spin-off mais une simple suite, ailleurs, avec quelques chose de frais.
Attendons de voir la suite. Ou pas.

KevFB
29/02/2020 à 11:41

Vince Gilligan n'est plus showrunner de la série depuis la saison 4, étant notamment occupé avec "El Camino". C'est Peter Gould, co-créateur de "Better Call Saul", qui occupe désormais seul cette fonction. (ils l'occupaient d'ailleurs à deux durant les trois premières saisons)

Je trouve ça assez maladroit, ici ou ailleurs, de lui attribuer tout le mérite du coup ; certes, il a quand même réalisé des épisodes pour les saisons 4 & 5, et il compte revenir pleinement dans le processus créatif pour la 6e et dernière saison, mais il ne faut pas oublier Gould, ainsi que le reste de l'équipe de scénaristes & réalisateurs.

Dotom
28/02/2020 à 09:55

LA série qui ne me fait pas regréter d'avoir Netflix .même si en fait je l'ai téléchargé sur une plateforme P2P

Fickfuck
28/02/2020 à 03:05

Bonne serie mais loin derriere breaking bad
Pas la peine de comparer Bbad cest le chef doeuvre et better call saul un ersatz

Fickfuck
28/02/2020 à 03:02

Article trop lourd enchevetré dans des critiques incomprehensibles et a rallonge.
Tres mauvaise critique trop dans la psychologie de comptoir jy comprends rien

Gui
27/02/2020 à 22:46

Apparemment je dois être le seul à ne pas aimer du tout Better Call Saul, tandis que Breaking Bad est dans le top 3 de mes séries préférées... Cette série est trop lente, il n'y a quasiment pas d'action ni de rebondissements, on dirait que la plupart des scènes sont là juste pour combler le grand vide d'un scénario creux qui doit tenir sur une demi-page... En enlevant toutes ces scènes inutiles et à rallonge, ces 5 saisons ne pourraient en faire q'une seule, et celle-ci resterait encore bien ch*ante... Je ne comprend pas comment on peut aimer cette série, et encore moins comment on peut la trouver mieux que Breaking Bad :(

Reeko
27/02/2020 à 20:23

Ça faisait longtemps que je n’avais pas été frustré comme ça de devoir attendre une semaine pour voir la suite...
Je crois que c’est depuis ... breaking bad en fait ????

Roukesh
27/02/2020 à 09:19

@Roro, Ce n'est pas une série Netflix. Elle est distribuée hors Etats-Unis par Netflix. De ce fait AMC, qui la diffuse là bas, a une diffusion épisodique normale que Netflix suit.
Pareil que certains, je préfère BCS à Breaking Bad. Les passages où le personnage principal devenait moins intéressant, Mie, Nacho, ou Kim venaient prendre la relève. C'est pour moi la grande force de la série, d'avoir des personnages aussi différents et intéressants à suivre.

captp
27/02/2020 à 07:47

breaking bad/Better Call Saul ,je comprends totalement ceux qui préfére l'un ou l'autre malgré une qualité certaine pour les deux.
A ce jeu là je vais également dire Saul car contrairement à Walter qui était au fond de lui déjà un enfoiré qui n'attendait que de se révéler et qui a pris plaisir (le mot est faible) a l’être, Saul est un bon gars avec un bon fond qui à luté comme un diable pour le rester mais qui n'a pas eu le choix de devenir celui qu'on connait.A ce titre je le trouve plus attachant .
J’espère une fin heureuse sans trop y croire pour lui.
quoi qu'il en soit quesque c'est bon les series quand ça atteint ce niveau là :)

Roro
26/02/2020 à 21:52

Quel retour pour la saison 5 !!
Mais pourquoi est-ce qu’ils la diffusent en plusieurs semaines?? Trop hâte de voir la suite..,

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