Vampires : encore un raté français pour Netflix ?

Mathieu Jaborska | 20 mars 2020
Mathieu Jaborska | 20 mars 2020

Après Mortel et Marianne, une nouvelle série fantastique française débarque sur Netflix. On a vu trois épisodes, et on vous en parle tout de suite.

ATTENTION MINI-SPOILERS

 

 

VAMPIRES, VOUS AVEZ DIT VAMPIRES ?

Mine de de rien, les investissements de Netflix en France sont de plus en plus fréquents, surtout dans le domaine du fantastique, ce qui devrait réjouir un public qui ne demanderait qu’une hausse des productions de genre locales si les résultats n’étaient pas aussi aléatoires. Ainsi, après deux histoires se baladant entre le convenu et l’original (l’attachant Marianne, le plus pataud Mortel), Benjamin DupasIsaure Pisani-Ferry et Anne Cissé s’attaquent aux entités les plus célèbre de l’histoire du cinéma d’épouvante, rien que ça.

A première vue, la série semble assumer ses ambitions, grâce à son titre bien sûr, clair et limpide, mais aussi par exemple grâce au petit texte introduisant le premier épisode, évoquant une genre de société secrète buveuse de sang intégrée à la population. Dès lors qu’on s’attaque frontalement à un genre aussi codifié, récupéré, transformé, adapté à la sauce horrifique, guerrière, érotique, romantique, blasée ou auto-destructrice, on doit forcément travailler son approche, transformer l’œuvre en véhicule thématique, lui offrir un cadre inédit ou au moins en faire un plaisir bourrin immédiat.

 

Photo Oulaya AmamraOulaya Amamra, vampire qui s'ignore

 

Vampires opte pour une sorte de mélange entre les deux premières. Le cadre se veut réaliste, et considère le vampirisme comme une sorte de maladie génétique, analysable en laboratoire et dont les symptômes ne correspondent pas aux habilités de Dracula et ses compatriotes transylvaniens. Ici, il n’est a priori pas possible de transmettre un don exclusivement héréditaire, le vieillissement est plus très ralenti que stoppé, et personne ne se transforme en chauve-souris… pour l’instant.

Voilà qui met en lumière une des caractéristiques principales de cette première moitié : une certaine passion pour le compromis. Car si l’angle est narrativement et explicitement réaliste, certaines facilités et références le sont moins. Les auteurs sont incapables de vraiment se débarrasser de certains archétypes fantastiques attachés au mythe, ce qui pourrait s’avérer intéressant s'ils s’inscrivaient dans une évolution thématique et visuelle du récit plutôt que dans une volonté de justifier certaines situations ou encore de donner du cachet à certains personnages pas franchement charismatiques, en dépit de tous les efforts mis dans leur caractérisation.

 

Photo Aliocha Schneider, Oulaya AmamraVampire prédateur.jpg

 

L’odeur âpre de l’entre-deux parfume l’intégralité de l’intrigue, pourtant riche en pistes de réflexion loin d’être neuves mais néanmoins intéressantes, si elle sont développées dans la deuxième partie. Pour l’heure, il est question d'une confrontation entre le vampirisme et une forme de communautarisme. L’idée sous-jacente, excellente au demeurant, de faire des castes de vampires une sorte de cluster de riches reléguant les suceurs de sang exilés au rang de populations dans le besoin pourrait logiquement s’imposer comme le moteur de la série, encore faudrait-il que la description de la vie en banlieue soit moins sommaire et moins prompte à céder aux clichés.

Vampires existe probablement grâce à sa connexion avec les deux thèmes de prédilection de Netflix France : le social et les ados en pleine poussée d’hormones. Les auteurs évitent soigneusement de tomber dans le piège de la métaphore de la découverte sexuelle en la balayant littéralement au détour d’un dialogue, préférant utiliser le personnage de Doïna comme d’une sorte de référent permanent.

Difficile cependant de cacher son exaspération face à une énième amourette adolescente censée cristalliser les enjeux mais ne réussissant finalement qu’à les occulter au profit d’un triangle sentimental aussi fade qu’impertinent. Il n’y a plus qu’à espérer que tout finisse par tendre à nouveau vers cette analyse du communautarisme, ayant le potentiel pour faire enfin faire dire à une série Netflix française quelque chose sur le plan social. Pour l’instant, ce potentiel est loin d’être bien exploité, la faute à ce satané compromis permanent.

 

photoLe dernier clip de PNL

 

CONTRÔLE TECHNIQUE

Visuellement, le problème est le même : étouffée par des références partagées par la moitié de la planète cinéma, en France et ailleurs, l’équipe technique s’emploie à noyer régulièrement les plans sous une tonne de lumière verte, rouge et bleue, histoire de draguer les fans de Suspiria. Malheureusement, le décalage avec l’approche résolument réaliste pourtant choisie par les scénaristes s'en fait ressentir. D’autant plus que le résultat lorgne plus sur l’expérimentation de fanboy que sur la recherche esthétique inventive.

Que dire également du petit éclat de provocation du premier épisode, utilisé moins pour caractériser un personnage à 1000 lieues de ce comportement que pour faire acte de bonne foi. C’est aimable pour les amateurs de sexe et de sang, mais ceux-ci ne seront pas vraiment rassasiés par la suite des opérations. Faut-il espérer une esthétique plus offensive dans les épisodes suivants ?

Difficile à dire, tant tous les aspects techniques en général tirent l’essai vers le bas. Suivant l’exemple de la direction artistique, la mise en scène se permet occasionnellement des libertés finalement conditionnées par ses références, libertés noyées dans un océan de banalités et peu mises en valeur par le jeu de certains acteurs, voire par la vacuité de l’écriture.

 

photoLes démons du néon

 

Car la raison de la mise au second plan de ces thématiques communautaires, c’est bien l’écriture, si maladroite qu’elle tue dans l’oeuf toute tentative d’émancipation par rapport au produit Netflix pour ados moyen. Passe encore le manque de caractérisation de quelques personnages ou l’incapacité de surligner certaines pistes, mais comment peut-on laisser passer autant d’incohérences et autres raccourcis scénaristiques ahurissants, de l’invisibilité pratique de certains protagonistes aux bâches étendues au plafond, seul rempart entre les vampires et le soleil dans leur repaire super menaçant ?

Pétris de bonnes intentions infusant chaque production du genre depuis quatre millénaires, ces trois épisodes ne peuvent s’empécher de résonner et raisonner désespérement creux. Espérons donc que les trois suivants parviendront à donner plus de consistence à l’ensemble.

Vampires est disponible depuis ce vendredi 20 mars 2020 sur Netflix.

 

affiche

commentaires

Naïma
25/03/2020 à 12:06

Perso j'ai fini la série et j'ai bien aimé contrairement à "la plateforme" que j'ai trouvé non aboutie...
J'attend la saison 2 de "vampires" avec impatience.

Guigui2000
21/03/2020 à 15:32

@greg : et déjà il y a vingt ans c'était pas foufou les morsures de l'aube (je l'ai vu mais je n'en ai quasi aucun souvenir)

Nesse
21/03/2020 à 09:40

J en peu plus de ces séries sur les teens ou ça passe son temps à coucher avec tout et n importe qui (exemple :Elite la pire série de l année).

MoiJeDis
20/03/2020 à 17:38

Ça m’a l’air bien pourri .
Aujourd’hui est sorti sur Netflix « La plate-forme » . Superbe film .
Et aussi Thé English game dont j’attend la critique avant de me lancer .

Greg
20/03/2020 à 17:24

Visuellement, on dirait Les Morsures de l'aube de De Caunes... C'est bien, ils n'ont que 20 ans de retard !

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