Freud : critique Œdipe is your love

Simon Riaux | 29 mars 2020
Simon Riaux | 29 mars 2020

Praticien aux méthodes peu conventionnelle, Freud n’est pas encore le père de la psychanalyse, mais un soignant regardé de haut par ses pères, que les circonstances vont associer à une investigation dans les bas-fonds de Vienne. Après une première moitié de saison au rythme parfois incertain mais traversée de jolies trouvailles et nimbée dans une ambiance poisseuse, comment se clôt cette enquête qui fleure bon le complot ésotérique ? 

ATTENTION SPOILERS

 

photo, Georg Friedrich"Spoilers, on a dit."

 

POLICE DES MEURS

Ceux qui espéraient que nos anti-héros ballotés par les soubresauts de l’histoire passent la seconde seront servis. Dès son 5e chapitre, cette première saison pousse les personnages dans des retranchements tantôt inattendus, tantôt au bout de leur logique interne. D’ailleurs, en choisissant souvent de laisser un peu son personnage principal de côté, le scénario effectue un excellent choix, qui l’autorise à explorer différentes strates de son décor, des vicissitudes de l’aristocratie viennoise, aux tourments de vieux soldats rongés par les souvenirs du front. 

C’est aussi l’occasion pour Fleur (Ella Rumpf) de continuer à se développer. Dans le dernier mouvement du récit, il ne fait plus vraiment de doute que la figure de Vanessa Ives dans Penny Dreadful plane sur elle, tant les péripéties qui l’attendent convoquent de contorsions rappelant celles d’Eva Green. Mais qu’importe, l’intrigue parvenant à lui conférer un réel magnétisme, jouant toujours sur sa double nature de possible antagoniste et de victime consentante. 

C’est d’ailleurs par elle que la série montre sa capacité à investir une mythologie préexistante pour la passer à la moulinette ludique du petit Freud illustré. Il s’agira ici de la figure du Taltos (déjà usitée par Anne Rice dans son roman éponyme), élément folklorique important de la culture Magyare. Et le résultat s’avère probant, permettant à l’investigation de se maquiller d’airs mystiques, donnant un peu plus de corps à ses développements les plus classiques.

 

photo, Ella RumpfUne hypnotique hypnotiseuse

 

PARLEZ-MOI DE VOTRE MORT

Et quand il s’agit d’impressionner la rétine, Freud ne s’en laisse pas compter. Que les protagonistes s’égarent toujours un peu plus loin dans des terres hallucinées, redécouvrent leur inconscient, ou assistent à un rituel entre orgie, massacre animal et hypnose, la caméra sait toujours nous proposer de plaisants cauchemars. À ce titre, la cérémonie de naissance du Taltos est probablement la séquence la plus impressionnante de la saison. Elle pourrait en constituer la note d’intention, tant elle parvient à trouver un équilibre ardu, pour ne pas dire kamikazeÀ la fois grand guignol, franchement dérangeante, fascinante et d’une cruauté parfaitement capturée par la mise en scène, elle constitue sans doute le point d’orgue de cette saison, avec l’acmé du sanglant complot qu’elle annonce.

En effet, les trois derniers épisodes assument également une énergie plus décontractée et bienvenue, voisine du buddy movie quand ce bon inspecteur Kiss décide de rentrer dans le lard de l’institution militaire. Les névroses qui habitent l’ancien militaire vont d’ailleurs progressivement gagner en finesse et en complexité, jusqu’à devenir la promesse d’un passionnant développement dans une possible deuxième saison. Compagnon de route parmi les plus attachants de Freud, il est aussi celui qui, plus que tous les autres, menace toujours de laisser ses pulsions l’emporter. 

 

photo, Robert Finster"C'est pas tout ça, mais je tripoterais bien ma maman moi"

 

L'ETANCHE ETRANGETE

Néanmoins, si au final cette saison interpelle et divertit avec une belle réussite, on note ici et là quelques fausses notes qui entament (un peu) l’enthousiasme général. On s’étonne par exemple de voir le final de la saison accorder autant de temps à des sous-intrigues qui ne méritaient pas tant d’efforts. Expliquer pourquoi le bon docteur ne pourra publier d’ouvrage sur son enquête paraît bien accessoire, tant le cliché du lanceur d’alerte empêtré est convenu. 

De même, l’introduction de l’épouse de Sigmund est étonnamment scolaire, pour ne pas dire embarrassante de simpliste. Après les heures passées auprès du duo iconoclaste qu’il formait avec Fleur, le voir jouer les agneaux repentis auprès d’une femme courage qu’on devine capable d’avaler aussi bien des couleuvres que des boas de la circonférence d’un petit séquoia étonne. Il faut dire qu’après un climax riche de quelques images fortes, mais entamé par une exécution expéditive et une poignée de facilités (ah le pardon des vieux hommes d’honneur), ce dernier chapitre se voit contraint de meubler longuement.

Enfin, si la tournure que paraît prendre Kiss pourra passionner (et il y a de quoi), elle s’accompagne là aussi d’une conclusion peu satisfaisante quand il est question de son adversaire intime, dont le sort est réglé en deux coups de casque à pointe, en hors-champ, confirmant l’artificialité de cette opposition, que notre colosse moustachu aurait pu démembrer en clignant des yeux bien plus tôt. 

 

photo, FreudElla Rumpf, grand point fort de cette saison

 

Autant de petites limites qui ne vaporisent pas l’intérêt suscité par Freud, mais interdise cette saison inaugurale de s’imposer totalement. Gageons que les jalons établis ici et une bonne réception du public permettront au show de revenir, plus fort, mur et dangereux.

La série Freud est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 23 mars 2020

 

Affiche officielle

commentaires

D@rk
02/04/2020 à 20:19

… seulement quelque chose de … (correction)

D@rk
02/04/2020 à 20:00

Œdipe is your love… Le titre est extra !
Sigmund Freud : "L'humour a non seulement chose de libérateur, mais encore quelque chose de sublime et d'élevé."
Ciao a tutti

Geoffrey Crété - Rédaction
29/03/2020 à 19:53

@Winter is coming

Comme on vous l'avait dit il y a quelques jours, elle arrive. Un peu de patience, on est une petite équipe, et on a beaucoup de choses à regarder - et je ne parle même pas de la situation actuelle qui impacte tout et tout le monde, y compris nous.
Validé vient d'arriver, donc on la traite dans un timing classique.

Winter is coming
29/03/2020 à 19:37

Toujours pas de critique de Validé ?

Greg
29/03/2020 à 18:33

Magnifique le titre !!

Beerusinho
29/03/2020 à 16:17

J préfère walking dead

Dirty Harry
29/03/2020 à 15:15

Rien que pour le bon mot du titre de l'article j'ai cliqué sur cette page.

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