The Mandalorian : la série Disney+ sauvera-t-elle Star Wars de la déroute ?

Simon Riaux | 5 avril 2020
Simon Riaux | 5 avril 2020

Plusieurs mois après sa sortie américaine, Disney+ débarque en France, non sans avoir été repoussé à la demande des autorités françaises, pour éviter un encombrement du réseau. En tête de gondole de son catalogue, la série The Mandalorian, mastodonte situé dans l’univers de Star Wars, peu après les évènements du Retour du Jedi.

Saluée outre-Atlantique par le public et par la presse, la série a été suivie par des millions de spectateurs, souvent élogieux, tant cette aventure à l’ancienne aura su prendre une partie d’entre eux par surprise. Quelques mois après la sortie souvent décriée de L'Ascension de Skywalker, deux questions se posent : la série Disney+ serait-elle la planche de salut de la licence, et Disney a-t-il compris comment combler les fans ?

 

 

DANS UNE NOSTALGIE FAR FAR AWAY

Le Réveil de la Force ulcéra tous ceux qui ne souhaitaient rien d’autre que retrouver les héros d’antan, ici renvoyé à un lointain arrière-plan. Les Derniers Jedi provoqua un raz-de-marée de haine pour chacun de ses choix, la moindre de ses volontés de renouveler le canon Star Wars. Pas touche à la vache-sacrée.

On ne reviendra pas sur la réception de L’Ascension de Skywalker, mais il semble désormais évident que le studio savait qu’il ne pourrait faire de miracle, préférant jouer la relative sécurité d’une toute nouvelle intrigue, plutôt que de capitaliser sur deux films reçus fraîchement. Et à bien des égards, The Mandalorian a fait un retour en arrière total, tant il aborde son matériau de base différemment.

 

photo"Et sinon, comment va Tata Ouïne ?"

 

Tout d’abord, dans sa forme comme la structure de son récit, jusqu’au tempo interne de ses épisodes, le show s’est souvenu de l’amour de George Lucas pour les pulps et autres serials d’aventures (amour qu’il développera plus amplement via Indiana Jones). Ainsi, la narration opte pour la forme des épisodes plus ou moins autonomes, ressuscitant le bon goût de « l’aventure de la semaine », un concept quasi-disparu à l’heure des prestigieuses séries de première classe popularisée par les chaînes du câble, et industrialisé par Netflix.

Ce retour en arrière se retrouve jusque dans la durée des épisodes. Excédant rarement les 28 minutes, quand désormais quasiment toutes les séries de premier plan s’efforcent de tutoyer la soixantaine, la série bat en brèche les modes actuelles. On se sera souvent plaint de cette inflation motivée uniquement par les coupures publicitaires ou la nécessité de garder le plus longtemps possible le spectateur sur une plateforme donnée, impossible de ne pas déguster ici le plaisir de retrouver des intrigues qui vont systématiquement à l’essentiel, et favorisent l’action à la diction.

A bien des niveaux, le show donne le sentiment de retrouver un âge d’or disparu depuis longtemps.

 

photo"Nostalgie, nostalgie, est-ce que j'ai une gueule de nostalgie ?"

 

TOUCHE PAS AU GRISBY, VADOR !

S’il y a une chose que Disney a intégré avec The Mandalorian, c’est que les fans de la saga initiée par George Lucas étaient conservateurs. Plus question donc de modifier en quoi que ce soit l’ADN de la marque chèrement acquise. Un constat qui s’incarne d’abord dans la direction artistique. Ici, tout ou presque semble repris de la trilogie originale, et particulièrement d’Un Nouvel Espoir. La patine des décors, les accessoires, jusqu’au bestiaire, souvent réalisé en animatronique, ce monde est un greffon apposé à l’œuvre de Lucas, et jamais une réinvention.

Il en va de même pour les personnages. Les créatures ou races inédites se comptent sur les doigts d’un manchot lépreux, quand les citations ou emprunts s’avèrent continus et innombrables. Le même principe s’applique au personnage principal. Certes, Mando est inédit, n’a jamais été mentionné dans aucun chapitre de la licence, mais il incarne ce principe de vieux pot et de bonne soupe jusqu’à l’absurde. En témoigne son traitement, notre héros n’ayant besoin ni de patronyme ni de visage, et encore moins d’une véritable personnalité, puisque son apparence et son attitude s’inscrivent dans un des grands mythes de la saga.

 

photoIl faut toujours mettre un peu de Yoda dans son vin

 

Enfin, l’utilisation de Baby Yoda, comme le phénomène ahurissant qui accompagna son dévoilement, illustrent totalement l’idée de faire du neuf avec du vieux. Ce poupon spatial n’est finalement rien d’autre qu’un lifting effectué avec malice. Sa bonne réception, en comparaison du sort réservé à Yoda dans Les derniers Jedi, confirme que tonton Mickey a peut-être trouvé comment manier cette marque adorée mais instable.

Ce n’est d’ailleurs probablement pas un hasard si la Force est consommée avec modération dans The Mandalorian. De La Menace fantôme jusqu’à L’Ascension de Skywalker, son usage a été progressivement facilité, ses limites pulvérisées, comme si les potentialités offertes par les effets spéciaux dictaient d’en finir avec ses barrières originelles. Rien de tel ici, le concept retrouvant son aura de mystère, mais aussi de rareté. Star Wars n’est plus un bac à sable extensible à l’infini, mais un temple devant lequel même le plus cynique des exécutifs hollywoodiens doit se déchausser.

 

photoLes scénaristes de la postlogie ont été traité avec justice

 

LA FÊTE FORAINE DES ÉTOILES ?

La prélogie de George Lucas aura embrassé les balbutiements technologiques de son époque, quitte à se casser les dents sur des techniques encore loin d’être au point. Disney aura fait le maximum pour reproduire le rendu « analogique » de la première trilogie, axant une part non-négligeable de sa campagne promotionnelle autour du retour des décors en dur, du latex et des animatroniques.

Deux approches finalement très différentes de celle de la première trilogie, qui relevait plus de la géniale funambulerie que d’un unique parti pris. À bien y regarder, si les premiers Star Wars étaient à la pointe de leur époque, ce n’était certainement pas leur budget, et quantité de productions bien mieux dotées n’ont pas aussi bien vieilli. À l’époque, Un nouvel espoir dû faire preuve d’une très grande maîtrise technique, d’un véritable souci d’innovation, ou de perfectionnement mais aussi d’une grande connaissance artisanale.

 

photoUne série qui fait des étincelles

 

C’est cet équilibre qui assura un spectacle, ambitieux, total, et pour le public, novateur. Bien sûr, parce qu’il entend avant tout dupliquer la première trilogie, The Mandalorian n’est pas parti pour innover énormément aux yeux des spectateurs, et pourtant, il renoue beaucoup avec la logique des chapitres initiaux, dans son ambition technologique teintée d’un héritage bien plus ancien.

Depuis la sortie américaine du show, de nombreux techniciens se sont exprimés sur une technique, préalablement expérimentée avec les remakes live du Livre de la Jungle et du Roi Lion, devenue centrale dans la fabrication de la série Disney+. Baptisée StageCraft, elle est relativement simple sur le papier, puisqu’elle consiste en un gigantesque écran rétro-éclairé encerclant le plateau, capable d’accueillir des décors en très haute définition, et de simuler parfaitement de gigantesques espaces, sans que le spectateur puisse déceler les habituels défauts d’incrustation typiques de l’usage des fonds verts.

 

photo"Quoi qu'est-ce qu'il a mon fond vert ?"

 

Soit une réactualisation ultra-moderne des projections utilisées jadis lors des séquences de conduite, alors que deux comédiens devisaient devant un écran déroulant sur lequel était projeté des prises de vues. Cette technique aura permis à The Mandalorian de démultiplier ses décors, leur ampleur, et de totalement casser certains codes de production télévisuelle, encourageant les scénaristes à multiplier les séquences de dialogues fixes, en intérieur. Ainsi capable d’engendrer un spectacle perpétuellement renouvelé, sans que le public décèle l’astuce, le show nous ramène à une forme de divertissement extrêmement ambitieux et porteur d’innovations.

Retour aux sources d’une certaine aventure anglo-saxonne, respect dévot de l’âge d’or de Star Wars, équilibre entre innovation et tradition. Voilà sans doute l’équation qui a permis à The Mandalorian de séduire le public américain, et pourrait bien taper dans l’œil des mangeurs de grenouilles.

The Mandalorian sera disponible en France à compter d'un épisode par semaine dès le 7 avril prochain sur Disney+

 

Affiche US

commentaires

Karma
28/04/2020 à 22:32

Une mauvaise histoire ne peut jamais être compensée par des sommes d'argent ou des miracles d'innovations techniques : Principe exprimé par Walt Disney et tombé dans les oubliettes de la firme.

Mandolarian est beau. Mais le scenario ne casse pas trop pattes à un canard malheureusement et malgré des moyens colossaux et de bons acteurs. Qui sait l'inspiration reviendra peut être un jour....

Reeves
07/04/2020 à 11:56

Mandolorian est visuellement très beau,et c'est amusant de replonger dans un ambiance des classiques star Wars,mais côté scénario et profondeur des personnages c'est très nul et on réinvente rien du tout.
Moi Jsuis fan de la vieille trilogie et j'adore Rogue one.
Rebel pour moi c'est vraiment nul et bébé avec le droid chopper qui tape sur les nerf et les Stormtroopers qui son de parfait imbéciles sans génie qui ne savent pas comment tirer avec un blaster..

K
06/04/2020 à 09:37

Star wars a été massacrés par le 7 et la soit disant nouvelle trilogie.
Curieusement seul star wars rebels et rogue one sont inexplicablement reussi dans leurs intrigue et dialogue mais l'innovation qui faisait de star wars ce qu'est star wars est morte car oui les "fan" que vise Disney sont des conservateurs pur jus.

Hawaii
06/04/2020 à 00:02

Star wars est mort depuis l épisode 8 c tout

Eddie Felson
05/04/2020 à 16:11

Excellente série qui a totalement ravi le fan SW que je suis et m’a réconcilié avec cet univers car l’on y retrouve l’ADN de la franchise ayant depuis longtemps déserté le grand écran (dans les films canons).

Oui enfin bon...
05/04/2020 à 13:12

Désolé de faire la rabat-joie, j'aurais aimé que cette série me séduise, et pendant quelques épisodes, elle l'a assurément fait, mais même si le visuel est vraiment très maîtrisé, et le look général est une vraie réussite, les trous et les facilités scénaristiques ont finies par achever tout enthousiasme. Je ne suis pas contre une aventure purement visuel comme Fury Road l'a été, mais les gros fils blancs qui nouent l'intrigue me saute au visage même quand j'ai oublié mes lunettes quelque part. Je ne veux pas dévoiler certains moments, mais si je le faisais, ça ne serait même pas du spoile tant tout est évident et sur des rails. Personnellement, ça me gène un peu. J'ai l'impression que le show plaît plus parce qu'il n'a pas la même ambition que les derniers films qui sont sortis au cinéma et qui se sont perdus à force de tout vouloir faire péter.

Hailde
05/04/2020 à 12:42

Très bon article. J’ajouterai aussi le plaisir simple d'une bonne balade dans cette galaxie lointaine.

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