The Eddy : pourquoi il faut mater la série musicale Netflix de Damien Chazelle

Alexandre Janowiak | 8 mai 2020
Alexandre Janowiak | 8 mai 2020

Après avoir explosé sur le grand écran avec Whiplash (3 oscars), La La Land (5 oscars) et enfin First Man - Le premier homme sur la Lune (1 oscar), Damien Chazelle est d'ores et déjà en train de préparer son cinquième film Babylon. Mais avant ça, il fait un détour par le petit écran avec Netflix et sa série jazzy The Eddy.

Alors que la série débarque ce 8 mai sur la plateforme, on a déjà pu découvrir les quatre premiers épisodes. On vous donne plusieurs raisons de vous attarder sur cette parenthèse musicale pleine de spleen.

 

 

 

LE STYLE

The Eddy est un peu un OVNI dans l'immense catalogue des créations originales Netflix puisqu'il s'agit de la seule série qui a eu le droit d'être tournée autrement qu'en numérique. Les deux premiers épisodes réalisés par Damien Chazelle (les seuls des huit) ont en effet été tournés en 16 mm. Le moyen de donner une identité unique et forte à la mini-série, dotée immédiatemment d'un style très brut et très granuleux. Avec son approche très réaliste du Paris contemporain, riveraine du documentaire, The Eddy place tout de suite ses pions et ses intentions.

Malgré un récit basé sur une enquête et un simili-thriller, The Eddy sera avant tout une série de personnages, de tranches de vies (chaque épisode se centre sur un personnage en particulier). La série ne s'appuie donc jamais sur une dynamique classique de narration mais bien au contraire se fonde sur les mêmes principes que le jazz glorifié par ses protagonistes.

Ainsi, l'intrigue avance au gré des improvisations, des partitions et des états d'âmes des uns et des autres. Le rythme est forcément décousu, parfois lent, mais la balade n'en est que plus naturelle, enivrante et émouvante.

 

photo, Amandla StenbergAmandla Stenberg en Julie, l'un des personnages les plus intéressants

 

LE CASTING

Evidemment, une série qui se base avant tout sur ses personnages se doit de compter dans ses rangs un casting de haut vol. Toujours dans une volonté de dépeindre un Paris et sa banlieue proche réalistes, les personnages viennent donc de plusieurs horizons. Au centre de l'arc majeur se trouve ainsi Elliot - incarné par l'Américain Andre Holland plein de charisme - et sa fille Julie (la prometteuse Amandla Stenberg), Farid et Amira les français incarnés par Tahar Rahim et Leïla Bekhti couple complice à l'écran (et aussi à la vie) et Maja, la magnétique polonaise Joanna Kulig (Cold War).

A côté des seconds rôles venus du monde entier (Croatie, Cuba, Haiti, Canada, France), la série se présente donc comme une oeuvre cosmopolite et métissée, décidée à jongler entre les langues (on passe du français à l'arabe, de l'anglais au polonais) comme on passe de la trompette à la contrebasse, de la batterie au piano. C'est bien simple, leurs origines sont différentes, leurs parcours sont différents mais la passion des personnages est commune : la musique, le jazz.

La fluidité n'est pas toujours optimale, mais le pari fonctionne et cet éclectisme profite énormément à la crédibilité et la sincérité de la série.

 

Photo Joanna KuligUn groupe de multiples horizons, une musique aux multiples sensibilités

 

LE MÉLANGE DES GENRES

On n'a eu peu d'informations sur ce que The Eddy allait nous raconter concrètement durant ses huit épisodes jusqu'à il y a quelques semaines. En début d'année, tout juste savait-on qu'elle nous glisserait dans les coulisses d'un club parisien (The Eddy).

Depuis, Netflix a balancé un pitch plus officiel de sa nouvelle création expliquant qu'elle suivrait Elliot Udo (Andre Holland) musicien renommé qui a fui New York pour monter sa boite de jazz à Paris avec son ami Farid (Tahar Rahim). Evidemment, tout ne va pas se passer comme prévu et la gestion du club et de l'orchestre vont rapidement prendre une tournure dramatique pour Elliot, qui fera face aux difficultés financières, à une enquête criminelle et surtout à ses préoccupations familiales avec l'arrivée de sa fille à Paris.

 

photo, Tahar RahimAndre Holland et Tahar Rahim au coeur de l'intrigue

 

De prime abord, The Eddy aurait donc pu être un thriller criminel sur fond de musique jazz. Concrètement, la série l'est en partie axant son arc principal sur l'enquête de la police et les difficultés du club de musique. Mais, la série se révèle également un drame musical plein de spleen, une oeuvre chorale à tiroirs et évidemment (de par son style très naturaliste) un quasi-documentaire sur les coulisses du monde artistique dans le Paris contemporain et de la vie cosmopolite qui règne dans certains quartiers de la capitale française.

Un programme touffu concocté avec brio par le scénariste Jack Thorne (derrière la récente His Dark Materials : À la croisée des mondes) et admirablement mis en scène dans sa première moitié par Damien Chazelle et la Française Houda Benyamina (épisodes 3 et 4) à qui l'on doit DivinesEt si certains épisodes sont un peu plus faibles (le style "à sketchs" le rendant inévitable), la musique écrite et dirigée par le duo Glenn Ballard (producteur de Michael Jackson) - Randy Kerber (compositeur) permet à l'ensemble d'être naturellement lié et connecté, offrant une osmose paradoxale au coeur de ce chaos propre à l'univers du jazz.

The Eddy est disponible en intégralité sur Netflix depuis ce 8 mai

 

affiche

commentaires

Nickyisema27
20/05/2020 à 22:11

Très emballė par les deux premiers épisodes puis vraiment déçu. Manque de rythme et scénarios qui tourne en rond ....

Dommage

Sandro
10/05/2020 à 07:51

Je suis assez déçu. Les deux premiers épisodes dirigés par Chazelle ont du corps, une maîtrise et une ambiance intéressante. Mais ils sont déjà un peu plombés par un scripte carrément fourre-tout et maladroit. Le reste de la série s'égare et perds totalement ses qualités formelles avec une mise en scène qui devient classique au possible. C'est dommage car il y avait matière. Thorne a fait un travail plus que moyen. C'est un comble avec des épisodes d'une heure de raconter si peu de choses interessantes sans même les développer comme il faut. Vous êtes bien indulgents.

Numberz
08/05/2020 à 18:44

Ah mince. Je vais pas avoir le temps de la regarder. Je finis Chernobyl demain. Peut pas y avoir une semaine de confinement en plus ?

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