Weeds : pourquoi c'est à ne pas rater

Zorg | 7 septembre 2006 - MAJ : 07/08/2018 23:30
Zorg | 7 septembre 2006 - MAJ : 07/08/2018 23:30
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Desperate housewives est trop fade à votre goût ? Trop sucré, pas assez pimenté ? Pas de problème, on a la solution, le remède miracle qui guérit les écrouelles, rend la vue aux paralytiques et le sourire aux épagneuls bretons (ou presque). Son nom : Weeds. Cette pépite qui nous vient de Showtime a tout pour satisfaire les palais les plus fins, et ce n'est pas le joli minois de la troublante Mary-Louise Parker qui va venir nous contredire.

Depuis environ un an, la satire des suburbs américaines est à la mode outre-atlantique. Le navire amiral de la flotte, c'est bien sûr Desperate housewives. Le tonnage est copieux, le calibre des canons (sans jeu de mots) respectable, mais pour la finesse, on repassera. L'arme de haute technologie, le tomahawk de la sitcom qui met le doigt là où ça fait rire, c'est Weeds. La puissance de feu est dévastatrice, la précision chirurgicale.

 

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Dans le premier épisode de Weeds, on trouve donc pêle-mêle :

  • Une jeune veuve éplorée qui deale de l'herbe dans sa banlieue pour maintenir son train de vie après que son mari eût été terrassé par une crise cardiaque à même pas quarante ans.
  • Une mère de famille paranoïaque et désabusée, tout aussi obnubilée par la vie sexuelle de sa fille aînée que par la surcharge pondérale de sa cadette.
  • Un dealer black au grand cœur recommandé par un beau-frère dilettante.
  • Un conseiller municipal qui fume son herbe en cachette entre un bilan comptable et le match de « soccer » du dimanche.
  • Une raquette de tennis rangée dans un endroit non prévu à cet effet.
  • Une matrone afro-américaine revendeuse de marie-jeanne tenant tellement bien sa petite famille en coupe réglée qu'elle ferait passer Vito Corleone pour un joyeux drille adepte du « vivre et laisser vivre » (et à l'accent pratiquement incompréhensible en version originale soit dit en passant).
  • Des ados à problèmes, revêches à l'autorité parentale qu'ils soient « gays or straights ».
  • Un ours en peluche rose bien indiscret et digne d'un film d'espionnage.
 

 

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Ce petit inventaire à la Prévert n'est donc que le point de départ de la série imaginée par Jenji Kohan, une jeune scénariste jusqu'alors anonyme. Sa sitcom vitriolée s'attaque de manière frontale et sans ambages à la vaste hypocrisie entourant la consommation du cannabis dans la société américaine, et par extension dans la majeure partie des nos sociétés occidentales, tout en dressant un portrait lucide sur la cellule familiale américaine. 

Bénéficiant de la liberté de ton caractéristique du câble américain, Weeds attaque pratiquement sous tous les angles les multiples problèmes de son personnage principal, interprété avec malice par la pétillante Mary-Louise Parker, qui trouve ici un rôle taillé sur mesure. Alors que rien ne l'y prédestinait, Nancy Botwin opte délibérément pour une carrière criminelle, parfaitement consciente de sa propre hypocrisie, vis-à-vis de sa famille et de ses amis, de sa communauté. Le Mensonge avec un grand M prend alors les rênes de sa vie, au détriment des autres pans de son existence, que ce soit ses relations avec ses deux ados de fils, ou bien sa crédibilité en tant que parent d'élève responsable.

 

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Le show a donc cette faculté rare de renvoyer son personnage central face à ses propres contradictions, ses propres mensonges, notamment grâce à une galerie de personnages secondaires parfaitement équilibrée (fabuleuse Elizabeth Perkins en épouse délaissée, cynique et désirant tout contrôler) et qui fait à merveille son office d'agent contrastant. Le cocktail final s'avère particulièrement jouissif et hilarant. Fait assez rare pour être signalé, même le générique constitue à lui seul un petit morceau de bravoure, un de ces délices que l'on apprécie presque autant à chaque vision, et qui résume à merveille le ton vitriolé et l'ambiance caustique du show.

 Au bout du compte, le seul reproche que l'on pourrait faire à Weeds, c'est que c'est trop court. Beaucoup trop court. On peut certes objecter en mettant en avant le côté plus ramassé, plus efficace, de la narration que confère un format court, mais avec une saison de 10 fois 30 minutes, à deux épisodes par soirée, la réserve s'épuise très rapidement. Trois fois plus rapidement que la deuxième saison de Desperate housewives, programmé juste avant sur Canal+ le jeudi soir. 

 

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