Once Upon a Time... in Hollywood : critique de la légende

Christophe Foltzer | 17 avril 2020 - MAJ : 10/06/2020 12:52
Christophe Foltzer | 17 avril 2020 - MAJ : 10/06/2020 12:52

Depuis le coup d'éclat Reservoir DogsQuentin Tarantino est devenu le symbole d'un certain cinéma : geek au dernier degré, blindé de références et de citations, transformant tout ce qu'il touche en objet pop-culturel instantané, déchainant les passions à chaque nouvel opus, touchant à tous les genres en même temps. Bref, QT est la mémoire vivante d'un cinéma bien spécifique mais rien ne nous préparait au choc que représente son dernier film : Once Upon a Time... in Hollywood.

HOLLYWOOD BOULEVARD DE LA MORT

Vendu comme un énième objet pop tarantinesque, Once Upon a Time... in Hollywood risque de surprendre son monde, le fan du cinéaste en premier lieu tant, dans son approche surprenante, le film semble être en contradiction totale avec son marketing ou même la filmographie de son réalisateur. Car, oui, Once upon a time in... Hollywood ne joue clairement pas dans la même catégorie que Pulp Fiction,  Kill Bill ou encore Les 8 Salopards.

 

Photo Brad PittBrad Pitt, la grosse classe, comme d'habitude

 

Pourtant, sur le papier, tout semblait nous promettre un spectacle méta et référencé aussi ludique que cool avec cette histoire d'acteur déclinant (superbe Leonardo DiCaprio) qui, soutenu par sa doublure (incroyable Brad Pitt), va tenter de rebondir dans sa carrière alors même qu'Hollywood est en pleine vague hippie et que Charles Manson fera malheureusement bientôt parler de lui avec le meurtre de Sharon Tate (Margot Robbie, parfaite).

Et, dans les faits, c'est plus ou moins ce qui se passe même si, dès le départ, quelque chose nous fait nous dire que ce ne sera pas comme d'habitude. Il y a, en effet, dans Once upon a time in... in Hollywood, une retenue peu commune de la part de Quentin Tarantino. Comme si, pour la première fois, il se mettait volontairement en arrière-plan. Comme s'il ne s'écoutait plus dialoguer et qu'il ne se regardait plus filmer

 

photo, Leonardo DiCaprioLeonardo DiCaprio est juste fantastique, une fois de plus

 

Q.T. DANS TOUS SES ÉTATS

Récit éclaté entre différents personnages, Once upon a time in... Hollywood est avant tout un film qui cherche à capter une ambiance et une époque. Si les gimmicks habituels de Tarantino sont toujours présents, ils sont cependant réservés à la fiction dans la fiction, aux scènes issues des films dans lesquels se débat l'acteur en pleine déconfiture incarné par Leonardo DiCaprio. Là, oui, on retrouve le QT outrancier et sale gosse qu'on a toujours aimé.

 

photo, Margot RobbieLe temps de l'insouciance

 

Mais, derrière ce vernis pop, il y a une peinture plus désenchantée, plus mélancolique. Dans le Hollywood du film, ce sont réellement deux époques qui se rencontrent, s'entrechoquent et donnent naissance à des monstres (sacrés ou réels). Un Hollywood classique et passéiste (reflet d'une société étriquée, patriarcale et moralisatrice qui a connu la Guerre et traverse un boom patriotique, avec le Vietnam en toile de fond) et une Amérique plus jeune et libertaire, nourrie au progrès social et à la libération sexuelle. Une jeunesse animée par ses idéaux, ses rêves de grand soir et ses rêves forcément naïfs.

Et Tarantino là-dedans ? Quelle est sa vision, son message ? De quelle manière existe-t-il dans son propre film ? Pour la première fois peut-être dans sa carrière, le metteur en scène occupe une position de retrait, d'observateur. Laissant ses personnages prendre les commandes, au risque parfois de laisser s'égarer l'histoire. Un errance volontaire évidemment, qui ne doit rien au hasard et qui lui permet, durant les 2h40 du métrage, d'installer petit à petit et insidieusement tous les pions nécessaires pour nous dévoiler son jeu dans la dernière partie, qui risque d'en surprendre plus d'un, quand bien même tout ce qui a précédé l'annonce.

 

photo, Brad PittL'une des scènes les plus importantes du film (si, si)

 

HOLLYWOOD MURDER

Dès le début de sa fabrication, Tarantino avait annoncé que Once upon a time in... Hollywood traiterait, en partie, du meurtre de Sharon Tate par la Manson Family. Alors que l'on pouvait s'attendre à une reconstitution minutieuse et sauvage des derniers instants de l'épouse de Roman Polanski, Tarantino joue avec nos attentes, notre fascination morbide pour mieux nous les renvoyer en pleine tronche.

Sans rien dévoiler, disons qu'il prend un chemin inattendu mais qui, avec une puissance évocatrice unique dans son oeuvre, nous met face à notre propre rapport au réel et à la fiction. Tout autant qu'il nous délivre un message bouleversant sur la nécessité absolue de se réserver des espaces de rêve et d'échappatoire pour supporter l'horreur de la réalité.

 

Photo Leonardo DiCaprioReflets d'une époque oubliée

 

A ce titre, Once upon a time in... Hollywood est un film marquant et très important dans l'époque actuelle, où la confusion entre réel et fiction se fait de plus en plus prégnante, ou chaque débat social est mis en scène de façon ultra dramatique pour coller à des canons fictionniels plantés dans l'inconscient collectif et qui nous stimulent émotionnellement au quart de tour.

Alors que jusqu'à présent on pensait que Tarantino vivait dans un monde gangrénée par la fiction, le metteur en scène nous met les points sur les I, insistant sur la séparation entre ces deux mondes, choisissant son camp de manière radicale mais désenchantée, tout en n'oubliant pas d'être extrêmement critique vis-à-vis de la machine à rêves qu'est Hollywood dans l'esprit des gens.

Once upon a time in... Hollywood est un film très dense, extrêmement complexe, aux multiples niveaux de lecture et qui risque de faire parler de lui pendant très longtemps. Mélancolique à souhait, désabusé mais cherchant toujours à y croire, il nous présente un Tarantino en plein questionnement sur la nature même de ce qu'il fait depuis tant d'années et son utilité.

 

Photo Leonardo DiCaprioUne reconversion quelque peu difficile

 

Très Debordien dans son approche du mythe et du spectaculaire, il encourage autant à la destruction des idoles qu'aux rêveries comme ultime échappatoire. Et c'est là que l'utilisation du drame concernant Sharon Tate prend tout son sens. Dans cet événement horrible qui a symboliquement tué le rêve hippie, précipité l'avènement du Nouvel Hollywood et de sa dramaturgie désenchantée, éprise de chute, de violence, dans cet électrochoc qui a touché l'inconscient collectif de l'Olympe, Tarantino décide d'inoculer une ultime dose de fiction en forme d'antidote, encore une dernière chance de nous faire rêver. En résulte alors un double-discours saisissant qui se garde bien de toute moralisation et laisse le choix au spectateur d'adhérer ou non.

On en ressort secoué, fasciné, émerveillé tout autant qu'avec une grosse boule à l'estomac et l'envie de pleurer ce paradis perdu qui n'a jamais existé. Avec Once upon a time in... Hollywood, Quentin Tarantino se met à nu comme jamais, joue avec ses propres codes et nos attentes, fait preuve d'une maturité impressionnante et décide de nous livrer un film qui, s'il était le dernier de sa carrière, concluerait sa filmographie en apothéose. Oui, Once upon a time in... Hollywood est un chef-d'oeuvre, l'un des films de l'année et probablement l'un des meilleurs de son auteur qui fait, à travers lui, preuve d'une incroyable modestie.

 

Affiche française

Résumé

Once upon a time in... Hollywood risque de diviser les fans de Tarantino. Et pourtant, il s'agit probablement de son film le plus sincère et le plus touchant depuis Jackie Brown. Une ôde au cinéma en tant qu'échappatoire tout autant qu'un rappel à la dure réalité. Bouleversant, magnifique, chef-d'oeuvre.

Autre avis Alexandre Janowiak
Once Upon a Time... in Hollywood est une oeuvre d'une mélancolie bouleversante et une ode au cinéma fascinante. Plus qu'un refuge, la fiction est l'unique lieu de liberté et d'évasion pour Tarantino, un lieu magique où l'insouciance des années 60 pourra perdurer à jamais. Sublime.
Autre avis Simon Riaux
Tarantino ressuscite le Hollywood de 1969 comme on convoque l'Atlantide, son voyage se mue en une exploration mélancolique et insaisissable, nous offrant l'un de ses plus beaux films.
Autre avis Geoffrey Crété
Un Tarantino qui s'étire à outrance, mené par un désir de jeu, d'hommages et célébration qui flirte parfois avec le vain. Mais passé ces errances, Once Upon a Time... in Hollywood révèle son vrai visage : celui d'une profession de foi, étonnamment simple et touchante, au cinéma et au pouvoir de la fiction sur le réel.
Autre avis Lino Cassinat
Cela faisait deux films que Tarantino commençait méchamment à sentir le sapin, avec Once Upon a Time... in Hollywood, c'est définitif : il entre dans la catégorie des cinéastes ringards. Véritable "dork" de l'époque, QT essaie désespérément d'être cool alors que tabasser des hippies comme un chameau alpha n'est plus cool depuis South Park. Gênant.

Lecteurs

(3.7)

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commentaires

Pseudo
19/04/2020 à 14:59

@BEN
Merci pour ce fou rire. Le mec qui pense que ceux qui n'ont pas aimé n'ont pas tout capté...magique...

Ben
18/04/2020 à 11:05

Pur chef d’œuvre, pour lequel il faut être un minimum référencé pour rentrer dedans, ce qui manque à ceux qui n'ont pas aimé.
DiCaprio et Brad Pitt sont au sommet absolu de leur jeu et clairement parmi les meilleurs acteurs de leur génération. Margot Robbie j'accroche moins, éffet harley queen je pense, et Sharon Tate était autrement plus belle et plus classe.
Tarantino peut se targuer d'une sacré filmo, à mille lieu de la production actuelle.

Kyle Reese
18/04/2020 à 00:51

J’ai beaucoup aimé cette ballade dans un Hollywood plus ou moins fantasmé mais je comprend que le film divise il parle sans doute plus à tous ceux qui ont découvert le cinéma avec les films de cette époque.
Ça m’a fait plaisir de revoir Westwood et ses cinémas que j’ai côtoyée pendant un bel été des années 80. Je crois même avoir découvert Robocop dans la salle de ciné ou Margot Robbie Sharon Tate découvre son film.

Sinon très bonne critique dans laquelle je me retrouve ainsi que celle superbe de Flo plus bas dans les commentaires.

jango567000
17/04/2020 à 21:57

Grand fan de Tarantino, je ne comprends pas pourquoi le film est aussi bien noté !
Sérieux l'histoire est vide, il ne se passe quasi rien en 2h30 de film !
Autant d'éloge pour ce film je ne suis pas d'accord !
De loin le mon bien de Tarantino avec Jacky Brown !!

alulu
17/04/2020 à 21:52

À sauver les perfs de Pitt, DiCaprio et le final cathartique mais ça reste un film mineur dans la filmo de Tarantino. En le visionnant, j'ai pensé au Privé de Altman, donc question feeling 70 c'est plutôt réussit. C’est plus un diaporama de ces années qu'un "vrai" film. Hormis cela, c'est creux, il ne se passe pas grand chose.

Pseudo
17/04/2020 à 18:31

À part Brad Pitt , le reste est DECEVANT pour rester poli...

Flash
17/04/2020 à 18:25

Le Tarantino que je préfère avec Django et le meilleur film de l'année 2019 (avis perso)

warriors
17/04/2020 à 17:42

chef d'oeuvre

Moody
17/04/2020 à 17:32

Une pépite. Il fait du bien ce film. Surtout en ce moment.

Flo
01/02/2020 à 10:30

« …Once upon a time
My heart was an ocean
You swam against the tide
The time is past for grieving
My tears have all run dry
I’ll leave you with my love
And now I say goodbye »

Comme on pouvait s’y attendre, quasiment tout Once Upon a Time in Hollywood est une digression, étirée en longueur de telle sorte qu’elle donne l’illusion du « Temps Réel ». Si Tarantino est devenu, via son style de cinéma, un adjectif (« Tarantinesque »)… ici il se rattache à un autre auteur devenu lui aussi un adjectif, Proust. Donc film « Proustien », s’attachant à la Mélancolie d’un temps passé idyllique, qui a vocation à disparaître et qui ne reviendra jamais. Comme par exemple Billy Wilder pour La Valse de l’Empereur, ou George Lucas pour la Prélogie Star Wars (surtout l’Épisode I).
Et bien sûr Sergio Leone pour son propre Il était une fois (en Amérique), drogue et fantasmagorie incluse. Manque juste une musique aussi magnifique.
Néanmoins, chez Tarantino, ce temps passé est plus proche de se son enfance personnelle et de ses obsessions religieuses pour le Cinéma, que chez le Maître italien… et la Fiction s’y injecte de manière plus insistante.
Normal, on est à Hollywood, avec des acteurs et d’autres personnalités fantasques, tous en représentation d’eux-mêmes.

Ainsi le film se présente, à l’instar de Inglorious Basterds, comme un grand « What If », bien mieux équilibré:
Et si Sharon Tate et Roman Polanski avaient comme voisin un acteur futur has been, ayant fait de sa doublure cascade son larbin/âme damnée (Sunset Boulevard de Billy Wilder?)..?
Un sous-Steve McQueen (moins « physique », en plus) qui aurait plus de chance de trouver la célébrité en s’exilant en Europe comme les autres. Dépressif (bipolaire même, dit-on), joué de manière habituelle par Leonardo di Caprio, c’est à dire perturbé et excessif, en quête absolue de reconnaissance « sérieuse » – comme l’acteur, malgré son oscar arraché grâce à un rôle rude ?
Un peu pénible son Rick Dalton, limite parodique, comme toute cette reconstitution de Hollywood de 1969. Mais comme dit plus haut, toutes des personnalités se regardant jouer. Et vue à travers le prisme de Tarantino lui-même. Et pas que…

Car pour compenser tout ça, il y a d’abord Lui: Cliff Booth… Brad Pitt, au sommet de la coolitude absolue. Force virile tranquille, nonchalant autant que puissant, tempérant les caractères de tous, ambiguë quant à son statut de mâle alpha, à superposer avec aussi bien le gourou fou Charles Manson que « son » Tyler Durden… Le « vrai » Steve McQueen, c’est peut-être lui – mais en plus beau, plus « Redfordien » que jamais (encore un adjectif) – chevelure ébouriffée et mocassins indiens à la Jeremiah Johnson.
Et pourtant, un type qui doit se définir par rapport aux autres, dont il est dépendant avec une certaine humilité (sa chienne incluse).

Puis, on revient à Elle: Sharon Tate « doublée » par Margot Robbie… et qui se contente d’exister en tant que personnification de l’innocence encore vivante de cette époque. Très très émouvante dans sa catégorie, tout en n’étant pas réduite à une simple (et désirable) future victime. Mais aussi pour symboliser l’idée de la starlette ayant une chance de sortir de sa condition… tout en se contentant déjà de provoquer de la joie chez les autres.

3 rôles plus ou moins de composition pour ces acteurs…
3 personnages seulement pour un film de 2h40 ?? C’est trop peu, surtout pour un film ne racontant pas grand chose (comme un certain film de super héros DC bien longuet), même avec un tas de seconds rôles/sosies venant brièvement faire leur numéro.
Sans compter le côté « scandaleux », absolument pas politico-social d’y voir des gens assez aisés avec leurs petits problèmes de rien du tout, qui plus est des gens jouant à être autre chose et surtout dans des films violents…
Précisément, l’excuse que se trouve les fanatiques de Charles Manson dans cette histoire… et qui, « outrage intello » supplémentaire, ne sont qu’antagonistes primaires (mais inquiétants) de l’histoire, ne faisant monter la tension à brèves reprises que pour ne pas donner de réelle conclusion.
Car QT ne se résout pas à détruire cette époque là dans ce film, en en faisant une étude de la noirceur humaine, du fait que les mêmes idéologies les plus idylliques peuvent être détournées par des êtres orgueilleux et pervers…
Pas la peine, « date anniversaire » oblige (et il s’est passé plein de chose en 1969, Apollo 11, Woodstock), il y a déjà beaucoup de monde qui parlent des ces événements et de leur relents, en ce moment. Même indirectement, on n’a qu’à voir les hippies meurtriers du film Midsommar.
De la même manière qu’il aurait pu aussi dire certaine choses évidentes sur l’Ère Post-Harvey Weinstein, autre prédateur que Manson, mais possible co-auteur de tous ses films…
Surement fait-il confiance au (à son?) Public pour ne pas le forcer à surinterpréter les choses, jusqu’à chercher à couper des têtes avant tout. Cartésiens s’abstenir…

Non, Tarantino a presque tout dit des maux humains, et américains surtout, dans ses précédents derniers films… Il ne fait pas ici une étude basée entièrement sur des faits, mais un exercice de préservation, ou même de moment de répit, permettant au meilleur de cette époque de s’encapsuler dans une série de moments plus forts que la Vie elle-même…
Jusqu’à épater aussi les enfants acteurs trop sérieux pour leur age, et les ramener à un état d’innocence antérieur – à moins que ça ne soit l’inverse, que ça soit l’enfant présent dans l’adulte, qui se fait flatter pour accepter d’être brièvement heureux et sans peur ?
D’où l’autre sens de son « Il était une fois »… celui d’un Conte de Fée, façon Frères Grimm: pas du tout ignorant de la noirceur qui nous entoure… mais capable tout de même de s’y opposer par le pouvoir du storytelling, du symbolisme, bref de la Fiction.

Évidemment, ce n’est pas un film totalement mâture, sinon on ne serait plus fidèle à l’identité de l’artiste. Même son Jackie Brown, bien plus calme et moins dans l’épate, était fait en réaction au doublé Reservoir Dogs/Pulp Fiction (et sa Palme d’Or, qu’il fallait alors « mériter »).
Celui-ci, si on tient compte que même son cinéma va un peu « par pair », n’est-il alors une réaction au « 8 Salopards » ?:
La Californie étendue plutôt que la neige en huis-clos… 3 gus et toute une population « à la cool » plutôt qu’une bande de hargneux violents… Pas de mission et d’enjeu contre un whodunit meurtrier ?
Retour du doublé aussi avec la bromance des héros (au centre de Dogs, Pulp, Django)…
Des deux parties distinctes au sein de sa narration…
Des acteurs habituels de son cinéma qui viennent faire coucou, son propre Univers étendu (cigarettes Red Apple etc)…
Des tonnes de références geek, façon pop culture d’alors…
D’une explosion de violence paroxystique et cathartique (donc nerveusement amusante), au bout d’une montée de tension progressive. Mais prévisible aujourd’hui.
Cette dernière peut gâcher complètement le plaisir du film, au vu de l’endroit où elle se situe… et aussi, comme elle jure assez avec tout le reste et est un spoiler prenant trop de place.

Mais on peut aussi disserter au niveau de toute les références, assez costaudes, et au sens qu’elles peuvent donner. Spoilers !

– Déjà, c’est on est proche du Leone pré-cité… on peut ainsi s’amuser à détecter les moments de bascule du film, où la Fiction « rêvée » se fait plus présente. Par exemple, quand Cliff rentre chez lui, et que la caméra monte jusqu’au projecteur du Drive In et y plonge dans sa lumière. Ou quand l’un des 3 personnages n’est pas reconnu par autrui, comme si là, on sortait du film. Sans compter la cigarette trempée à l’acide, l’Opium de Noodles version moderne;
– Vous avez vu, fans de LTH ? Y a Spider-Man dans le film (ben oui: Nicholas Hammond ???? );
– Amusant aussi tous ces moments centrés sur des productions d’action et leurs acteurs (à gueule) n’ayant pas autant marqué le Cinéma, faute de place dans la lumière à pourvoir. Et sur lesquels un non-érudit peut tomber et s’extasier… au moins quelques minutes. Avant d’oublier très vite qui était, par exemple, Audie Murphy;
– On peut par contre bien rire de l’idée naïve que Rick aurait pu avoir les rôles de Steve McQueen (anecdotiquement présent dans le film, lui aussi), en passant également de sa série tv de chasseur de prime, au seconds puis grands premiers rôles ciné: ça risquait pas, vu la confiance qu’avait John Sturges en l’acteur – d’où la scène de La Grande Évasion;
– Parenthèse utile pour la scène avec Bruce Lee: elle est située encore à l’époque du Frelon Vert, quand sa popularité n’est encore Absolue… elle ne dure que 5 minutes, avec un combat de 1 minute et… se place dans un flashback (qui contient lui-même un autre flashback). Donc, qui est vue surtout à partir du souvenir d’un personnage créé par Tarantino. Y avait pas de polémique là dedans….
– Peut-on voir aussi présent dans cette année 69 les prémisses de certaines évolutions filmiques ? On signale assez le fait que dans la partie où l’on suit en parallèle le tournage d’un western un peu plus réaliste que d’habitude avec Rick (mais racolant un peu les hippies)… un autre se joue avec Cliff parmi les caravanes et bicoques aux allures de planques de rednecks… sauf qu’on n’est pas censé être chez des ploucs.
Si cette histoire est sacrément remplie de « films dans le films »… là, dans cette partie avec Cliff, c’est limite de l’horreur à la Wes Craven qui émerge. Et marque mémorablement jusqu’à la fin;
– Petit teaser dans son précédent Inglorious Basterds: si une Séries B massacrant les nazis est visible dans OUaTiH, doit-on on se rappeler de la manie de Brad Pitt dans tailladant des croix gammées sur le front des nazis pour mieux les marquer de leurs crimes… et de celle que Manson arborera orgueilleusement dans le futur réel ? Ou n’arborera pas du tout ici, ce à quoi aura servi le passage de Cliff au Spahn Ranch (à témoigner contre eux) ?

Bref, il y a une densité de détails assez incroyable dans ce film ultra évocateur (voir un peu fouilli), à la Forme assez maîtrisée et splendide, jusqu’à y dicter le Fond… comme toujours chez QT.
Il faut juste savoir, en grande priorité, que c’est une Ballade à travers le temps, dans un endroit plutôt bien foutu… et qu’il faut s’y laisser aller, rien d’autre.
Peut-être pourra-t-on s’y amuser un peu, décompresser sans trop se prendre la tête.
Ou pas du tout, faut au contraire que tout ait un Sens Ultra Évident, là tout de suite, et que tout soit résumé très vite pour ensuite passer à autre chose, parce qu’on n’a pas que ça à faire.
Comme vous voulez… Tarantino a déjà fait son choix…
Montez donc dans la Cadillac DeVille, et voyez si vous pouvez survivre à l’expérience.
????

« …I turned around turned my back on that town
And I never looked back again »

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