Once Upon a Time... in Hollywood : critique de la légende

Christophe Foltzer | 12 août 2019 - MAJ : 19/08/2019 21:54
Christophe Foltzer | 12 août 2019 - MAJ : 19/08/2019 21:54

Depuis le coup d'éclat Reservoir Dogs, Quentin Tarantino est devenu le symbole d'un certain cinéma : geek au dernier degré, blindé de références et de citations, transformant tout ce qu'il touche en objet pop-culturel instantané, déchainant les passions à chaque nouvel opus, touchant à tous les genres en même temps. Bref, QT est la mémoire vivante d'un cinéma bien spécifique mais rien ne nous préparait au choc que représente son dernier film.

HOLLYWOOD BOULEVARD DE LA MORT

Vendu comme un énième objet pop tarantinesque, Once Upon a Time... in Hollywood risque de surprendre son monde, le fan du cinéaste en premier lieu tant, dans son approche surprenante, le film semble être en contradiction totale avec son marketing ou même la filmographie de son réalisateur. Car, oui, Once upon a time in... Hollywood ne joue clairement pas dans la même catégorie que Pulp Fiction,  Kill Bill ou encore Les 8 Salopards.

 

Photo Brad PittBrad Pitt, la grosse classe, comme d'habitude

 

Pourtant, sur le papier, tout semblait nous promettre un spectacle méta et référencé aussi ludique que cool avec cette histoire d'acteur déclinant (superbe Leonardo DiCaprio) qui, soutenu par sa doublure (incroyable Brad Pitt), va tenter de rebondir dans sa carrière alors même qu'Hollywood est en pleine vague hippie et que Charles Manson fera malheureusement bientôt parler de lui avec le meurtre de Sharon Tate (Margot Robbie, parfaite).

Et, dans les faits, c'est plus ou moins ce qui se passe même si, dès le départ, quelque chose nous fait nous dire que ce ne sera pas comme d'habitude. Il y a, en effet, dans Once upon a time in... in Hollywood une retenue peu commune de la part de Quentin Tarantino. Comme si, pour la première fois, il se mettait volontairement en arrière-plan. Comme s'il ne s'écoutait plus dialoguer et qu'il ne se regardait plus filmer

 

photo, Leonardo DiCaprioLeonardo DiCaprio est juste fantastique, une fois de plus

 

Q.T. DANS TOUS SES ETATS

Récit éclaté entre différents personnages, Once upon a time in... Hollywood est avant tout un film qui cherche à capter une ambiance et une époque. Si les gimmicks habituels de Tarantino sont toujours présents, ils sont cependant réservés à la fiction dans la fiction, aux scènes issues des films dans lesquels se débat l'acteur en pleine déconfiture incarné par Leonardo DiCaprio. Là, oui, on retrouve le QT outrancier et sale gosse qu'on a toujours aimé.

 

photo, Margot RobbieLe temps de l'insouciance

 

Mais, derrière ce vernis pop, il y a une peinture plus désenchantée, plus mélancolique. Dans le Hollywood du film, ce sont réellement deux époques qui se rencontrent, s'entrechoquent et donnent naissance à des monstres (sacrés ou réels). Un Hollywood classique et passéiste (reflet d'une société étriquée, patriarcale et moralisatrice qui a connu la Guerre et traverse un boom patriotique, avec le Vietnam en toile de fond) et une Amérique plus jeune et libertaire, nourrie au progrès social et à la libération sexuelle. Une jeunesse animée par ses idéaux, ses rêves de grand soir et ses rêves forcément naïfs.

Et Tarantino là-dedans ? Quelle est sa vision, son message ? De quelle manière existe-t-il dans son propre film ? Pour la première fois peut-être dans sa carrière, le metteur en scène occupe une position de retrait, d'observateur. Laissant ses personnages prendre les commandes, au risque parfois de laisser s'égarer l'histoire. Un errance volontaire évidemment, qui ne doit rien au hasard et qui lui permet, durant les 2h40 du métrage, d'installer petit à petit et insidieusement tous les pions nécessaires pour nous dévoiler son jeu dans la dernière partie, qui risque d'en surprendre plus d'un, quand bien même tout ce qui a précédé l'annonce.

 

photo, Brad PittL'une des scènes les plus importantes du film (si, si)

 

HOLLYWOOD MURDER

Dès le début de sa fabrication, Tarantino avait annoncé que Once upon a time in... Hollywood traiterait, en partie, du meurtre de Sharon Tate par la Manson Family. Alors que l'on pouvait s'attendre à une reconstitution minutieuse et sauvage des derniers instants de l'épouse de Roman Polanski, Tarantino joue avec nos attentes, notre fascination morbide pour mieux nous les renvoyer en pleine tronche.

Sans rien dévoiler, disons qu'il prend un chemin inattendu mais qui, avec une puissance évocatrice unique dans son oeuvre, nous met face à notre propre rapport au réel et à la fiction. Tout autant qu'il nous délivre un message bouleversant sur la nécessité absolue de se réserver des espaces de rêve et d'échappatoire pour supporter l'horreur de la réalité.

 

Photo Leonardo DiCaprioReflets d'une époque oubliée

 

A ce titre, Once upon a time in... Hollywood est un film marquant et très important dans l'époque actuelle, où la confusion entre réel et fiction se fait de plus en plus prégnante, ou chaque débat social est mis en scène de façon ultra dramatique pour coller à des canons fictionniels plantés dans l'inconscient collectif et qui nous stimulent émotionnellement au quart de tour.

Alors que jusqu'à présent on pensait que Tarantino vivait dans un monde gangrénée par la fiction, le metteur en scène nous met les points sur les I, insistant sur la séparation entre ces deux mondes, choisissant son camp de manière radicale mais désenchantée, tout en n'oubliant pas d'être extrêmement critique vis-à-vis de la machine à rêves qu'est Hollywood dans l'esprit des gens.

Once upon a time in... Hollywood est un film très dense, extrêmement complexe, aux multiples niveaux de lecture et qui risque de faire parler de lui pendant très longtemps. Mélancolique à souhait, désabusé mais cherchant toujours à y croire, il nous présente un Tarantino en plein questionnement sur la nature même de ce qu'il fait depuis tant d'années et son utilité.

 

Photo Leonardo DiCaprioUne reconversion quelque peu difficile

 

Très Debordien dans son approche du mythe et du spectaculaire, il encourage autant à la destruction des idoles qu'aux rêveries comme ultime échappatoire. Et c'est là que l'utilisation du drame concernant Sharon Tate prend tout son sens. Dans cet événement horrible qui a symboliquement tué le rêve hippie, précipité l'avènement du Nouvel Hollywood et de sa dramaturgie désenchantée, éprise de chute, de violence, dans cet électrochoc qui a touché l'l'inconscient collectif de l'Olympe, Tarantino décide d'inoculer une ultime dose de fiction en forme d'antidote, encore une dernière chance de nous faire rêver. En résulte alors un double-discours saisissant qui se garde bien de toute moralisation et laisse le choix au spectateur d'adhérer ou non.

On en ressort secoué, fasciné, émerveillé tout autant qu'avec une grosse boule à l'estomac et l'envie de pleurer ce paradis perdu qui n'a jamais existé. Avec Once upon a time in... Hollywood, Quentin Tarantino se met à nu comme jamais, joue avec ses propres codes et nos attentes, fait preuve d'une maturité impressionnante et décide de nous livrer un film qui, s'il était le dernier de sa carrière, concluerait sa filmographie en apothéose. Oui, Once upon a time in... Hollywood est un chef-d'oeuvre, l'un des films de l'année et probablement l'un des meilleurs de son auteur qui fait, à travers lui, preuve d'une incroyable modestie.

 

Affiche française

 

Résumé

Once upon a time in... Hollywood risque de diviser les fans de Tarantino. Et pourtant, il s'agit probablement de son film le plus sincère et le plus touchant depuis Jackie Brown. Une ôde au cinéma en tant qu'échappatoire tout autant qu'un rappel à la dure réalité. Bouleversant, magnifique, chef-d'oeuvre.

Autre avis Alexandre Janowiak
Once Upon a Time... in Hollywood est une oeuvre d'une mélancolie bouleversante et une ode au cinéma fascinante. Plus qu'un refuge, la fiction est l'unique lieu de liberté et d'évasion pour Tarantino, un lieu magique où l'insouciance des années 60 pourra perdurer à jamais. Sublime.
Autre avis Simon Riaux
Tarantino ressuscite le Hollywood de 1969 comme on convoque l'Atlantide, son voyage se mue en une exploration mélancolique et insaisissable, nous offrant l'un de ses plus beaux films.
Autre avis Geoffrey Crété
Un Tarantino qui s'étire à outrance, mené par un désir de jeu, d'hommages et célébration qui flirte parfois avec le vain. Mais passé ces errances, Once Upon a Time... in Hollywood révèle son vrai visage : celui d'une profession de foi, étonnamment simple et touchante, au cinéma et au pouvoir de la fiction sur le réel.
Autre avis Lino Cassinat
Cela faisait deux films que Tarantino commençait méchamment à sentir le sapin, avec Once Upon a Time... in Hollywood, c'est définitif : il entre dans la catégorie des cinéastes ringards. Véritable "dork" de l'époque, QT essaie désespérément d'être cool alors que tabasser des hippies comme un chameau alpha n'est plus cool depuis South Park. Gênant.

commentaires

Haz
20/09/2019 à 12:05

En premier lieu je trouve condescendant de dire à certains qu'ils sont des crétins décérébrés ou des gens qui sont "des cochons à qui on file de la confiture" juste parce qu'ils émettent un avis contraire au votre, plus éclairé à ce qu'il semblerait.
Revenant au film, en ce qui me concerne, je l'ai trouvé pompeux, redondant et creux. Tout d'abord l'histoire: c'est mou, on s'ennuie. J'avais déjà trouvé Hatefull Eight trop long mais ici c'est encore pire. Tarantino se complaît dans l'observation de sa maison de poupées en arrêtant pas de faire des clins d'oeil, "hey t'as vu, je connais mes références"; c'est pénible à force. Oui Quentin on sait que tu connais ton sujet, cela fait 25 ans qu'on le dit et qu'on le sait. Les personnages n'évoluent pas (comme Tarantino?) et tout semble flotter dans une nostalgie qui parfois devient génante: son Hollywood idéalisé n'est que peu ancrée dans la réalité de l'époque, oui à part les "sales hippies" : qu'on se le dise, Hollywood n'est pas dans la réalité. "Hollywood n'est là que pour vendre du rêve mais a sa part d'enfer" semble aussi dire Tarantino au travers de l'arc narratif des personnages de DiCaprio et Pitt. No shit Sherlok, inutile de nous le dire pour ne rien en faire et le message est quand même biaisé avec toute cette guimauve nostalgique qui suite de partout. Honnêtement, j'aurais aimé que cet arc soit plus travaillé et qu'on se focalise là-dessus plutôt que de perdre du temps sur l'arc Robbie-Tate, car au final il n'en fait rien, c'est juste là... A part qu'il en profite à mort pour assouvir son fétichisme des pieds (lassant...).
Je n'ai rien à dire sur les acteurs qui sont correctement dirigés et incarnent bien leurs personnages. Voilà il s'agit d'un film à personnages mais dommage qu'au final ces personnages n'aient plutôt rien à dire malgré un background qui avait l'air plutôt sympa à exploiter.
L'image est quelconque; aucun plan à posteriori ne me reste en tête. Tout est plat! La musique aussi est quelconque : certes il s'agit d'air bien connus et iconiques de ces années mais c'est bien là que le bât blesse. En effet, Tarantino nous a habitué à mieux et s'est, là aussi, complaît à ne proposer que des rengaines éculées.
De même au niveau des dialogues, ce spécialiste de la punchline et des échanges (méta) a raté sa cible : honnêtement il ne reste rien et j'avais trouvé au sortir de la salle que les bons échanges manquaient.
Quant au final, la scène est plutôt jouissive mais elle a vraiment tardé à arriver.
Au final, il ne reste qu'un délire meta pour faire du meta et cela n'apporte rien, il n'y a presque aucun enjeux dans aucune des trames, ou alors ils sont traités hors champs ou au travers du narrateur dans une scène.
Un film au casting de luxe avec un réalisateur qui cabotine vite oublié. Dommage

drocmerej
07/09/2019 à 01:44

@mysterek
OK si tu le dis ! Tu as peut-être raison. C'est juste une impression que j'avais en posant la question autour de moi et quand j'ai entendu les conversations du rang d'en dessous. C'est sûr que si on s'intéresse un peu au film, si on connaît un peu l'histoire des usa ou si on regarde netflix ou la tv... Mais c'est possible qu'aucune de ces conditions ne soit remplie..

MystereK
06/09/2019 à 15:29

Difficile de dire qu'en France peu de personne connaissent le drame de Sharon Tate et de Charle Manson, d'abord parce que l'un des fait divers macabre les plus connu de la planète et ensuite, quand on y fait référence, du moins en Suisse, pèartiquement tout le monde sait de quoi il s'agit et même les non amateurs de cinéma. Mason est très souvent cité en référérence dans les émissions parlant de sectes, de hippies qui ont mal tournés, de meurtres, de criminel les plus dangereux, etc...On en parle dans beaucopup de films, dans des séries, fait du bruit dans Mindhunter. De plus On vient d'en parler très abondament dans tous les médias pendant 2 ou 3 semaines avant le film car il est tristement d'actualités avcec l'anniversaire des 50 ans du massacre, on l'a vu partout à la TV, dans les quotidiens, dans les magzines, il y a plusieurs livres qui viennent de sortir, des docus à la TV ...alors il faut vraiment avoir vécu dans une grotte ce dernier mois pour ne pas savoir qui est Charle Manson.

drocmerej
06/09/2019 à 14:17

" le film semble être en contradiction totale avec son marketing" Tout à fait d'accord. Il faut dire qu'en France il doit y avoir peu de personnes connaissant l'histoire de Sharon Tate, et donc il doit y avoir des millions de spectateurs qui ne pouvaient juste pas comprendre le film, non seulement la fin mais aussi le film en entier, car le spectateur qui connait la fin terrible de Sharon l'attend et la redoute pendant plus de deux heures. C'est évident que plein d'ados non cinéphiles courant voir le dernier Tarantino n'ont rien compris. Je ne leur jette pas l'opprobre mais c'est dommage. Donc comment vendre le film à ce public ? En usant d'un marketing totalement mensonger, destinés aux non initiés et présentant le film comme une simple comédie. Ça a été efficace apparemment... et intriguant aussi pour ceux qui connaissent le drame dont il est question.

MystereK
06/09/2019 à 14:00

Pas d'histoire ? Pas de scénario ? Ok, il n'y a pas d'intrigue à suspense pour sauver le monde d'une énième invasion ou d'un grand méchant, mais il y a bien une histoire et j'en voit au moins deux : celle de la transformation d'une époque pour le contexte et une touchante histoire d'amitié qui s'inscrit dans ce contexte,

TOUSEN Oui, Polanski a été remarqué pour beaucoup de ces films (repulsion, Le locataire, Rosemary's Baby, Frantic, Le bal eds vampires) et bon, l'histoire de Charles Manson est quand même l'un des fait divers macabre les plus connu de la planète et dont tous les médai ont abondament reparlé quelques jours avant votre commentaire parce qu'il fêtait ces 50 ans.

Henri Des
01/09/2019 à 23:28

Les gens qui disent ici qu'il n'y a pas de scénario sont des crétins finis et surtout des ignares en puissance, reflet d'une époque où la confiture ne coule pas à flot pour les millions de cochons critiques wannabe.

Birdy
30/08/2019 à 01:05

Absolument d'accord avec la critique. Mes amis avaient détesté, j'ai voulu me faire mon avis, et j'ai eu bien raison. Magnifique film, superbe fin, bravo Tarantino.

Icarus
29/08/2019 à 17:47

C'est un peu comme prendre le train pour traverser les Grisons, on peut énormément apprécier les belles images et l'ambiance de l'ensemble, alors qu'il n'y a pas d'histoire ou d'arc d'évolution pour aucun des personnages qui déambulent entre narcissisme et nostalgie.

Bruno
29/08/2019 à 11:06

Bravo pour cet excellent papier qui retranscrit parfaitement ce que j’ai moi-même ressenti à la vision de ce grand film.

Alfred
27/08/2019 à 12:09

D'abord déçu (on dirait du GTA dans le Hollywood des années 60), Once upon... m'a finalement embarqué et m'a même mis la boule au ventre.
Peut-être le Tarantino le moins aimable et complice avec le spectateur, ce qui finalement est la meilleur chose qui pouvait arriver au cinéma de Tarantino.

Plus

votre commentaire