A la dérive : critique survivor en mer

Geoffrey Crété | 30 mai 2020 - MAJ : 10/06/2020 12:45
Geoffrey Crété | 30 mai 2020 - MAJ : 10/06/2020 12:45

A peine sorti de l'Everest, le réalisateur Baltasar Kormákur est reparti dans un autre cauchemar de survie, lui aussi tiré d'une histoire vraie incroyable. L'océan immense remplace la montagne titanesque pour A la dérive, avec Shailene Woodley et Sam Claflin, récit de l'expérience folle de Tami Oldham et Richard Sharp, frappés par une tempête et perdus pendant plusieurs semaines.

 

SEULE AU MONDE

Si A la dérive est tiraillé entre la romance et le spectacle, le film commence par ce dernier. Le nez dans l'eau, Shailene Woodley se réveille au beau milieu d'un bateau à moitié inondé, seule et à la dérive - au propre comme au figuré. L'histoire est celle de Tami Oldham et Richard Sharp, un couple pris dans l'ouragan Raymond en 1983, qui va vivre un cauchemar pour survivre durant 41 jours, sur un bateau abîmé, avec peu de vivres et à plus de 2000 kilomètres des côtes.

Comme toute histoire vraie adaptée à Hollywood, elle est incroyable. C'est une histoire de survie, de puissance, de combativité et d'espoir au-delà de tout bon sens. C'est une histoire qui soulève le coeur et l'esprit rien qu'à la lecture du quatrième de couverture de Red Sky in Mourning : A True Story of Love, Loss, and Survival at Sea, le livre de Tami Oldham où elle raconte son expérience extraordinaire. C'est aussi le prétexte à un film hollywoodien de facture très classique, où rien ne dépasse, et qui pourra sans difficulté agacer ou exaspérer. A moins de se laisser emporter par la force de cette histoire, solidement mise en scène par Baltasar Kormákur et interprétée par l'actrice de The Descendants et Divergente.

 

photo, Shailene Woodley Allez en mer qu'ils disaient

  

LES VENTS DE LA MER

Une chose non négligeable déjà : environ 90% du film a été tourné en mer. Des conditions parmi les plus difficiles et complexes pour tourner, comme un Steven Spielberg a pu le vivre sur Les Dents de la mer, et qui forcent le respect tant A la dérive assure de ce côté. Ne pas avoir recours aux habituels fonds verts et incrustations plonge véritablement dans ce paysage à la fois grandiose et terrifiant, passé de carte postale ultime à éventuel tombeau silencieux. Pour l'œil du spectateur moderne, habitué aux images de synthèse et au factice le plus complet, le film offre un décor immense et immensément tangible.

Par ailleurs, dès qu'il est question de traduire à l'écran les éléments déchaînés, Baltasar Kormákur se monte là aussi très solide. Avec un budget de 35 millions, le réalisateur islandais démontre un sens certain du spectacle, certes dans les clous des standards hollywoodiens, mais animé par un sens du découpage et du montage très clairs. Aucune preuve d'un talent véritablement renversant de la part du cinéaste derrière Contrebande et 2 Guns, mais celui-ci semble particulièrement à l'aise dans le genre. Pas étonnant : il a été révélé avec Survivre, l'histoire d'un marin islandais qui a survécu au naufrage de son bateau, inspiré par l'histoire vraie (et bien sûr incroyable) de Guðlaugur Friðþórsson. A la dérive était donc fait pour lui.

 

Photo Shailene Woodley Un bateau, de l'eau, des regards doux : jusque là, tout va bien

 

LÀ OÙ LE MÂT BLESSE

Le vrai gros problème d'A la dérive, c'est son scénario. Non seulement la construction en deux mouvements (les souvenirs heureux, le présent malheureux) est d'une banalité un brin soporifique, mais le film repose entièrement sur un élément encore plus problématique à tous les niveaux. Ce choix narratif, qu'à peu près personne ne devrait manquer de comprendre dans le premier quart d'heure, condamne toute l'émotion à s'écrouler, et donne immanquablement au film un arrière-goût ridicule.

C'est d'autant plus dommage que le film n'en avait pas besoin, parce que le récit méritait une foi plus pure, sans artifice, mais également parce que Shailene Woodley le porte avec une énergie évidente. De The Descendants à Big Little Lies en passant par White Bird, l'actrice prouve, pas après pas, qu'elle possède quelque chose de fort à l'écran. Dotée d'un charme simple et fou dans les flashbacks, elle incarne cette guerrière des eaux avec brio. Sam Claflin, en arrière-plan, forme avec elle un couple touchant qui existe peu à peu grâce à des scènes simples mais attendrissantes, qui frôlent le niaiserie inutile sans tomber dedans.

A la dérive n'a pas le spectaculaire fantaisiste de L'Odyssée de Pi, et encore moins la sobriété poétique et crépusculaire de All is Lost avec Robert Redford. L'ambition n'a jamais été là. Ici, il y a le simple spectacle "tiré d'une histoire vraie", calibré pour tirer quelques larmes, ouvrir grand les yeux sur la folie de la vie humaine et des destins extraordinaires. C'est peu, mais le film a pour lui d'être à peu près clair dans ses intentions, et dans le public visé.

 

Affiche

Résumé

Si À la dérive prend zéro risque avec la matière et le cadre de l'incroyable-histoire-vraie-qui-fait-trembler-et-pleurer, et souffre d'un scénario passablement ridicule, le film est suffisamment bien mené et interprété pour assurer la mission.

Lecteurs

(3.6)

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commentaires

Marty
31/05/2020 à 14:54

"Des conditions parmi les plus difficiles et complexes pour tourner, comme un Steven Spielberg a pu le vivre sur Les Dents de la mer"

Alors OUI, MAIS beaucoup moins galère maintenant avec le materiel qui s'est modernisé et les outils numérique qui permettent de gommer les éléments indésirables ou corriger la lumière entre autre .

Paul
31/05/2020 à 09:01

Ah ouais, une romance... cela doit intéresser quelqu'un j'imagine.

Adam
30/05/2020 à 23:14

J ai arrêté le visionnage au bout de 10-15 min tellement je n arrivais pas a rentrer dedans

Divine
18/06/2019 à 13:30

Je peux regarder ce film une dizaine de fois et toujours avoir les larmes aux yeux ❣️

Ludi
31/07/2018 à 09:20

Une belle romance, des images de tempête impressionnantes, une bonne interprétation, des allers retours qui permettent de reprendre son souffle...Donc une belle surprise !

Marco
05/07/2018 à 08:54

Je l'ai pas vu !

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