District 9 : critique invasion spéciale

Vincent Julé | 30 juillet 2020 - MAJ : 07/08/2020 17:06
Vincent Julé | 30 juillet 2020 - MAJ : 07/08/2020 17:06

En 2008, le film de monstres a eu Cloverfield, le film de zombies a eu [REC], et le film d'invasion alien a eu District 9. Premier film de Neill Blomkamp (avant Elysium et Chappie), produit par Peter Jackson qui avait repéré ce petit génie des effets visuels, cette parabole sur l'apartheid, avec des extraterrestres en Afrique du sud, a marqué les esprits. A juste titre.

INVASION : JOHANNESBURG

Ce n'est pas ce que le spectateur va découvrir qui est surprenant, mais comment il va le découvrir. En effet, la parabole politique et sociale autour de ces crevettes humanoïdes enfermées, affamées et laissées pour compte, est immédiate, consciente, assumée. Ni plus, ni moins. Par contre, elle prend la forme d'un faux documentaire à la The Office, animée par un Borat en puissance.

Cette drôle (dans tous les sens du terme) de visite guidée multiplie d'ailleurs les points de vue, avec des témoignages face caméra et autres vidéos de surveillance, qui donnent un vrai rythme et une dynamique étonnante au film. En trois plans et deux commentaires, le réalisateur Neill Blomkamp dépeint un univers aux codes archi connus, mais qui semblent pour la première fois réalistes et tangibles.

Il faut dire que District 9 n'est pas qu'un simple film pour le cinéaste, né en Afrique du sud : c'est autant un petit miracle qu'une profession de foi très personnelle. Tout est parti de son court-métrage Alive in Joburg, repéré par Peter Jackson, lequel est tellement impressionné qu'il le met sur la réalisation du film Halo qu'il doit alors produire. Le projet ne verra jamais le jour suite à une avalanche de complications, mais le duo bascule sur cette histoire de crevettes de l'espace, que Jackson produira, et que Blomkamp co-écrira avec sa femme Terri Tatchell. Avec ces étoiles alignées et un budget d'environ 30 millions, District 9 est né.

 

photoEn direct de l'enfer

 

LE MUTANT

Combien de temps va-t-on pouvoir tenir avec cet employé de bureau, Wikus van der Merwe (incarné par l'excellent Sharlto Copley), lâché sur le terrain et finalement assez antipathique ? C'est l'une des questions dans la première partie, et finalement le tour de force de District 9. Exposé à la biotechnologie des aliens, il va muter, et le film avec lui.

Sans prévenir, et presque sans que l'on s'en rende compte, l'histoire bascule entièrement et généreusement, abandonne sa structure purement formelle, pour foncet tête baissée dans un spectacle sensationnel. L'effet de surprise est d'autant plus saisissant que Neill Blomkamp, tel un gosse dans un magasin de jouets, s'amuse comme un petit fou avec son décor, ses personnages et ses instruments.

De l'extraterrestre Christopher Johnson (ça ne s'invente pas) au chef des mercenaires Koobus, en passant par notre Monsieur-plus-vraiment-tout-le-monde, ce sont trois visages et visions de l'humanité qui se croisent, s'affrontent et se poursuivent. Car derrière le spectacle (avec la société Weta Workshop aux effets visuels), Blomkamp n'abandonne pas le cœur de son film : la xénophobie et la question de l'empathie, avec un Wikus qui devient paradoxalement plus humain à mesure qu'il se transforme en monstre aux yeux de la société. Comme tout bon film de science-fiction, District 9 est un miroir déformant, tendu au spectateur pour qu'il puisse mieux s'admirer, avec le faux confort du cinéma de genre.

 

photoLe miroir de l'humanité

 

Et ainsi, Sacha Baron Cohen devient James Cameron. Le film a beau être produit et chapeauté par Peter Jackson, c'est plus du côté du réalisateur d'Abyss et Aliens qu'il faut trouver une filiation à Neill Blomkamp, qui faisait là de premiers pas remarquables - et ce, peu importe ce qu'on pense de la suite de sa carrière. Avec une maîtrise certaine de son récit, son impact et le tempo de l'action, il s'imposait comme un cinéaste de premier ordre, sorti de nulle part pour prendre tout le monde de court.

Dans son dernier virage, District 9 devient bourrin, gore, fou, désespéré, beau et émouvant. Combien avez-vous vu de décollages de vaisseau au cinéma ? Et combien vous ont fait chialer ?

 

Affiche française

Résumé

Un premier film remarquable et saisissant, qui imposait d'emblée Neill Blomkamp comme un cinéaste excitant, capable d'allier un spectacle généreux et une histoire intelligente.

Lecteurs

(4.3)

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commentaires

Wolf du R22R
04/08/2020 à 12:37

Pour moi District 9 , vraiment un chef d'oeuvre de la Science Fiction. L'approche psychologue très différente des Aliens, Predators our bien des Jours d'indépendance. À moins que je me trompe.... enfin un grand film qui ce déroule pas en sol Américain ou bien parlant des Américains comme des libérateurs planétaire des évasions extraterrestre. Très belle performance des acteurs en général bonne fluidité du déroulement. Je trouve ça très décevant de ne pas voir un deuxième District 9 !!! Après tout combien de Alien, Robocop, Prédateurs ou bien dans un autre genre de film comme les Chucky, Freddy, Friday the 13th....qui ont connus plus ou moins de succès. Je vous souhaite une bonne journée. Marc "WOLF "Bonhomme

Xbad
31/07/2020 à 16:58

@corle
Non c'est vrai que si on y pense Robocop et starship Troopers étaient des satires au vitriol à l'époque ! Comme district 9

corle
31/07/2020 à 14:33

vous evoqué une ressemblance à la james cameron , ya que moi qui voit dans la réal de blompkamp une approche du gore et de la mise en scene a la paul verhoeven?

pseudo
31/07/2020 à 11:38

Le seul bon film de ce gars

Kouak
31/07/2020 à 09:05

Bonjour,
oui! Grosse claque !
J'ai attendu la suite, qui ne verra jamais le jour malheureusement...
La crevette n'a pas tenue sa promesse...

"Combien avez-vous vu de décollages de vaisseau au cinéma ? Et combien vous ont fait chialer ?"
Cette phrase aurait suffit à elle seule pour figurer dans le meilleur des ouvrages de critiques cinématographiques, le plus ouvert et le plus objectif....
Je veux bien entendu parler de Télérama !

Je rigooooooooollllllllle !
Nan franchement : Superbe conclusion pour un réalisateur qui a, sans nuls doutes, refusé un rendez-vous professionnel dans la chambre d'hôtel de weinstein....

Tiens d'ailleurs , en parlant du loup, on en voit la qu***...Désolé , cette expression associée a weinstein n'est pas de bon aloi.
Tout ça pour dire que la plainte de l'actrice Ashley Judd vient d'être acceptée par la cour d'appel de Californie...
Yes !
Une de plus sur le dos pour le Harvey !
( Cette expression également...N'est pas très adaptée...)

Mais sinan...District 9...Une perle !
Bref...

Kyle Reese
31/07/2020 à 01:27

Grosse claque dans la gueule. J'ai sur kiffer ce film comme on dit.
Pour un premier film c'est un coup de maitre, la façon dont le film et son anti-héro évoluent est vraiment très originale. Par contre j'ai été très déçus d'Elysium, bcq trop manichéen et lourd mais contre toute attente j'ai bien aimé Chappy qui retrouve une certaine liberté et folie, de par déjà le casting totalement WTF de Die Antwood avec leur musique.

Je suis à 200% d'accord avec vous quand vous écrivez à la fin:

"Dans son dernier virage, District 9 devient bourrin, gore, fou, désespéré, beau et émouvant. Combien avez-vous vu de décollages de vaisseau au cinéma ? Et combien vous ont fait chialer ?"

Ouaip, j'avais la gorge bien nouée mais aussi surexcité.

Ce film est une tuerie. Il y a des surprises comme ça de temps à autre.

Blue Walker
30/07/2020 à 23:11

Il était excellent ce film, j'aimerai bien un 2.

Numberz
30/07/2020 à 22:59

D'accord avec max. C'est pour moi son seul et unique bon film.
Duncan Jones par contre j'ai adoré Moon et source code. Mais il est vrai que ce sont deux réalisateurs que je voyais suivre les traces d'un Nolan pour citer quelqu'un dans l'ere du temps.

Xbad
30/07/2020 à 20:52

J'ai adoré district 9, beaucoup aimé Elysium et bien aimé chappy. Déçu qu'il n'est pas pu réaliser son Alien

maxleresistant
30/07/2020 à 20:39

Une belle claque, je me souviens de l'année de sortie, on a eu District 9, Moon et Avatar.
Quand j'ai vu Avatar être autant adulé, je ne pouvais m'empêcher de penser qu'il n'était même pas le meilleur film de SF de 2009.
Mon seul regret c'est que ni Duncan Jones, ni Neil Blomkamp n'ont eu la carrière qu'on croyait qu'ils auraient.
Mais j'espère toujours qu'ils reviendront avec des films aussi fort que ceux là un jour.

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