Lone Ranger, naissance d'un héros - critique cartoon

Perrine Quennesson | 8 juillet 2013 - MAJ : 09/03/2020 23:22
Perrine Quennesson | 8 juillet 2013 - MAJ : 09/03/2020 23:22

Il était une fois dans l'Ouest. Sans aucune référence particulière ici au classique de Sergio Leone (même si le film semble en être une sorte de relecture), Lone Ranger aurait pu commencer ainsi.

Tout d'abord parce qu'il s'agit bien d'une histoire qui se situe en pleine conquête de l'Ouest, au moment où le chemin de fer commence à scarifier le territoire américain afin de relier les océans. Un progrès technique et pratique, certes, mais aussi une course à l'échalote pour s'enrichir avec de nouvelles méthodes. Et c'est un peu ça que le film ne se gêne pas de raconter. Et notamment le très mauvais rôle des blancs étasuniens dans ce fameux Far West où tous les coups sont permis, en particulier dans leur comportement vis à vis des Indiens. Lone Ranger frappe fort et violemment contre la légende du méchant Indien et du gentil cowboy pour mieux redistribuer les cartes et mettre un coup dans le mythe américain dominant. Osé pour un Disney.

 

photo, Johnny Depp, Armie Hammer

 

Mais les légendes et le mythe, c'est aussi la question du film. D'ailleurs, le sous-titre français est « La naissance d'un héros » qui, pour une fois, est très justifié. Car il s'agit bien ici de raconter comment les images, les héros naissent et grandissent afin de se faire une place dans l'imaginaire commun. Ainsi le film commence, dans les années 30, par un petit garçon qui, dans une fête foraine, visite une sorte de musée où est exposé un Indien, considéré alors comme une espèce vaincue.

Et celui-ci se met à bouger et raconte au gamin médusé l'histoire de Tonto et du Lone Ranger. Ce dernier étant le héros que le petit bonhomme prend pour modèle, preuve en est du masque qu'il arbore avec fierté sur son visage. L'Indien, très vieux, lui révèle ainsi (promis ce n'est pas un spoiler) que son idole n'est pas réellement celui qu'il pense (tout comme l'histoire de l'Amérique n'est pas aussi manichéiste qu'on veut bien nous le faire croire). 

 

photo, Johnny Depp, Armie Hammer

 

Ainsi se permet-il au fur et à mesure de faire des arrangements avec l'histoire, d'y changer des vérités soi-disant acquises et de jouer sur les temporalités. Une histoire dépend aussi du point de vue de celui qui la raconte. En révisant ainsi l'Histoire et la légende, le film de Gore Verbinski nous renvoie, avec un réel plaisir cinéphile, aux fantômes d'un certain L'homme qui tua Liberty Valance.

Quoi de plus normal tant Lone Ranger et sa science parfaitement maîtrisée du story-telling, ne sont en fait, ni plus, ni moins qu'un long-métrage qui parle de cinéma. Ce garçonnet avec ses cacahuètes dans un sachet qui vient se poser devant une immense vitre rectangulaire où on lui fait le récit de cowboy et d'indien et dont il tire un héros qu'il admire, n'est-il pas un simple spectateur comme nous autres ? Si, mais un spectateur qui aura eu la chance de briser le quatrième mur pour voir l'envers du décor sans en perdre la magie.

 

photo, Helena Bonham Carter

 

Enfin, il ne faudrait pas oublier que Lone Ranger est également un divertissement, un vrai. L'humour y tient une grande place notamment grâce au tandem Johnny Depp-Armie Hammer. Ce dernier fait montre d'ailleurs ici d'une véritable puissance comique et héroïque qui crève l'écran. En incarnant Tonto, Depp, de son côté, compose enfin un personnage différent de celui de Jack Sparrow dont il ne semblait pas parvenir à se départir. Il emprunte d'ailleurs beaucoup au cinéma muet, en particulier à Buster Keaton, notamment dans une scène d'action sur un train en mouvement totalement hallucinante, une des plus inventives séquences d'action qu'Hollywood ait produite depuis longtemps.

Ainsi, si drôlerie, il y a, action, il ne manque pas. Ni de violence, d'ailleurs. La cruauté du « méchant » Butch Cavendish (formidable William Fichtner) et le nombre imposant de morts du film en font un spectacle pas tout à fait destiné aux enfants. 

 

Affiche

Résumé

Malgré ses quasi 2h30, cette adaptation de la série Lone Ranger est un roller-coaster brillant mêlant avec aisance développement des personnages, réflexion et action. Et à la surprise générale, peut être bien le meilleur blockbuster de l'été.

Lecteurs

(5.0)

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commentaires

Nomoreheroes31
15/04/2020 à 10:27

Clairement une très bonne proposition de divertissement.
Et la scène finale des trains ... Bordel que c'est jouissif

gnagna
15/05/2018 à 13:42

revu hier, un très savant mélange de scénario plus malin qu'il n'y parait, d'humour et d'action. C'est quelque part un mix de ce qu'on attend d'un blockbuster réussi.... et voir que cette proposition originale a fait un vrai bide, c'est franchement dommage quand on voit tous les films de super-héros interchangeables qui font un carton. Et malheureusement ça justifie l'effort de Disney de prioriser ses succès convenus que ces innovations (l'idée est la même pour John Carter même si ce dernier était clairement moins réussi)

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