La soluce de Suspiria : la fin décryptée et analysée

La Rédaction | 16 novembre 2018 - MAJ : 18/11/2018 15:22
La Rédaction | 16 novembre 2018 - MAJ : 18/11/2018 15:22

Pour tous ces moments où on se retrouve à la fin du film avec plus de questions que de réponses, avec l'envie d'en discuter pour savoir ce qui s'est passé à l'écran, Ecran Large a la Soluce.

Le but : revenir sur ces films, dans l'actualité ou du côté des classiques, afin d'expliquer, décortiquer et tenter de comprendre et analyser ces conclusions qui alimentent théories et débats.

ATTENTION SPOILERS

 

 

KÉKISEPASSE ?

Dans une école de danse pas vraiment normale, dans le Berlin des années 70, un groupe de sorcières tente de trouver l'élue qui permettra à Mother Suspiriorum, l'une des trois divinités auxquelles elles obéissent toutes, de trouver un nouveau corps et renforcer ses pouvoirs.

Elles jettent leur dévolu sur Susie (Dakota Johnson), petite chose arrivée des Etats-Unis, extrêmement réceptive et douée. Madame Blanc (Tilda Swinton) la prépare pour la cérémonie, avec un peu d'hésitation puisqu'elle apprécie la môme. Mais elle n'a pas le choix : la chef, Markos, l'exige.

Le grand soir arrive enfin, et le sous-sol de l'école se transforme en boîte de nuit chelou, entre happening d'art contemporain et batcave mal digérée. Toutes les étudiantes sont à moitié pourries et/ou en transe, et toutes les sorcières sont réunies pour leur chef, une espèce de vieille momie aux seins qui tombent.

La soirée part en vrille : Blanc refuse de livrer sa pauvre Susie à ses copines, donc Markos la décapite plus ou moins. Et surtout, la pauvre Susie révèle son grand jeu : elle n'est pas une petite chose fragile, mais la manifestation de la puissante Mother Suspiriorum. Elle n'est pas contente, donc elle tue, détruit, fait exploser tous les membres du groupe de sorcières qui étaient du côté de la méchante Markos.

 

photo, Dakota JohnsonFixe-moi encore comme et je te bute

 

QUI SONT LES TROIS SORCIERES ?

Mother Tenebrarum, Mother Lachrymarum et Mother Suspiriorum sont trois entités anciennes, puissantes et éternelles, qui évoquent respect et peur chez les sorcières. Elles seraient à l'origine de la sorcellerie au XIème siècle.

Mother Tenebrarum est la plus jeune et violente. Mother Lachrymarum, la plus séduisante et puissante. Et Suspiriorum, la plus âgée et sage.

Dario Argento leur a consacré une trilogie : Suspiria pour Mother Suspiriorum, Inferno pour Mother Tenebrarum, et La Troisième Mère pour Mother Lachrymarum.

Dans la version de Luca Guadagnino, elles sont notamment mentionnées par Patricia (Chloë Grace Moretz) et le docteur Klemperer (Tilda Swinton avec un faux pénis).

 

photoCerbère des sorcières

 

QUI EST VRAIMENT SUSIE ?

Première question : Susie et Mother Suspiriorum. Le climax révèle que l'héroïne si douce est en réalité la manifestation de cette sorcière surpuissante et respectée, qui s'était donc cachée sous les traits de Susie.

L'héroïne était-elle la puissante entité dès le début du film, ou a t-elle été investie au cours du film ? Rien n'indique clairement la réponse. Les deux options semblent plausibles. Une Susie "possédée" dès le départ expliquerait sa détermination, et la manière dont elle fascine Madame Blanc dès son audition. Ce serait la plus naturelle, d'autant plus que la mère biologique de Susie, sur son lit de mort, affirme que sa fille est un péché qu'elle a amené sur le monde. Comme si au plus profond d'elle-même, elle avait senti ce qui se cachait dans son enfant.

 

photo, Dakota JohnsonSusie n'aimait pas les sorcières à la noix

 

Dakota Johnson a reconnu que la question restait en suspens chez Collider : "J'ai fait en sorte de laisser ça libre à interprétation. L'évolution de Susie est très intériorisée. (...) Il y a tellement de possibilités. Elle vient d'une famille mennonite, les mennonites viennent d'Allemagne. Elle a en quelque sorte dénoncé l'église, sa mère et son père. Fondamentalement, elle n'accepte pas la vie qu'on lui a donnée, et à l'époque, faire ça c'était être vue comme une sorcière. Si vous étiez indépendante, si votre pensée était indépendante, si vous pensiez indépendamment de votre père et votre église, vous étiez une sorcière. Donc il y a plein d'indices qui disent que Susie est différente. Elle sent donc cette chose qui l'attire, et elle doit danser et aller à Berlin. Elle doit être avec Madame Blanc. C'est comme si elle était née au mauvais endroit. (...) Et je crois qu'elle comprend alors ce qui se passe, et qu'il y a un moment très très subtile où je pense qu'elle réalise ce qu'elle est vouée à être."

Le scénariste David Kajganich évoque chez IndieWire des indices placés dans le film : Susie attirée vers Berlin et Blanc sans savoir pourquoi, qui se réveille en disant qu'elle sait qui elle est, ou encore qui réagit à peine lorsque les deux policiers sont envoûtés. Pour lui, elle a donc toujours été autre chose que Susie, et le réalise au cours du film. C'est ainsi qu'elle prend un certain contrôle sur les rêves, si bien que Blanc annonce que quelque chose ne se passe pas comme prévu.

 Affiche Dakota Johnson

 

POURQUOI ELLE TUE TOUT LE MONDE ?

Pourquoi ce carnage, au-delà du plaisir d'étaler du rouge (dans tous les sens du terme) et offrir un peu d'énergie à ce film d'horreur tendance auteur ?

Lorsque Susie révèle sa véritable identité, c'est aussi pour dire que Markos a menti en affirmant être Mother Suspiriorum. La vraie grande sorcière ancestrale n'apprécie pas cette usurpation d'identité, et encore moins la manière dont la vieille dirige l'école. 

L'apparition d'une créature démoniaque ("Death" au générique), appelée par Susie, est de toute évidence une forme de punition, qui vient frapper tous ceux qui ont encouragé cette sale ambiance et ambition côté Markos. L'école était partagée entre les pro-Markos et les pro-Blanc, et c'est clairement du côté de Blanc que la Mother Suspiriorum se place.

Cette vieille sorcière sage préfère donc le coeur et la prudence de Blanc (qui a senti quelque chose de spécial chez Susie, l'a écoutée et regardée, et cherché à la protéger), à l'autorité aveugle de Markos. Cette justice et empathie est illustrée par le traitement offert à Patricia, Olga et Sara, libérées avec une douce mort.

Cette mascarade était donc un test de Mother Suspiriorum, afin de savoir qui méritait de vivre et régner dans l'école, et qui abusait du pouvoir.

 

photo, Tilda Swinton Et la grande gagnante est

 

POURQUOI CETTE INTRIGUE SUR LES NAZIS ?

En parallèle des histoires de sorcières, il y a le docteur Klemperer et le souvenir de sa femme Anke (incarnée par Jessica Harper, héroïne du Suspiria de Dario Argento).

Pour l'emmener dans l'école pour la cérémonie, une des prof envoûte Klemperer en prenant le visage de celle qu'il aime. A la fin du film, Susie va le voir et lui raconte comment son épouse est morte dans un camp de concentration. Elle lui explique comment elle a tenté de fuir le régime nazi, mais a été attrapée et envoyée vers sa mort. Anke est morte en pensant à lui, et portée par la force d'autres femmes face à la fin.

Klemperer s'effrondre en larmes, rongé par la culpabilité. Mais Susie veut l'aider. Mother Suspiriorum est sage, et son empathie est à nouveau prouvée. Elle veut le libérer de sa honte et ses regrets, pour Anke mais également pour Patricia et Sara, qu'il n'a pu aider. Elle le touche, et le lendemain, il a tout oublié d'elles.

 

photo, Tilda Swinton Oui, c'est Tilda Swinton

 

Cette sous-intrigue, qui est probablement l'un des points les plus critiqués du film, est vraisemblablement là pour deux raisons : donner un décor fort à l'histoire, et la renforcer avec un contexte historique ; et insister sur la thématique de la responsabilité et de la morale.

Susie a puni Markos et ses sbires car elles ont abusé du pouvoir. Elles ont piétiné les autres, en oubliant leur humanité. Elle ne punit pas Klemperer car lui, n'a pas abusé de son pouvoir. Il a été spectateur de la montée en puissance du nazisme, n'a rien fait pour combattre ou fuir, et s'est contenté d'être observateur - contrairement à Anke. En ce sens, il a une responsabilité passive, et ses regrets et sa honte sont naturels.

Mais Mother Suspiriorum n'est pas là pour punir ces êtres humains. Elle est là pour une justice supérieure, pour ceux qui dominent les autres de la pire manière possible.

Le Berlin de 1977 a alors un sens évident : la Fraction armée rouge à laquelle Patricia est censée être liée, est un groupe terroriste d'extrême gauche. Cette période, appelée automne allemand, est notamment marquée par l'enlèvement puis la mort de Hanns Martin Schleyer, ancien SS - chose mentionnée dans le film. Ou comme un air de chaos et de punition qui embaume l'air en Allemagne et en Europe.

 

photo, Chloë Grace Moretz Pauvre Patricia

 

C'EST QUOI CETTE SCENE POST-GENERIQUE ?

Eternuez et vous la raterez. Suspiria se termine par une courte scène post-générique, où Susie se tient dans l'un des coins secrets de l'école. Elle regarde quelque chose hors-champ, joue avec ses mains.

Rien de très clair ici, hormis peut-être un hommage au film de Dario Argento dans le décor. Luca Guadagnino n'a aucune envie d'expliquer ce moment et a simplement déclaré à Deadline : pour lui, le personnage regarde vers l'avant, vers quelque chose. Elle observe le monde et présage le futur. "Je pense que ce serait intéressant de savoir ce que c'est...". Ailleurs, il déclare : "Peut-être qu'elle nous regarde, nous ?" Merci Luca.

 

Photo Dakota Johnson

 

Le scénariste David Kajganich est un peu moins flou - encore que : "On savait qu'on voulait une scène post-générique. Elle n'était pas écrite. Elle a été tournée pendant qu'on tournait le film. Luca avait mentionné son envie d'avoir une scène pour juste pointer le regard vers le futur, pour faire de la place à plus d'histoire. J'ai plutôt aimé quand je l'ai découverte."

Simple troll arty ou plans plus précis sur d'autres films dans l'univers ? Un prequel trotterait déjà dans sa tête, autour de Markos.

 

Affiche française

commentaires

lii
04/05/2019 à 18:57

film nul et ennuyeux

TomTom
06/04/2019 à 17:35

.
"Ou comme un air de chaos et de punition qui embaume l'air en Allemagne et en Europe." : c'est moi ou j'ai l'impression que l'auteur de l'article justifie la violence terroriste communiste? Batisti a encore fait des émules visiblement.

Quant au film... à part Tilda Swinton, bof

jUSTEMOI
05/04/2019 à 00:34

Je suis fan de la trilogie d'Argento. Et franchement ce film est trop lent, les décors ternes. Et limite à la fin suspiriorum est une sorcière juste à l'image d'une espèce de justice supérieur casi divine ... Alors qu'a la base les 3 mères sont des sorcières cruelles qui se nourrissent du mal être et de la souffrance humaine. Franchement a choisir regardez l'original de 77 ... Vive le maitre Argento.

david
02/04/2019 à 23:55

si vous voulez vraiment voir une vraie sorciere je vous conseille plutot cereza dite bayonetta .

quarta di copertina
15/02/2019 à 20:05

.. sur la scène post-générique.. susie ne nous regarde pas.. elle touche le spectateur.. le destinataire du message.. elle veut nous envoûter nous!.. les séquelles sont en train de..
.. à suivre

Dirty Harry
28/11/2018 à 12:48

Un ratage intersidéral. Pas inquiétant une seconde (où est la menace ??), contexte lourdement appuyé si bien que dans la salle quelqu'un a crié "on s'en fout !" durant l'énième scène d'informations télévisées sur l'opération Entebbe, ou la bande à Baader. La soeur de Jabba the Hutt qui fait un caméo m'a achevé de rire de ce "machin" tellement prétentieux que l'objectif n'est pas atteint, que des non-choix artistiques (ils auraient pu utiliser ce lieu en Bavière qui a inspiré Argento lors de ses recherches qui est magnifique mais au lieu de ça on a droit à une salle des fêtes en stuc, à chaque fois que la danse arrive : "pas de musique" annonce Mme Blanc donc on est encore plus frustré et les nappes polies mais insipides de Thom Yorke n'y changent rien) et purée Dakota Jackson c'est vraiment pas une fille qui est captivante à regarder jouer (au contraire Tilda - qu'est ce que je fous là - Swinton). Mou, trop long, pas clair et laid, je préfère l'original.

cOTCOT
17/11/2018 à 20:33

Au contraire? le maquillage de Swinton est bluffant !

Dario De Palma
16/11/2018 à 18:06

Le problème du contexte historico-politique de ce SUSPIRIA c'est qu'il est appuyé lourdement (radio et télé toujours allumées déversant leurs infos, sirènes et tirs entendus hors champ...) et que ça se connecte mal avec le reste de l'histoire, ce qui concerne les personnages joués par Dakota Johnson et Tilda Swinton par exemple,
Par ailleurs comment le réalisateur et son scénariste pensaient-ils une seconde nous interpeller et même nous émouvoir sur la question de la "responsabilité" de "la morale" avec cette Tilda Swinton grotesquement grimée en vieillard façon Muppet Show, avec ce final carnavalesque où le "petit vieux" sorti d'un show de Patrick Sébastien nous parle de "culpabilité" aux côtés d'une sorcière obèse à lunettes et d'explosions gore à la Troma?

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