Cold Skin ou les joies du fantastique old school

Simon Riaux | 16 juillet 2019
Simon Riaux | 16 juillet 2019

On l’aura attendu longtemps, le Cold Skin de Xavier Gens. Après une tournée chaleureuse des festivals internationaux et une sortie internationale, le long-métrage débarque finalement en France, où un public impatient trépignait de le découvrir.

Artisan du genre capable d’évoluer aussi bien du côté du survival (Frontière(s)) que du huis clos d’anticipation (The Divide), Xavier Gens est un des artisans du cinéma de genre hexagonal qui depuis plus d’une décennie, n’en finit pas de surprendre, de remettre le métier sur l’ouvrage, afin de revenir vers le public avec des propositions fortes, à l’identité marquée.

Alors qu’il nous offre un récit fantastique qui s’inscrit dans une tradition devenue trop rare à l’écran, on revient sur ce qui fait de Cold Skin un plaisir old school indispensable.

 

photoEn DVD et Blu-ray dès le 17 juillet

 

JAMAIS SANS MON LOVECRAFT

Depuis plusieurs décennies, le maître de Providence est la pierre angulaire d’un certain imaginaire, qui irrigue directement ou indirectement aussi bien le jeu vidéo que le cinéma. Impossible de ne pas voir l’influence de ses univers ici, où derrière chaque ombre du décor semble se nicher un de ses cauchemars.

Le décor de Cold Skin paraît être directement issu de son cerveau torturé. Qu’il s’agisse de ce phare battu par les vents, de cette côte nue, sauvage, hostile, qui rappelle les récits d’errances maritimes du romancier, ou son héros, presque mutique, jeune, mû par un élan de curiosité si typique de ses héros, on navigue en territoire connu.

Mais avec ses nuées de créatures aquatiques, aux attributs amphibiens et pourtant si délicatement humains, il semble que Cold Skin (au-delà des mythes « classiques » plus ou moins connectés à l’Atlantide) évoque directement Le Cauchemar d’Insmouth, un des rares textes posthumes de Lovecraft. Avec son village damné peuplé de monstres vénérant Dagon, humains mutants semi-aquatiques et secrets immémoriaux, le terrifiant chef d’œuvre du romancier entretient une filiation étroite avec le film qui nous intéresse.

 

Photo David Oakes (III)Lovecrat n'est jamais loin

 

LE PHARE À ON

Ce n’est pas un hasard si The Lighthouse de Robert Eggers a pour unique décor un phare, tout comme on n’était pas franchement étonné de retrouver des tronches comme Peter Mullan ou Gerard Butler dans le thriller Keepers. Le phare est un décor de cinéma (et de littérature) qui offre bien des avantages et charrie un imaginaire conséquent.

Symbole de l’isolement, de la frontière, ce lieu où se mêlent la terre des hommes et un continent liquide bien plus mystérieux, une terra incognito en forme d’exhausteur pour l’imagination, le phare est le lieu où se plonger dans les ténèbres par excellence. Sorte de version condensée du château fort, c’est en outre un décor qui se prête particulièrement bien, et naturellement à la caractérisation. Et c’est ce que découvre le spectateur, comme le personnage principal, dès son arrivée sur l’île où se déroulera l’action.

Le phare est le personnage principal de Cold Skin, auquel il offre d’infinies possibilités de jeux de lumière, quantité de perspectives visuellement passionnantes.

 

PhotoC'est une bonne position ça, phariste ?

 

L’AMOUR DE LA BÊTE

On reconnaît le cinéma fantastique qui nous manque cruellement à l’heure actuelle en cela qu’il a toujours veillé à travailler son bestiaire, physiquement ou philosophiquement. Tout d’abord, la créature humanoïde est toujours un excellent terreau pour interroger notre humanité. Question qui taraude tout un genre de cinéma : le monstre est-il l’Autre, ou nous-mêmes ? Cold Skin se garde de trop avancer ses billes en la matière et on l'en remercie.

Mais au-delà de la confrontation symbolique en différentes formes d’humanité, ce qu’on apprécie grandement dans le film de Xavier Gens, c’est un goût particulier pour le mélange des techniques. Bien sûr, le métrage a abondamment recours au numérique, notamment pour donner vie à cette île inquiétante et ses abords émaillés d’épaves (à l’origine d’une très impressionnante séquence en scaphandre), mais sait apporter un soin immense à son bestiaire humide.

 

PhotoD'étranges compagnons de route

 

Il faut dire que le réalisateur a été servi par des techniciens d’exception. Entouré de Cesar Alonso (Edge of Tomorrow), Arturo Balseiro (Wolfman) ou encore Sebastian Lochmann (Annihilation), il a pu laisser libre cours à sa vision. Les êtres aquatiques qui peuplent Cold Skin témoignent d’ailleurs de cette même intelligence dans l’usage de moyens modestes. Ainsi, ils existent grâce à de formidables interprètes aux mouvements impeccablement chorégraphiés, des maquillages d’une belle précision, mais aussi des transformations numériques extrêmement discrètes.

Dans la vie qui émane d’eux, le regard profondément empathique que leur adresse Xavier Gens, c’est toute une histoire du cinéma qui se réanime soudain. Et le temps de Cold Skin, L'Étrange Créature du lac noirLe Continent des hommes poissons et la tragédie Vernienne de 20 000 lieues sous les Mers ou des Indes Noires s’assemblent merveilleusement à l’écran.

 

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commentaires

Pitbull
19/07/2019 à 18:13

Perso je suis pas un fan ni du réalisateur ni de l'acteur qui fait l'ami. J'ai maté le début en pensant couper dans les 10 minutes. Méga surprise, le film m'a accroché de fou! Même l'acteur qui fait l'ami que je trouve prétentieux en général, je dois avouer que là il assure.
GG les gars, si y en avait eu un deuxième je le matais direct.

Criticiné
19/07/2019 à 11:10

Génial!
Les plus:
- des acteurs parfaitement choisis pour leur rôle et qui jouent magistralement.
- Une atmosphère sinistre au possible tout en restant vraiment réaliste.
- des effets spéciaux hyper convaincants.
- la juste dose entre action, émotion et contemplatif.
- Pas de gentils tout blancs qui ont gagné d'avance et de méchants tout noirs qui n'ont que ce qu'ils méritent. C'est plus complexe que ça et c'est tant mieux!
- Une musique et une voix off qui nous emmènent au plus près de ce qu'ils vivent.
Les moins:
- certaines scènes nous laissent avec des questions dont on aura jamais les réponses (parfois des détails mais bon quand même...).
- un scénario un peu prudent, il aurait pu nous emmener plus loin encore.
- Une fin qu'on aurait voulu moins énigmatique (mais c'est peut-être dans l'optique d'une suite... :-D).
Fan du genre, ma note est de 8,5/10.
Je recommande à tous même les non fans.

Meh
19/07/2019 à 02:48

Entre les "Génial" et les "Nul à chier", point de salut, il faudra se faire sa propre idée.
J'ai beaucoup aimé The Divide, et tout autant Lovecraft, ça devrait le faire.
Quant aux longueurs... Moi, je ne me suis pas ennuyé du tout devant Too Young To Die Old... Donc là aussi, je suis tranquille.

Pat
18/07/2019 à 19:21

Film décevant, trop long par rapport à qu'il a à raconter et problème pour installer un climat mystérieux.

Cinéclap
18/07/2019 à 18:21

Exceptionnel!
Si vous aimez les Jason Statham et autres Terminator, X-Men... Ne regardez pas, vous ne comprendrez pas...
Là on est pas dans le petit cinéma où on vous balance des actions que vous n'avez plus qu'à avaler les unes après les autres jusqu'au générique de fin.
Là on est dans le vrai, dans le juste. Quand tu arrives trop vite dans un virage, l'intensité n'est pas dans l'instant où tu fais des tonneaux, elle est dans l'instant d'avant, celui où un milliard de choses se passent... le plus petit détail à partir de ce moment va avoir une incidence sur la suite, et dans ton cerveau c'est l'effervescence, on pourrait le lire dans tes yeux. Cet instant est presque mystique. Le moment où tu fais des tonneaux, ce n'est plus de l'intensité, c'est simplement de la peur, de la douleur. Donc que tu te vautres ou que tu sauves finalement ton virage, cela ne change rien à l'intensité de cette expérience.
Hé bien dans certaines scènes de Cold Skin, on partage l'intensité de ce que vivent les acteurs. Grâce à une atmosphère parfaitement créée, des effets spéciaux très convaincants et un jeu d'acteur spectaculaire, on assiste pas toujours à une action, on vit l'intensité du moment qui le précède ou/et qui le suit. Et ça c'est du cinéma comme on aime!
David Oakes (L'ami), est un comédien bourré de talent et il a atteint la maturité nécessaire pour nous en faire profiter.
Un film réussi !
Pour les moins, le scénario est déjà pas mal mais aurait pu aller plus loin. Dans la suite peut-être...

Chris
18/07/2019 à 00:42

Film sympa grâce à son ambiance mais plutôt assez moyen, beaucoup de longueurs inutiles et on s'ennuie très vite (je l'ai regardé en trois fois car après 30 min j'en avais un peu marre). Je me demande où Simon Riaux à vu une scène impressionnante en scaphandre, elles dure 2 min dans tout le film et il n'y s'y passe rien d'extraordinaire (il plonge, il remonte des caisses et on voit une créature passer... Wahouuu génial). Malgré l'histoire minimaliste, l'ambiance y est malgré tout, ce qui en fait un film intéressant à voir si on n'a pas envie de dormir car là ce sera mission impossible d'aller jusqu'au bout ;) Encore un film surcôté par monsieur Riaux, pas ma première déception suite à ses conseils.

Smart
17/07/2019 à 22:33

Je me le refais aujourd'hui! La qualité des effets spéciaux, une bonne histoire, l'atmosphère glauque mais réaliste, de l'action comme on aime, de l'émotion pour qu'on les aime, personne qui est tout blanc ou tout noir, les acteurs jouent à merveille. On est jamais totalement un salop ou totalement un héro ou un lâche, on est un peu tout ça à des degrés différents. Et ces 2 acteurs l'interprètent avec justesse. Si le scénario avait osé un peu plus se mouiller, on était dans le chef d'oeuvre!

Micmac
17/07/2019 à 22:20

Réal qui aurait pu être poussée plus loin mais un très bon film quand même, tant l'atmosphère et le jeu des acteurs sont puissants.
A voir ...et à revoir car il y a un tas de clins d'oeil et de détails qu'on ne saisi qu'au deuxième visionnage... Bravo à Oakes et à Stevenson en qui on reconnaît une part de nous, tellement leurs émotions sont jouées avec justesse...
Espérons une suite... ????

Ken
17/07/2019 à 15:56

Nul à chier l’acteur principal joue très très mal il Cole pas au décors, en fin d’un ennui de malade

Andarioch
17/07/2019 à 14:30

@tomtom

Tu as vu le film?
Ou plutôt tu as déjà lu du Lovecraft?

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