Retro gaming : Dino Crisis, le Resident Evil avec des dinosaures

Geoffrey Crété | 9 juillet 2016 - MAJ : 19/04/2020 17:33
Geoffrey Crété | 9 juillet 2016 - MAJ : 19/04/2020 17:33

Parce qu'il n'y a pas que le cinéma dans la vie, et que le jeu vidéo a toujours été cousin du septième art, Ecran Large revient avec nostalgie et envie sur quelques amours passées sur console. Première escale avec Dino Crisis, le cauchemar des dinosaures de Capcom sorti en 1999.

1999. Après le succès phénoménal des deux premiers opus, Capcom s'apprête à sortir Resident Evil 3 : Nemesis sur Playstation. A Hollywood, Le Monde Perdu, la suite de Jurassic Park, et dans une moinde mesure Godzilla de Roland Emmerich, ont prouvé que les dinosaures étaient (re)devenus à la mode. Ainsi arrive Dino Crisis.

 

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JURASSIC EVIL

Dino Crisis n'a pas volé son étiquette de Resident Evil avec des dinosaures : le jeu vidéo a été produit et dirigé par Shinji Mikami, le créateur de la saga des zombies.

Les déplacements des personnages, les écrans de chargement entre chaque pièce, des coffres pour gérer son inventaire limité, un savant mélange de suspense et de gore, des énigmes à résoudre et des clés à dénicher : le programme de Dino Crisis ne surprendra pas les fans de zombies. Grande nouveauté néanmoins : les environnements 3D qui permettent des mouvements de caméra qui accompagnent le personnage, et renforcent la mise en scène soignée.

La qualité graphique en souffre comparée aux arrière plans des Resident Evil, mais ce choix permet à Dino Crisis de renforcer son immersion en créant une belle ambiance. Lorsqu'un travelling arrière accompagne la fuite de Regina confrontée au T-Rex, ou que la caméra effectue des mouvements redoutables pour habiller l'exploration des laboratoires déserts, Capcom affirme son désir de modernité, plutôt qu'une volonté simple de reproduire une formule.

 

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L'ILE MYSTERIEUSE

Après Jill Valentine et Claire Redfield, le fan de Resident Evil retrouvera une héroïne badass. Membre d'un commando d'élite, la rousse Regina débarque ainsi sur l'île d'Ibis pour retrouver un docteur Kirk, laissé pour mort après ses expériences sur la mystérieuse Tri-Energie. Parachutée avec Gail, Rick et Cooper (dévoré dès son arrivée), elle découvre un centre de recherche désert, à l'exception de quelques dinosaures énervés. Car ces expérimentations dangereuses autour d'une source d'énergie ont ouvert un vortex spatio-temporel avec la préhistoire.

Là encore, difficile de ne pas voir un parallèle évident avec le commando S.T.A.R.S. du premier épisode de Resident Evil, qui enquête sur une série de meurtres et échoue dans un manoir peuplé de créatures où ont été menées des expériences pas très catholiques. Dino Crisis en reprend tout le concept, avec une exploration découpée entre quelques affrontements scriptés, des ennemis à éviter, des énigmes à vaincre et des portes à ouvrir. Tout le gameplay repose donc sur d'inombrables allers-retours et la récolte de précieuses informations pour se frayer un chemin dans le cauchemar, ponctué de quelques discussions avec ses collègues.

 

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CINQUANTE NUANCE DE GRIS

La grande différence de Dino Crisis réside dans la froideur de ses décors. Privés de leur habitat naturel avant un Dino Crisis 2 qui variera les plaisirs dans la jungle, les dinosaures chassent intégralement dans le gris et le noir d'un centre de recherche high tech. Hormis quelques passages nocturnes en extérieur, sans horizon ni ouverture, Dino Crisis est une expérience quasi monochrome. Une séquence de jungle a d'ailleurs été abandonnée à cause des limites techniques imposées par les environnements 3D de l'époque.

Un choix particulièrement frappant après deux Resident Evil qui avaient pris soin de surprendre le joueur avec un éventail d'ambiances, allant du manoir aux égoûts en passant par un vieux jardin. Le décor du laboratoire était déjà incrusté dans l'ADN de la franchise des zombies, comme la dernière et inévitable étape d'un cauchemar avant le boss final. Dans Dino Crisis, il devient le théâtre exclusif de l'aventure.

 

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DINOTOPIA 

A l'époque, Capcom tente de vendre Dino Crisis comme autre chose qu'une pâle copie de Resident Evil : fini le survival horror, place au panic horror. Mikami parle d'un vrai jeu d'horreur, plus sérieux et viscéral qu'un Resident Evil qu'il apparente à une maison hantée.

Cette volonté d'offrir plus de frissons est grossièrement illustrée par quelques rares QTE où Regina est attaquée par surprise, obligeant le joueur à appuyer frénétiquement sur toutes les touches pour repousser la bête, voire éviter une mort certaine. L'horrible musique tonitruante et le mot "DANGER" qui clignote à l'écran traduisent maladroitement ce désir qui reste finalement anecdotique dans l'entiéreté du jeu.

L'effet sera plus convaincant dans les moments où les dinosaures franchissent les portes hors-champ pour poursuivre le personnage, brisant ce privilège de segmenter l'action par les écrans de chargement - RE3 utilisera la même ficelle avec Nemesis, capable de poursuivre Jill de pièce en pièce. Dans ces moments-là, le jeu se révèle particulièrement malin et joue avec les nerfs, notamment lorsqu'il devient nécessaire de fuir les combats par manque de munition ou de santé.

 

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Reste que Dino Crisis est loin de procurer de vrais frissons durables, malgré une petite angoisse omniprésente la première heure. 

Avec seulement cinq types de dinosaures à affronter, la chose se révèle en plus très répétitive. Seuls les Therizinosaurus, massifs et violents, seront de vrais adversaires puisque les raptors, très présents mais peu réactifs, sont facilement contournables. Les rares apparitions des minuscules compsognathus, inutiles et inoffensifs, ressemblent plus à un clin d'oeil au Monde perdu qu'à autre chose, tandis que le T-Rex reste véritablement sous-exploité. Car au-delà d'une mise en scène qui en fait naturellement un ennemi dantesque, chaque rencontre avec le roi des dinosaures laisse un arrière-goût d'inachevé, comme un éternel rendez-vous manqué.

 

Dinos

 

QI CRISIS

Ce qu'il manque niveau action et frissons, Dino Crisis ne le comble pas rayon réflexion. Le jeu oscille ainsi entre une simplicité désarmante et une difficulté incompréhensible. Les mots de passe indispensables à la progression illustrent parfaitement ce paradoxe : il faudra ainsi déchiffrer des codes avec des méthodes parfois ridicules, pour réaliser que le sésame du laboratoire est le mot "laboratoire".

Regina devra s'armer de beaucoup de clés et disques à coupler pour ouvrir l'accès aux verrous informatiques, avec des dénominations abstraites (B1, N1) pour rendre la plus tâche plus ennuyeuse et obscure encore. Il suffit ainsi d'écouter d'une oreille abstraite une conversation ou ne pas prêter attention à l'un des inombrables mémos laissés sur une table pour être complètement désarmé face à une porte fermée. La progression se révèle donc parfois difficile et insatisfaisante, avec l'impression très nette d'être plus freiné par un disque DDK que le raptor qui patrouille dans le couloir. 

Même chose du côté des munitions, avec un système de mélange et de création qui offre une certaine liberté dans la gestion de ses ressources. L'idée est intéressante, mais n'apporte au final rien de bien convaincant - là encore, comme dans RE3 qui a essayé le système de poudres à mixer.

 

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IN THE MOOD FOR BLOOD

La grande force de Dino Crisis est donc sans conteste son ambiance. La musique de Makoto Tomozawa, Akari Kaida et Sayaka Fujita (les deux premiers étant passés par Resident Evil) reste particulièrement saisissante, avec un certain nombre de thèmes envoûtants, qui traduisent parfaitement l'angoisse des décors métalliques. Elle joue un rôle majeur dans le jeu, et notamment dans les moments de tension où Regina et le joueur sont confrontés à un choix entre deux options proposées par Gail le bourrin et Rick l'humaniste.

C'est probablement ce qui reste le plus en mémoire dans Dino Crisis. Car malgré son postulat très excitant et une immersion enthousiasmante, ainsi qu'une poignée de séquences inoubliables, le jeu ne tient pas ses promesses. Avec une durée de vie trop maigre, l'expérience se révèle frustrante. Le constat est pire encore lorsqu'on le compare aux premeirs Resident Evil, qui offraient de longues et fantastiques heures de suspense, d'exploration, de tension et de magie lugubre.

La tournure prise par la franchise Dino Crisis ne fera que confirmer le problème. Après une carrière honnête mais loin derrière le premier Resident Evil par exemple, la suite sortie fin 2000 adoptera une approche de shoot et d'action guerrière, avant qu'un troisième volet se déroulant dans l'espace, avec des créatures génétiquement modifiées, ne vienne enterrer tout espoir en 2003.

 

photoIl y a aussi le bourrin Dino Crisis 2

commentaires

Ann Perkins
09/07/2016 à 18:14

Ca, ou un remake. Vu qu'ils sont lancés dans celui de Resident Evil 2.

Zanta
09/07/2016 à 18:10

En effet, beautiful Ann Perkins, que de scènes marquantes dans ce jeu.
Si une major pouvait s'emparer de la marque pour livrer une adaptation ciné rated R, on aurait enfin une parfaite alternative à Jurassic World et sa dérive Asylum

Ann Perkins
09/07/2016 à 17:39

Ca me redonne envie d'y jouer tiens. Rien que pour l'apparition du T-Rex dans le bureau avec la baie vitrée.

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