Retro gaming : Half Life, monument incontournable et grandiose qui a bientôt 20 ans

Geoffrey Crété | 19 mai 2018
Geoffrey Crété | 19 mai 2018

Parce qu'il n'y a pas que le cinéma dans la vie, et que le jeu vidéo a toujours été cousin du septième art, Ecran Large revient avec nostalgie et envie sur quelques amours passées sur console.

Après Dino Crisis, Mass Effect et Parasite Eve II, place à un autre classique qui a marqué une génération ou deux : Half-Life. Une aventure qui a lancé l'une des sagas les plus aimées de ces dernières décennies, nourissant l'imaginaire et les espoirs de nombreux gamers. Dans l'ombre d'un Half-Life 3 qui relève encore du fantasme, retour sur le premier épisode de la création du studio Valve Corporation, sortie fin 1998.

  

 

 

PORTAL

Vous vous éveillez dans un train, sur des rails perchés dans le vide au milieu de divers complexes sous-terrains où s'affairent scientifiques et militaires. Bienvenue dans le centre de recherche Black Mesa, au Nouveau-Mexique. Il est 8h47 du matin, et vous arrivez pour participez à une expérience top secrète. Vous êtes Gordon Freeman, le seul et unique.

Half Life commence comme une bonne série B, avec son lot de secrets défense, de laboratoires mystérieux, de décors high tech et d'expérience qui tourne mal et provoque le chaos. A cause d'une tentative d'ouvrir un portail vers une autre dimension qui déraille, une partie du complexe est détruite et un paquet d'aliens débarque dans Black Mesa, prêts à tomber sur le premier venu pour lui broyer les os ou lui bouffer la cervelle. 

Armé d'une combinaison spéciale pour affronter les milieux hostiles, d'un pied de biche et puis d'une farandole d'armes, Gordon devra se frayer un chemin à travers les hordes de créatures belliqueuses et visqueuses, mais aussi affronter les militaires envoyés pour effacer toute trace de l'incident et éliminer les témoins. Un chemin de croix qui passera par des laboratoires, des égouts, le désert, des zones de guerre, et s'achèvera dans la dimension alien nommée Xen.

 

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FULL LIFE

Derrière Half-Life, il y a Valve Corporation, un studio américain fondé en 1996 par deux anciens de Microsoft ayant vendu leurs stock-options : Gabe Newell et Mike Harrington. Après avoir récupéré le moteur graphique de Quake, le duo réunit une équipe avec de grandes ambitions de créer un jeu d'action en 3D, sous forte inspiration du cinéma et de la littérature, le titre de travail étant Carquois, en hommage à la base militaire d'Arrowhead dans The Mist de Stephen King. L'éditeur Sierra On-Line y croit un peu, et leur donne 30 000 dollars.

En 1997, Half-Life est présenté à l'Electronic Entertainement Expo, avec une date de sortie prévue pour novembre... face à Quake II. Une stratégie de business classique, avant une décision qui l'est nettement moins : quasi arrivée au bout du jeu, après en avoir travaillé tous les éléments séparément, l'équipe constate que leur création n'est pas réussie. Ni assez divertissante, ni assez cohérente une fois que tout a été assemblé.

La sortie est alors repoussée d'un an, le temps de tout recomposer. Un niveau-type est créé, qui réunit tous les éléments voulus. Ce test, l'équipe le décrira comme "Die Hard rencontre Evil Dead". Ce sera la pierre angulaire de Half-Life tel que le public le découvrira, avec trois idées fondatrices : beaucoup de péripéties déclenchées au rythme du joueur, adaptées à son style de jeu et non plus imposées dans leur timing ; une intéractivité avec le décor ; et enfin, une utilisation plus limitée du die and retry, pour que le joueur puisse avoir l'opportunité d'éviter le danger.

 

 

 

Une petite équipe centrale est alors constituée, avec plusieurs départements, pour s'affairer et concevoir l'identité du jeu - du design des niveaux à celui des ennemis, de l'intrigue au gameplay. Le game designer Ken Birdwell dira plus tard que ce groupe, appelé "cabal", a été la principale raison de la réussite de l'entreprise. Avec une bible de plus de 200 pages sur l'univers et toutes ses facettes, ils organisent la suite, et donnent un grand mouvement pour que chaque département avance dans la même direction.

L'auteur Marc Laidlaw est même engagé pour consolider l'histoire. Le noyau à l'origine de la bible supervise tout le travail pour en assurer l'harmonie et le sens. En quelques mois, les tests de version beta sont lancés. Les niveaux qui ne plaisent pas ou ne fonctionnent pas sont retirés, les ajustements sont faits.

Le jeu sera un succès. En 1999, Half-Life sera le cinquième plus gros succès de jeu vidéo, et Valve empochera finalement plus de 33 millions en l'espace de trois ans. En 2008, il était estimé que plus de 9,3 millions de copies avaient été vendues.

 

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INVASION : XEN

Pourquoi donc Half-Life reste t-il ce classique indémodable et inaltérable ? Parce que bien au-delà des couches de pixels, il y a la puissance intemporelle d'une odyssée réjouissante et ultra-rythmée, irréprochable en matière de spectacle, action, aventures, épreuves, exploration et affrontements.

De ses premiers instants dans les couloirs d'un laboratoire secret à sa dernière ligne droite dans la dimension démoniaque de Xen, le jeu se pose comme un condensé presque absolu de plaisir et sensations, gigantesque best of à la croisée des genres. Affronter de petits aliens type facehugger ou de grosses bestioles bien baveuses, canarder des soldats armés de mitraillettes et grenades, ou croiser des espèces de ninja tout droit sortis d'un délire ; explorer des bureaux, des cavernes, des déserts, des champs de bataille, des zones de guerre, des souterrains ; ressentir la pression des espaces clos où chaque porte peut cacher une bestiole, puis affronter l'horizon brûlant face à un hélicoptère énervé ; se mesurer aux ramifications d'un complot à la X-Files ou à la mythologie étourdissante d'un complexe alien qui flotte dans les nuages... 

Half-Life, c'est une certaine idée de la perfection. De la formule entière, roborative, satisfaisante à tous les niveaux tant la diversité, la richesse, le plaisir se retrouvent dans chaque niveau, chaque recoin, chaque situation. Un parfait alliage entre la simplicité folle d'une intrigue (un homme qui tue des méchants, sans dire un mot) et d'un gameplay, et la grandeur silencieuse de l'univers et sa mise en scène.

 

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Si le jeu reste puissant malgré les années, c'est parce qu'il a mené deux batailles : celle de l'action et du divertissement ultime, avec une belle difficulté croissante et une rejouabilité délicieuse, mais également celle de la mythologie. Impossible de ne pas saluer les éléments éparses glissés sur ce monde étrange, à l'image de l'énigmatique G-Man, aux yeux aussi envoûtants que ses paroles sont perturbantes. Le voir apparaître au détour d'un niveau, à observer Gordon Freeman, et l'entendre lâcher cet ultimatum final offrent un génial carburant pour l'imaginaire, lequel permet à Half-Life de garder sa force.

L'univers aura bien sûr été approfondi dans Half-Life 2, suivi de Episode One en 2006 et Episode Two en 2007, sans oublier les Opposing Force ou encore Blue Shift. L'histoire de Gordon s'est terminée sur un cliffhanger censé être traité dans un troisième opus devenu une plaisanterie. Dix ans après, et malgré les multiples rumeurs et fausses alertes, l'aventure reste privée de fin. Mais l'univers, lui, a continué à grandir du côté de Portal, deux jeux Valve qui se déroulent dans le même monde, comme l'ont indiqué plusieurs indices et clins d'œil.

 

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PASSION MESA

Preuve que la magie Half-Life est éternelle ou presque : Black Mesa. Après la sortie du grandiose Half-Life 2 en 2004, suite véritablement fantastique puisque extension et réinvention véritable de l'univers, Valve Corporation a ressorti plusieurs titres avec leur nouveau moteur graphique. Dont le premierr Half-Life, retitré Half-Life : Source. Mais le résultat n'emporte pas l'adhésion, et laisse un goût de frustration en bouche pour beaucoup.

C'est là que quelques fans décident de remédier à ce problème, en recréant eux-mêmes entièrement le jeu original avec des outils modernes, pour en tirer le meilleur potentiel sans en dénaturer l'âme. Né sur les forums de joueurs passionnés venus des quatres coins du globe, avec d'abord deux "équipes" distinctes, le projet devient finalement une aventure commune lorsque les deux bandes se réunissent. Une équipe de quelques dizaines de personnes se lance dans ce qui était alors appelé Black Mesa : Source. Valve demande à ce que ce dernier mot soit retiré, pour éviter toute confusion, et attester que le projet n'a rien d'officiel - jusqu'à ce qu'il le devienne, plus tard.

  

 

Environ huit années plus tard, jusqu'à ce que l'œuvre magique ne soit offerte, fin 2012. Il n'est pas parfait et comporte des bugs, il n'est pas complet puisque les niveaux de Xen ne sont pas là, mais peu importe : le résultat est impressionnant et le public visé, enthousiaste au possible. Si bien que Valve décidera finalement d'intégrer officiellement Black Mesa sur Steam, en faisant alors un petit miracle arrivé à bon port. Qui pourra ainsi rencontrer un plus large public. Les niveaux de Xen, maintes fois repoussées, sont encore attendus.

Cette renaissance, en plus d'être un plaisir pour les yeux, et un tour de force technique, rappelle bien à quel point Half-Life n'a pas simplement été un succès en son temps, arrivé au bon moment avec une bonne formule. Black Mesa, de sa genèse à son succès puis son adoption par Valve, a démontré le caractère intemporel de l'œuvre, qui reste encore aujourd'hui une référence absolue.

 

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BREF

Que ce soit la première partie lancée à la fin des années 90 ou des années après, ou bien un énième re-run dans une version ou une autre pour reprendre son petit shoot d'adrénaline, Half-Life reste du classique pur et dur, ravageur et terriblement satisfaisant.

Et la preuve absolue que le pixel et ses ravages supposés sur l'œil du gamer moderne, ne sont rien face à une chose : une réussite magnifiquement calibrée et façonnée, qui hante encore la mémoire et l'imaginaire.

 

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commentaires

Sminche
20/05/2018 à 12:09

Pas un mot sur Concerned ?

Babar77
19/05/2018 à 14:37

ça ferait une bonne pub pour Optic 2000 cette affiche.

L'autre
19/05/2018 à 14:26

Bon article !
Je recommande chaudement Black Mesa moi aussi. Je l'ai fais il y a peu de temps et c'était du bonheur en barre !!!!

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