Harley Quinn : et si la série animée était la meilleure version du personnage féminin culte de DC ?

Déborah Lechner | 28 février 2020 - MAJ : 28/02/2020 12:47
Déborah Lechner | 28 février 2020 - MAJ : 28/02/2020 12:47

Depuis sa sortie en salles au début du mois, Birds of Prey et la fantabuleuse histoire de Harley Quinn peine à décoller au box-office et s’annonce comme une petite déception financière pour le retour semi-événement du personnage au cinéma. C’est donc du côté de la télévision qu’il faut se tourner pour assister à l’avènement de la fantasque Harley Quinn. On était déjà très enthousiaste pour le pilote et maintenant que la première saison est terminée, on peut dire que la série est clairement à la hauteur de ses promesses. 

ATTENTIONS : SPOILERS !

RETOUR VERS LE FUTUR 

La Harley Quinn de Kaley Cuoco est probablement la version la plus aboutie du personnage et c’est dit avec tout l’amour du monde pour Batman, la série animée qui lui a donné vie. En partant d’une simple acolyte du Joker qui se différencierait de ses sbires anonymes en apportant encore plus d’extravagance à ses apparitions, Paul Dini et Bruce Timm ont au final créé un personnage à part entière, complexe et attachant, qui n’a toujours pas trouvé d’égal auprès de nombreux fans. C’est donc sur cette base que sont partis les créateurs Justin HalpernDean Lorey et Patrick Schumacker en proposant une évolution de cette héroïne inclassable et unique de DC.

Pour ne pas dénaturer cette folle tête blonde, la série complète le personnage d’origine en approfondissant certaines facettes qu’on lui connaissait déjà, mais ne le réinvente pas, contrairement à la première version live jouée par Mia Sara dans Les Anges de la nuit (on en parle ici), le jeu vidéo Batman : Arkham Asylum ou encore la série de comics Suicide Squad. On comprend d’ailleurs que la série reprend le flambeau de celle de 1992 dès le premier épisode où Harley apparaît pour le pilote dans son costume d’origine avec son énorme maillet et sa coiffe à grelots, en compagnie de son poussin en costume violet (en plus de nombreuses références et situations ressemblantes entre les deux séries). 

 

photo, Harley QuinnLe début de la fin 

 

La série ne renie donc pas l’héritage d’Harley Quinn, qui est au départ née pour servir le Joker, tout comme Harleen Quinzel est morte pour lui. Contrairement à Birds of Prey qui évacue le Clown Prince du Crime de Jared Leto comme on tire la chasse pour pouvoir se concentrer peinard sur Margot Robbie, la série de DC Universe veut qu’Harley se détache elle-même de son bourreau et indirectement créateur pour qu’elle écrive sa propre histoire, voire réécrive son origin story à sa convenance, comme elle le fait dans un des épisodes.

En même temps, on imagine difficilement le Joker laisser Harley vagabonder librement dans Gotham pour se faire une réputation sans qu’il revienne sans cesse la tourmenter pour son simple plaisir. Son ex-tortionnaire et manipulateur doublé par Alan Tudyk est ainsi le principal obstacle qui barre la route d’Harley, même s’il n’apparaît qu’assez peu sur toute la saison.

C’est lui qui, à travers l’obsession qu’elle lui porte, a façonné son existence, ses motivations et son caractère. S’en défaire ne se fait pas du jour au lendemain et c’est toute la raison d’être de la série qui raconte son long parcours d’émancipation. Un désir qui a germé sous la direction de Bruce Timm et Paul Dini dans des épisodes dédiés, sans qu’elle parvienne à s’en détourner pour autant, ou du moins pas encore. 

 

photo, Harley QuinnQue les choses sérieuses commencent 

 

THIS IS A QUINN’S WORLD 

Si Harley Quinn a été pensée comme une jeune femme irrévérencieuse, déjantée et dangereuse, le cadre bon enfant de la série de 1992 l’empêchait de totalement laisser exploser sa personnalité. En choisissant de s’adresser à un public adulte, Harley Quinn est plus extrême, mais aussi plus en accord avec l’écriture du personnage, qui n’a définitivement plus aucune retenue. La série saute ainsi à pieds joints dans la violence graphique et la vulgarité pour exploiter tout le potentiel dessiné par Bruce Timm et Paul Dini, contraints de ne pas trop choquer leur jeune public.

 

photoMême King Shark est choqué 

 

Pour mieux affirmer le fort caractère d’Harley et toute sa dualité, Kaley Cuoco qu'on connait pour son rôle dans The Big Bang Theorypasse brillamment du ton innocent et doux semblable à celui d'Arleen Sorkin dans Batman, la série animée, à un raz-de-marée d'insultes virulentes. Ce défoulement permet également de se rendre compte de la force et l’endurance trop peu évidentes de l’ancienne docteure, qui n’a par exemple aucune difficulté à briser les genoux de ceux qui la cherchent un peu trop ou à se relever après s’être pris plusieurs droites et coups de couteau. 

En plus de la vulgarité et de la violence qui lui correspondent, les épisodes adoptent entièrement la mentalité d’Harley Quinn. La série est de ce fait ce que DC a pondu de plus drôle, car tout est pris avec légèreté et absurdité, que ce soit dans l’écriture des protagonistes ou les missions d’Harley qui consistent entre autres à trouver un QG pas trop cher, un super-héros suffisamment connu pour être le parfait némésis ou encore le coup grandiose à faire pour être repéré par la Legion of Doom. 

 

photoUne route semée d'embûches jusqu'à la liberté 

 

Les personnages sont aussi tels que Quinn les voit, loin de l’image culte et sérieuse qu’en ont les fans, avec un Batman (Diedrich Bader) rabat-joie et antipathique qu’elle accuse régulièrement d’avoir des relations sexuelles avec des chauves-souris, des super-vilains tournés en ridicule avec une vie et des préoccupations étonnamment banales ou encore un commissaire Gordon (Christopher Meloni) à la ramasse et surcaféiné qui doit avoir de sérieux problèmes de solitude pour en arriver à vouloir faire copain-copain avec le justicier solitaire.

Le retour à l’animation cartoonesque permet également de mieux représenter la bulle colorée, fun et invraisemblable dans laquelle elle vit. En s’affranchissant des limites du possible et du crédible, la série gagne en inventivité, particulièrement pour les combats acrobatiques de l’ancienne gymnaste. Harley Quinn propose aussi plusieurs claques visuelles délirantes, comme quand la criminelle entame une course-poursuite sur une autoroute rose fuchsia interminable à mi-chemin entre la route arc-en-ciel de Mario Kart et un niveau de Sonic, qu’elle a fait construire après avoir menacé la ville avec des missiles nucléaires. Du Harley tout craché. 

 

photo"Copain ?"

 

QUINN IS DEAD, LONG LIVE THE QUINN 

En plus de reprendre tous les traits de caractère qui rendent le personnage de Paul Dini et Bruce Timm si singulier, comme sa naïveté, son infantilisme ou son impertinence en leur apportant une nouvelle dimension, Harley Quinn creuse davantage les faiblesses et les erreurs de la jeune femme. Pour la défaire de son rôle d’acolyte du Joker, la série développe son contexte familial et son passé en allant plus loin que Mad Love qui ouvrait les portes de son origin story, lui permettant d’avoir une existence au-delà du Joker.

En pansant ses blessures et en réparant ses torts, qu’ils soient liés à son Mister J ou non, elle s’en libère et trouve petit à petit son indépendance et son identité, ce qui la rend bien plus courageuse, attachante et pardonnable. En parfaite métaphore, à un moment, le Clown Prince du Crime oblige Harley à renfiler son ancien costume qui symbolisait jusqu’ici sa soumission et son appartenance.

 

photoBeaucoup plus sensible que le Joker

 

Si elle finit par le revêtir, à ce moment-là, la jeune femme n’a plus rien de l’ancienne Harley influençable qui laissait un psychopathe au look ringard lui dicter sa vie. La série porte ainsi un fort message féministe et ne tente pas de faire d’Harley une tête brûlée badass et inébranlable peu crédible, mais plutôt une femme en quête d’émancipation après des années de servitude (qui braque des banques et essaie de tuer Batman à l’occasion, certes). 

Cette dimension plus humaine et véritable des personnages féminins forts de DC passe également par l’écriture de Poison Ivy (Lake Bell) qui déconstruit son image de femme émancipée et irrésistible. La nouvelle colocataire d’Harley est une femme froide, blasée et solitaire qui cache en réalité la peur d’être abandonnée, ce qu’elle parviendra à surmonter avec une relation intime inattendue et son amour sincère pour Harley.

Cette écriture plus subtile que le ton de la série n’est malheureusement pas appliqué aux membres de l’équipe d’Harley, qui restent des caricatures d’eux-mêmes, comme Gueule d’Argile (Alan Tudyk) en comédien frustré ou Doctor Psycho (Tony Hale) en misogyne rejeté par la société, alors qu’ils prennent de plus en plus d’importance au fil des épisodes.

 

photoBon ça reste Poison Ivy, faut pas la fâcher 

 

Au final, ces sidekick rigolos sont le nouveau port d’attache de l’héroïne qui jusqu’ici n’avait que le Joker. Indirectement ou non, ils l’aident à la faire grandir et à la responsabiliser, ce qui aurait mérité qu’on approfondisse un peu plus ces personnages de second plan, au-delà de ce qu’ils apportent à Harley.

Ce traitement superficiel et parfois lourd est en revanche moins problématique pour les super-vilains de la Legion of Doom, à l’image de Bane (James Adomian) qui veut exploser tout ce qui le contrarie. Utilisés en tant que ressorts comiques, ils n’apportent de toute façon pas grand-chose individuellement pour qu’on s’attende à une écriture nuancée. Mais la saison 2 sera peut-être l’occasion de s’intéresser davantage à ces personnages secondaires qui font maintenant partie de la nouvelle vie d’Harley, pour le meilleur et pour le pire. 

Harley Quinn est diffusé sur DC Universe depuis le 29 novembre dernier et reviendra dès le 3 avril prochain sur la plateforme avec une deuxième saison. Pour en savoir un peu plus sur personnage, notre dossier sur son historique est juste ici et notre critique de Birds of Prey est juste là.

 

affiche

Résumé

Harley Quinn est à l'image de l'anti-héroïne DC, unique en son genre, hilarante, absurde et touchante. Le personnage féminin culte nous plonge avec générosité dans son propre univers réservé aux adultes et bien mieux que Birds of Prey qui aborde les mêmes sujets que la série, mais exploite beaucoup moins l'évolution significative d'Harley Quinn après sa rupture.

commentaires

Poussin
28/02/2020 à 18:59

Ou avez vous réussi à voir la série en VOSTFR OU VF ?

jordan2delta
28/02/2020 à 17:53

Entièrement d'accord. C'est assez génial.

Maxime
28/02/2020 à 15:43

Totalement d'accord avec vous. La meilleure adaptation d’Harley. C'est juste génial ! Une vraie réussite. Vivement la 2nd saison !

MIJU
28/02/2020 à 12:03

Bien d'accord avec cet avis. La série est vraiment sympa, pleine d'humour et assez trash. Clairement la meilleure adaptation d'Harley depuis la série Batman TAS.

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