Space Force : crash ou décollage réussi pour la série de Steve Carell sur Netflix ?

Simon Riaux | 29 mai 2020 - MAJ : 29/05/2020 18:08
Simon Riaux | 29 mai 2020 - MAJ : 29/05/2020 18:08

Financée et distribuée par Netflix, co-produite et interprétée par Steve Carell, la série Space Force, showrunnée également par Greg Daniels, entend réaliser une mise en orbite réussie de l’humour américain. Mais la fusée peut-elle se crasher ? Premières pistes après 5 épisodes.

 

photo, Steve CarellPromotion ou punition ?

 

MISSILE POLITIQUE 

Mark R. Naird, général de carrière travailleur mais terne, se voit confier la mission dont personne ne veut : mettre sur pied la Space Force, une toute nouvelle branche de l’armée américaine. Entouré de spécialistes convaincus d’aller à la catastrophe sous les ordres d’un Président obsédé par les réseaux sociaux mais incapable de comprendre que ses amis Russes l’espionnent ouvertement (ça vous rappelle Donald Trump ?), Mark tente de mener sa tâche à bien, malgré sa totale inculture scientifique et une vie familiale déliquescente. 

Inutile de s’attarder sur la question, c’est bien l’administration Trump qui est dans le collimateur de la série, qui en profite pour allumer au passage une bonne partie de la classe politique américaine, démocrate et républicain peu importe (la jeune démocrate Alexandria Ocasio-Cortez et beaucoup d’autres en prennent pour leur grade). La charge, plus désenchantée que goguenarde, est à la fois précise et glaçante. Avec un sens de l’absurde efficace, le scénario sait développer les paradoxes, contradictions, qui mènent une administration condamnée à courir comme un canard sans tête, quand sa tâche pourrait être la plus glorieuse de son temps. 

Mais c’est au niveau macro-politique que le show propose une identité singulière, loin du tract anti-Trump. En effet, les attaques contre l’actuelle gouvernement américain sont à peine un vernis, et servent de porte d’entrée à un discours beaucoup plus vaste. Rarement on aura représenté les Etats-Unis aussi dépassés, déphasés, incapables de comprendre le monde dans lequel le pays se débat. De commissions d’investigations en humiliations assénées par les ChinoisSpace Force dresse le portrait d’une grande puissance dont l’humour demeure la dernière cartouche. 

 

photo, Steve CarellUne belle brochette de vainqueurs

 

ARSENAL COMPLET 

Et en parlant de munitions, la série n’en manque pas, tant elle joue sur les ruptures de ton avec un véritable goût pour la nuance, tout en veillant à varier continuellement ses enjeux et situations. Après cinq épisodes (soit la moitié de cette saison 1), on a un peu le tournis devant la quantité de thématiques abordées, mais aussi la richesse des diverses situations dans lesquelles nos héros se retrouvent empêtrés. 

En quelques heures à peine, on aura assisté à un lancement schizophrénique, vu des aspirants astro-soldats se déchirer pour des questions de constipation, un général tenter de sauver la face avec un singe en orbite et une commission parlementaire partir en cacahuètes comme rarement. Tout cela, au rythme des altercations entre des personnages tous plus fins qu’ils n’en ont l’air. 

 

photoUn aide de camp qui a le mérite d'exister

 

À commencer par celui qu’interprète Steve Carell. On pouvait redouter, à juste titre, qu’il nous livre une redite du Michael Scott de The Office, mais il n’en est rien. Son général Naird est un type compétent mais dépassé, volontaire mais dépressif, gaffeur mais investi. Un homme profondément triste, qui tente envers et contre tout de réprimer ses doutes pour mener à bien sa mission. Il en va de même pour le scientifique auquel John Malkovich prête ses traits, avec une malice bienvenue. Souvent navré des errements des militaires, il sait néanmoins quand se reposer sur eux ou faire des bourrins qui l’entourent des alliés. 

Difficile de dire si Space Force utilisera toutes ces munitions à bon escient, mais après cinq épisodes, il reste encore beaucoup de pistes empruntes de folie douce et d’émotion à explorer, comme les rapports de la curieuse famille Naird, où Lisa Kudrow, impeccable en épouse aussi enamourée que portée sur les activités illégales, pourrait jouer un très beau rôle. 

 

photo, John MalkovichUne mission de sauvetage... velue

 

HOUSTON, NOUS AVONS SOMMEIL 

Néanmoins, arrivé à mi-parcours de sa première saison, Space Force souffre d’un écueil majeur pour emporter le morceau : une mise en scène qui ne sait ce qu’elle veut raconter. Le désir d’afficher les moyens respectables dont bénéficie l’entreprise et celui de ne pas reconduire l’esthétique devenue trop identifiée de The Office ou Parks and Recreation amènent le show dans ce qui pourrait devenir une impasse. 

Car si le scénario ménage avec beaucoup d’efficacité d’excellents gags, des répliques idéalement acides, tout en caractérisant finement ses personnages, la caméra, elle, s’avère presque toujours indécise. Comédie distanciée ? Folie douce qui laisse affleurer le drame ? Ou authentique récit amer ? En l’état, impossible de trancher, tant le travail est soigné mais manque cruellement de personnalité, et paraît se poser des questions un peu vaines d’élégance, plutôt que d’accompagner le formidable matériau de base entre les mains de Netflix. 

 

photo, Lisa Kudrow, Steve CarellLisa  Kudrow, un personnage qu'il nous tarde de mieux connaître

 

Le même constat s’applique au montage, lui aussi propre, voire classieux, mais presque toujours à contretemps, tant de l’humour que des percées émotionnelles. En témoigne le traitement d'Erin Naird (Diana Silvers), que la caméra scrute tantôt comme une demi-demeurée, pour mieux laisser sa sensibilité éclater quelques scènes plus loin. Et si une rupture de ton est à priori toujours bienvenue, on a souvent le sentiment d’assister ici à un vrai problème d’indécision. 

Les cinq premiers épisodes de Space Force sont riches de promesses et nous offrent des personnages détonnants. La série doit désormais ajuster son ton et son identité visuelle pour être à la hauteur de ses ambitions.

Space Force est disponible en intégralité sur Netflix depuis le 29 mai 2020

 

Affiche françaiseEn espérant que la série ne fasse pas tapisserie

commentaires

brucetheshark
30/05/2020 à 12:16

@Geoffrey Crété , ok ça se tient... ça me frustre mais ça se tient

Geoffrey Crété - Rédaction
30/05/2020 à 11:20

@brucetheshark

On fait ça depuis maintenant un moment et c'est devenu notre rythme, sauf cas spéciaux : d'abord une petite critique le jour de la sortie pour un premier avis, puis une critique complète après. Tout simplement car on a constaté qu'il y avait une forte demande des lecteurs le jour de la sortie, et sur la question de tenter ou non de lancer ce type de nouveauté. Donner un avis sur le début permet d'y répondre, et de donner un sentiment sur le démarrage de la série, sa manière de se présenter aux yeux du public, poser ses enjeux.

C'est intéressant, et ça permet de revenir à la nature des séries, surtout à l'heure du binge watching qui en a fait des blocs - et plus des narrations morcelées, pensées et conçues ainsi.

brucetheshark
30/05/2020 à 11:11

La rédac, pourquoi ne pas avoir attendu un jour supplémentaire pour une critique complète ?

maxleresistant
29/05/2020 à 18:21

C'est cool, je suis pas inquiet, The Office ou Park and recreation ont mis du temps à trouver leur ton aussi.
Si il y a potentiel, j'ai aucun doute qu'ils trouveront comment l'exploiter.

Impatient de regarder ça

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